HARMONIES VEGETALES DES PLANTES
Nous allons appliquer aux plantes les principej généraux que nous avons posés dans l'Etude pré cédente, en examinant successivement les harracj nies de leurs couleurs et de leurs formes.
La verdure des plantes, qui flatte si agréable ment notre vue, est une harmonie de deux eod leurs opposées dans leur génération élémentaire;! du jaune, qui est la couleur de la terre, et d bleu, qui est la couleur du ciel. Si la nature ava coloré les plantes de jaune, elles se confondrais avec le sol ; si elle les avait teintes en bleu, elles s; confondraient avec le ciel et les eaux. Dans le pre mier cas, tout paraîtrait terre; dans le second tout paraîtrait mer : mais leur verdure leur donc des contrastes très doux avec les fonds de ce gran tableau, et des consonnances fort agréables ave la couleur fauve de la terre et avec l'azur des cieu?
Cette couleur a encore cet avantage, qu'elle s'ae corde d'une manière admirable avec toutes les ai très , ce qui vient de ce qu'elle est l'harmonie d deux couleurs extrêmes. Les peintres qui ont d goût tendent d'étoffes vertes les murs de leurs ca binets de peinture, afin que les tableaux, de que ques couleurs qu'ils soient , s'y détachent sans du reté et s'y harmonient sans confusion f>\
La nature, non contente de cette première teint générale, a employé, en l'étendant sur le fond d sa scène, ce que les peintres appellent des passa ges ; elle a affecté une nuance particulière de vei bleuâtre, que nous appelons vert de mer, au plantes qui croissent dans le voisinage des eaux f des deux. C'est cette nuance qui colore, eh gené ral , celles des rivages, comme les roseaux, le saules, les peupliers; et celles des lieux élevés comme les chardons , les cyprès et les pins, et qn fait accorder l'azur des rivières avec la verdure de prairies, et celui du ciel avec celle des hauteurs
DES PLANTES
si, au moyen de cette nuance légère et fuyarde, tature répand des harmonies délicieuses sur les ites des eaux et sur les profils des paysages ; et produit encore à l'œil une autre magie : c'est elle donne plus de profondeur aux vallées , et s d'élévation aux montagnes.
]e qu'il y a encore de merveilleux en ceci , ïtque, quoiqu'elle n'emploie qu'une seule cour pour en revêtir tant de plantes , elle en tire ; quantité de teintes si prodigieuse, quechate de ces plantes a la sienne qui lui est particue , et qui la détache assez de sa voisine pour 1 distinguer; et chacune de ces teintes varie tque jour, depuis le commencement du prinips , ©ù elles se montrent la plupart d'une ver- *e sanglante, jusqu'aux derniers jours de l'auîne , où elles paraissent de différents jaunes. La nature, après avoir ainsi mis d'accord le fond son tableau par une couleur générale, en a déhé en particulier chaque végétal par des constes. Ceux qui devaient croître immédiatement
• la terre , sur des grèves ou sur de sombres roîrs , sont entièrement verts , feuilles et tiges , nme la plupart des roseaux, des graminées , s mousses , des cierges et des aloès ; mais ceux i devaient sortir du milieu des herbes ont des es de couleurs rembrunies, comme sont les mes de la plupart des arbres et des arbrisseaux, sureau, par exemple, qui vient au milieu des zons, a ses tiges d'un gris cendré ; mais l'hyè- É qui lui ressemble d'ailleurs en tout, et qui it immédiatement sur la terre , a les siennes ites vertes. L'armoise, qui croît le long deshaies, les tiges rougeâtres, par lesquelles elle sedistin- | aisément des arbrisseaux voisins. Il y a même m chaque genre de plantes des espèces qui, par «ïrs couleurs éclatantes, semblent être faites pour miner les limites de leur classe. Telle est , dans
• cormiers, une espèce appelée cormier du Cam j dont les branches sont d'un rouge de corail.
I |f a , parmi les saules , des osiers qui ont leurs sons jaunes comme l'or; mais il n'y a pas une sile plante qui ne se détache entièrement du fond ■ l'environne par ses fleurs et par ses fruits. On
II saurait supposer que tant de variétés soient des rjultats mécaniques de la couleur qui avoisine les < ips ; par exemple , que le vert bleuâtre delà plujjrt des végétaux de montagnes soit un effet de j|tur des cieux. Il est digne de remarque que la cileur bleue ne se trouve point, du moins que je s lie , dans les fleurs ou dans les fruits des arbres éjvés , car alors ils se seraient confondus avec le cl ; mais elle est fort commune h terre , dans les
Bernardin.
fleurs des herbes, telles que les bluets , les scabieuses, les violettes, les hépatiques, les riz, etc.. Au contraire , la couleur de terre est fort commune dans les fruits des arbres élevés , tels que ceux des châtaigniers, des noyers, des cocotiers, des pins. On doit entrevoir par-là que le point de vue de ce magnifique tableau a été pris des yeux de l'homme.
La nature, après avoir distingué la couleur harmonique de chaque végétal par la couleur contrastante de ses fleurs et de ses fruits, a suivi les mêmes lois dans les formes qu'elle leur a données. La plus belle des formes, comme nous l'avons vu, est la forme sphérique ; et le contraste le plus agréable qu'elle puisse former est lorsqu'elle se trouve opposée à la forme rayonnante. Vous trouverez fréquemment cette forme et son contraste dans l'agrégation des fleurs appelées radiées, comme la marguerite, qui a un cercle de petits pétales blancs divergents qui environnent son disque jaune : on le retrouve, avec d'autres combinaisons, dans les bluets , les asters , et une multitude d'autres espèces. Quand les parties rayonnantes de la fleur sont en dehors, les parties sphériques sont en dedans , comme dans les espèces que je viens de nommer; mais quand les premières sont en dedans , les parties sphériques sont en dehors : c'est ce qu'on peut remarquer dans celles dont les étamines sont fort allongées, et les pétales en portions sphériques, telles que les fleurs d'aubépine et de pommier, et la plupart des rosacées et des liliacées. Quelquefois le contraste de la fleur est aux parties environnantes de la plante. La rose est une de celles où il est le plus fortement prononcé : son disque est formé de belles portions sphériques, son calice hérissé de barbes, et sa tige d'épines.
Lorsque la forme sphérique se trouve placée dans une fleur entre la forme rayonnante et la parabolique, alors" it y a une génération élémentaire complète, dont l'effet est toujours très agréable; c'est aussi celui que produisent la plupart des fleurs que nous venons de nommer , par les profils de leurs calices, qui terminent leurs tiges élancées. Les bouquetières en connaissent tellement le mérite, qu'elles vendent une simple rose sur son rameau beaucoup plus cher qu'un gros bouquet des mêmes fleurs, surtout quand il y a quelques boutons qui présentent les progressions charmantes de la floraison. Mais ta nature est si vaste , et mon incapacité si grande, que je m'en tiendrai à jeter un coup d'œil sur le contraste qui vient de la sim- ! pie opposition des formes : il est si universel , que
ÉTUDE ONZIÈME
la nature l'a donné aux plantes qui ne l'avaient pas en elles-mêmes, en les opposant à d'autres qui avaient une configuration toute différente.
Les espèces opposées en formes sont presque toujours ensemble. Lorsqu'on rencontre un vieux saule sur le bord d'une rivière qui n'est pas dégradée, on y voit souvent un grand convoi vulus en couvrir le feuillage rayonnant de ses feuilles en cœur et de ses fleurs en cloches blanches, au défaut des fleurs apparentes que la nature a refusées à cet arbre. Diverses espèces de liserons produisent les mêmes harmonies sur diverses espèces de hautes graminées.
Ces plantes, appelées grimpantes, sont répandues dans tout le règne végétal, et réparties, je pense, a chaque espèce verticale. Elles ont bien des moyens différents de s'y accrocher, qui mériteraient seuls un traité particulier *. Il y en a qui tournent en spirale autour des troncs des arbres des forêls, comme les chèvrefeuilles; d'autres, comme les pois , ont des mains à trois et à cinq doigts , dont ils saisissent les arbrisseaux : il est très remarquable que ces mains ne leur viennent que lorsqu'ils sont parvenus à la hauteur où ils commencent à en avoir besoin pour s'appuyer **; d'autres s'attachent, comme la grenadille, avec des tire-bouchons ; d'autres forment un simple crochet
* 11 en es! même une espèce à qui la terre est inutile , et qui, jetée dans les airs , y croît et s'y multiplie avec rapidité. Les Chinois en forment des dômes de verdure qui couvrent leurs maisons , et la nature environne des guirlandes de cette plante les troncs desséchés des arbres. Ce végétal singulier a reçu le nom de vanille, fleur des airs (epidendrum flos aeris, Lin. ). On a vu une de ces plantes à Paris, chez l'abbé Nollin, directeur des pépinières du faubourg du Roule. Elle avait été apportée de la Chine dans un panier , où elle fleurissait chaque année, sans le secours d'un atome de terre. Le panier est encore dans la galerie des ustensiles qui serveut au cours de culture du Muséum d'histoire naturelle. (A.-M.)
** Les végétaux n'ont point été créés avec les vrilles , les crochets , les épines dont parle l'auteur , et qui ne sont que des organes imparfaits ; mais la nature renouvelle sans cesse pour eux le phénomène d'une création particulière , et qu'elle approprie aux besoins de chaque plante : c'est comme une prévoyance continue qu'elle exerce , comme un travail éternel qu'elle s'est réservé , pour nous montrer son pouvoir et son intelligence. Ainsi un organe avorté, et qui n'est plus apte à remplir ses fonctions primitives , devient, par le fait même de cet avortement , propre à remplir d'autres fonctions indispensables à la vie du végétal. Tel est l'avortement des fleurs de la vigne, qui change leurs pédoncules en vrilles propres à soutenir cet arbuste; tel est encore l'avortement de certaines branches, qui se transforment en épines pour servir de défenses à la plante. On a également observé que l'avortement du calice des composées forme de cet organe une aigrette qui était indispensable pour la dispersion des graines. Mais l'exemple le plus remarquable de ce genre est celui que présentent les fleurs doubles. Ici l'avortement des anthères permet aux filets de se développer . et les change en véritables pétales ; c'est à ces métamorphoses constantes que nous devons les plus belles fleurs de nos jardins. La théorie des avortements pourrait devenir féconde en découvertes. Elle est encore très peu connue. ( A.-M. )
de la queue de leur feuille, comme la capucine : p l'œillet en fait autant avec l'extrémité delà siennc.p On soutient ces deux belles fleurs, dans nos jardins, avec des baguettes; mais ce serait un pro-P blême digne des recherches des fleuristes, df trouver quelles sont les plantes, si je puis dir< auxiliaires, auxquelles celles-ci étaient destinées î se joindre dans les lieux d'où elles tirent leur ori-Ji*'1 gine : on formerait par leur réunion des groupe charmants. m
Je suis persuadé qu'il n'y a pas un végétal qu n'ait son opposé dans quelques parties de la terre leur harmonie mutuelle est la cause du plaisir se cret que nous éprouvons dans les lieux agrestes oi 1 la nature a la liberté de les rassembler. Le sapi s'élève, dans les forêts du nord , comme une hautpFk pyramide, d'un vert sombre et d'un port immo bile. On trouve presque toujours dans son vois nage le bouleau, qui croît à sa hauteur, de Ipn forme d'une pyramide renversée, d'une verdurP1'1 gaie, et dont le feuillage mobile joue sans cessl*11 au gré des vents. Le trèfle aux feuilles rond<p aime à croître au milieu de l'herbe fine, et à parer de ses bouquets de fleurs. Je crois mêrrjf " que la nature n'a découpe profondément les fcuill* de beaucoup de végétaux que pour faciliter c< sortes d'alliances, et ménager des passages ai » graminées , dont la verdure et la finesse des (ig forment avec elles une infinité de contrastes. C tal en voit assez d'exemples dans les champs inculte, où les touffes d'herbe percent a travers les larg plantes des chardons et des vipérines. C'est au? afin que les graminées , qui sont les plus utiles i tous les végétaux , pussent recevoir une porti< des pluies du ciel à travers les larges feuillages A ces enfants privilégiés de la nature, qui étoufl raient tout ce qui les environne, sans leurs pr fondes découpures. La nature ne fait rien pour simple plaisir, qu'elle n'y joigne quelque raisi d'utilité; celle-ci meparaît d'autant plus marque que les découpures des feuilles sont beaucoup pl communes et plus grandes dans les plantes et i sous-arbrisseaux qui s'élèvent peu de terre, q dans les arbres.
Les harmonies qui résultent des contrastes j retrouvent jusque dans les eaux. Le roseau, sur! bord des fleuves, dresse en l'air ses feuilles rayoj nantes et sa quenouille rembrunie , tandis que nymphœa étend a ses pieds ses larges feuilles cœur et ses roses dorées; l'un présente sur eaux une palissade, et l'autre un plancher de v dure. On retrouve des oppositions semblables ji que dans les plus affreux climats. Martens
bons leiifli
ils II!