‹ ŒuvresChapitre 58 sur 72 · ARTICLE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ARTICLE TROISIÈME

Réplique du seigneur évêque Las Casas aux réponses du docteur Sépulvéda.

Illustrissimes et très magnifiques Seigneurs, révérendissiines et très doctes Pères, cette illustre assemblée a bien voulu me permettre de lire en sa présence et de lui présenter quelques ouvrages dans lesquels j’ai eu l’intention de prouver l’injustice des guerres que l’on poursuit contre les naturels de

l’Amérique, afin d’engager le gouvernement à les faire cesser , quelque nom qu’on leur ait donné , et quelque motif qu’on ait eu de les entreprendre. Il s’est trouvé des Espagnols qui ont été d’un avis opposé au mien , et j’ai su qu’ils avaient écrit contre mes doctrines ; cependant je n’ai jamais attaqué personne , et , sans sortir du cercle des généralités , j’ai été fidèle à la loi que je m’étais imposée de ne nommer aucun de mes adversaires.

Il paraît maintenant que le savant et respectable docteur Sépulvéda vient de se déclarer le principal défenseur du système que j’ai combattu, et qu’il a voulu répondre aux argumens de mon Apologie , dont j’ai eu l’honneur de faire connaître une partie à vos Excellences et à vos Seigneuries.

Puisque le docteur Sépulvéda s’est découvert luimême, et qu’il ne craint pas d’apprendre à toute la terre qu’il est le fauteur des exécrables impiétés dont sa doctrine est la source, je crois remplir un devoir de justice en l’attaquant ouvertement pour en signaler le poison , et faire voir combien elle est capable de déshonorer le nom chrétien et de faire répandre le sang.

Je supplie vos illustres Seigneuries , vos Grâces et vos Paternités d’être persuadées qu’aucun intérêt personnel ne me porte à traiter la question dont elles me permettent de les entretenir. Ce n’est pas à moi qu’elle importe , mais à l’honneur et à la gloire de Dieu et de sa religion sainte , à celle de nos rois et de notre nation , au bien de l’Espagne , des Indes et de l’humanité.

L/affectation que le docteur met à défendre l’hônneur de nos rois ne doit en imposer à personne : il en est de même du prétendu droit qu’il veut faire trouver dans une conquête qui n’a été obtenue que par une multitude de cruautés , de blasphèmes et d’autres crimes non moins affreux ; car ce n’est qu’un moyen fort impuissant de tranquilliser les consciences à cet égard que de donner, contre toute apparence de justice , le caractère de légitimité à des titres de possession où la raison ne découvre rien de semblable.

Non , il n’y a rien de légitime à envahir des peuples qui vivent tranquilles dans leurs foyers, et à leur faire une guerre d’extermination sous prétexte de se conformer à une bulle du pape qui veut qu’on les convertisse. Défendre une telle cause , c’est se montrer l’ennemi de la religion , du roi , de l’Espagne, des ïndes et de l’humanité , puisqu’au lieu de solliciter le remède de tant de maux de l’âme et du corps, en offrant la preuve de tous ces faits incontestables , on s’efforce d’endormir les consciences , afin que ce cruel système ne perde rien de sa vigueur.

Je crois avoir établi dans mon Apologie la preuve incontestable de la vérité de mon sentiment. Le docteur Sépulvéda veut cependant persuader le contraire , après avoir réduit toute la matière à douze propositions qu’il a prises sommairement dans mon écrit , et qu’il attaque par autant de réponses distinctes et séparées : c^est ce qui m’oblige à les défendre par un nombre égal de répliques , afin de

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prévenir l’effet que son ouvrage pourrait produire dans les esprits peu attentifs.

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