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pard Morales, atteint par les flèches empoisonnées des Tndiens de la côte du. Sud , ne peut supporter ses douleurs, et se pend. Beaucoup d’aulres Espagnols meurent de leurs blessures dans le Darien. L’adelantado Juan Ülaz de Solis finit d’une manière aussi tragique dans son expédition du Rio de la Plata. Un grand nombre de ses compagnons partagent son sort.
1517. — Les Indiens de Campèche, au royaume de Yucatan , atteignent à coups de flèches plus de cinquante Castillans, qui meurent de leurs blessures. Dans la Floride, le capitaine Berrio périt de la même manière , ainsi que plusieurs Espagnols qui font partie, comme lui, de l’expédition de François Hernandez de Cordoue. Celui-ci succombe dans l’île de Cuba, à la suite des blessures qu’il a reçues dans la même guerre. L’adelantado Vasco Nunez de Balvoa , qui a découvert la mer du Sud, et l’un des plus braves et des plus fameux conquérans de l’Amérique, est condamné à mort; il a la tête tranchée , ainsi que ses capitaines Valderrabano , Botello , Arguello et Fernand , par ordre de Pedre Arias Davila, gouverneur du Darien et de la Terre- Ferme.
1518. — Lope de Sosa , nommé au gouvernement de la Castille-d’Or , meurt au Darien avant d’être entré en exercice.
iSlÇ), — Le capitaine Jean d?Escalante et un de
ses soldais tombent sous les traits des Indiens de Vüla-Rica , colonie espagnole dont ce chef était gouverneur pour Fernand Cortès.
1 520. — Les Indiens tuent à Maracapana, province de Cumana , deux religieux dominicains et le capitaine Alphonse d’Oieda, l’un des chefs des plus vaillans Espagnols de son siècle , et des premiers conquérans de l’Amérique, mais aussi l’un des plus cruels tyrans des Indiens, qui lui ont fait perdre plus de quatre vin gts hommes. — Louis de Mendoza et Gaspard Quesada , capitaines de l’expédition de Fernand Magallanes , sont pendus et écartelés comme traîtres par son ordre , /et près du détroit auquel il a donné son nom. Leur bourreau est un domestique de Quesada, coupable comme les autres, et qui se fait exécuteur pour sauver sa vie. — Le capitaine Pegna, favori de Fernand Cortès, est assassiné à Mexico par les Indiens, ainsi que Valdivia, Jean-Martin Narices , Jean de Soria, et quelques autres : ils en immolent un à leur principale idole. Après la bataille cent cinquante Castillans périssent dans la retraite , et quarante sont faits prisonniers. Les naturels de Tepeaca en tuent plus de cinquante dans le même temps, et ceux de Tustebeque quatre-vingts , avec leur capitaine Saîcedo.
i Si i . — Le capitaine Antoine de Villafagne est pendu comme traître et chef d’une conspiration formée contre les jours de Fernand Cortès, conquérant du Mexique. — Fernand de Magallanes
perd la vie dans la guerre qu’il a déclarée au roi de File * de Matan , ainsi que Christophe Rabelo , capitaine du Yittoria , qui fit le tour du monde alors connu. Quelque temps après Duarle Barbosa , cousin et successeur de Magallanes , le capitaine Jean Serrano et plusieurs autres Espagnols , sont victimes d’une trahison au milieu des habitans de Zebu, Tune des Philippines. — Le capitaine Jean Ponce de Léon est assassiné par les naturels de l’île de Cuba , et meurt de ses blessures. — Un autre capitaine , Pedre Barba, est tué en combattant vaillamment dans la Lagune de Mexico. — Le P. Denis, dominicain, reçoit le martyre à Cumana. François de Soto y meurt dans des accès de rage, après avoir été blessé d’une flèche empoisonnée qu’un traître lui a lancée.
i522. — Le soldat Villadiego, de la troupe de Cortès , part de Mexico pour aller découvrir de nouvelles terres; on ne reçoit plus de ses nouvelles, et on croit qu’il a été tué par les Indiens.
i5a3. — Le capitaine Antoine Quignones est tué près des Açores , dans le combat qu’il soutient contre un corsaire de la Rochelle , qui lui enlève la plus grande partie des trésors que Fernand Cortès envoie à Charles Y . — Quatre cents Espagnols , répandus dans la province de Panuco , soumise à l’adelantado François Garay, sont assassinés par les Indiens, qui se vengent des vols et des cruautés qu’ils ont commis dans leur pays. Peu de temps apres quarante autres périssent à Santisteban , qui est ré-
duit en cendres. Enfin , l’adelanlado Garay meurt à Mexico , non sans soupçon d’avoir été empoisonné : il est compté parmi les premiers conquérans, puisqu’il avait accompagné Christophe Colomb dans son second voyage.
1 524- — La guerre civile qui a, lieu entre F rançois Hernandez de Cordoue , Gil Gonzalez Davila et Christophe de Olid, dans la province de Hibueras, au pavs de Honduras, cause la mort de plusieurs Espagnols. Ces commandans se disputent la possession des Indiens et de leurs richesses. Gil Gonzalez Davila , qui Bmmande un parti , son capitaine François de Las Casas et plusieurs de ses soldats assassinent l’adelantado de Olid , l’un des chefs de la conquête du Mexique, mais qui s’est révolté depuis contre Fernand Cortès, dont il a mis. la tête à prix. — L’adelantado donDiègue Velâzquez, gouverneur de Cuba , succombe à une maladie , après avoir fait les plus grands efforts pour empêcher l'entreprise de Cortès sur le Mexique, et ensuite pour que le gouvernement du pays soit donné à un autre. — Le capitaine François de Médina est assassiné par les Indiens sur la route de Mexico à Hibueras, où il va apprendre à Fernand Cortès que la guerre civile a éclaté à Mexico pendant son absence. Pendant ce mouvement, ceux qui ont usurpé l’autorité font pendre le capitaine Rodrigue de Paz , cousin de Fernand Cortès , et condamnent à mort Gil Gonzalez Davila, François de Las Casas et Diègue Huri'ido de Mendoza, qui obtiennent cependant, à force
chargent , d’être envoyés en Espagne pour subir un nouveau jugement.
i525. — Pendant l’expédition de François Pizarre et de Diègue Almagro dans l'intérieur du Pérou, la disette fait mourir vingt Castillans. — Dans le pays de Honduras , non loin de la ville de INito , il en meurt aussi de faim un grand nombre : Medrano et quelques uns de ses compagnons sont réduits à manger des cadavres jusqu’à l’arrivée de Fernand Cortès, qui leur fournit des vivres. — Jean d’Abalos, cousin de Cortès, deux franciscains et plus de quatre-vingts personnes font naufrage dans le travers du cap Saint-Antoine de Cuba : aucun n’échappe à la mort. — Gonzale de Salazar et Pedre Almindez Chirinos , tyrans du Mexique, sont condamnés. Cortès n’ose cependant faire exécuter leur sentence , et il les envoie en Espagne. — Luc Vazquez de Aillon meurt à Saint-Domingue , de retour de la Floride , où il a été blessé par les Indiens pendant qu’il cherchait de nouvelles terres. — L’adelantado Rodrigue Bastidas , gouverneur de Sainte- Marthe, est assassiné à coups de poignard parle capitaine Pedre de Villafiterte , qui veut s’emparer du gouvernement avec le secours de plusieurs conjurés, parmi lesquels se trouve Porras de Séville. Tous ces coupables sont arrêtés et pendus. — Un capitaine portugais, Hernand Baez, subit la meme peine pour avoir fait une semblable tentative sur Rodrigue Alvarez Palomino, que deux Espagnols de Sainte-Marthe ont choisi pour gouverner ï’île par
intérim. Son administration dure peu , ce chef s’étan* noyé avec son cheval en traversant le fleuve qui passe par cette ville. — Beaucoup de Castillans qui accompagnent Bizarre au Pérou sont dévores par les caïmans , ou meurent des blessures que leur font les naturels de Tumbez avec des traits empoisonnés.
l52Ô. — L’adelantado Pedre Arias Davila fait trancher la tête à François Hernandez de Cordoue , comme traître et rebelle pour la conduite qu’il a tenue dans les expéditions des provinces de Terre- Ferme , du Darien, et surtout de Nicaragua. — Le commandeur don Garcia Jofre de Loaisa et le fameux pilote Jean Sébastien del Cano ; Alvaro de Loaisa , neveu du premier; le maître des comptes Texada , le pilote Rodrigue Bermejo et trente autres Espagnols sont engloutis dans la mer du Sud, après avoir passé le détroit de Magellan pour se diriger vers les îles Philippines. — Louis Ponce de Léon, commissaire du roi pour le gouvernement du Mexique , et chargé de faire une enquête sur le compte de Fernand Cortès, meurt en peu de jours à Mexico. Il remet avant de mourir ses pouvoirs à Marcos d’Aguilar, qui le suit bientôt au tombeau. — Jean de Grijalba , qui a découvert la Nouvelle- Espagne , le capitaine Hurlado et quinze autres Castillans tombent sous les flèches des Indiens dans une embuscade qui leur a été tendue à Vlan ch o , près du RiûTamochala, dans la province deHibueras et Honduras.
1 52 7 . — Le capitaine Martin Yniguez , chef d’une expédition pour les îles Moluques , où il a soutenu la guerre contre les Portugais , meurt empoisonné par le portugais] Hernand de Baldaya. — Alphonse de Molina , prêtre , et Gines , matelot , qui sont restés dans le Tumbez , loin des vaisseaux de Pizarre, meurent on ne sait de quelle mort, au milieu des Indiens.
i5$8. — Simon de Brito et Barthélemi Cordero, portugais , sont pendus dans Pîle de Tidor,une des Moluques, pour avoir volé une embarcation au chef de l’expédition espagnole , le capitaine Alvaro de Saavedra. — Gonzale de Sandoval , l’un des capitaines les plus distingués de l’armée de Cortès, meurt de maladie dans File de Palos. — Théodore Griego , un nègre et dix Castillans de l’année de l’adelantado Pamphile de Narvaez sont tués à coups de flèches par les Indiens dans la Floride ; quatrevingts autres meurent de faim. Cinq Espagnols, nommés Sierra , Corra , Palacio , Diego Lopez et Gonzale Ruiz, se nourrissent de la chair de leurs compagnons : le dernier échappe seul à la mort. Narvaez lui - même périt bientôt avec tout son monde.
i52g. — Le capitaine Alvaro de Saavedra meurt en allant de l’île de Tidor à la Nouvelle-Espagne. — - Pedre de Badillo , gouverneur de Sainte-Marthe, fait naufrage près de Arenas-Gordas , avec tous ceux qui l’emmènent prisonnier en Espagne par ordre de son successeur Garcia de Lerma.
i53o — L’adelantado Diègue Lopez de Salcedo, gouverneur du pays de Honduras , termine sa carrière abhorré de ses administrés, et empoisonné, dit-on , par quelques uns de ses ennemis. — Des soldats castillans , occupés à découvrir de nouveaux pays dans la province de Goro, expirent après avoir mangé le corps d’un Indien qu’ils ont tué pour apaiser leur faim. — Diegue Trujillo est mis à mort par ordre de Nuno Guzman, gouverneur de Mexico.
1 53 1 . — . Les Indiens de Tombez , dans le Pérou ,
s’emparent de plusieurs Espagnols , et les font mourir dans l’eau bouillante pour prolonger leurs douleurs Dans le royaume de Yucatan et sur la route
de Campeche les Indiens assassinent plusieurs Espagnols porteurs des lettres du gouverneur François Monte j o. — Garcia de Lerma , chef de la colonie de Sainte-Marthe, Jérôme de Melo et son frère Antoine Jusarte se noient dans la rivière de la Madeleine, poursuivis par les Indiens.
1532. — Vasco de Herrera , gouverneur de Honduras , est assassiné par Diègue Mendez, son rival. Celui ci est pendu par ordre d’André deGerezeda, qui s’empare de l’autorité, et fait trancher la tête à Jean Vazquez et à Diègue' Vidai, qui ont soutenu Mendez. — Beaucoup de Castillans sont engloutis dans la mer en allant à Trujillo avec le gouverneur de cette province, Diègue de Albitez,qui meurt lui-même des suites de son naufrage en arrivant dans cette ville. — Le capitaine allemand Ambroise Al linge r , qui a
foit pendre un grand nombre d’indiens considérables dans les expéditions qu’il a entreprises avec des Allemands , termine sa carrière à Coro , apres avoir été atteint parles flèches empoisonnées des Indiens.
Le secrétaire du maréchal don Diègue de Alma-
gro subit la peine du gibet par ordre de ce gouverneur , pour avoir décq|ivert un secret pendant 1 expédition du Pérou.
Le, capitaine Diègue Becerra est assassiné , et d’autres Espagnols qui raccompagnent sont grièvement blessés par des matelots révoltés , ayant à leur tète le pilote Fortun Ximenez, pendant qu’ils parcourent dans la mer du Sud les cotes du pays soumis à Nuno de Guzman par Fernand Cortès, qui est déjà marquis de la Vallée de Guajaca et capitaine général de la Nouvelle-Espagne.
i535. — Pedre Martir de Moguer, officier de l’armée de Pizarre , expire à Cuzco sous les coups des Indiens. — Jean Pizarre perd la vie en faisant le siège de cette ville , qui s’est révoltée; le nombre des morts du côté des Espagnols s'élève déjà à plus de trois ceijts. Les Indiens, dans une bataille rangée, leur ont tué les capitaines Gaëte et Diègue Pizarre, frère du marquis de ce nom, et blessé grièvement Pedre, un autre de ses frères. — Simon de Alcazoba , portugais au service de l’Espagne , géographe distingué , après avoir passé le détroit de Magellan pour établir une colonie sur la côte de la nier du Sud , est assassiné sur le vaisseau comman-
dant , avec son pilote , par les capitaines Sotelo et Jean Arias, et par d’autres révoltés, qui jettent leurs cadavres à la mer. Ce crime ne reste pas impuni ; les coupables ont la tête tranchée , et les officiers Carasa , Echauz , Ortiz et Rincon sont noyés pendant que Halcon et Gallego subissent la peine du gibet, et que Rodrigue Martinez, Nuno Alvarez et Alejo Garcia sont déposés à terre et abandonnés sur une plage inconnue. Il périt encore de la main des Indiens plusieurs autres Castillans qui se sont engagés dans de nouvelles découvertes. — Vingt Espagnols meurent de faim en découvrant de nouvelles terres dans la province de Sainte-Marthe avec le gouverneur Alphonse Louis de Lugo. — Le capitaine Alphonse de Herrera , qui s’est avancé sur la rivière du Rio Yuya-Pari , est attaqué et blessé parles Indiens ; il expire dans des transports de rage au bout de quelques jours , parce que les flèches des naturels étaient empoisonnées. — Le gouverneur don Diègue de Mendoza , Pedre de Benabides son neveu , et quatre autres Espagnols , sont massacrés par les Indiens de Rio de la Plata ; ungrand nombre expirent dans les tournions de la faim , après avoir dévoré des lézards, des couleuvres, des insectes f des chiens , des chevaux et delà chaire humaine.
J 53 6. — Trois Espagnols pénètrent dans le Chili pour découvrir de nouvelles terres et en rapporter de l’or sans en avoir obtenu la permission de leur chef : ils sont tués par les Indiens à coups de flèches.--Quelques autres, qui se sont avancés dans la
province de Topisa, au Pérou , pour s’y procurer des vivres , éprouvent le même sort. Le capitaine Augustin Delgado , lieutenant-gouverneur du pays du Rio de Cumana , tombe atteint d’une flèche à côté de son chef , Jérôme de Ortal , pendant qu’ils s’avancent dans l’intérieur des terres.
i53y. — La guerre civile commence à Cuzco entre le maréchal Alphonse d’ Alvarado , lieutenant du maréchal adelantado de Arequipa , don Diègue de Almagro, d’une part, et le capitaine Alphonse, nommé aussi d’ Alvarado , lieutenant du général don François Pizarre, de l’autre; chacun prétend au gouvernement du royaume de Cuzco. Les deux partis se font beaucoup de mal et perdent de leur monde. Le marquis Pizarre déclare dans un rapport officiel que la perte des Espagnols a été de plus de six cents hommes , et il impute cet événement malheureux à Diègue de Almagro. — L’adelantado de Canarie , Alphonse Louis Fernandez de Lugo, gouverneur de Sainte-Marthe , meurt à Saint-Domingue. Le capitaine Ochoa est pendu avec un soldat à Sainte-Marthe , par ordre d’Antoine Sedeno , qui gouverne par intérim. — DonPedre de Mendoza, gouverneur des provinces de la Plata , est surpris par la mort en revenant en Espagne.
i538 — Le maréchal adelantado don Diègue de Almagro fait trancher la tête au capitaine Yillegas, pour avoir entretenu des intelligences avec l’armée, des Pizarre. Les deux partis en viennent aux mains
au pont de Abancay, et Almagro est battu. Il périt un grand nombre d’Espagnols dans celte affaire : les vaincus surtout ont à regretter des officiers d’un grand mérite , entre autres le maréchal Rodrigue de Ordognez , qui s’est trouvé au sac de Rome en 1527 ; les capitaines Salinas , RuiDiaz, Eugenio de Moscoso et d’autres encore. Diègue de Almagro est fait prisonnier avec son fils et avec le plus grand nombre des capitaines de son armée que le fer a épargnés. L’un d’eux , Pedre deLerrna, est assassiné peu de temps après , et Almagro lui-même condamné à mort. Ainsi finit l’un des plus braves et. des plus anciens conquérans du Nouveau-Monde , l’ami intime et fort ancien du marquis Pizarre ; c’est son frère Hernand qui a ordonné cette mort, sans accorder de pardon ni d’appel , malgré la demande de son prisonnier. — Meza , capitaine dans 1 armee de Pedre de Candia , conspire contre celui-ci , et a la tête tranchée pendant l’expédition de découvertes que Hernand Pizarre a confiée à ce général. — A Venezuela le juge et gouverneur par intérim , Navarro, fait pendre deux officiers de l’armée de Nicolas Federman , pour avoir excité une révolte avec le dessein de se livrer au pillage. Le gouverneur Antoine Sedeno meurt à Cumana dans le cours de ses découvertes , après avoir fait arrêter un juge de commission envoyé contre lui , et au moment où un second vient d’arriver pour le même objet.
i539. — Jean de Ayolas , chef d’une expédition envoyée à la découverte des terres du Rio de la
Plata , est assassiné par les Indiens Payagoayos avec le petit nombre d’Espagnols qui l’accompagnent. Cet événement est cause que la colonie de Buentts- Ayres est transportée à l’Assomption.
1 540. — Le capitaine Pedre de Anasco , envoyé par Hernand de Soto dans la Floride pour découvrir de nouveaux pays , tombe entre les mains des Indiens , qui le font mourir dans les plus affreux tourmens. Il en arrive autant par l’effet d’une trahison à plusieurs soldats espagnols , parmi lesquels on trouve les noms des capitaines Ballasar del Rio , de Osorio , de Juan de Ampudia et de quelques autres. — Don Diègue de Alvarado , frère de l’adelantado don Pedre , que ses affaires des Indes avaient amené en Espagne, y meurt, et la rumeur publique accuse ses ennemis de l’avoir fait empoisonner.
1541. — Le marquis François Pizarre est assassiné dans le Chili par des Espagnols conjurés , qui font tomber aussi sous leurs coups les capitaines François de Chabes, François Martinez d’Alcanlara, don Gômez de Luna , Gonzalve Hernandez de la Torre , François de Vergara, Manuel Hurtado , Alphonse de Cabrera, Jean de Villegas, Jean de Vozmediano et Antoine Picado , secrétaire du marquis. La division se met bientôt entre les assassins, qui se disputent le gouvernement du Pérou ; ils se livrent des combats dans lesquels succombent un capitaine nommé François de Chabes, qu’il ne faut pas con-
fondre avec celui qui fut du parti de Pizarre ; le général Jean de Rada, chef de la conjuraiion , et plusieurs autres. — Dans la Floride, le capitaine Jean Lopes meurt de froid, attaché sur son cheval; Simon Rodriguez de Marvan et Roque de Yelves sont tués à coups de flèches. — Le capitaine Balcon périt de la même manière dans la Nouvelle-Galice, et l’adelantado don Pedre Alvarado est tué d’un coup de pied de cheval qu’il reçoit dans la poitrine. Sa femme et dona Beatrix de la Cueba, sa fille et une foule de personnes périssent dans l’inondation de Guatemala.
i542. — La guerre civile des Espagnols dans le Pérou continue. Le capitaine Garcia de Albarado assassine le capitaine Christophe Sotelo : il périt luimême bientôt après de la main de Jean Balsa, assisté de quelques complices , qui pendent ensuite Jean Garcia Camarilla , que le commissaire du roi , Vaca de Castro , leur avait envo yé.-Dans la province d’ Aburra , une de celles qui s’étendent sous la ligne équinoxiale du Pérou , le capitaine Jean de ïorres tombe percé de flèches , quoiqu’on ne soit pas en guerre avec les Indiens.
i543. — Le général donDiègue de Almagro , fils de l’adelantado que nous avons vu finir misérablement , n’éprouve pas un meilleur sort que son père ; il est mis en jugement par ordre du commissaire Yaca de Castro -, et meurt du dernier supplice. — Les Indiens tuent à coups de flèches Diègue de Ro-
jas, qui s’est avancé dans les terres qu’arrose le Rio de la Plata. —Dans la Floride ,1’adelanlado don Hernand de Soto, fondateur de cette colonie, est emporté par une maladie.
].544. — Le commissionnaire de Lima , YUan Suarez , tombe sous les coups des domestiques du vice-roi Blasco Nunez Bêla , dans la maison de ce dernier. Une guerre intestine desoie toujours le Pérou. Les capitaines Philippe Gutierrez et Arias Maldonado sont aussi assassinés par ordre de Gonzale Pizarre , frère du feu marquis, qui est à la tête des mécontens. L’auditeur Zepeda conspire avec d’autres Espagnols contre le^ vice - roi Blasco Nunez Bêla , qui est arrêté et détenu sur un navire. Le capitaine Paul de Meneses veut le délivrer ; Zepeda l’apprend, et le fait condamner à mort. Tant de voix s’élèvent en sa faveur que l’auditeur se contente de lui faire couper la main droite. Sur ces entrefaites Pizarre, qui est dans le Cuzco , s aperçoit que quelques uns des siens ont des intelligences avec ceux de Lima : il fait ôter la vie au capitaine Gaspard Rodriguez de Camporedondo. — Dans la nouvelle Andalousie, les Indiens surprennent et tuent à coups de traits le capitaine François de Orellana et dix-huit autres Espagnols qui ont pénétré dans les terres.
3 545. — François Sanchez de Zamora, sergentmajor de l armée de Pizarre, meurt de maladie. — A Panama , le gouverneur Hernand Machicao apprend^ que Ion conspire contre ses jours; il pré-
vient ses ennemis, et fait tuer don Pedre Louis de Cabrera, Hernan Mejia Christophe de la Pegna et plusieurs autres. — Dans la province de Saint-Miguel, partie du Pérou, le manque de vivres fait mourir Hernand Alvarado , Gonzale Diaz de Pineda, et plusieurs de leurs compagnons qui ont voulu échapper aux poursuites du vice-roi Nunez Bêla, que ses partisans ont délivré de sa prison. François de Carbajal , capitaine de l’armée de Bizarre , arrête et fait pendre à l’instant Pedre Gutierrez , Alphonse de Sosa , Antoine Carrillo , Diègue Montoya , et quelques Espagnols que le vice-roi envoie à Gonzale Pizarre pour lui proposer un accommodement. Le vice roi de son coté fait mettre à mort les capitaines Serna et Gaspard Gil, pour cause de désobéissance; ensuite le mestre-de-camp Rodrigue de Ocampo , capitaine de ses gardes ; les capitaines Ojeda , Carbajal et Gomez d’Estacio. — Dans les provinces du Rio de la Plata, on conspire contre François de Almendras, qui a été nommé gouverneur. 11 est pendu par les conjurés , qui vengent ainsi la mort d’un grand nombre d’Espagnols, et surtout celle de don Gomez de Luna.
i546. — François de Carbajal, chef de l’un des corps de l’armée de Pizarre , fait pendre Pedre Aguire , Denis de Bobadilla , Zambrana et Pineda , parce qu’il a appris qu’ils conspirent contre lui. D’un autre cote , Diegue Centeno fait subir le même supplice au corrégidor Moreno , à Vivanco et à Juan Perez , comme espions. L’armée du vice-roi et celle
de Pizarre en viennent aux mains. Celui-ci s’attribue la victoire. Le vice-roi Blasco Nunez Bêla tombe à terre , et est tué à l’instant par Benoît Suarez de Car bajal , frère du commissionnaire Yllan Suarez à qui le vice-roi a fait ôter la vie. Pizarre et ses capitaines font tuer après la bataille un grand nombre d’Espagnols, entre autres Diègue de Torres , Sancho de la Carrera, Hernando Sarmiento, le conseiller Alvares , François de Castellanos, 1 adelantado don Pedre de Heredia et Alphonse Bello. Beaucoup d’Espagnols ont quitté le Pérou pour venir infprmer le roi d’Espagne de ce qui s’y passe : 1 un d eux, le conseiller Lison de Tejada, meurt dans la traversée du canal de Bahama. — Dans la province de Cuzco , le capitaine Alphonse de Toro fait étrangler Salas , Sotomayor et Bautista ; il ordonne au bourreau de couper la main à Hernan Diaz. — Dans les provinces de la Plata , François de Mendoza est assassiné par Nicolas de Heredia , qui prétend que le commandement de l’expédition de découvertes dans ce pays lui appartient , d après un article des instructions envoyées d’Espagne , lequel porte que la chose aura lieu ainsi dans le cas où Gutierrez et Diègue de Rojas viendraient à mourir , ce qui est arrivé sans que Mendoza ait renonce a son usurpation. Peu de temps après Heredia fait tuer le capitaine Saavedra de Logrogno , parcç qu’il a appris que cet officier condamne sa conduite. — A Popayan , 1 adelantado Sébastien de Belalcazar ordonne l’arrestation et la mort du maréchal Georges Robledo , qui s est emparé de son emploi de gouverneur. Dans la Cor-
dillière des Andes, près d’Arequipa , le général François de Carbajal fait trancher la têteau gouverneur Lope de Mendoza , parce qu’il le regarde comme l’ennemi de Pizarre. — Au Pérou , Alphonse Perez de Castillejo est assassine par quelques Indiens. Louis de Léon périt de la main d’Alphonse de Toro, qui subit bientôt la peine de son crime : son beau-père Diègue Gonzale de Vargasle tue a coups de poignard pour avoir insulté sa belle mere. Le conseiller Zepeda , lieutenant du gouverneur du Pérou, Pizarre , fait égorger Vêla Nunez, frère du vice-roi Blasco Nunez Bêla , qui a proposé de se soumettre au nouveau commissaire du roi, don Pedre de la Gasca. — Dans les provinces du Rio de la Plata , Philippe de Caceres , chef de l’expédition pour la découverte de nouveaux pays , fait tuer Diègue de Abrego , parce qu’il s est séparé du corps d’armée pour se diriger sur un autre point. — Dans le pays de Venezuela, Jean de Carbajal , juge de commission, est puni de mort, et expie ainsi le crime d’avoir fait mourir avec la plus grande cruauté Philippe de üten , Barthélemi Belzar, Diègue Romero et Grégoire de Plasencia , envoyés à la découverte de nouvelles terres pour le compte de la compagnie allemande.
l547- — Au Pérou, le conseiller auditeur Za~ rate meurt presque subitement , empoisonné , diton , par les amis de Pizarre. Pedre de Pueîîes , l’un des généraux de ce chef, est assassiné par Hernand Salazar , capitaine dans son armée , qui veut faire
perdre à Pizarre un excellent officier , et engager les troupes qu’il commande au service du commissaire royal Gasca.
Herrera prétend que pendant les trois dernières années de guerre civile qui ont désolé le Pérou il y a péri plus de cinq cents Espagnols , dont deux cent quarante ont été pendus ou égorgés. L’année i54y est celle de la bataille de Guarina, gagnée par les troupes de Pizarre. Le général Centeno perd plus de trois cent cinquante hommes , outre trente prisonniers, qui sont pendus par ordre du général Carbajal : on compte parmi eux le religieux Gonzale deMesa, le mestre-de-camp (colonel ) Louis de Ribera, les capitaines Silvera , Retamoso , Diègue Lopez de Zugniga, Negral, Pantoja, l’enseigne Diègue Alvarez et plusieurs autres. Carbajal fait aussi mettre à mort Hernand Macliicao , gouverneur de Cuzco pour Pizarre, parce qu’à l’approche de l’ennemi il a quitté son poste et pris la fuite.
1 548. — Bataille d’Apurina. Le président Gasca , qui la gagne , fait prisonnier Pizarre et presque tous ses officiers. Il veut qu’on exécute après leur jugement Gonzale Pizarre et les capitaines Jean de la Torre, Vergara , Castro , Diègue de Carbajal, François d’Espinosa , Diègue de Contreras , Gonzale de Morales, Garcia Munoz , Alphonse de Yedma, Hernand de la Sierra, François Martin Benne jo , Denis de Bobadilla , Gonzale de Los Nidos , Bernardin de Yalencia. Le vainqueur fait frapper de mort civile et vouer à l’infamie d’autres partisans de
Pizarre qui ont péri ayant la bataille : tels sont Pedre de Puelles , Jean de Porras , Alphonse de Toro , Pedre Martin de Sicilia , Hernand Machicao , Pedre de Fuentes , Christophe Bertrand Anton , Dominique de Orbaneja , Galceran Ferrer , François Gonzalez , Mathieu de Rojas , Pedre de Yivanco , Baltasar de Zepeda, Blas de Soto, Jean Garcia, Barthélemi Aguilar et François Almendras. — Tous ces morts furent alors déclarés traîtres parce qu’ils avaient combattu contre l’étendard royal, que portait l’armée du président Gasca ; mais aujourd’hui que nous voyons les choses de sang froid , nous sommes fort éloignés de voir dans ces Espagnols des hommes coupables de trahison . S’ils l’étaient , on ne pourrait s’empêcher de qualifier du même nom la plupart de ceux qui combattirent sous les drapeaux de Gasca , puisqu’ils venaient de se ranger dans son parti après avoir abandonné celui de Pizarre, et que les autres soldats du président avaient même servi dans les guerres civiles sous un chef militaire qui voulait usurper l’autorité de celui que le roi avait nommé. Ce qu’il y a de certain , c’est qu’on était sûr d’obtenir à la cour d’Espagne , par l’intrigue et les présens, tous les titres dont il vient d’être parlé, tandis qu’en laissait sans récompense le véritable mérite , si toutefois ce nom est dû à l’audace qui portait tant de gens à s’exposer si souvent à la famine, aux fatigues et à la mort même pour s’amasser d’immenses trésors , et procurer au roi d’Espagne de nouveaux domaines.
Pizarre, aussi ambitieux, aussi avare, aussi cruel
et sanguinaire que tous les autres , ne fut pas plus traître que ses ennemis; il croyait avoir droit au gouvernement général du Pérou pour l’avoir découvert et conquis avec son frère François , après une sorte de transaction consentie et voulue par le roi d’Espagne. Je ne dirai point qu’il eut raison dans la manière dont il administra la justice ; mais je ne puis le blâmer d’avoir repoussé l’imputation de trahir son maître, puisqu’il n’eut jamais la pensée d’en usurper les droits ni la souveraineté, mais seulement de conserver ses avantages en faisant tète à des hommes qui avaient autant et peut-être plus d’ambition que lui. Je prétends encore moins excuser sa conduite et celle de ses partisans ; je pense que les hommes des deux partis méritaient par leurs cruautés contre les Indiens d’être tous punis par le ciel , et la Providence se servit des événemens qu’on vient de lire pour frapper Pizarre avec ses compagnons , et pour arrêter la plupart des autres tyrans de l’Amérique au milieu de leurs forfaits , avant qu’ils eussent pu jouir de leurs énormes richesses, si cruellement acquises : aussi Las Casas avait-il raison de dire que Dieu prit soin lui-même de venger les malheureux Indiens.
La même année, i548 , Diègue Centeno meurt au moment où il vient d’être nommé gouverneur du Rio de la Plata. On lui donne pour successeur Diègue de Sanabria , qui périt dans le fleuve avec tout son monde en arrivant à l’Assomption.
i54g. — Les Indiens de la Floride font souffrir le martyre au P. Diègue deTolosa, religieux dominicain , et à Jean Fuentes , espagnol très estimé pour ses vertus , et qui accompagne ce missionnaire. La mort violente de Louis Cancer, autre missionnaire, suit de près celle de ces deux Espagnols.
i 55o . — Hernand de Contreras, fils du gouverneur de Nicaragua , don Rodrigue de Contreras, donne la mort à l’évêque de Nicaragua , Antoine de Valdiviéjo, de l’ordre de Saint-Dominique , qui a voulu s’opposer à ce qu’il eût des Indiens comme esclaves dans sa maison , et qui a obtenu un ordre du roi pour qu’il fût fait une enquête sur sa conduite. Ce Contreras était gendre du fameux Pedre Arias Davila, gouverneur général du Darien , frère du comte de Pugnoen Rostro. Don Hernand de Contreras et don Pèdre son frère sont tués à coups de flèches par les Indiens dans leur fuite , et subissent ainsi la peine de leurs crimes, hrançois de "Villagra. , gouverneur par intérim du Chili pour le general Pedre de Valdivia, absent, fait trancher la tête à Pedre Sanchez de la Hoz , après avoir appris qu’il songe à s’emparer du gouvernement en vertu d’une commission qu’il a reçue du roi d’Espagne , et dont il n’a pu jouir jusqu’à présent. Les Indiens de cette province tuent dans une embuscade le capitaine Jean Bon et quarante soldats.
l55i. — Alphonse d’AIvarado , corrégidor de Cuzco, condamne à mort comme séditieux François
de Miranda , Alphonse de Barrionuevo , Alphonse Hernandez Melgarejo , et d’autres Espagnols d’un rang moins élevé.— Au Chili , les naturels assassinent le général Pedre de Valdibia, gouverneur du pays.
i552. — Le capitaine Louis de Yargas est condamné à mort par l’audience royale du Pérou, comme conspirateur , convaincu d’avoir voulu s’emparer de l’autorité et massacrer les conseillers .
l553. — Le général Pedre Alphonse de Hinojosa, gouverneur de Charcas , est assassiné dans sa maison avec le capitaine Alphonse de Castro, par don Sébastien Castilla , qui veut occuper sa place , et par d’autres conjurés qui l’accompagnent. Le meurtrier ne jouit pas longtemps du fruit de son crime ; Basco Godinez le lue au bout de quelques jours, et les complices de Castilla, Antoine de Sépulveda, Marqueda , Salcedo et François de Villalobos , sont étranglés. Le gouvernement ayant été confié à Godinez , celui - ci fait exécuter don Garcia Tello , autre complice de Castilla , et plusieurs personnes qu’il accuse du même crime ; c’est par son conseil qu’ Antoine de Lujan prend des mesures pour faire écarteler, dans le Potosi, Egas de Guzman et Diègue de Yergara. Après cette exécution le maréchal Alphonse Alvarado ordonne la même mesure contre François de Arnao et Alphonse de Marquina; il fait ensuite prisonnier Godinez à Charcas , et donne l’ordre d’étrangler Pedre Juarez Pacheco , Hernaud de Herrera, Candidaio et Luc de la Torre ; il
écrit dans le Potosi pour faire couper la tête à Garcia de Bazan et à Hernand Rodriguez de Monroy, et pendre Farfan de Los Godos et Jean de Alcala. Il ne s’en tient pas là ; il fait écarteler Basco Godillez son prisonnier, décapiter Gomez de Magallon , Tello de Vega , Jean de Hugarte, et pendre Antoine de Campo-Frio. — On se révolte dans la province de Cuzco. Le corrégidor Gil Ramirez Dabalos est arrêté, et le capitaine Palomino, le négociant Jean de Morales , et plusieurs autres Espagnols, sont massacrés. François Hernandez Giron, chef des conjures , s’empare du gouvernement ,* son mestrede-camp, Diègue d’Alvarado, fait tuer don Baîtasar de Casulla, le directeur des finances, Jean de Cacerès, et Jean Ortiz de Zarate, régidor. La révolte se propage et augmente dans presque toutes les villes du Pérou. Pendant ce temps -là Thomas Vazquez , partisan de Giron , et corrégidor d’ Arequipa , envoie des assassins donner la mort à Martin de Lezcano ; il fait pendre Alphonse de Mier, qu’il accuse d’avoir conspiré contre lui. Tandis que des corps de troupes s’avancent de part et d’autre , le cbnseiller Altamirano donne l’ordre de pendrn Salvador de Lezana, François de Vera et François Juarez, officiers, de Hernandez Giron, qui ont été faits prisonniers avec trente Espagnols qu’il veut aussi faire exécuter, et qu’il n’épargne que parce que les soldats del armée dite royale lui exposent qu’ils subiront le même sort si les chances de la guerre les font tomber entre les m£ns de leurs ennemis
1 554. — Diègue d’Alvarado , mestre-de-camp de Hernandez Giron, homme d’un caractère féroce, fait étrangler le médecin de son armée, Serrano , parce qu’il habite tranquillement la ville de Pachiacama avecla permission du général en chef. Il ordonne ensuite la mort du capitaine Nuno de Mendiola , dans le pays de Chiucha, pour avoir proposé de laisser reposer l’armée. Son chef fait décapiter le capitaine Lope Martin , du parti ennemi, qui est tombé entre ses mains , et l’officier Villaréal, qui servit autrefois sous ses ordres. - Vers le même temps le maréchal Alphonse d’Alvarado quitte Charcas , et s’avance contre François Hernandez Giron ; Die gue de Almendras est assassiné sur la roule par un lègve. Le général perd la bataille de Chuqmnga ; ses meilleurs capitaines y sont tués, entre autresGomez de Alvarado, Villavicencio , sergent-major «énéral , Jean de Saavedra , don Gabriel de Guzman, Hernand Alvarez de Toledo , Diègue de Llloa , François de Barrientos, Simon Pinto. Dans l armee des révoltés, le capitaine Alphonse de Badajoz est tué par un royaliste , qui le prend pour Giron parce qu’il est habillé comme lui. Antoine Carnllo , capitaine de Giron, meurt assassiné par ses compagnons d’armes , qui veulent s’emparer du riche butin qu’il a fait à La Paz, dans lePolosi. - Bernardin de Rotn. capitaine de Giron, désire avoir une entrevue .avec] son beau-père Ruibarba, officier de l’armée royale; il l’attire à un rendez-vous, et l’étend mort à ses pit^s dun coup d epee. e caju laine Solelo, de l’armée de Giron, est fait pnson-
ïîier par les royalistes , qui le font étrangler sur le champ. Bientôtle sort des armes est contraire à Giron ; il perd une bataille, et le vainqueur condamne au même supplice un grand nombre de ses meilleurs officiers , tels que Diègue d’Alvarado , mestrede-camp , Jean Cobo , le colonel Yillalba , l’enseigne major Albert d’Ordugna , le capitaine Bernardin de Roblès, l’officier Cristophe de Funèsj plusieurs autres sont pendus. Enfin Giron tombe lui-même au pouvoir de ses ennemis ; son corps est trame par des chevaux ,• on lui coupe la tête , et on sème du sel sur la place qu’a occupée sa maison. Il avait cherché la mort dans ce combat : il aurait été digne d’un meilleur sort par ses qualités militaires s il n’avait souillé sa vie par autant de cruauté contre les ’Indiens qu’il en éprouva des royalistes euxmêmes.
G est ici que finissent les Décades de l’exact historien Antoine Herrera. Je ne continuerai pas cette nécrologie pour les années suivantes sur d’autres auteurs , parce que je suis arrivé à l’époque où Las Casas nous fait connaître ce qui s’est passé. Il aurait pu composer un écrit avec ce titre : De la mort des persécuteurs des Indes , comme Lactance en a composé un autre, dans le quatrième siècle , sur la mort des persécuteurs des chrétiens ; et il eut encore mieux réussi que lui à montrer la liaison des effets et des causes, car en lisant le récit des violentes catastrophes qui enlèvent les uns après les
autres les plus fameux capitaines qui ont conquis l’Amérique , on voit qu elles ont ete produites par l’avarice et la soif de l’or dont ils étaient tourmentés, et par cette férocité qui devint une habitude de leur âme au milieu des meurtres qu’ils commettaient ou qu’ils voyaient commettre chaque jour sur une race d’hommes faibles et sans défense. Herrera est un auteur qu’il faut lire avec précaution ; on s’aperçoit qu’il veut affaiblir et le nombre et la gravité des événemens désastreux de l’Amérique , autant que peut le lui permettre la vérité de l’histoire. Malgré l’adresse et le soin qu’il emploie en faveur des Espagnols , on ne peut élever de doute raisonnable sur le fond des choses que Las Casas a rapportées : peut-être trouvera-t-on quelque exagération dans leurs circonstances ; mais il ne faut pas oublier que l’âme éminemment religieuse et compatissante du défenseur des Indiens avait besoin de cette peinture animée pour exciter dans l’âme de son prince et dés ministres une juste et nécessaire compassion ; mais ce serait outrager cette grande âme que de supposer qu’elle ait menti, et volontairement trompé les hommes. Aussi Herrera n’a-t-il pas manqué dans plusieurs endroits de son histoire de faire l’éloge de Las Casas , alors décédé , pour sa sincérité et pour ses vertus.
L’empereur et roi Charles-Quint , notre maître, m’ordonna, à moi don F. Barthélemi de Las Casas , évêque de la ville royale de Cliiapa, d’assister aux délibérations d’une assemblée de prélats , de grands et de lettrés, qui fut convoquée à Valladolid en par ordre de Sa Majesté , pour la ré-
forme des abus qui s’étaient introduits dans le gouvernement des Indes occidentales. Ce monarque, par un acte spécial de sa volonté souveraine , me chargea de proposer à cette junte tout ce qui me paraîtrait convenir à l’objet de ses délibérations. Je présentai divers moyens de réforme , dont le huitième était le plus important , parce qu’il contenait la substance des sept premiers , et qu’il offrait dans son application la garantie nécessaire de l’emploi avantageux de tous les autres.