‹ Œuvres badinesChapitre 36 sur 128 · I. a belle s'égayoit sur l'eau · texte numérisé non relu

I. a belle s'égayoit sur l'eau

Une bourrasque, un vent de terre

Fait faire largue à son bateau.

A point nommé passe un corsaire

Qui la ramasse en son vaisseau,

Cingle en Afrique, et, sur la plage,

Met sa belle proie à l'encan.

l'n beau jeune Mahométan

(Nommons Osmin le personnage)

La convoite, et paye au forban

Tout ce qu'on veut, et davantage.

Et croyez que le Musulman

N'eut pas plus regret à la somme,

Qu'à l'aspect d'un si beau jeune homme,

Rosine en eut à sa maman.

Or, déjà le Turc, à son dam,

A voit vinpt-neuf femmes ; en somme,

En avoir trente étoit son plan ;

Et cela, grâce à l'Alcoran,

Sans nulle dispense de Rome.

Otez-moi la peur de Satan,

Gens indévots, et qu'on m'assomme,

Si, demain, je n'ai le turban.

Ainsi payée en belle espèce,

L'ouaille fut mise au bercail,

Non sans quelques mots de tendresse;

Bref, et laissant tout long détail,

Rosine entre dans le sérail,

Moins en esclave qu'en princesse.

Pendant le jour tout fut des mieux.

Rien d'abord qui ne rit aux yeux.

DK PIRON

Mais, à la fin de la journée, Voici la chance bien tournée, Dans un spacieux promenoir, Elle trentième est amenée.

Pensez qui fut bien étonnée, Quand face à face, par un noir, Ces anges ranges sur deux lignes.

A l'arrivante firent voir Vingt-neuf rivales, toutes dignes, Comme elle, de n'en point avoir.

Le fier Osmin, à pas tranquilles, Grave comme un consul romain, Et toutefois d'un air humain, Se promène entre les deux files :

Lève un menton, découvre un sein, L'admire à son aise, examine Le lis, la neige et le jasmin Du demi-globe que termine Un petit bouton de carmin , En enveloppe de sa main Le contour aussi doux qu'hermine, En fait autant à son germain ; Puis de belle en belle chemine, Et devant qu'il se détermine, Refait trente fois le chemin.

Cependant, des fines femelles, Pour fixer les faveurs d'Osmin, C'est à qui jouera des prunelles ; Mais un mouchoir qu'il jette enfin A la plus heureuse d'entre elles, Remet le reste au lendemain; Et Rosine étoit de ce reste.

Nouvel état, en vérité,

('.(i \ Ri. s BADINES

Pour peu qu'il dure, plus funeste Que le premier qu'elle 8 quitté :

« Mais c'est un choix peu médité ; ce L'injustice est trop manifeste :

ce Demain j'aurai la primauté. »

Des femmes, en fait de beauté, Tout monologue est peu modeste.

D'un second choix moins indigeste, Espérance endort vanité ; Le tiers jours, pas plus d'équité.

Soit guignon, soit mauvais manège, . Soit tous les deux : que vous dirai -je ( Elle en est au vingtième jour, Sans avoir encore eu son tour.

Elle ne retient plus ses larmes :

ce Quel est donc l'étrange séjour « Où j'étale aux yeux tous mes charmes, « Sans pouvoir inspirer d'amour ?

« Ah! disoitla belle éplorée, « Que mon cœur s etoit bien mépris !

« Hélas! si j'étois ignorée, « Du moins j'ignorois le mépris ; ce Etre vingt fois déshonorée !

« O l'indigne et l'affreux destin !

« M'a-t-il un moment désirée ?

ce Le tyran ! de quel air hautain ce Il se présente à notre vue !

a Ce coup d'œil errant, incertain, ce De quelque attrait qu'on soit pourvue, ce Ce geste presque de dédain, ce Porteur de l'arrêt qui me tue, ce En m'exposant au ris malin , ce De celle dont il s'infatue!

« Quel empire absolu sur nous !

« Comme sous lui tout s'humilie '.

« Quelles rivales ! quel époux !

« Mais que leur nombre multiplie ;

« Qu'elles triomphent, qu'il m'oublie,

« Et que, tandis que je le fuis.

« Aux pieds du monstre prosternées.

« Les lâches passent les journées

« A briguer de honteuses nuits;

« Pour nous, songeons mieux qui nous som-

« Relevons un rang avili ; [mes,

« Méritons un sexe embelli

« Pour commander à tous les hommes.

« Fuyons de ces barbares lieux,

« Où la beauté n'a point d'empire,

« Et couronnons, sous d'autres cieux,

« Quelque amant moins audacieux ;

« Quelque amant du moins qui soupire »

Elle auroit pu fuir à l'instant;

Si demeura-t-elle pourtant,

Curieuse encore de voir celle

Qu'Osmin recevroit dans son lit.

Point de mouchoir encor pour elle :

Donc l'héroïsme ne faillit

De la reprendre de plus belle.

Des jardins le mur treillissé,

La nuit l'invite à l'escalade.

Quelque peu de vivre amassé,

Elle monte, saute et s'évade

Du plus austère des couvents,

Trouve un brigantin, s'en empare,

Manœuvre de son mieux, démare,

Et s'abandonne au gré des vents.

Rosine avoit lu les romans :

Leurs plus rares événements Pour elle étoient mots d'Évangile ; Mais l'héroïne au cœur d'argile; Manqua de foi bien des moments ; Et bien des fois, malgré ses dents, Elle observa jeûne et vigile.

Après quelques jours de gros temps, Où, des bons vents la troupe agile, S'épuisa de soins obligeants, Elle, et son bâtiment fragile, Vinrent échouer près d'une isle, Qu'habitoient de fort bonnes gens.

A quel degré, sous quel zone, Ce pays-là? Je n'en sais rien.

Le fait est qu'il différoit bien Avec celui des Amazones.

C'etoient femmes sans hommes ; ici C'étoient dans l'isle hommes sans femmes; La dernière avoit rendu l'âme.

Un cocu diroit : Dieu merci !

Mais moi qui ne le serai mie, Femme n'ayant, mais douce amie, N'ai garde de parler ainsi.

Pour vous mieux expliquer ceci, La mortalité s etoit mise Sur tout le beau sexe du lieu.

Le nom du mal importe peu :

Mais enfin telle en fut la crise, Que tille, mère, et de par Dieu, Voire, la grand'mère y fut prise.

De Vlsle- Veuve cependant, Nulle terre n'étoit voisine ;

One on n'y connut la marine :

Donc, nul remède à l'accident.

Jugez, cette vérité sue,

Si Rosine y fut bien reçue.

L'État étoit républicain,

Partant, tout commun, perte ou gain :

Si qu'au ciel chacun rendant grâce,

Compta qu'il auroit de sa race.

Pour moi, la façon d'en avoir

Eût fait mon seul et bel espoir.

Chacun prétend donc à l'aubaine,

Sans que personne ose y toucher,

Pas seulement en approcher ;

C'étoit déjà leur souveraine :

Un objet si rare et si cher,

Même est pour eux plus qu'une reine.

C'est quand parfois le bien nous faut,

Qu'alors le prisons ce qu'il vaut,

En pompe, et de fleurs couronnée,

Dans un palais elle est menée.

D'abord on lui fait sa maison ;

Cour leste, amoureuse et galante ;

La garde, ainsi que de raison,

Sage, discrète et vigilante ;

Cœurs sans nombre, pour tout blason.

Quant à l'étiquette, excellente :

(Plus d'une femme en conviendra)

Elle porte, qu'avant huitaine,

Sa Majesté prendra la peine

De se choisir qui lui plaira.

Le choix, au cas qu'elle soit mère,

Une fois par an changera ;

Quatre fois, en cas du contraire :

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Qu'au reste, tout ce qu'en secret

Elle fera, sera bien fait,

Et que ce sera son affairé.

Quel heureux et prompt changement !

De honte ainsi gloire es't voisine :

Fortune, par ce règlement,

De toute l'isle, en un moment,

Forme un beau sérail à Rosine.

Que lui désirer de plus doux 1

Elle peut avoir plus d époux

Qu'un sultan jamais n'eut d'épouses ;

Faire, en un jour, plus de jaloux

Que l'autre, en mille ans, de jalouses !

Et notez que murs, ni verroux,

De ses plaisirs ne lui répondent ;

Au-devant d'elle ils volent tous :

Sous ses pas d'eux-mêmes ils abondent.

Hommes orgueilleux, jugez-vous !

Comparez sa gloire à- la vôtre

Que l'une est au-dessus de l'autre !

Quels droits, selon vous, à l'orgueil.

Présentent la plus douce amorce,

De ceux que s'acquiert un bel œil,

Ou de ceux qu'usurpe la force ?

Par la ville, où tout l'adoroit.

(Ce n'est conte de Mélusine)

Tant que le joli jourduroit,

Sur un char élevé, Rosine

Rouloit, cherchant qui lui plairoit.

Vous eussiez vu, sur son passage,

Les hommes, ces bons habitants,

Du moins sensé jusqu'au plus sage,

Petits, plus souples que des gants,

DE PIRON /l

S'empresser à lui rendre hommage; Et maints Adonis arrogants, Habillés à leur avantage, Se carrant bien de tous les sens, De leurs grâces faire étalage, Rire pour faire voir leurs dents, Minauder, et mettre en usage Tout l'art des coquettes du temps, Qu'on reproche à nos jeunes gens, Enfin, pour primer sur les rangs, Faire un plus mauvais personnage, Qu'aux yeux du plus fier des sultans, N'en fait le sexe qu'il outrage.

Le sort bientôt se déclara.

Le lot fut pour un insulaire, Beau, bien fait, jeune, et cœtera :

Hylas est le nom qu'il aura ; Le reste m'est peu nécessaire.

Suffit qu'il eut le don de plaire, Que la sympathie opéra, Et qu'au lit, contre l'ordinaire, L'Hymen en locataire entra, Et l'Amour en propriétaire.

Hylas époux, Hylas heureux. N'en devint que plus amoureux, Que plus aimé, que plus aimable :

On vit la paix inaltérable, Et l'Hymen en même maison.

Je vous en ai dit la raison :

Cet Hymen étoit peu durable, Ils alloient être désunis.

Trois mois incessamment finis.

De fruit n'offroient point d'apparences :

D'Hylas imaginez les transes !

Ccder un si parfait bonheur!

Ce désaisir de tant de charmes !

Le désespoir entre en son cœur ; La rage y resserre les larmes ; 11 y parut à sa pâleur.

— Qu'avez- vous, Hylas ? dit la belle.

— Ce que j'ai, dit-il ; ah ! cruelle ! Demain je vous perds pour toujours, Et vous me tenez ce discours!

Avez-vous déjà, dans votre âme, Nommé celui qui jouira

Du prix qui n'est dû qu'à la flamme De l'époux qui vous adora ?

D'un tendre amant qui vous adore, Comme les dieux sont adorés, Qui va vous adorer encore Tandis que vous le trahirez ?

Demain mon sort n'est plus le vôtre , Demain votre cœur m'est fermé, Et ce cœur n'est pas alarmé !

Rosine entre les bras d'un autre !

Rosine qui m'a tant aimé !....

— Et qui plus que jamais vous aime, Interrompt-elle en soupirant :

Ma tendresse est toujours extrême, Pour vous je suis toujours la même ; Que ce baiser en soit garant !

Mais mon pouvoir n'est pas suprême, Le droit public est mon tyran.

Reine en ces lieux, moins que captive, De vous seul en vain je fais cas ; Les loix sont faites, cher Hylas ;

Il faudra bien que je les suive ; Mais je ne vous oublierai pas.

A cet arrêt, qui l'assassine, Il jette un cri plus douloureux, Tient des propos plus langoureux Que tous les héros de Racine.

Il voulut se percer le sein ; Vingt fois on désarma sa main.

Rosine, aussi vive, aussi tendre, S'emportoit contre le destin :

— Mais, cher Hylas, que faire enfin ?

Pour être à vous, par où m'y prendre ? Fuyons, dit-il, et promptement !

Pourquoi répugner à la fuite ?

Confions-nous à l'élément Qui sur ces bords vous a conduite.

Seule, vous l'osâtes braver, Dans votre première aventure; Les arbitres de la nature Ont pris soin de vous conserver :

C'est qu'ils vouloient vous réserver A la tendresse la plus pure.

Après vous l'avoir fait trouver, Leur protection vous est sûre ; Venez avec moi l'éprouver.

Venez : à ce nœud légitime, Je vois ce que vous immolez, Quand d'ici vous vous exilez.

Cette isle entière est nm victime .

Vous abandonnez les douceurs D'un séjour où l'on vous accable D'hommages, de vœux et d'honneurs, Pour courir un risque effroyable ;

Vous quittez L'empire des cœurs,

Des empires le plus aimable ; Mais, Rosine, vous me suivrez!

Des plus doux plaisirs enivrés, C'est ensemble qu'il nous faut vivre.

Est-il ici-bas quelque bien Plus doux que ceux qu'Amour nous livre? Ah ! quand c'est lui qui se fait suivre, Qui le suit ne regrette rien.

Que n'ai-je été maître du monde !

J'eusse, au mépris d'un rang si beau, Bravé le fer, la flamme et l'onde, Pour être à vous jusqu'au tombeau !

II en jura : la belle, en somme, (Qui n'avoit pas laissé d'abord De regretter un peu le sort Qu'elle abandonnoit pour un homme) Le belle, dis-je, avec transport, En amante un peu trop fidelle, Fut généreusement d'accord De tout ce qu'on exigeoit d'elle.

— Eh bien, dit-elle, cher époux, Fuyons! un tel avis m'oblige.

Une seule chose m'afflige :

Je quitte encor trop peu pour vous.

Par l'aveugle Amour conseillé, Partons : je vous suis. De ses voiles La nuit couvrant jusqu'aux étoiles, Voilà notre couple héroïque Embarqué dans l'esquif unique, Presque aussi mal appareillé Que lorsqu'il arriva d'Afrique ; Mais un peu mieux ravitaillé :

là Rosine, heureuse et tranquille, Étoit dcjà bien loin de l'isle, Quand le monde y. fut réveillé Pour se consoler de sa perte, Chacun fit quelque chose, ou rien ; Chacun fit bien ou mal ; mais certe, Que chacun fît ou mal, ou bien, L'isle au bout d'un temps fut déserte.

Cependant Rosine en repos, Voguant à la merci des flots, Sembloit avoir dans ses voyages, Éole et Neptune à ses gages.

Celui-ci, bien que de long cours, Parut toutefois des plus courts.

Elle voyoit mille avantages A ses innocentes amours ; Et pour n'avoir pas à se plaindre, En soi-même elle se peignoit Mille inconvéniens à craindre, Dans l'état qu'elle abandonnoit, Et qu'elle eût dû, plus tôt se peindre Car en effet le dénouement, A moins d'un secours tout céleste, Après un beau commencement, Lui pouvoit devenir funeste.

Un bourguemestre saugrenu, Pressé d'une ardeur indiscrette, Dont le tour ne fût pas venu, A l'époux nouveau parvenu, De force à la fin l'eût soustraite, Sans nul égard à l'étiquette, Les sénateurs, sur ce viol, Auroient, en confisquant le vol,

Fait justtee cfu bourguemestre,

Et dit que chacun d'eux en paix Exercerait seul désormais L'emploi de mari par semestre.

Le peuple se fût révolté.

Quel enfer alors eût-ce été, Que ce beau paradis terrestre?

Surtout, si pendant un traité, Où tout le monde eût contesté, On eût mis" la reine en séquestre Chez le plus vieux de la cité.

Quel embarras de tout côté ! Ici, quelle paix, au contraire!

Je serai donc heureuse enfin, S'imaginoit-elle en chemin.

J'ai trouvé le point salutaire :

Un seul homme fait mon destin ; Seule j'ai son cœur et sa main, Rien jusqu'ici ne m'a dû plaire :

Pas le moindre amant chez ma mère !

Trente rivales chez Osmin!

Dans l'isle un monde à satisfaire :

Ennui, dépit, dégoût, misère !

Mais un tendre époux plein de feu N'est ni rien, ni trop, ni trop peu : C'est assez, et c'est mon affaire.

Avec ce beau raisonnement, Rosine est par la Providence, De vague en vague, heureusement Poussée au lieu de sa naissance :

Mais, par malheur pour la constance De son époux toujours amant, Son lieu natal étoit la France.

Père, mère, tout étoit mort, Elle unique et riche héritière ; Partant le mari gros milord, Et sa bonne fortune entière.

D'abord il en parut confus.

Rien negaloit sa gratitude.

Vertu, de toutes les vectus, Dont l'homme, en la vantant le plus, Se fait le moins une habitude.

Des libres façons du pays, Bientôt l'insensé prend ombrage, Devient jaloux jusqu'à la rage, Croit sur un rien ses feux trahis.

Rosine qui prévoit l'orage, Cherche à rassurer son époux Par un volontaire esclavage :

Mais rassure-t-on un jaloux?

Il faudroit qu'un jaloux fût sage.

Celui-ci, le plus fou de tous, N'aborde plus qu'il n'injurie, Ne s'éloigne plus qu'en furie, Et que sur la foi des verroux; Bientôt encore il s'en défie, Et l'outrageante jalousie Dominant ce cœur déréglé, Le fait recourir à la clé Que Vulcain forge en Italie; Clef maudite! infâme instrument!

Qui, lorsqu'il faut qu'un mari sorte, Condamne la dernière porte Par où se peut glisser l'amant.

Jusque-là, soumise et ridelle, Rosine ne murmure pas :

.i I ski. s BADINES

Tout ce qui tranquillise Hylas Produit le même effet en elle.

Mais, gens de bien, admirez tous .L'iniquité du personnage I De l'ingrat, qui du mariage Ose ressentir les dégoûts, Et fausser la foi qui l'engage !

L'air du pays, me direz-vous, Influoit : mais être volage, Sans rien rabattre du jaloux !

Ce n'est ni le droit, ni l'usage.

La belle en eut le cœur percé De l'atteinte la plus cruelle :

Elle regretta du passé Jusqu'à la maison paternelle:

Le regret surtout lui rappelle L'isle, dont elle avoit été L'amour et la divinité, Vrai paradis perdu pour elle, D'où, pour se voir abandonner, En aveugle et tendre victime, Elle s'étoit laissé traîner Du sein des plaisirs dans l'abîme!

Même encore au sérail, du moins, Entre elle et ses vingt-neuf rivales, Le Turc eût partagé ses soins ; L'espace d'un mois de tous points, Les eût rendu toutes égales. Trente maîtresses, sur son cœur, Avoient prétention commune :

S'il en mécontentoit quelqu'une, Par une trop volage ardeur, Il n'en abandonnoit aucune :

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Au lieu qu'Hylas, n'en eût-il qu'une,

Cette une a toute la faveur,

L'épouse toute l'infortune,

Et point de terme à son malheur.

Elle étoit trop infortunée:

Le Ciel enfin la secourut :

Elle changea de destinée ;

Un beau matin l'ingrat mourut,

Et serviteur à l'Hyménée!

Rosine en réchappe à vingt ans,

Fraîche comme rose au printemps,

De toute gentillesse ornée ;

Riche, point des plus importans,

Appât de triomphante espèce

Pour les nobles cœurs de ce temps.

A beauté, chevance et jeunesse,

Ajoutons pleine liberté,

Plus de savoir, moins de simplesse;

La voilà sans difficulté,

Plus heureuse qu'une princesse.

Des autres états, celui-ci

Est l'agréable raccourci.

Sans père, ni mère, elle est fille :

Sans mari, mère de famille :

Sur ces petits-maîtres altiers,

Qui sont, par un bonheur extrême,

Coqueluches de leurs quartiers,

Elle a tout au moins son trentième :

Chez elle enfin, par ses appas,

Attirant la cour et la ville,

Elle peut choisir entre mille,

Et jouir jusqu'à son trépas

Des prérogatives de l'isle,

Sans en craindre les embarras. u

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