‹ Œuvres badinesChapitre 31 sur 128 · LE MARI IMPRUDENT · texte numérisé non relu

LE MARI IMPRUDENT

Il est de certaines matières, Dont les plus ignorants sont les plus satisfaits. Le petit conte que je fais Vaut mieux que dix preuves entières.

Un mari, pour savoir, après maint embarras, Si sa femme, un peu trop d'humeur à vouloir plaire,

Ne l'avoit pas fait le confrère De force honnêtes gens que je ne nomme pas.

Enfin, après dix ans detude

A se tirer d'inquiétude, Sans pouvoir contenter sa folle passion,

S'avisa d'une invention Qui l'éclaircit d'un point à son repos funeste. Ce curieux, un soir, entrant dans sa maison, Lève les mains au ciel, il soupire, et le reste. Sa femme veut d'abord en savoir la raison; Vous pouvez bien juger qu'elle vint au plus vite

Tâter le pouls de l'hypocrite.

Non, ma femme, dit le mari,

Je n'ai ni fièvre ni migraine ; Plût au ciel ! j'en serois plus promptement guéri

Que du chagrin qui fait ma peine.

Il pleure la-dessus ; elle veut tout savoir ;

Elle le flatte, elle le prie,

Pleure avec lui de compagnie,

Et feint le plus grand désespoir.

— Eh bien ! vous le saurez, dit alors le bonhomme.

Il est arrivé ce matin Un devin important, que partout on renomme Comme le mieux instruit des décrets du destin : Chacun va pour le voir, et l'arBuence abonde.

Enfin, mon cœur, pour trancher court,

Voyant que tout le monde y court, Je me laisse entraîner à la foule du monde. Mais hélas ! nous voyant en grand nombre assemblés.

Jetant les yeu v sur près de mille :

Tremblez, nous a-t-il dit, tremblez; Je viens de consulter l'astre de votre ville, On crut qu'il annonçoit la récolte stérile

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là de nos vins et de nos bleds.

Héla8 1 non, c'est bien autre chose

Que le devin nous a prédit ; Il nous a menaces d'une métamorphose,

Et voici comme il nous Ta dit.

Ceux dont, par l'influence aux maris trop fatale, Les femmes ont fait brèche à la foi conjugale, Auront... — Ah! qu'auront-ils? lui dit sa femme.

[Eh bien?....

— Ici la force m'abandonne, Poursuit-il; ces maris, avant que minuit sonne, Auront, hélas! auront une tête de chien,

— Est-il vrai! L'étonnant prodige !

Dit-elle, tremblante d'effroi.

Mais après, revenant à soi :

— Qu'avez-vous tant qui vous afflige?

Ingrat, doutez-vous de ma foi?

— Non, répond le mari, je ne crains pas pour moi ;

A mes yeux votre vertu brille;

Je me vois dans tous mes enfants Mais si cela touchoit quelqu'un de nos parents,

Quel déshonneur pour la famille !

Que diront les honnêtes gens ?

Le reste du discours ne fait rien à l'affaire ;

Ils se couchent à l'ordinaire.

Si le mari dormit, l'histoire n'en dit rien: Mais pour la femme, on sait qu'en lui touchant la tête, Son ambulante main faisoit fréquente enquête;

Le sujet, vous le sentez bien ,

En faut-il dire davantage?

C'étoit pour voir si son visage

S'allongeoit en museau de chien.

Tandis qu'elle mesure, et voit si ses oreilles

DE riRON M

Sont encore aux siennes pareilles, L'homme remue, et la femme d'abord

Se retire, et fait l'endormie,

Et fait si bien qu'elle s'endort,

Sans songer à la prophétie.

Elle dormoit profondément,

Quand le mari subitement

Lui porta l'effroi dans l'oreille,

Par une espèce d'aboiement.

La pauvrette en sursaut seveilie,

Saute du lit légèrement,

Crie : à l'aide, miséricorde !

Dans la crainte qu'il ne la morde;

Et réfléchissant sur le cas Qui lui fait voir sa honte toute prête, Elle soupire, et dit à demi-bas :

— Faut-il que par ma faute, hélas

Mon mari soit devenu bête?

Le bonhomme en sut plus qu'il n'en vouloit savoir. Heureux s'il eût toujours resté dans l'ignorance !

Cette histoire nous fait bien voir Qu'il est certain secret dont mal nous prend d'avoir

Une trop sûre connoissance.

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