‹ Œuvres badinesChapitre 19 sur 128 · LE MIRLITON · texte numérisé non relu

LE MIRLITON

Un capucin revoit dans sa cellule

Comme il pourroit fronder, dans ses sermons,

De ces cerceaux la mode ridicule,

Dont on se sert pour entier les jupons ;

Mais ce n'étoit pour lui chose facile,

Car des paniers il ignoroit le nom ;

Quand par hasard, en passant par la ville.

Il entendit chanter le mirliton,

Ho ! ho! dit-il, frère, à son compagnon,

Ceci pourroit bien être notre affaire.

Je gagerois que ce terme nouveau

De ces jupons nous cache le mystère

Qui m'a si fort travaillé le cerveau.

Qu'en pensez-vous \ Me trompé-je, mon frère I

Par saint François ! dit le capucinot,

Ou ne sauroit mieux rencontrer, mon père, Car que pourroit signifier ce mot, S'il ne marquoit cette mode nouvelle?

Voilà, je crois, sdb véritable lot:

Le hasarder, c'est pure bagatelle.

C'est bien penser, dit le père au frérot, Et pour le sûr, il ne sauroit déplaire ; One il ne fut du langage vulgaire ; De l'oublier je ne serai si sot, Et dès ce soir je le veux dire en chaire. Il n'y faillit. On vint le convier Chez des nonnains, théâtre de sa gloire, A leur donner un plat de son métier, Et ce jour-là (ce qu'on n'a peine à croire) S etoit formé très-nombreux auditoire.

Pompeusement du beau sexe assemblé, Par les paniers, le brocard étalé Fournit à point matière à l'éloquence Le l'orateur, pour tomber à souhait Sur son vain luxe et son extravagance.

Il n'est besoin de citer trait pour trait Tout ce qu'il dit : mais le récit fidèle De celui-ci, je crois, vous suffira :

Par quoi chacun du reste jugera, a Oui, s'écria, transporté d'un saint zèle, Et sous son froc le moine s'échauffant, En ce temps-ci le désordre est si grand, Et tant on voit votre luxe s'accroître ! Vos mirlitons, mesdames, à présent, Sont grands trois fois plus qu'ils ne devroient

[l'être. »

DE IIRO.N 23

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