LA FILLE RECONNOISSANTE
La fille unique d'une veuve S'étant mariée à Lucas, Se flattoit, tant elle ctoit neuve, D'être toujours entre ses bras.
Quelque temps après l'hyménée, Bonnement elle se plaignit Que tant que duroi: la journée, Rien, le soir rien, et rien la nuit.
— Ma foi, lui dit le bon apôtre, Tout ne peu^ pas toujours servir ; Il faut en acheter un autre ;
La foire va bientôt tenir.
Selon l'argent la marchandise :
Si j'avois di.v écus comptant, J'en aurois un de bonne mise, Et je m'en reviendrois content.
Claudine, aux. dépens de son homme, Epargne si bel et si bien, Qu'elle amasse ladite somme.
Tiens, mon mari, n'épargne rien.
Le drôle court vite à la foire, N'en revient qu'au troisième jour ; Là, ne faisant que rire et boire, Il lit un magasin d'amour.
De retour auprès de sa femme, Il en fut bien complimenté.
Elle s'aperçut, jusqu'à Pâme, De ce qu'il a voit acheté.
— Du vieux, qu'en as-tu fait, dit-elle?
Cn pourroit en avoir besoin.
— Pargué, tu me la bailles belle !
S'il cr-urt toujours, il est bien loin.
— Mon iils, tu n'as pas eu raison; Pour amuser ma pauvre mère
Il auroit encore été bon.