‹ Œuvres badines et morales de CazotteChapitre 29 sur 30 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

De V Auteur du poème de la Nouvelle Kaméide aux Editeurs de cette édilion de ses OEuvres.

Vous voulez bien , messieurs , me faire l'honneur de couiir après mes cTuvres égarées pour en donner une édilion au public , et vous vous adressez â moi pour me prier de vous révéler les larcins que j*ai faits à ma propre réputation, en ne mettant pas mon nom à bien des bagatelles qui sont demeurées inconnues. .T*aurai Pilonne ur de vous répondre que mon nom ne pouvoit pas les faire connoître, et que sans doute elles n*avoient pas îis>ez de mérite pour faire sensation.

Quelques-uns de ces petits ouvrages éphémères sont morts sans faire pcirler d'eux ni de moi, faute de mé' rite et de prôneurs. Il en est après lesquels je ne veux pas courir , quoi-

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qu'on les ait réimprimés depuis , parce que je ne leur trouve point de caractère ; mais je vais vous en nommer deux dont la réimpression me feroit plaisir , si vous pouvez les retrouver quelque part. L'un est la seconde Rameïde, plaisanterie faite par moi à l'homme le plus plaisant , par nature, que j*aie connu : il s'appeloit Rameau , étoit neveu du célèbre musicien , avoit été mon camalade au collège , avoit pris pour moi une amitié qui ne s'est jamais démentie , ni de sa part , ni de la mienne. Ce personnage, l'homme le plus extraordinaire que j'aie connu , étoit né avec un talent naturel dans plus d'un genre , que le défaut d'assiette de son esprit ne lui permit jamais de cultiver. Je ne puis comparer son j^enre de plaisanterie qu'à celui que déploie le docteur Sterne dans son voyage sentimental. Les saillies de Rameau étoient des saillies d'instinct d'un genre si piquant, qu'il est nécessaire

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de les peindre pour pouvoir essayer de les rendre. Ce n'étoient point des bons mots: c'étoientdes traits qui sembloient partir de la plus profonde connoissance du cœur humain. Sa physionomie , qui étoit vraiment burlesque, ajoutoit un piquant extraordinaire à ces saillies , d*autant moins attendues de sa part , que , d'habitude, il ne faisoit que déraisonner. Ce personnage, né musicien, autant et plus peut-être que son oncle, ne put jamais s'enfoncer dans les profondeurs de l'art ; mais il étoit né plein de chant , et avoit l'étrange facilité d'en trouver, impromptu, de l'agréable et de l'expressif, sur quelques paroles qu'on voulût lui donner; mais il eût fallu qu'un véritable artiste eût arrangé et corrigé ses phrases , et composé ses partitioîis. Il étoit de figure , aussi horriblement que plaisamment laid , très-souvent ennuyeux , parce que son génie l'inspiroit rarement; mais si sa verve le servoit , il faisoit rire jus-

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qu'aux larmes. Il vécut pauvre , ne pouvant suivre aucune profession. Sa pauvreté absolue lui faisoit honneur dans mon esprit. Il n'étoit pas né absolument sans fortune; mais il eût fallu dépouiller son père du bi-en de sa mère , et il se refusa à l'idée de réduire à la misère Pauteur de ses jours , qui s'étoit remarié et avoit de i enfans. Il a donné, en plusieurs autres occasions, des preuves de la bonté de son cœur. Cet homme singulier vécut passionné pour la gloire, qu'il ne pouvoit acquérir dans aucun genre.

Un jour il imagina de se faire poëte, pour essaver de cette façon de faire parler de lui. Il composa un poëme sur lui-même , qu'il intitul" la Raméide , et qu'il distribua dans tous les cafés; mais personne n'alla le chercher chez l'imprimeur. Je lui fis Pespiéglerie de composer une seconde E.améide; celle que je vous dénonce pour que vous tâchiez de la trouver dans quelque recueil. Le libraire la veiidii

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à son profit ; et Rameau ne trouva pas mauvais que j'eusse plaisanté de lui , parce qu'il se trouva assez bien peint. Cet homme est movt aimé de quelques-uns de ceux qui Pont connu, dans une maison religieuse, oii sa famille l'avoit placé , après quatre ans d'une retraite qu'il avoit prise en gré , ©t ayant gagné le cœur de tous ceux qui , d'abord , n'avoient été que ses geôliers Je fais ici avec plaisir sa petite oraison funèbre , parce que je tiens encore à l'idée qu'il m'a laissée de lui. Quant à la seconde Raméide, messieurs, je ne la crois pas indigne de remplir un recueil.

L'autre petit ouvrage est un pamphlet da deux feuilles, qui n'a jamais vu le jour , et auquel en effet l'obscurité convenoit mieux : vous voulez, monsieur , l'y soustraire ; soit , mais vous m'en répondez , la faute en rejaillira sur vous , parce que vous aurez Ja bonne foi de me rendre justice.

J'ai l'honneur, etc.

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LA SECONDE R A M E i D E.

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