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plorcr sa protection en faveur de Piron.— « Ras- Piron, dit le président Bouhier, qu'il se rende sans tarder chez le procureur-général, et qu'il desavoue son ouvrage, et pour peu que le procureur-général insiste, que Piron déclare qui en est l'auteur, qu'il me nomme hardimen! ; la chose en demeurera là, et je saurai rendre à Piron, en temps et lieu, ses droits de propriété. »
Avec cette réponse, Piron se rendit chez le procureur-général qui lui demanda quel était l'auteur des vers : il nomma le président Bouhier. A ce nom, le procureur-général sourit, et après lui avoir fait une sévère réprimande il le congédia.
Telle fut l'origine de ce fameux chef-d'œuvre de génie et de licence, qui fut fait en 1710. Piron n'avait alors que vingt ans.
Piron avait la vue très-faible et très-basse. Sans ce défaut, il aurait pu tirer un grand avantage de son écriture qui était presque aussi belle que le burin. Il fallut faire usage de cette misérable ressource. Il entra chez un financier en qualité de second secrétaire, aux appointements de 200 1. par an ; il suivit le financier dans une tournée. Ce financier avait le goût des lettres, et de plus, des prétentions au bel-esprit. La franchise de Piron lui déplut. Quelques procédés peu convenables firent voir à celui-ci qu'on était blessé de sa franchise et qu'il était temps de se retirer. 11 rentra dans le sein de sa famille, avec un commencement d'expérience bien propre à lui faire comprendre
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pourquoi l'ignorance et les demi-talents trouvaient des protecteurs, tandis que le genre et le vrai mérite en manquaient toujours.
Il revint donc à Dijon, où il continua, comme auparavant, à mener, tantôt une vie studieuse et solitaire, tantôt agréable et dissipée.
Quelque temps après son retour, en 1715, les chevaliers de l'arquebuse de Dijon rendirent le prix d'usage et y invitèrent les compagnies de l'arquebuse des villes voisines. Dans cette fête, la victoire favorisa les chevaliers Beaunois. La muse de Piron s'égaya sur les vainqueurs dans une ode burlesque et satirique, qui donna lieu à un déluge de couplets dont on accabla Piron. Celui-ci, par ses traits plaisants et malins, rangeait toujours les rieurs de son côté. Jamais la scène n'était vide : Piron l'occupait sans cesse aux dépens de ses ennemis ; il allait dans la campagne des environs de la ville, coupant, abattant, arrachant tous les chardons qui s'offraient à sa vue. — « Eh! parbleu,répondait-il aux passants qui l'interrogeaient, étonnés de la fureur avec laquelle il moissonnait ces chardons, je suis en guerre avec les Beaunois, je leur coupe les vivres. » On aurait pu, de part et d'autre, en demeurer là, Quoi qu'il en soit, le ressentiment de l'injure dura jusqu'en 1717, que les Beaunois rendirent à leur tour le prix de l'arquebuse. Piron voulut y aller ; on l'avertit en vain du danger qu'il courait ; il partit h pied, de Dijon, pour se rendre à Beaune. Son ami Jehan-
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nia faccompagna jusqu'à une demi-lieue de la
ville, et Piron continua sa route jusqu'à Vougeot, où il s'arrêta pour en goûter le bon vin. Là, de nouveaux compagnons de voyage se joignirent à lui, et l'on marcha toute la nuit. Il était cinq heures du matin, lorsque la joyeuse caravane arriva aux portes de Beaune. Il descendit dans la maison où il était attendu, il s'y délassa jusqu'à cinq heures du soir, qu'un bruit d'instruments guerriers, qui annonçait l'ouverture du prix, le fit sortir de table où il était encore avec ses amis. 11 descendit dans la rue pour être plus à portée de voir défiler les chevaliers. Ceux de l'arquebuse de Dijon ouvraient la marche : à peine eurent-ils aperçu Piron qu'ils s'arrêtèrent, et l'ayant entouré, le pressèrent de venir se ranger sous leur drapeau. Les propos qu'ils avaient entendus les effrayaient pour lui. On lui dit que son arrivée avait fait du bruit dans la ville, et qu'il était menacé de quelque danger. Piron n'écouta rien, il ne fut sensible qu'à l'amitié qu'ils lui témoignaient dans cette circonstance critique ; il les remercia en disant :
Allez ! je ne crains pas leur impuissant courroux, Et quand je serais seul, je les bâterais tous.
Les chevaliers Dijonnais voyant Timpossibitité de le déterminer à les suivre, reprirent leurs rangs, et le quittèrent à regret. Toutes les compagnies
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passèrent ainsi en revue devant lui ; les Beaunois fermaient la marche. Comme ils lavaient reconnu de loin, dès qu'ils furent près de lui, ils firent briller à ses yeux quatre e'pées nues ; mais chaque chevalier, en lui présentant la pointe, baissée, l'honora d'un salut auquel il répondit par une profonde inclination, deux doigts appuyés sur ses lèvres, en leur faisant entendre par ce signe, qu'il serait désormais plus circonspect.
Piron, le lendemain, au lieu d'assister aux divertissements, alla passer la journée chez les prêtres de l'Oratoire, qui l'avaient invité à dîner, et où il avait un frère. Il ne sortit de la communauté qu'à huit heures du soir, pour aller à la comédie.
Les Beaunois n'avaient rien épargné pour rendre la journée brillante : ils avaient arrêté une troupe de comédiens, et fait dresser un théâtre dans une vaste grange. Piron, arrivé à la porte du spectacle, ne sachant quelle pièce on allait jouer, s'adressa au plus apparent de ceux qui faisaient foule, et qui, par un air plus avantageux que les autres, et donnant des ordres, paraissait devoir être plus instruit. — Les Fureurs de Scapin, lui dit le jeune Beaunois. — Ah ! monsieur, répond Piron en le remerciant, je croyais que c'était les Fourberies d'Oreste. Et toute de suite il alla se placer dans le parterre.
A peine fut-il dans la salle, qu'on lui lança mille brocards qu'il repoussa toujours avec sa supériorité ordinaire. Enfin la toile se lève : le
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bruit cesse jusqu'au troisième acte; mais au moment où Scapin enferme Géronte dans le sac, un petit-maître qui, sans doute, trouva cette scène attendrissante, apostropha tout-à-coup le parterre qui était fort tranquille, d'un paix-là, paix, messieurs, on n entend pas. — Ce n'est pas faute d'oreilles, cria Piron : mot qui pensa coûter cher à notre poëte. Après beaucoup de bruit, le calme se rétablit heureusement.
Ils n'attendit pas que la toile fût baissée pour sortir, espérant se sauver à la faveur de la nuit. Il fut atteint dans sa course par une troupe de jeunes gens, l'épée à la main ; alors il redoubla sa course en leur criant : — « Messieurs, vos fers me blessent, » et leur fit perdre bientôt la trace de ses pas. Comme il n'entend plus de bruit, il croit ses ennemis bien loin ; il s'arrête un moment pour respirer, et se félicite déjà d'avoir échappé au plus grand danger, lorsqu'il se voit de nouveau assailli par cette jeunesse furieuse, prête à le percer de mille coups. Malgré sa force et sa vigueur, il allait succomber sous le nombre, si le maire de la ville, devant la maison duquel cette scène se passait, ne l'eût arraché des mains de ses ennemis. Il le retira chez lui, où il passa le reste de la nuit. Il sortit de Beaune aussitôt qu'on en eût ouvert les portes.
Les Beaunois crurent qu'il serait fort plaisant de réunir leurs chansons, épigrammes, etc., pour les envoyer à Piron. Quelques jours après la