‹ Œuvres badinesChapitre 35 sur 128 · TOUT VIENT A POINT QUI PEUT ATTENDRE · texte numérisé non relu

TOUT VIENT A POINT QUI PEUT ATTENDRE

Chacun trouve à la fin son compte.

Gens mécontents de votre état, Patientez. C'est de ce conte La morale et le résultat.

Rosine à peine avoit quinze ans.

Peignons d'un trait ses agrémens :

Le moindre de tous ctoit l'âge.

Ne détaillons pas davantage Un portrait qui court les romans.

Rosine en un mot étoit belle,

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Belle à mériter mille amans •.

Pas un pourtant n'approchoit d'elle.

Son père vivoit en dévot, Et sa mère étoit une prude :

Couple aussi rigoureux que sot, Aussi ridicule que rude.

Nuit et jour, en inquiétude, Et l'œil ouvert sur le tendron, Crainte de quelque tour fripon Que se reprochoit leur sagesse, Et qui, dans leur temps de foiblesse, Avoit hâté leur union.

Il n'est Argus pires, dit-on, Que les Argus de cette espèce, Mais il n'en est ni plus, ni moins :

Ils en furent pour leur alarmes, Et Dieu ne bénit pas leurs soins.

Rosine prit garde à ses charmes, Et sentit ses petits besoins.

Le sein naissant de la fillette Couva bientôt certains désirs, Source de maints profonds soupirs, Qui le soulevoient en cachette.

Et quand surtout ces déplaisirs?

Sans faute, aux heures de toilette.

Hélas! disoit-elle souvent, Quand sa parure étoit complette, Et qu'elle se miroir seulette, Je jette bien ma poudre au vent !

Quoi donc! j'aurai toute ma vie, Pour tous jeux, pour tout entretien, J'aurai pour toute compagnie, Mon oiseau, ma chatte et mon chien?

DE PIKON 63

Avec le monde, qui m'oublie,

Tout commerce m'est interdit ;

Et pour qui me suis-je embellie?

C'est bien me parer à crédit !

Me parer est grande folie !

Que m'importe d'être jolie,

Si mon miroir seul me le dit?

Veut-on me laisser mourir fille ?

Si je puis, il n'en sera rien ;

Et j'y saurai plus d'un moyen.

Ah ! qu'une mère de famille

A de beaux droits qui m'iroient bien !

Droit d'être coquette, ou béguine,

D'être précieuse ou badine,

D'agacer un cercle flatteur,

Ou de'passer, à la sourdine,

Le temps avec un directeur ;

Droit, selon l'une ou l'autre humeur,

De porter l'or, ou letamine;

Droit d'oser tout sous la courtine,

De faire la paix, ou le bruit,

D'être caressante la nuit,

Et le jour de faire la mine;

Droit, s'il arrivoit un malheur,

De convoler en tout honneur;

Tant d'autres droits que j'imagine,

Droits si bien dûs à nos appas,

Dont la jouissance est si belle !

Puissance maritale,- hélas !

Bientôt ne me viendras-tu pas

Délivrer de la paternelle ?

Le Ciel prit au mot la pucelle.

Le père avoit un vieux château

Au bord de la mer infnlelle.

Un jour, que, sur une nacelle,

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