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LE PSAUTIER

Du pieux David que les psaumes sont beaux!

Ma fille, en vous couchant, faites-en la lecture Eclairez-vous de ses flambeaux, Votre âme sera toujours pure.

Je vous prête mon grand Psautier; Plût à Dieu, ma chère Isabelle, Que vous le sussiez tout entier.

— Oui, maman. Voilà donc la belle Qui prend le saint livre et le met, Sans trop grand désir de le lire, Très-promptement sous son chevet.

Or, elle attendoit un beau sire.

Il vint, et les tendres ébats Agitant draps et couverture, Le Psautier descendu plus bas Se trouve au fort de l'aventure.

Bien plus, car du prudent ami, La reliure toute neuve, D'un plaisir qui n'est qu'à demi, Reçut une abondante preuve.

Le matin, la mère arriva, Et ne vit pas l'amant, sans doute ; Mais son cher volume trouva Tout maculé, tout en déroute.

A l'œil, au tact, à l'odorat.

Elle frémit, elle soupçonne.

— Mon Psautier est en bel état!

Parlez-moi, petite friponne.

— Je ne sais pas d'où vient cela.

Kn faute assurément je ne suis point tombée, Sinon que j'ai rêvé que David étoit là, Qui me prenoit pour Béthzabée.

L'ECORCHURE

Annettc et le berger Etienne, Tous deux d'amour épris,

Passoient et les jours et les nuits A l'ombre des forets à parler de leur peine. Lui, sans certain plaisir, ne pouvoit être heureux.

Un soir fatal à la vertu d'Annette, Etienne la pressoit l'œil enflammé d'ardeur : Son heure étant venue, une langueur secrette, Dont la bergère encore ignoroit la douceur, Coule insensiblement jusqu'au fond de son cœur.

— Dieux ! que vos lois sont inhumaines 1 Quel penchant donnez-vous pour des plaisirs si doux ? Dit-elle, je me rends; Etienne, vengez-vous

De mes rigueurs et de vos peines.

Le berger aussitôt, dévoré d'appétit, Prend le bout du lacet, ce reste de machine,

Que s ans nommer chacun devine :

Le bout étoit trop gros ou le trou trop petit. La belle crie, il pousse, à la fin il engaîne ; Mais, hélas ! par malheur, alors le pauvre Etienne S'écorche en un endroit peu distant du nombril. Etienne, une heure après, riant avec Annette, Vit cet endroit sanglant : — Je suis perdu, dit-il, C'est fait de moi, j'en tiens. Il court, il s'inquiète,

Conte la chose ainsi qu'elle s'est faite.

I46 ŒUVRKS DADINKS

— Pauvre sot, lui dit-on, qui se plaignit jamais

Qu'une fille fût trop bien faite ?

Retourne-t-en, demeure en paix ;

Et fais gloire de ta blessure.

Je connois des amans, même des plus hupés,

Qui maudissant dame nature, Youdroient bien, comme toi, qu'on les eût écorchés.

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