‹ Œuvres badines et morales de CazotteChapitre 30 sur 30 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

IVlor qui, jeuneautrefois, du son d'un Mirecourt (i > Remplissoisanti-chambre, escalier, porche et cour • Qui sur une gavotte, ou sauteuse, oubrunette Faisois danser gaijnent Guillot avec Perrette J'entreprends de chanter; qui? un héros? un roi? (moi. >' on :jnais quelqu'un que j'aime, et ce quelqu'un c'est Oh moi*! dont à travers chacun ici raisonne, Oh moi ! si peu prisé de ce qui l'environne ; Cher jnoi! M oi t rop channant,et de tous négligé, L'instant arrive enfin où vous serez vengé.

<I) Mirecourt, petite ville de Lorrains où on fait de* \iolonj (jui B'«nt point de réputaiiun.

So6 ŒUVRES

Je prévois les écueils semés sur ma carrière , Car chacun a son moi qu'il veut qu'on vous préfère^" Et je vois , sur ces moi , voulant vous élever, Mille moi contre vous prêts à se soulever ; Par l'excès du danger mon audace animée, De ces moi conjurés braveroit une armée. Qu'ilsme laissent parler de moi, de moi, de moi , Beaux esprits, taisez-vous; belles, écoutez-jnoi; Aimez-moi, baisez-moi, semez ma renommée, Ne parlez que de moi dans toute la journée , Occupez-vous de moi dès l'instant du réveil , Et ne rêvez qu'à moi pendant votre sommeil ? De tout autre souci l'ame débarrassée.

Consacrez à moi seul et désir et pensée. Vous, que le prince a mis dansunp'osted'honneur, 11 faut pour moi bien vite employer la faveur; Sollicitez le roi , tourmentez tous les princes ? Tirez des pensions de toutes les provinces , Qu'en de nouveaux replis, ardente àm'étayer , Pour moi Tintrigueencoreapprenne à se plier; Qu'elle sache employer ses ressources fideiles. Les donsfaits à propos, et les faveurs desbelles; Que l'avare opulent , en cessant d'enfouir , Pour moi dépense tout et commence à jouir. Mais quel est donc ce moi, pour qui tout doit se faire ? Ce moi? C'est moi Rameau, Rameau, filsdeson père, D'un oncle très-connu neveu trop ignoré , D^is la gêne et TouliU gisant contre son gré ,

DIVERSES. 3o7

Fait, suivant son avis, pour d'autres aventures^ Pour obtenir du ciel les faveurs les plus pures, D'Apollon, en naissant, presque prédestiné, Nourri dans un berceau de lierre couronné (i). Elevé chaque jour au doux son de la lyre. A peine encore éclos, tout sembloit meprédire Çue mes ans fortunés s^'écoulcroient un jour Danslrs bra>de la gloire et dansceuxderainonr, Quand M omus (2), ce bouffon de céleste origines M'appercut en passimt , et jugeant à ma mine C"e j'étois propre à faire un de ses favoris y Bésolut de tromper Apollon et Cypris ; D'arracher un soutien à leur brillant ejnpirc , Et de me destiner à rire et faire rire. D'abord le dieu badin déroba mon hochet , Mit sa marotte (3) en place, et, dans son trébuchef. Pesant les qualités qui m'étoient nécessaires , Non pour mon intérêt, mais bien pour ses affaires, Estima que mon teint étoit trop délicat (4) j

[l] Le premJ<>r beiceiu do M. Rameau a été l'étiM tl'une ronlTe-bas»«,

(1) Momut esc la divinité reconnue de tous le» cer- ▼eaux timbrés et dei railleurs.

[3) La marotte ect le sceptre de Momus, il estgarol de |;relot*.

(4) Une ancienne tradition porte 'jue AI- Rame** itoii tièt-joli daos ton enfance.

3o3 ŒUVRES

Sur Sun trop de fraîcheur, sur son trop d'incarnat, Il rendit un arrêt tout remj)li d'injustice j La petite vérole en fut Texécutrice , Et mon front labouré devint en un seul jour Le plastron des brocards et l'effroi de l'amour j De la sorte affublé , mon burlesque visage Faisant rire et pleurer chacun sur mon passage, De le faire adopter, quel qu'il fût, j'eus projet, Et d'être dans l'état un important sujet. 11 falloit m'embarqucr dans la littérature. De grec et de latin me farcir sans mesure. Je croyois le savoir , tant j'étois bien timbré, Pour m'élcver fort haut un excellent degré : Je tends donc bonnement la main à la férule. Le pédant stupéfait à mon aspect recule : Nous nous fixons tous deux; un sourire nous prend. La classe en faux-bourdon aussitôt le re]>rend. Il fallut jn'échapper ; car la pédanterie Ne peut rimer qu'en vers à la plaisanterie : Sa morgue lui plaît fort : elle rit à regret : De son front déridé j'eus yiayé l'intérêt. Mal fourni dosavoir, et toujours en balance Comment je me feroisun homme d'importance. Un accès de valeur , mais sans redoublement , 3VIe saisit : je me fais soldat d'un régiment (i);

[l] M. Rameau s'engapea ,n l*âg- de dix-s-pt an» dan» le rrgim-ni «U Poitou. 11 idodu une derai-6*'"Je > «* •e dégoûta du métier.

DIVERSES. 3og

jVn«r^'l«Wjnrlf|iio joti ri Konnriir<lr In cocarde j Miiis la fièvre nip prit rn descendant la garde. Dfgoûté du métier qui forme les héros , Des prélats fortunés admirant le repos, Et l'honnête embonpoint qu'enferme leur ceinture, Je «lonnai , front baissé , dedans la préjatiire ; Me voilà tonsuré. Tonsuré ! quoi ! Rameau ! Vne couronne encor brille sous ton chapeau ! De tant d'états divers qu'embrassa ta jeunesse, Pargoût«rindépendanceet par goût de mollesse, Tu n'as rien conservé ? Tu connus leur néant , Et tu les oublias en les abandonnant , Et le petit collet te captive , t'arrête ? Philosophe à demi , tu crois que sur ta tête , Dans ce moncle,où tu vis, le bonheur étranger Peut, par cecercleétroit.pleuvoirct s'arranger? Bien ! si c'est le défaut de ma philosophie De croire les prélats heureux en cette vie , Par un moyen bien simpleon pourra m'en guérir, Il fatit d'un prieuré bientôt me revêtir. Calculant à loinir sa valeur mensongère , Duclincant de son or, j'aurai la prt'uve entière; Maisjusqu'àcemoment, chercollet , chernianteau. Demeurez pour jamais l'ornement de Rameau. C'est sous ce vêtement que ma face étrangère Du grand jour de Parisvint chercher la lumière, ' Lorsque du séminaire , un recteur inquiet , Pourètre trop plaisant, m'eut ouvert le guichet.

5io ŒUVRES

Je parus , et d'abord en bonne contenance Ma soutane flottoit avecque révérence ; Le drap en étoit neuf, et , tout en ondoyant , Ma ceinture cédoit aux doux efforts du vent. J'allai me présenter à la source féconde (i), D"où les bienfaits de Dieu seversoient sur ce inonde. J'entre : on fait décliner inon nom et mon état , Le but qui me conduit.... C'est un canonicat ; Mon nom est Jean Rameau, neveu de l'organiste, Qui n'a jamais touché de messes jansénistes , Tonsuré, Dieu merci, au moins de quatre doigts ; Cesontlà, monseigneur, mes titres et mes droits. A ce court exposé , si bien fait pour instruire , Je crois qu'on auroit ri si l'on avoit su rire ; Peut-être on se mordit la lèvre adroitement , Et je fus éconduit snns autre compliment. C'est ainsi qu'à la cour , au mépris de mon titre, La main qui pouvoit tout m'écarta du pupitre. J'aurois paisiblement digéré ce mépris ; Mais par malheur la faim m'attendoit au logis. J'ai , medisois-je , un oncle : il faudra qu'il m'héberge , Allons au grand Rameau : ah ! la mauvaise auberge ! Traiteur î Si vous voulez attirer les chalans , Choisissez bien parmi tous les noms imposans j

(l)M. Rameau, en débarquant du corhe, alla trouvor l« ministre qui avoit alors U feuille des bcoéiicei.

DIVERSES. 5ir

Hor«; qu'à vous ruinerunastrcvouscontraigne, Soit mon oncle à jamaisbannidevotreenseigne; QnellogisqueIesien,pourboireet pour manger! D'un œuf à demi cuit il fallut m'arranger ; Mais si le corps étoit vide de nourriture , L'esprit abondajnment fut pourvu de pâture : Mon neveu , commeundiable U vousfaut travailler. Et d'estoc et de taille il vous faut ferrailler; Archet , anche, clavier, que tout vous obéisse, Sous i'fffort de vos doigts que le boyau frémi s-se: Cherchez à composer, et dans tant de métiers, Simple apprentif encor , faites des écoliers ; Vivez à vos dépens : c'est un projet honnête ; Kou8 avons bien diné ; que rien ne vous arrête; Allez vous préparer à vos nouveaux essais , Et moi je sourirai de loin à vos succès. Me voilà bi«n lotti , sans argent, s«ns asile, Et contraint , sans école , à devenir habile. J 'Targne à mes lecteurs les angoisses, les maux. Les dégoûts rebutans, les impuissans travaux. Tels que le dieu malin de la plaisanterie S'apprrcut que cela passoit la raillerie ; D'unpetit coupdoharheil frappa mon cerveau; Je me crus transporté dans un monde nouveau. Au biirles^pip enjouement mon ame fut vouée , Et d'un sel ambigu ma langue fut douée. De plus , je révoltai , jamusni , et je plus , Ef , chassé de partout, partout je reparus :

3î2 ŒUVRES

Semblable au roi de Pont (i ) , dans mes sages retraites , Les triomphes souvent suivirent mes défaites. Je n'étois pas alors bien digne de pitié , Car j'avois deux apjuis , Momus et Tamitié , L'un , de mon enjouement soutenoit le délire , L'autre écartoit la faim, grand ennemie du rire; Et cependant j'allois toujours déraisonnant , Et c'est ainsi qu'un jour je pris femme en passant. Je me disois : Rameau, tun'es rien danslemonde: Ici sur quelque titre il faut que l'on se fonde : Si quelqu'un, par hasard , t'ôte encore le chapeau , C^est qu'on salue en toi le neveu de Rameau. Prendsfemme, et parl'effet d'une heureusealliance, D'un citoyen complet aspire à l'importance. Tu te vouas long-tems au triste célibat ; Tu seras plus heureux dans ce nouvel état. Je me crus ; j'épousai : je me pressai de vivre, Et je fis dans un an , un enfant et un livre (2). Père , auteur et mari , de titres étayé , Au physique , au moral , je croyois tout payé ; Malheureux ! un instant ouvre la sépulture A ma femme, à mon fils , à mon livre ; oh nature !

[i] Tout le monde eaît l'histoire de MiihridatCj roi cle Pont.

[a] Ce livre est un recueil de pièces de Clavecin, dignes d'avoir eu un père plu» heureux et un meilleur «au.

DIVERSES. sȔ

A de semblables coups as-tu pu résister ? Après de tels revers , qui nous fait exister ? Renversé, confondu, contemplant jnon naufrage^ Et mes tristes débris écartés du rivage , Du destin je croyois ne plus craindre les coups, Quand je me sens frappé du plus cruel de tous. Le grand Rameau n'est plus! les muses désolées Partout àsonhonneurdressent desmausolées.

Vers le néant alors je me sens transporté : Son nom me déroboit à mon obscurité , Et d;.ns son tourbillon , ma ph.nette égarée D'un éclat emprunté se voyoit éclairée.

Je ne suis donc plus rien, me dis-je avec transport: Il est temsde mourir puisque mon oncle est mort. Mourir î Momus accourt, par la manche metire. Mourir ! mourir. Hameau ! eh ! c'est le t.?msderire. Qui rire ? i\loi, morbleu ! mais de qui? mais de quoi?. Il faut rire de tout , en commençant par toi. Si j'en j uge assez bic n, ton chagrin est comiquej Abandonne les pleurs au théâtre lyrique. Il faut être inhumain pour braver la douleur De l'univers dansant qui perd son créateur (i), Mais toi! j»eux-tu m^-nquer de ressource, d'asile? S'il falloit , au besoin , je t'en montrerois millej Mais un seul te suffit ; Condé , l'ami de Mars ,

[ij On peut dire que tous les danseurs de VE'-royt «loi\enc l'exceller-ce où ils on: porté leur ait k M. Rameau.

3i4 ŒUVRES

Favori de Tamour et l'appui des beaux arts. Un éloge de moi te surprendra peut-être ; Mais je ne suis malin qu'autant que je dois l'être; Respectant la vertu qui les égale aux dieux , J'attaque les mortels quand ils sont vicieux. Aborde ce héros : rempli de confiance , Implore les effets de sa munificence ; Ke crains pasde refus : sa main cherche à s'ouvrir, Heureuse de trouver quelqu'un à secourir. On ne fatigue pas sa bonté , sa cléjnence ; iJès qu'un infortuné paroît en sa présence , Dans ses yeux attendris on lit ce vers heureux: Il suffit qu^ il soit homme et qu' il soit malheureux. Mais réponds-toi, Rameau : tu crois que l'abondouce Doit dans un doux loisir nourrir ton indolence; Qu'un héros , secondant tes désirs indiscrets , Doit à sa grandeur même égaler ses bienfaits- Quel est donc l'intérêt qui pour toi sollicite ? Qu'as-tu dit? qu'as-tu fait? et quel est ton mérite ? Renonce à rien prétendre ou prouve mieux tes droits-: Momus et toi sont fous ; mais vous n'êtes pas trois , Résous cet argument.... Résoudre! beau dilemme! Que je mépriserois, s'il n'étoit de moi-même. Eh quoi! j'existe encore et j'ai mes cinquante ans, Sans moyens, sans appui , sans détours, sans talens: £n incagnant le sort qui tend à me détruire, J'échappe avec adresse au néant qui m'attire.... Taisez-vous, ma raison ; saos doute il feroit beau

DIVERSES. 3r5

Qu'on entendit parler la raison de Rameau. Qu'oniue laisse à Moinus : il nrappelle, il m'inspire ; C'est lui qui va dicter tout ce que je vais dire. Lui-jnème, en épargnant la peine à mon cerveau , Des biens où je prétends va tracer le tableau, i

L'heureux tenisquec'étoit,quandlesgrandsde la tprre Faisoient des fo us pommés le cas qu'on en doit faire î Etablis à la cour , sans être confondus , On ne chicanoit point les droits qui nous sont dus : Nous laissions aux guerriers les périls de la guerre, Les affaires d'état au grave ministère , L'adroite politique aller chez l'étranger , Le docteur à son banc , au troupeau leberger : Tandis que , sans rivaux , libres dans nossaillics, >'ous avions seuls le droit de faire des folies ; Notre enjouement naïf et nos piquansbonsmots Faisoient le contrepoids des flatteurset des sots. Ennemis des travers , fléaux du ridicule , Malheur à qui tomboit dessous notre férule ; Rien ne pouvoit le mettreà l'abri des brocards: Il étoit persiflé , criblé de toutes parts ; Et le prince appuyant notre plaisanterie, Tiroit im profit clair de la boufonnerie. Toutalloit bien chez lui; nous fûmes enfaveurj Le courtisan jaloux le vit avec douleur ; Commeilsepreteàtout^soudainilsetranJorme

St6 ŒUVRES

Et fait notremétiersansprendre l'uniforme (i); Mais, soit dit sansmanquer au peuple courtisan, L'art produisit d'abord plus d'un mauvais plaisant j A force d'exercer nos rivaux s'aguerrirent ; Aux finesses de l'art bientôt ils atteignirent ; Et nous fûmes forcés, contre nos intérêts, A les avouer tous pour fous , faits et parfaits, Kotre crédit alors vers sa chute s'avance ; Nos gages retranchés en forment la balance. Quel trésor eût suffi pour tous nous soudoyer? Kousétions trop de fous pour qu'on pût nous payer. Sans argent, sans appui, plongés dansladisgrace^ Il nous fallut bientôt abandonner la place; Mais nous fûmes les seuls, nos rivaux à l'envi Exercèrent Tejiiploi qu'ils nous avoient ravi : L'habitude à ce point corrojnpant la nature Qu'ils ne raisonnoient plus , sinon par aventure. Depuis ce tems, le mal s'accrut de j our en j our ; Le peuple , imitateur des sottises de cour , Craignant que sa raisonne parût trop vulgaire, Fit de baliverner sa principale affaire.

(l) Tout le jïionde sait que l'ancien uniforme des fous de cour étoit , manteau et chausses lui-parti jaune et rouge, le bonnet pointu j à oreilles garnies de

grelots.

Bientôt

DIVERSES. 3i7

Bientôt ce sera pis, on ne s'entendra plus. Il est tems d'appliquer le remède à l'abus , Pour prévenir f nfin une entière ruine , Par de bons réglemens remontons la inachine; Et, la faisant rouler sur ses premiers pivots , Mettons en dignes mains le sceptre et ses grelots ( i ) : Posons que je sois chef de cette Hiérarchie. Tous ces fous sans aveu je veux qu'on mêles lie, Et qu'on me laisse entr'eux choisir les plus ])laisans, Dont je veux, à mon gré, faire mes suffragans : J'enverrai travailler jnes prévôts à la ronde, Et moi, je servirai le plus grand roi du monde. A mon nouvel état pour donner un reflet , Il convient que je sois cardinal à brevet. SiHomeàmesdesseinsvouloit mettre uncentrave, Je renonce dès-lors à mon droit au conclave : >îon qu'au pays latin je n'aie des amis ; Je compte sur Pasquin et sur son vis-à-vis (2); Mais je veux me passer de l'attache de Rome, Et de mon suzerain je prétends être Thomme. Une fois décoré de ce titre éclatant , Je dois à la fortune aller tambour battant,

[i] Le sceptre de la Folie est une maroue garnie d« grelots.

f-] Marforio et Pasquir. , statues qui sont à Rome , très-coniues par les satyres qu'on y fait courir sou* leur nom.

Torne Ht. S

3i8 ŒUVRES

Et d'un induit, armé, (i ) sans qu'on s'en scandalise j Envahir tous les biens qui seront à ma guise. Et, d'abord je prétends m'emparerd'un emploi Qui ne peut convenir à nul autre qu'à moi. Dans le coeur de l'état, certaine république, Sous le nom de sénat et de peuple lyriqCe , Menace de tomber dans le dérèglement , Pourun goût étranger que le bon goût dément; Cherchant à s'écarter de la belle nature , Et mèjne à se soustraire au bâton de mesure. La république court un danger qui fait peur, Et c'est le cas forcé de faire un dictateur (2). Je veux l'être et le suis, sans prendre les auspices, Ni l'avis du sénat , ni le voeu des Comices ; Démon nouvel état arborant, le cachet, Deux doigtsdelaticlave(3)orneront mon rochet. Et, sans m'embarrasser du murmure frivole De ce peuple chantant, je monte au capitole. J'arrive, et, sur-le-champ, j e fais par mes licteurs Fouetter compositeurs, acteurs, chanteurs, auteurs. Je crois que je les tiens!.. Ah canaille lyrique! Je vous ferai sentir ma verge despotique,

(I) On connoît les privil.«ges d'un induit cardinal, {^) Dans les pressans dangers de la répuLlique Rcmaine, on crëoit un dictateur.

(,')) HoLe de la haute niagistrature.

DIVERSES. 3i9

Et votre orgueil dùt-il en gémir de nouveau , On vous verra fléchir sous un autre Rameau. Le désordre appaisé, ma vigilance unique Jette sur les détails un regard politifjup , J'entrevois qu'un abus se glisse à l'opéra , Par un décret conçu , Mojnus. ... et cetera Le sexe féminin tenant à cet empire, A l'argent, au plaisir , uniquement aspire , Sous peine de mourir, de haillons revêtu , Il ne peut mèjne avoir une ombre de vertu; Et contre le décret, en nous faisant la nique , Le rusé, sous nos yeux, tous les jours en trafique. Pour mettre tout en règle, un édit me créera Syndic de la vertu des filles d'opéra. A l'essaim sémillant devenu nécessaire , Je n'aurai pas besoin de payer ni de plaire : On voudra de mon joug adoucir les rigueurs, Et l'on m'apportera la dîme des faveurs : J'en userai sans doute avecque complaisance , Elles éprouveront l'effet de ma clémence; Mais, sur l'essentiel, craignant d'être distrait, Je les laisse, et m'attache à suivre mon objet; Du bel esprit , enfin , j'aspire à la régie. Depuis long-tems,enFrance, et proseet poésie Manquent de feu, de sel, dinvention, dégoût, Les fonds sont dissipés et la caisse est à bout. Par où sont-ils passés? ah voici la manie !

On en dépense trop en bonne compagnie : On s'y gorge d'esprit , les soixante fermier» A prodiguer le leur y sont tous des premiers; ' En paillettes on a répandu son génie, Puis on est ruiné faute d'économie.

Doucement! doucement! messieurs les beaux esprits^ Sur un tout autre pied vous vous verrez réduits; Souffrez pour un instant que la règle vous dompte, Et la postérité recevra votre compte.

Attendant mes bienfaits, vos vœux les plus ardens Doivent m'ouvrirlarouteauxhonneursoùjetends. Aux grandes dignités le relief est utile, Son éclat leur soumet le sage et l'imbécile; Il convient d'un cordon que je sois décoré, Des ordres établis nul n'étant à mon gré , Je veux en créer un qui soit plus à ma guise. Il tiendra tout de moi, statuts, règle, devise : Connu sous l'heureux nom que jeveuxlui donner De Chevaliers errans à Vheure du dîner. Qu'aux plusfriandsmorceauxpartoutonles convie , Qu'à leur aspect soudain la table soit servie , Et,<;ansqu"ilssoient tenusraèmedesmenusfrais , D'être attentifs, polis, complaisans ou discrets; Pour ruban, en écharpe ils auront la serviette, Moi, comme chancelier, je la porte en bavette; Que sur leur estomac des crachats éclatans Portent un plat chargé de deux couteaux tranchans.

Il faut collier. ( i ) manteau pour les cérémonies, Il faut un cri de guerre avec des armoiries; Mais on verra les vœux, les preuves, tout le plan Dans mon livreappelé;r Ordre du cordon bla nc^ Décoré , bien doté , ma puissance établie , Et mon ambition suffisamment remplie, De l'air le plus subtil faisant mon élément, Au faite du palais je prends mon logement; D'où puisse, incessamment, ma sage défiance Suivre tous les détails soumis à ma puissance, Siâler tous les travers à mes yeux exposés : Tremblez, esprits bourrus, qui m'êtes opposés.

[ij De» cuiller» et de» fourchette» entrelace» et aou*» par de» rure-dencs , formant le collier; le f^ri de guerre esc faim et soif; le manteau de cérémonie esc la nappe damassée; elle es té tendue sans plis sout récu»« ■on j supportée par deux chancres marins.

Fin du troisième et dernier volume*

Lo Bibliothèque Univtrtité d'OttQwo

Tht L University Doti

^^é^ trj

Page 1