VIE D ALEXIS PIRON \\I
en fut touchée— «Asseyez-vous là, grand nigaud, lui dit-elle; dans le fond, je dois plus en vouloir au délateur, qu'au pénitent. Il est vrai, je l'avoue, qu'à votre air de simplicité , je ne vous aurais jamais cru capable d'un pareil écart, et il ne me fallait pas moins que votre aveu pour me désabuser. » Piron acheva de se justifier, en racontant à la marquise ce qui avait donné lieu à cette pièce scandaleuse.
Peu de temps après, Piron trouva un matin chez la marquise de Mimeure, monsieur de Voltaire plongé jusqu'aux épaules dans un large fauteuil, les jambes écartées et les talons posés sur l'un et l'autre chenets. Il fit une légère inclination de tête à Piron, pour cinq ou six de ses révérences. Celui-ci prend un fauteuil et s'assied le plus près de la cheminée qu'il peut. L'un tire sa montre, l'autre sa tabatière ; celui-ci prend les pincettes, celui-là du tabac. L'unéternue, l'autre se mouche. Voltaire enfin se met à bâiller d'une si grande force, que Piron allait en faire autant, lorsque monsieur de Voltaire tire de sa poche une croûte de pain et la broie sous ses dents, avec un bruit si extraordinaire qu'il étonna Piron. Celui-ci sans perdre de temps, tire un flacon de vin et l'avale d'un trait. Monsieur de Voltaire s'en trouva offensé, et dit d'un ton sec à Piron : — » J'entends, monsieur, raillerie tout comme un autre, mais votre plaisanterie, si c'en est une, est très-