‹ Œuvres badinesChapitre 10 sur 128 · VIE D ALEXIS PIRON · texte numérisé non relu

VIE D ALEXIS PIRON

Avec quelle effusion de cœur ne parlait-il pas

de ses illustres et principaux bienfaiteurs! Il aimait à s'entretenir avec eux, à leur parler de leurs bienfaits et de sa reconnaissance.

Sensible nu métite de ses rivaux, Piron ne les attaqua jamais, et lepigramme qu'il avait toujours prête, n'était que pour sa défense. Il eut cependant quelques envieux.

Voltaire avait quelques petits ressentiments contre lui : il chercha à s'en venger. Firon était bien reçu chez la marquise de Mimeure, où Voltaire allait assez souvent. Un jour l'auteur de la Henriade arrive chez la marquise d'un air triomphant, et tenant à la main ÏOdc a Priape, et que celui-ci croyait ensevelie depuis quinze ans dans l'oubli le plus profond. Dès la porte de l'appartement de la marquise, Voltaire s'écrie : — « Madame, voici du neuf; il y a un peu de gravelure, mais un bon esprit comme le votre n'est pas à cela près. » Et de suite il se met à déclamer la première strophe, continue hardiment le lecture delà seconde, malgré l'étonnement de la marqu ise qui lui ordonne en vain de se taire; il n'en fait rien; elle se bouche les oreilles, il élève la voix davantage; elle appelle ses gens, il en rit, pour. suit jusqu'à la fin, gagne la porte, en disant à la

ise : — «C'est pourtant l'ouvra innocent que vous appelez votre b( lêt

Voltaire n'avait pas encore fait trois pas dans la rue, qu'il rencontra Piron face à face. Celui-ci,

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charme de cette rencontre, lui dit qu'il venait de chez lui, pour lui porter une épître en vers marotiques sur sa convalescence. — « Je la crois bonne, répondit Voltaire, car je n'ignore pas ce que vous savez faire. Je viens dans ce moment même d'en entretenir la marquise ; entrez-y, vous serez bien reçu. »

Piron entre en effet ; à peine l'a-t-on annoncé : — « Je songeais à vous faire fermer ma porte, lui dit la marquise en le voyant. — A moi? madame, qu'ai-je donc fait qui ait pu m'attirer votre disgrâce? — Une ode abominable, que ce fou de Voltaire, à qui je ne le pardonnerai jamais, vient d'oser me réciter toute entière. — Ah! le traitre ! s'écria Piron , frappant des mains et courant comme un furieux par la chambre. — Écoutez, reprit la marquise d'un ton plus radouci, vous voilà pour vous justifier; vous êtes franc et naïf, peut-être cette ode n'est pas de vous. Voltaire est malin ; je croirai ce que vous m'en direz ; car je me sens disposée, sur la connaissance que j'ai de vos deux caractères, à croire que ce n'est qu'une imposture. — Dites une méchanceté, madame; plût à Dieu que ce ne fût qu'une imposture ! Oui, je le voudrais pour toutes choses au monde; mais pour rien je ne voudrais vous avoir menti. Ne me disgraciez pas pour une première folie de ma jeunesse, hélas! bien criminelle; je ne l'ai que

trop expiée » En prononçant ces mots, il était

si pénétré, si ému, si tremblant, que la marquise

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