‹ Œuvres badines et morales de CazotteChapitre 25 sur 30 · I^ A BELLE · texte numérisé non relu

I^ A BELLE

ignorer qu'elle n*est pas coupable <lu dernier prestige dont vous alliez être la dupe.

Alors elle lui dévoila le secret de cette brillnn le transformation, opérée pour lui faire mieux sentir l'inconvénient (ie désirer des prodiges, et ea amortir en lui le gont immodéré.

cf 11 se pouvoit, sire , poursuivitelle, d'après votre manie si généralement connue, de ne vouloir épouser qu'une fée , qu'une femme plus instruite et beaucoup plus dépravée que Cancrelade parvint à vous tendre un piège aussi brillantet beaucoupmieux concerté. Préve?iez cette disgrâce; mariez - vous : l'intérêt de vos états et le vôl re l'evigent ; mais cessez d'aspirer à des noces inégales. Je suis fée et viens de vous en donner la preuve.

Kotre existence n'est pas problématique, mais comme on n'a écrit et récité que des mensonges à notre sujet, vous n'avez pas pu prendre une juste idée de notre nature. Si une de nous

PAR ACCIDENT. 2^5 poiivoit se résoudre à vous donner ]a main, et je vous parle d'un impossible; que foriez-vous d'une épouse cjui ne pourroit l'être qu'en apparence, qui n'auroit aucun goût analogue aux vôtres, et dédaigneroit les objets les plus attrajans de vos convoitises ?

D'ailleurs , vous attendriez de sa puis- Mnce , et très-inutilement, des efTefs contrairesauxloisqui enontdéternjiné Tusage. Un ordre immuable enchaîne tout ici , et acquiert un ressort continuel par les contrariétés apparentes qu'il éprouve. Nous pouvons y concourir : nous ne pouvons rien déranger ; et ne jugez pas de notre pouvoir par les efl'ets extraordinaires dont vous avez été témoin. Il y a bien loin du prestige au prodige. Tout est vrai dans le second : les moyens n'en sont pas ici. Dans le premier, tout n'est qu'apparence. La vieille Cancrélade n'avoit point été rajeunie. Le pavillon magnifique , sous lequel vous avez vu cette prétendue beauté, s'est évanoui avec P 5

les charmes dont elle avoit été parée.

Tout n'étoit qu'une illusion, et une illusion très-limitée : elle ne pouvoit avoir que la durée d'un songe , dont elle étoit l'image. L'architecture de cette brillante imposture ne valolt pas mieux que celui qui l'a détruite. Je pouvois, sans tant d'appareil , en soufflant sur cette vapeur coloriée ,1a dissiper; mais j'ai voulu vous faire con- Boître les véritables artisans des impostures dangereuses auxquelles vous vous étiez exposé , afin de vous prévenir désormais contr'elles , et vous apprendre ce qui peut arriver à ceux qui s'exposent aux prestiges des illusions. En un mot , prince , rien n'avoit été fait, rien n'a élé détruit; mais vos yeux , ceux de votre cour ont été fascinés. Nos occupations ordinaires ne sont point d'un genre aussi bas; un intérêt bien vif, et dont, quelque jour, vous connoîtrez la source , nous porte à secourir , à consoler les pauvres mortels , qui sont pour nous des objets de

PAR ACCIDENT. 267 compassion, dans quelcjue rang qu'ils setrouvent placés. JNous les plaignons beaucoup , parce qu'ils sont fort à plaindre. Nous avons donné des larmes à la mort prématurée de votre respectable mère. Votre obstination à courir après des chimères en a précipité l'événement. Ah, si vous eussiez donné la main à l'aimable , à la vertueuse princesse de Candahar!...

Ah, madame! dit Kalilbad les yeux baignés de larmes, l'amertume de ce reproche me pénètre. Il me rappelle ma dureté à l'égard de ma mère ; mon injustice à celui de la plus charmante princesse de la terre.

La répareriez-vous, prince, dit la fée.... Si je la réparerois ? Conduisezmoi à ses pieds, et vous serez témoin des transports de ma joie , si votre puissance , ma flamme et mes regrets peuvent m'en obtenir le pardon.

Vous n'irez pas loin pour l'obtenir, dit ia fée, en levant de concert avec

sa sœur le voilo qui coiivroit la jeune princesse de Candaliar.

Toute îfico'.T d'Astracan fut éblouie à la vue des cluirmes de Bellasire. Un senrioK.n{ aussi vif cjue proiond , une émotion doute et uaive donnoient à sa ravissante physionomie un jeu , une vie , un et 1 ^t qui la renctoient touchaufe, sansqu*clie perdit rien de ce au'eile avoit de piquant. Kalilbad est à s'^s pieds , et ne s'en relève que pour recevoir sa foi et lui donner la sienne, ri'^in de reconnoissance pour les cé- Jestes instvumens de son bonheur , il insiste pour qu'elles veuillent bien, levant leurs voiles, se faire connoitre particulièrement de lui.

Vous prenez un mauvais moyen , lui dit Cliéridiane, et vous ne nous trouveriez pas aussi belles que vous le supposez. T^ons sommes des beauléi sérieuses, trop semblables aux vérités dont nous sommes rjuelquefois les interprètes. Vous êtes trop jeune encore, pourcjue nous nous montrions à

PAR ACCIDENT. 2Cr) VOS yeux à visage découvert; mais nous ne faisons pas voeu de vous être toujours aussi étrangères. Pour vous ras urer sur nos iutenlions à votre égard, nous tous hissons un gage de notre confiance en vous : c'est le légitime souverain de la Géorgie et de l'Inmette. dont votre épouse connoît l'histoire. Qu'il apprenne ici, par votre exemple, à mériler de légner sur ses semblables; quand nous vous aurons obligation de ce petit chef-d'œuvre, vous nous verrez à visage découvert.

Aîais, avant que de vous quitter, pour vous consoler de ne pas toutconuoitre, je veux vous dire un secret. Une belle femme, animée d'une passion honnête, est le plus ravissant spectacle c[ui soit sous les cieux. Nous vous laissons cette merveille ; c'est d'elle seule que vous devez vous occuper.

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