‹ Œuvres badines et morales de CazotteChapitre 9 sur 30 · LE MÉCHANT HOMME CONTE · texte numérisé non relu

LE MÉCHANT HOMME CONTE

^'iLne falloît que besace et manteau, Comme autrefois , pour être philosophe,' Soit mon épargne , ou soit quelque cadeau. Peut-être bien m'eussent fourni rétoffe ;

Mais, dans ce siècle rafiné :

Tant pour l'habit et tant pour la doublure ,

ET LE MECHANT HOMME. 89 Tant encor pour la garniture, On risque d'èlre ruiné.

Sans erre sûr que Ton fera figure.

J'en vois h qui l'on rit au nez :

Qui, bienqu'ils soient plus que moi fortunée,

Sont traités de caricature.

Encor , par qui î par des gens du bel air. Désespérant de rassembler la somme, Qu'ai-je inventé pour me tirer de pair ? A peu de frais , je mesuis fait bon homme , Ce caractère , en tout tems , m'a séduit : En lui les mœurs, les façons, tout me nuit. Voilà mon goût ; si ce n'est pas le vôtre , J'en vais peindre un dans le tableau qui suit, Allers, chacun, ûii l'humeur nous conduit. Vn bon homme pas?oit d'un pnys dans un autre, lîerveux , léger d'argent , ainsi que de butin : Un rapide torrent a barré son chemin ; Le passer en est le remède ; Il y parviendra bien sans aide.

Un vieillard qui paroît en tout nécessiteux.

Vient l'aborder d'un air piteux.

Passeï moi ce torrent, je suis dansTlndigence, Menacé de mourir, faute de subsistance ;

J'implore votre charité.

Lps S( cours que j'attends sont de l'autre cotô» L'hommecompatissant,s'il en fùtdnnslesGau- Lui présenUoi les deux épaules ; (les 9

L'autre, pour s'y placer, s'élance , et d'un seul S'y cramponne à califourchon. (bond,

Quoiqu'on tout l'action lui paroisse un peu vive.

Le porteur du fardeau le passe à l'autre rive, Persuadé que le rusé Narquois Va le soulager de son poids; Mais celui-ci, dès qu'on arrive, Des pieds , des mains, et s'attache et se rive , A l'aide des ongles crochus , Dont ses membres étoient pourvus.

« Que fais-tu là, monstre d'ingratitude ? Dit l'offensé , veux-tu bien me quitter !

Le monstre lui répond, marche sans disputer;

Tu ne meconnoispas: telle est mon habitude. Mal ûiséujent je puis trotter :

Par le premier venu je me fais transporter ; Tant qu'il tient bon , je lui fais compagnie 5 A-t-il foibli ? l'e l'enterre et l'oublie. Quoi! disoitl'autre, il me faudra mourir !... C'tst ton destin ; et pour t'en garantir ,

Songea marcher lestement. Oh , Mercure l

Peut-on s'attendre à pareille aventure?

Dit le blessé. Mirche , sans discourir ,

Répond le cancre , ou bien, dans ma furie | Je vais, de mes ongles de fer, De part en part cribler ta chair, J^ipperçois , dans cette prairie | Va arbie chartjé de liuions,

Page 1