‹ ŒuvresChapitre 51 sur 72 · QUATRIÈME OBJECTION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME OBJECTION

L’évêque Las Casas prétend que jamais les saints ne conseillèrent aux rois de prendre les armes contre les payens pour les convertir. Mais il s’en faut bien que la chose soit aussi certaine qu’il le croit. On sait en effet que le pape Adrien pressa Charlemagne de faire la guerre aux Lombards, qui n’étaient

pas chrétiens. Saint Augustin a loué les édits des empereurs contre les païens , et Constantin défendit sous peine de mort l’exercice public de l’idolâtrie , après avoir consulté le pape Silvestre et d’autres saints personnages. Saint Grégoire applaudit à la conquête de la partie d’Afrique qui confinait aux provinces romaines , parce qu’il prévit que la foi pénétrerait dans des contrées où elle n’était pas encore connue. Saint Thomas soutient qu’il est permis aux prêtres de conseiller aux princes de justes guerres , et que ceux-ci peuvent forcer à professer le christianisme les infidèles dont les pratiques sont un sujet de scandale , et ceux qui s’opposent à l’exercice de la religion chrétienne par d’importunes déclamations , ou en persécutant les chrétiens. Or cette doctrine suppose que la contrainte corporelle est permise , soit par le moyen de lois coactives lorsque les infidèles sont sujets de l’Etat , soit les armes à la main s’ils sont indépendans.

CINQUIÈME OBJECTSON.

Le seigneur évêque croit que le pape n’eut ni ne put avoir l’intention d’accorder au roi d’Espagne la faculté d’attaquer les Indiens pour les réduire et les convertir , Sa Sainteté n’ayant aucun pouvoir sur ces peuples , qui n’ont pas reçu le baptême ; et il fonde sa doctrine sur la première Epîlre aux Corinthiens , danslaquelle saint Paul, se rappelant ce qu’on lui a dit de quelques idolâtres voisins du pays où il est , s’exprime ainsi : (C Comment m’appartiendrait-il de me

constituer juge de la conduite de ceux qui ne sont pas membres de l’Eglise? C’est le Seigneur qui les j ugera . »

Je réponds que , quoiqu’il n’appartienne pas au pape de juger les infidèles , il ne s’ensuit pas qu’il ne puisse se mêler jusqu’à un certain point de ce qui se passe parmi eux. Il a le droit de leur envoyer des prédicateurs de l’Evangile pour les convertir , et , d’après la doctrine de saint Augustin et de saint Thomas , cette faculté embrasse tout ce qui peut assurer le succès de cette entreprise.

Si l’usage de la guerre pour soumettre les infidèles afin de leur faire entendre ensuite la parole de Dieu est réputé un moyen utile pour arriver enfin à une conversion volontaire , l’Eglise a le droit d’y avoir recours en s’adressant aux princes , et cette conduite n’a rien d’opposé à ce que dit saint Paul. La tolérance que l’on accorde à quelques païens ne prouve point qu’on la doive à tous. Saint Augustin, à la vérité , s’exprime ainsi dans sa lettre à saint Marcellin : « Supportons, puisque nous ne pouvons y> les corriger , des hommes qui ont la prétention » de conserver avec des vices sans frein une répu- » blique que les premiers Romains ne purent fonder » que sur la vertu. » Mais il loue ailleurs le préfet Çennade d’avoir porté la guerre chez les païens d’Afrique pour leur faire embrasser la foi après les avoir soumis aux lois de 1 Empire.

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