A MON ILLUSTRE BIENFAITEUR
Le noble, le vaillant , le magnanime Prince Lionel, Prince de Galles.
« Sibille de Primrose , épouse de 5' Conant de Bretagne , alors inconnue » et comblée , donna sa parole de se «découvrir, lorsqu'il lui deviendroifc » possible de le faire. Elle la dégage
PERDU ET RECOUVRE. 2o5 » anjourdliui , Prince , sans compro- » mettre les intérêts de son époux et » ies siens , et jouit de la satisfaction » de s'avouer à vous ; si elle parut; » manquer à la reconnoissance , en • couvrant d'un voile nécessaire un «secret important, dont elle n*étoit «pas maitresse de disposer, c'est de a» vos vertus qu'elle en attend le par- » don , avec la plus ferme assurance » de l'obtenir.
» Les bruits publics peuvent vous » avoir instruit des motifs qui me for- » çoient à fuir la Bretagne , lorsque » j'abordai chez vous par un naufrage.
» Si vous en ignorez quelque circons- » tance , vous pourrez les apprendre » de mon écuyer. Il a ordre de ne » vous rien taire de mes situations » passées et présentes ; et je prends » plaisir à croire que ces récits ne se- » ront pas sans intérêt pour vous.
«Adieu, prince; persévérez dans » les voies nobles , où vous a vu
2o6 L'HONNEUR
y> marcher cette étrangère , oh'et dg » vos soins humains et généreux : eu » désirant que vous cessiez de sacrifier » aux préjugés barbares, dont l'empire » vous fit exposer pour elle des jours ï> si précieux , elle demeure encore » dans Pétonnement de cette preuve « de votre bonté et de votre courage.
» Vous avez ravi en tous poiu's son » estime : elle se fera gloire devant X» toute la terre , de vous Pavoir ac- » cordée. ^>
Cette lettre fut un coup de foudre pour le prince de Galles , à qui rien, jusque-là , n'étoit parvenu de l'histoire de Sibille;elle i éveilla en lui des principes d'honneur , qu'il pouvoit sacrifier à son goût effréné pour le plaisir , mais jamais oublier. Tout devint grand à ses veux , dans la conduite d'une femme sur le compte de laquelle l'orgueil et l'entêtement l'avoient égaré. Et , parmi les embûches tendues , les insultes faites à ce caractère si noble, si fait pour en im-
PERDU ET RECOUVRE. 207 poser au sien ,il se rappelle avec indignation contre lui-même , la lâcheté ffu'il a eue , de se mêler parmi les bateleurs , chargés de la ï'aire tom])er en confusion ,sans avoir pu y réussir; et , pour surcroît au tourment qu'il éprouve , le tableau des dons naturels qui servent de relief à un si rare mérite , vient se représenter avec tout; son éclat à son esprit troublé.
Cent traits plus aigus, plusperçans les uns que les autres déchirent son cœur. Un véritable amour, mais malheureux, mais désespéré , en naissant , y enfonce , non un trait, mais un poignard. Il succombe, il ne verra point l'écuyer de la divine Primrose, qu'il ne se soit donné le tems de se remettre de son désordre, de sa confusion.
Vous, beau sexe, si, dans cet entr^acte, vous voulez voir un de vos plus dangereux tyrans humilié, profitez de l'occasion; considérez-le dan»
les angoisses de la toiture. C'est pour
aoS L'HON.PERDU ET RECOUVRÉ.
votre satlsfactionqu'uii de vos dévoues l'a mis en sacrifice.
Cependant il pleuvoit à Rome des indulgences sur Conant et sur Sibille.
Cette hasardeuse beauté en obtiendrat-elle un peu de la part de ceux qui liront son histoire ? Elle a un côté bien foible. L'amour, qui fut son maître , peut faire excuser bien des fautes ; mais jamais celles qui vontdirectement contre les droits sacrés de la nature.
LA