‹ Œuvres badinesChapitre 87 sur 128 · ÉPITRE A UNE COQUETTE · texte numérisé non relu

ÉPITRE A UNE COQUETTE

C'est assez me croire ta dupe :

En dépit de ta vanité

Et du manège qui t'occupe,

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D'honneur, je ne l'ai pas été.

Sauve qui peut!... Jeune et charmante,

Tes traits sur moi n'ont point porté.

Sans doute l'insulte est criante;

C'est manquer à la probité.

A tes ruses les plus scercttes,

Qui moi, j'ai le front d'échapper 1

Tout amant qu'on ne peut tromper, Est un monstre aux yeux des coquettes.

Je l'avouerai, quand je te vis

Fraîche, comme on l'est au bel âge,

T'avancer au milieu des ris

Et fixer la foule volage

De tous nos jeunes étourdis,

T'offrant des cœurs à ton passage ;

Lorsque je vis tes beaux cheveux

Tomber à boucles ondoyantes

Sur tes épaules éclatantes

Dont l'albâtre en ressortoit mieux ;

Lorsque je vis sur tes grands yeux

Tes longues paupières baissées,

Et ton regard ingénieux

Où l'on croit lire tes pensées ;

Cette taille qui, tour à tour,

Est légère et voluptueuse,

Et sait être majestueuse

Sans trop effaroucher l'amour;

Embrasé d'une ardeur nouvelle,

Quand je vis tout cela, Zulmé,

Je m'écriai : Comme elle est belle !

Qu'il seroit dou:; d'en être aimé!

Mais après la première ivresse,

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Quand laissant tomber le bandeau

Je vis tes projets, ton adresse,

Et tout le revers du tableau,

Ta beauté, toujours sous les armes,

Pour insulter à ses martyrs,

L'artifice de tes soupirs

Et le mensonge de tes larmes ;

Quand je te vis à tes amans

Jeter une amorce perfide

Pour t'amuser de leurs tourmens ;

Quand je surpris une âme aride

Sous le masque des sentifnens;

Lorsque, pour suivre une conquête,

Je te vis avec tant de feu

Mettre cent passions en jeu

Avec l'amour-propre à leur tête ;

Prompt alors à me dégager,

Et plein d'un sang-froid qui m'étonne,

Je m'écriai : Quelle est friponne !

Et quel plaisir de s'en venger 1

Bref, la guerre entre nous commence :

J'abjurai vite mon amour

Et n'en gardai que l'apparence.

Tu m'enhardis le premier jour ;

Le second, j'en ris quand j'y pense,

Tu fis un effort de décence.

Les dédains même eurent leur tour;

Je me tins prêt à la défense.

A cet acte d'hostilité, ,

J'oppose une autre batterie :

J'encourage ta perfidie

Par un désespoir imité.

Bientôt mon air d'indifférence

DE riRON

Arme l'orgueil de tes appas.

Nouvelle attaque, autres combats; Nous déployons notre science.

C'est à qui sera le plus faux.

De l'art épuisant les chefs-d'œuvre, Je déconcerte tes manœuvres, Et contre-mine tes travaux.

Ta prudence en vain se ménage Des chemins couverts et mêlés ; Dans tes plus sombres défilés, Je suis toujours sur ton passage.

Te souvient-il de ce moment

Où. ballotté par ton caprice,

Je soupirois si tendrement

En accusant ton injustice?

J'appuyois ces soupirs trop vains

Par un beau déluge de larmes ;

Tes yeux alors sembloient sereins,

Tu jouissois de mes alarmes.

Eh bien ! ces pleurs, ils étoient feints :

J'en suis désolé pour tes charmes.

Te souvient-il encor d'un soir Où, sur un sopha renversée, Et par cent zéphyrs caressée Dans le plus magique boudoir, Trois fois tu m etois retracée Par le jeu d'un triple miroir !

Tes frais vêtements laissaient voir Une jambe au hasard jetée, Attitude exprès méditée Pour me rembarquer dans l'espoir !

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La lumière demi-voilée, Coloroitton sein presque nu, Allant, sans être contenu, Comme une fleur sort effeuillée Du calice qu'elle a rompu.

J'ordonnai ; mes yeux s'allumèrent, Doux avant-coureurs des plaisirs ; Les gestes, les regards parlèrent.

Et tu les pris pour des désirs.

Tu t'abusois. Ciel, quel outrage !

En vain expiroit ta fierté, En vain l'amour livroit passage A l'heureuse témérité :

Tu sais trop combien je fus sage, Et cependant des feux de l'âge J'ai toute la vivacité.

Je riois de ta dignité Qui constrastoit avec l'injure, Du désordre de ta parure, De ton maintien déconcerté ; Et tu vis, dans cette aventure, Que la jeunesse et la beauté N'ont qu'un pouvoir bien limité, Sans le charme de la nature.

Combien te surpasse à mes yeux La bergère douce et sensible, Qui, par un attrait invincible, Naïvement fait un heureux!

Ses baisers peignent son ivresse, Sans ôter rien à sa candeur.

Succombe-t-elle? sa faiblesse La pare aux yeux de son vainqueur;

Sans la moindre supercherie.

Elle s "embellit en aimant, Et sa seule coquetterie Est l'art de plaire à son amant.

Mais quels tableaux vais- je te faire ? Je choisis là de vieux crayons, Et ressuscite la chimère Des Hylas et des Coridons Mourant d'amour sur la fougère.

Et bien plus sots que leurs moutons.

Va, Zulmé, fournis ta carrière :

Il est tant de mortels blasés, Tant de petits seigneurs usés, Qui réclament ton savoir-faire!

Exerce tes jolis talens Sur quelques fous mélancoliques; Attaque des tempéramens Russes, anglois ou germaniques :

Voilà, crois-moi, voilà tes gens.

Pour moi, je hais trop l'artifice Et je tiens trop aux sentimens.

Sais-je évaluer un caprice?

Sais- je priser de faux sermens?

Trompe, désespère, tourmente Les oisifs qui sont tes amans :

Poursuis; coquette de vingt ans, Ta couronne est encor brillante ; Mais c'est à trente où je t'attends.

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