TROISIÈME OBJECTION
L’évêque de Chiapa croit devoir faire obser-
ver que la rigueur dont parle saint Augustin était invoquée contre les hérétiques , et non contre les païens. Je réponds que si elle n’avait pas été permise contre ceux-ci elle n’aurait pu Tëtre à l’égard de ceux-là, puisqu’elle n’a pour objet dans l’une et l’autre circonstance que de convertir à la religion chrétienne. Au reste le saint docteur parle ailleurs de cette contrainte exercée contre les païens , particulièrement dans sa quarante-huitième lettre, où il cite les édits des empereurs chrétiens qui défendent le culte des idoles ; d’où il tire cette conséquence , qu’il était également permis d’en publier d’autres contre les hérétiques.
Et que l’on ne dise pas qu’il s’agit ici de sujets de l’Empire , car je conclus de cela même que la contrainte est plus permise lorsqu’il s’agit d’une nation indépendante , attendu que des étrangers méritent encore moins de ménagemens. J’en ai pour garant saint Grégoire , que je viens de citer , et qui trouva que Gennade , préfet d’Afrique , avait raison de faire la guerre aux idolâtres pour les forcer à se soumettre aux Romains et à embrasser ensuite le christianisme.