DES CORDELIERS
Déjà la Renommée avoit passé les mers Pour aller annoncer à cent peuples divers Que l'invincible chef de la gent cordelière Venoit de terminer son illustre carrière. Déjà pour faire choix d'un digne successeur, De chaque monastère on assemble la fleur. Et Tolède est choisi pour tenir l'assemblée Où doit se réunir l'élite députée.
Le chapitre commence, il se tient à huis clos ; Un moine, beau parleur, l'ouvre par ce propos
230 ŒUVRES RADINES
— O vous, dignes soutiens de toute gueuscric, Vous qui faites valoir la sainte momerie, Qui n'avez pour tout bien et pour tout revenu Que le droit casuel et du con et du eu ; Vous qui de toutes parts venez ici vous rendre, Au saint généralat vous qui voulez prétendre, Vous vous flattez en vain que la brigue en ces lieux Favorise jamais des vœux ambitieux.
Quiconque ose aspirer à cette grande place Ne doit sur ses talents attendre aucune grâce. Plus humbles, plus savants fussiez- vous mille fois, Plus ardents à gueuser que le grand saint François, Si vous n'avez des vits d'une énorme mesure, Vous devez de ce rang vous-mêmes vous exclure. Le mieux muni de nous doit être général : C'est là pour notre choix le point fondamental. A notre ordre aujourd'hui donnons un nouveau
[lustre :
Choisissons parmi nous le vit le plus illustre. Père, préparez-vous ; voici l'instant fatal Qu'il faut mettre au grand jour le sceptre monacal ; De vos roides engins montrez la révérence. Et voyons qui de nous aura la préférence. Alors montrant le sien : Voici, dit-il, mes droits, Et le signe assuré de mes fameux exploits ; Quoiqu'on en ait tranché, par un malheur funeste, Pour être général voyez ce qu'il me reste : Révérends, c'est, je pense, un assez bel hochet. A son aspect, on croit voir un vit de mulet. Saisi d'un saint transport, un vieillard en lunette S'approche, et pour le voir fait une humble courbette; De près il l'examine, et dit : — Par saint François, Voilà, je crois, de l'ordre un des plus beaux anchois!
DE PIRON 23l
Mais, d'un air dédaigneux, saisissant la parole, Père Tapeux, soutient que c'est une hyperbole, Prétendant qu'il n'a pas suffisante grosseur, Défie, à son égard, le plus rude censeur, Et, levant d'une main sa longue robe brune, De l'autre il sort un vit propre à faire fortune. A peine le peut-on empoigner d'une main : Long à proportion, carré, sec et mutin.
— Voilà, dit-il, un vit, rougissant de colère,
Et non pas ce que vient de nous montrer le père. Avec cet outil- là, je peux, sans me gêner, Fournir mes douze coups, dont six sans déconner. Le chapitre sourit et prend cette bravade Pour un discours en l'air, pour une gasconnade. Mais le moine, piqué de cet affront nouveau, Frappe de son outil vingt fois sur le bureau ; Cet effort vigoureux fait trembler le chapitre.
— L'on admire, l'on rend justice à votre titre, Vous méritez beaucoup, lui dit le président ; Père Tapeux, calmez ce noble emportement. C'est assez, révérend, contenez ce tonnerre, Vous avez effrayé tout notre monastère.
Votre engin à son tour doit être mesuré,
Et, s'il est le plus long, il sera préféré. Père examinateur, commencez votre ronde.
Que chacun fasse voir sur quel titre il se fonde. Qu'on enregistre tout, la taille et la grosseur, Qu'on fasse mention exacte de longueur, Et du tour du breteur ; surtout qu'on examine Les couilles et les vits jusques à leur racine. Enfin, ce que chacun montrera de vigueur j ,Soit dans votre examen produit en sa faveur. L'examen achevé, il faut que l'on opine ;
l.ri ŒUVRES BADINES
Mais pour l'élection, nul ne se détermine.
le père Brise-Motte et père l'Enfonccur
Ont leurs engins égaux en longueur, en grosseur :
Également bandants, ils ont des reins de diable ;
Les couillons sont égaux, enfin tout est semblable.
Mais comment faire un choix où tout paroît égal ?
Il faut pourtant que l'un des deux soit général.
— Pour nous tirer, dit l'un, de cette incertitude,
Mettons-les tous les deux à quelque épreuve rude.
Pour choisir sans scrupule et sans prévention,
Faisons venir ici jeune fille et garçon;
Sur l'un et l'autre sexe exerçons leur courage.
Nous verrons qui des deux prend mieux un pucelage ;
Lequel en fouterie est meilleur ouvrier:
En un mot, qui des deux est meilleur cordelier.
Bientôt après ces mots on présente à la salle
Un jeune ganymède, une jeune vestale
Environ de quinze ans, plus belle que le jour,
Teint de rose et de lis, ouvrage de l'amour.
Chaque père, en voyant cette jeune fillette,
Sent son bidet tout prêt à rompre sa gourmette.
Le président fait signe au père l'Enfonceur
De commencer l'épreuve et grimper sur la sœur.
Sitôt dit, sitôt fait ; dessus une couchette
Mise en ces lieux exprès, mon frocard vous la jette :
Il la trousse et se met en devoir d'obtenir
Des plaisirs que l'amour ne sauroit définir.
Le père avec transport achève sa victoire ;
Et tirant du conin son vit couvert de gloire,
Sitôt il le renfonce et pour dignes exploits,
De l'aveu du tendron il déchargea six fois,
Six fois sans déconner, et puis levant sa cotte
Il fait voir au grand jour la plus charmante motte,
La cuisse la plus blanche, et le plus beau conin
Qui se trouvât jamais sous jupe de nonnain.
Le vit du moine alors montrant sa rouge tête,
S'échappe furieux de la sainte brayette;
Ecumant de luxure, il remonte à l'instant.
Jean-Chouard cette fois entre plus aisément ;
Ce jeune petit con, quoique con de poupée,
Au moine vigoureux laisse une libre entrée.
Dans ce second assaut, sans plainte, sans douleur,
De l'enfroqué Jean-foutre elle remplit l'ardeur,
Tant et si bien qu'enfin ne pouvant passer outre,
Il lui laisse le con tout barbouillé de foutre.
Le père l'Enfonceur, illustre candidat,
Ainsi fut éprouvé pour le généralat,
Le père Brise -iMotte, à son tour dans la scène
Entre et dit qu'il foutra dix coups tout d'une haleine.
11 essuie le conin de cette jeune sœur,
Et, dans trois coups de cul, lui cause une douleur
Qui fait jeter des pleurs à la jeune innocente.
Le moine sans pitié, dans son ardeur brûlante,
La serre dans ses bras, saisi d'un doux transport :
Sentant son vit pressé comme par un ressort,
Change en tendres soupirs les pleurs de sa conquête,
Et régale ce con d'une si belle fête,
Que le cul de la nonne en sauta de fureur.
Le paillard darde au fond sa bénigne liqueur,
Et, suivant sans repos l'amoureux exercice,
Douze coups tous portants son vit lui fut propice.
La douzaine finie, on crut qu'à cette fois
Le moine borneroit le cours de ses exploits.
On alloit opiner, quand ce nouvel Hercule,
Retournant le tendron, du premier coup l'encule.
Sodomise deux coups, et deux fois déchargeant,
Il retire du cul deux fois son vit bandant. Jusque-là Brise-Motte avoit eu l'avantage, Et le Chapitre alloit lui donner son suffrage.
— Le mien n'est pas pour lui, répond frère Frappart, Au choix en question je prétends avoir part
Et sur lui remporter une pleine victoire,
Mon vit n'est pas si long, pères, je veux le croire,
Mais pour foutre je veux lui damer le pion ;
Je vais vous le montrer sur ce jeune garçon.
II dit, et sur-le-champ déculottant le frère,
Aux yeux des papelards paroît le beau derrière.
Il pousse vivement son vit sans le mouiller,
Sans effort et sans peine enculc l'écolier.
Chacun frappe des mains à ce charmant spectacle,
Ett l'on tient que le coup approche du miracle,
Quand le bougre, charmé de l'applaudissement,
Leur dit : Sans déculer, je fourois tout un an !
Le saint homme, en effet, de toute la jonrnée,
Ne cessa de tenir lamazette enculée.
Le président se lève et recueille les voix :
Tout est en sa faveur, le Chapitre en fait choix,
Quand un moine étourdi se saisit de la porte,
Et dit qu'il ne veut pas qu'aucun cordelier sorte,
Sans avoir déclaré qu'il faut, pour être élu,
Foutre quarante coups, soit en con, soit en eu,
Appelant de leur choix au plus prochain concile,
Prétendant leur prouver qu'il n'est pas moins habile,
Il offre de montrer sa proposition
Mise dans le moment en exécution.
Il sort, ferme après lui ; le Chapitre en murmure.
— Je veux vous foutre tous, dit-il par la serrure. Pied ferme et vit en main, il les prend au guiehet. Les moines se voyant surpris au trébuchet
DE l'IRON
Délibèrent enfin, et la sainte assemblée, Qui se voit, au passage, à coup sûr enfilée, Veut bien qu'à ce mutin on présente le eu : Tout autant il en sort tout autant de foutu. Pas un n'en est exempt, pas même la vieillesse; Le bougre encule tout d'une même vitesse. Chaque moine convient qu'il n'a rien vu dV Et qu'on ne peut choisir un plus grand généra!.
LE DEBAUCHE CONVERTI (i)
Puissant médiateur entre nous et la femme,
Qui du plaisir secret nous ourdissez la trame,
Des feux de Prométhée ardent dispensateur,
Et de la gent humaine éternel créateur,
Portassiez-vous encore un plus superbe titre,
Du bonheur de mes jours vous n'êtes plus l'arbitre.
Ce plaisir violent dont je fus enchanté,
D'un tourment de six mois est trop cher acheté.
Qu'un autre que moi coure après ce vain fantôme,
J'en connois le néant, grâce à monsieur saint Côme ;
Et ses sacrés réchauds sont l'utile creuset
Où l'or faux du plaisir m'a paru tel qu'il est.
J'ai ruminé ces maux que sur son lit endure
Un pauvre putassier tout frotté de mercure.
Des conduits salivants, quand les pores ouverts
Du virus repoussé filtrent les globes verts;
Quand sa langue, nageant dans des flots de salive,
,i i ette pièce est de RoMié île ! - comme elle .
été insérée dans les œuvres badines de cet auteur, nous croyons Faire plaisir au lecteur eu h» <l muant Ici.
23" ŒUVRKS BADINES
Semble un canal impur qui coule une lessive; Ah ! que, sur son grabat, se voyant enchaîné, Un ribaud voudroit bien n'avoir pas engaîné ! Qu'il déteste l'instant où sa pompe aspirante Tira le suc mortel de sa cruelle amante ! L'œil cave, le front ceint du fatal chapelet, Le teint pâle et plombé, le visage défait, Les membres décharnés, une joue allongée, Sa planète atteignant son plus bas périgée ; Alors avec David il prononce ces mots : La vérole, mon Dieu, m'a criblé jusqu'aux os ! Car, par malum, David entend l'humeur impure Qu'il prit d'Abigaïl, comme je conjecture ; D'autant que cette femme, épouse de Nabal, De son mari pouvoit avoir gagné ce mal. Ce Nabal, en effet, est peint au saint volume Comme un compagnon propre au poil comme à la
[plume, Et qui, quand il trouvoit fille de bonne humeur, De ses bubons enflés méprisant la tumeur, Lui faisoit sur le dos faire la caracole, Eût-il été certain d'y gagner la vérole. Aussi suis-je surpris que David, ce grand clerc, Au fait d'Abigaïl ait pu voir si peu clair. Certes, besoin n'étoit d'être si grand prophète, Et d'avoir sur son nez la divine lunette, Pour voir que de Nabal tout le sang corrompu Ayant poivré le flanc qui s'en étoit repu, C'étoit nécessité que son hardi priape Eût la dent agacée en mordant à la grappe. Mais quoi! vit-on jamais raisonner un paillard? Il prit, les yeux fermés, ce petit mal gaillard, Dont, quelque temps après, sa flamberge en furie
Enticha le vagin de la femme d'JI
De mes ébats aussi j'ai tire l'usufruit;
Mais grâce au vif-agent mon virus est détruit.
Mon sang purifie coule libre en mes veines,
Et deux globes malins ne gonflent plus mes aînés.
Du trône du plaisir les parois resserres
Ne laissent plus couler mille sucs égarés ;
Et ce moine velu que le prépuce enfroque
De trois rubis rongeurs ne rougit plus sa toque.
Triste et funeste coup ! pouvois-je le prévoir,
Qu'une fille si jeune eût pu me décevoir?
Deux lustres et demi, qu'un an à peine augmente,
Voyoient bondir les monts de sa gorge naissante,
Un cuir blanc et poli, mais élastique et dur,
Tapissoit le contour de son jeune fémur.
A peine un noir duvet, de sa mousse légère,
Couvroit l'antre sacré que tout mortel révère.
Les couleurs de l'aurore éclatoient sur son teint,
Elle auroit fait hennir le vieux muphti latin.
Un front dont la douceur à la fierté s'allie,
La firent à mes yeux plus vierge qu'Eulalie.
Aussi combien d'assauts fallut-il soutenir
Avant que d'en pouvoir à mon honneur venir !
A mon honneur? je faux; disons mieux, à ma honte.
Après deux mois d'égards, de soupirs, je la monte.
Dieux! quelle volupté, quand sur elle étendu,
Je pressurois le jus de ce fruit défendu !
Sa gaîne assez profonde, en revanche peu large,
Entr'elle et mon acier ne laissoit point Je marge.
Le piston à la main, trois fois mon Jean-Chouart
Dans ses canaux ouverts seringua son nectar,
Et trois fois la pucelle, avec reconnoissance,
Voitura dans mon sang sa vérolique essence.
MO ŒUVRES RADINES
Mais quoi ! ma passion s'enflamme à ce récit;
De mes tendons moteurs le tissu s etrécit ;
Mes esprits dans mes nerfs précipitent leur course
Et de la volupté courent ouvrir la source.
Quoi donc! irai-je en proie à de vils intestins
De mes os ébranlés empirer les destins?
Irai-je sur ces mers fameuses en naufrages,
Nautonnier imprudent, affronter les orages?
Moi qui, comme Jonas qu'un serpent engloutit,
Ai servi de pâture à l'avide Petit?
Non ! de la chasteté j'atteins enfin la cime.
Là, je rirai devoir cette pâle victime
Que la fourbe Vénus place sur ses autels,
Traîner les os rongés de ses poisons mortels.
Que le ciel, si jamais je vogue sur ce gouffre,
Fasse pleuvoir sur moi le bitume et le soufre !
Que l'infamant rasoir qui tondit Abailard
Me fasse de l'eunuque arborer letendart,
Si jamais enivré, fût-ce d'une pucelle,
Mon frocard étourdi saute dans sa nacelle !
Tout visage de femme à bon droit m'est suspect ;
Quiconque a salivé doit fuir à son aspect.
Oui ! m'offrît-on le choix des onze mille vierges,
Jamais leurs feux sacrés n'allumeroient mes cierges.
Le jaloux Ottoman m'ouvrît-il son sérail,
Quand j'y verrois à nu l'albâtre et le corail
Briller sur ces beaux corps qu'embellit la nature,
Mon priape seroit un priape en peinture.
Je dis plus : quand le ciel, exprès de mon côté
Tireroit la plus rare et plus saine beauté,
Dieu sait si la chaleur de cette nouvelle Eve
Dans mon muscle allongé feroit monter la sève.
Beau sexe, c'en est fait, vos ébats séducteurs
DE PIRON 23q
Ne me porteront plus vos esprits destructeurs;
Je fuirai désormais votre espèce gentille,
Ainsi qu'aux bords du Nil on fuit le crocodile.
Il est temps de penser à faire mon salut;
L'âme se porte mal quand le corps est en rut,
Lorsque l'affreuse mort, au sec et froid squelette,
M'aura devant le juge assis sur la sellette,
Cent mille coups de cul ne me sauveront pas
Du foudroyant arrêt de l'éternel trépas.
C'est vous qui le premier avez fait tombef l'homme
Par l'attrait séducteur de la fatale pomme ;
Mais vos culs dans l'abîme en ont plus descendus
Que ne feroient jamais tous les fruits défendus.
C'est avec vos filets que Satan nous attrape,
C'est vous qui nous poussez sur l'infernale trappe ;
Vous séduiriez, morbleu! je crois tous les élus.
Adieu, beau sexe, adieu, vous ne me tentez plus.