PAR M. LLORENTE
Las Casas rapporte un très grand nombre de morts violentes d Espagnols qui avaient réduit par leurs cruautés les Indiens au désespoir. Il est persuadé que Dieu permettait tous ces malheurs pour apprendre aux autres à se conduire avec plus d’humanité.
Je suis loin de vouloir pénétrer dans les desseins secrets de la Providence j mais je pense que 1 histoire peut tirer quelque avantage d’un tableau nécrologique des principaux conquérans et gouverneurs qui moururent pendant les cinquante années qui suivirent la découverte du Nouveau-Monde ,
sans avoir pu jouir de leurs richesses, si cruellement acquises. Tous ces événemens sont contemporains de Las Casas.
Je suivrai la chronologie d’Antoine de Herrera dans ses Décades des îles occidentales. Je ne citerai qu’un très petit nombre de ceux qui périrent dans les guerres, et seulement lorsque j’y serai engagé par quelque circonstance extraordinaire. Voici la suite de ces événemens suivant l’ordre des dates*
i495. — Les Indiens massacrent ou obligent de se noyer dans leur fuite Diègue de Arana, Pedre Gutierrez , Rodrigue Escobedo, le chirurgien Juan, et plusieurs autres que Colomb avait laissés dans l’île Espagnole, ou Saint-Domingue, l’année même de la découverte du Nouveau-Monde. Ils avaient enlevé aux babitans leur or et leurs femmes.
i495f — Beaucoup d’Espagnols périssent sur une escadre de quatre vaisseaux aux ordres de Juan Aguado, et qu’une violente bourrasque fait couler à fond dans un port de Saint-Domingue.
1 502. — D’autres chefs de l’expédition éprouvent le même sort sur une autre flotte commandée par François de Bobadilla , gouverneur des Indes, le même qui a fait enchaîner et envoyé en EspagneTamiral auteur de la découverte du Nouveau-Monde. On trouve dans ce nombre François Roldan, brave capitaine , mais ennemi de la subordination, et qui s’est révolté plusieurs fois contre Faillirai Christophe
IHI !
et contre l’adelantado don Barthélemi son frère ; Guarionex , roi d’une partie de .T île Espagnole ,. qu’on a fait prisonnier, et un grand nombre de Castillans complices de Roldan. C’est dans cette catastrophe que Fénorme morceau d’or natif, dont parle Las Casas , ainsi que Herrera , est englouti dans la mer. La même année est fatale à beaucoup d’autres Espagnols qui ont accompagné le commandeur Nicolas Obando à Saint-Domingue , et les naturels en massacrent aussi plusieurs dans la petite île de Saona.
1505. — Un nombre considérable d’Espagnolsest assailli à coups de flèches sur une embarcation par les naturels de Veragua , qui cherchent à se venger des mauvais traitemens qu’ils en ont reçus.
i5o4- — Quelques Espagnols se Jettent à la mer pour gagner à la nage des navires sur lesquels d’autres révoltés se rendent de Saint-Domingue à la Jamaïque ; ils sont repoussés par leurs compatriotes, qui leur coupent les mains à coups d’épée , et les abandonnent aux flots. D’autres sont immolés par les Indiens de la province de Yguey dans l’île Espagnole.
1506. — Christophe Colomb termine ses jours à Valladolid , pauvre et persécuté, après avoir vu quatre fois le Nouveau-Monde, et s’être acquis une gloire immortelle ; il meurt presque sans récompenses et dans le sein de la disgrâce, quoiqu’il ait traité les indiens avec une douceur et une bonté que
ses successeurs 21 ont jamais su imiter pendant un grand nombre d’années.
1510. Les Indiens de Cartbagène assassinent Juan de la Cosa, officier d’un grand courage, mais coupable d’une cruauté inexcusable à l’égard des Indiens. Ceux de Sainte— Marthe massacrent quarante-sept Castillans. Diègue de Nicuesa , excellent officier, périt en mer pendant qu’une prison l’attend dans le Darien.
1511. Dans l’île de San-Juan de Puerto- Rico, les naturels égorgent don Christophe de Sotomayor , fils du comte de Camina, et quatre autres Espagnols , pour venger la mort de leur cacique Agueybana , que ce chef a ordonnée. Le capitaine Salcedo meurt la même année.
1513. • — Les Indiens de Cumana font souffrir le martyre a deux religieux dominicains, parce que les Espagnols refusent de rendre la liberté à dixsept hommes de leur nation , quoique ces missionnaires aient promis qu elle leur sera rendue, et qu’ils en aient même répondu sur leur tête.
1514. Don Barthelemi Colomb, premier ade— lantado des Indes et frere de Christophe, meurt en Espagne. Il était propriétaire d’une commanderie de deux cents Indiens dans l’île de Mona.
1515. - Un Espagnol de l’expédition de Gas-