IV VIE D ALEXIS PIRON
ser un état : il choisit celui d'avocat ; et déterenfin à suivre l'étude de la jurisprudence, il partit pour Besançon où il prit ses degrés.
De retour à Dijon, il se fit recevoir avocat, bien résolu pourtant, à la première bonne cause qu'il perdrait de renoncera la profession. Mais au moment même où il se préparait à son début, un dérangement imprévu arrivé dans la fortune de sa famille, l'éloigna pour jamais d'un état qui suppose au moins l'honnête nécessaire. Ce revers, loin de l'affliger, ne fit que redoubler en lui l'attrait qui le portait à se consacrer aux muses. Il s'abandonna donc à l'illusion qu'il s'était faite.
Son caractère franc et honnête, sa conversation pleine de sel et d'ingénuité, sa gaîté naturelle et soutenue, ses saillies toujours neuves et intarissables, le firent rechercher par ces sociétés formées sous les seuls auspices du plaisir et de la liberté. Il y fut introduit par un de ses camarades de collège nommé Jehannin, depuis conseiller au Parlement de Dijon.
Piron était alors dans l'âge où un jeune cœur se livre avec feu aux premières impressions de l'amour. Cette passion, qui fit le tourment de ses beaux jours, produisit son goût pour la solitude. Jehannin voulut le rendre à la société, il lui fît des reproches sur sa conduite sauvage. Piron répondit à ses reproches avec beaucoup de vivacité, et lui démontra avec fermeté les dangers qui suivaient ordinairement une vie licencieuse et consa-
VI K D ALEXIS IMKON
crée à la mollesse et à la paresse. Jehannin crut devoir répondre à la morale de Piron par une ode dans laquelle il chantait les douceurs de la paresse et les plaisirs de l'amour. Piron reçoit cette ode ; qu'elle fut sa surprise de la trouver remplie d'images indécentes et lascives, de maximes dangereuses et libertine?, de vers heureux et remplis d'harmonie ; enfin l'ode lui tombe des mains à la dernière strophe, terminée par la pensée la plus licencieuse et le mot le plus obcène.
Sortant tout-à-coup de son étonnement par un grand éclat de rire, piqué d'une sale émulation, et croyant que son ami lui faisait un défi, il lui répond sur le champ, lui rend ode pour ode, et trouve plaisant de commencer sa pièce par le même mot qui terminait celle qu'il venait de lire. Son imagination le servit au-delà de ses espérances : il mit en très peu de temps la dernière main à l'ouvrage, et l'envoya à son ami, en le priant de jeter l'ode au feu dès qu'il l'aurait lue, et de ne la communiquer à personne. Jehannin n'eut rien de plus pressé que de violer le secret, et d'en donner connaissance à quelques jeunes conseillers de ses amis qui ne se firent point un scrupule de la lire à huis clos, et même en présence du président Bouhier. Le procureur-général en fut informé, et crut devoir mander Piron qui, saisi d'effroi, et se doutant qu'il était trahi, courut chez Jehannin, pour l'accabler de reproches. Celui-ci, également alarmé, vole chez le président Bouhier, pour im-