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DES PLANTES
imbourg", qui nous a donné une fort bonne relam du Spilzberg, dit que lorsque les matelots i vaisseau dans lequel il naviguait sur ces côtes •aient leur ancre du fond de la mer, ils amenaient esque toujours avec elle une feuille d'algue fort rge, de six pieds de long, et attachée aune queue ! pareille longueur ; cette feuille était lisse , de uleur brune, tachetée de noir, rayée de deux ies blanches, et faite en forme de langue; il l'ap- 11e plante de roche. Mais ce qu'il y a de singu- I , c'est qu'elle était ordinairementaccompagnée une plante chevelue de six pieds de long, sernable à la queue d'un cheval , et formée de poils fins, qu'on pouvait, dit-il, l'appeler soie de che. Il trouva sur ces tristes rivages , où l'empire Flore est si désolé, le cochléaria et l'oseille qui oissaient ensemble. La feuille du premier est arndie en forme de cuiller, et celle de l'autre allone en fer de flèche. Un médecin habile , appelé irtholin * , a observé que les vertus de leurs sels nt aussi opposées que leurs configurations ; ceux premier sont alcalis, ceux de l'autre sont acides; de leur réunion il résulte ce que les médecins pellent sel neutre (qu'ils devraient plutôt appe- J sel harmonique), le plus puissant remède qu'on lisse employer contre le scorbut , qui attaque oraairement les hommes de ces terribles climats, ur moi , je soupçonne que les qualités des plan- ; sont harmoniques comme leurs formes , et que ites les fois que nous en rencontrons dégroupées réablement et constamment, il doit résulter de réunion de leurs qualités , pour la nourriture , ur la santé ou pour le plaisir, une harmonie ssi agréable que celle qui naît du contraste de irs figures. C'est une présomption que je pouris appuyer de l'instinct des animaux, qui, en outant les herbes , varient le choix de leurs alisnts; mais cette considération me ferait sortir mon sujet.
Je ne finirais pas si j'entrais dans quelque détail r les harmonies de tant de plantes que nous méisons, parcequ'elles sont faibles ou communes, nous les supposions, par la pensée, de lagranur de nos arbres , la majesté des palmiers dispaîtrait devant la magnificence de leurs attitudes de leurs proportions. Il y en a , telles que les pérines , qui s'élèvent comme de superbes canlabres , en formant un vide autour de leur cen- 3, et en portant vers le ciel leurs bras épineux , argésdans toute leur longueur de girandoles de urs violettes. Le verbascum, au contraire, étend
1 Voyez Chomel , Histoire des plantes usuelles.
autour de lui ses larges feuilles drapées, et pousse de son centre une longue quenouille de fleurs jaunes, aussi douces à la poitrine qu'au toucher. Les violettes au bleu foncé contrastent, au printemps, avec les primevères aux coupes d'or et aux lèvres écarlates. Sur des angles rembrunis de rocher, à l'ombre des vieux hêtres, des champignons blancs et ronds comme des dames d'ivoire s'élèvent au milieu des lits de mousse du plus beau vert.
Les champignons seulsprésententunemultitude de consonnances et de contrastes inconnus. Cette classe est d'abord la plus variée de toutes celles des végétaux de nos climats. Sébastien Vaillant en compte cent quatre espèces dans les environs de Paris , sans compter les fongoïdes, qui en fournissent au moins une douzaine d'autres. La nature les a dispersés dans la plupart des lieux ombragés où ils forment souvent les contrastes les plus extraordinaires. Il y en a qui ne viennent que sur les rochers nus , où ils présentent une forêt de petits filaments , dont chacun est surmonté de son chapiteau. Il y en a qui croissent sur les matières les plus abjectes , avec les formes les plus graves : tel est celui qui vient sur le crottin de cheval, et qui ressemble à un chapeau romain , dont il porte le nom. D'autres ont des convenances d'agrément: tel est celui qui croît au pied de l'aune, sous la forme d'un pétoncle. Quelle est la nymphe qui a placé un coquillage au pied de l'arbre des fleuves? Cette nombreuse tribu paraît avoir sa destinée attachée à celle des arbres, qui ont chacun leur champignon qui leur est affecté , et qu'on trouve rarement ailleurs : tels sont ceux qui ne croissent que sur les racines des pruniers et des pins. Le ciel a beau verser des pluies abondantes, les champignons , à couvert sous leurs parapluies , n'en reçoivent pas une goutte. Ils tirent toute leur vie de la terre, et du grand végétal auquel ils ont lié leur fortune : semblables a ces petits Savoyards qui sont placés comme des bornes aux portes des hôtels , ils établissent leur subsistance sur la surabondance d'autrui ; ils naissent à l'ombre des puissances des forêts, et vivent du superflu de leurs magnifiques banquets.
D'autres végétaux présentent des oppositions de la force à la faiblesse dans un autre genre, et, des convenances de protection plus distinguée. Ceux-là , comme de grands seigneurs, laissent leurs faibles amis à leurs pieds ; ceux-ci les portent dans leurs bras et sur leurs têtes. Ils reçoivent souvent la récompense de leur noble hospitalité. Les lianes qui, dans les îles Antilles , s'attachent aux arbres des forêts , les défendent de la fureur des oura-
ÉTUDE ONZIÈME
gans. Le chêne des Gaules s'est vu [plus d'une fois l'objet de la vénération des peuples , pour avoir porté le gui dans ses rameaux. Le lierre ami des monuments et des tombeaux, le lierre, dont on couronnait jadis les grands poètes qui don lient l'immortalité , couvre quelquefois de son feuillage les troncs des plus grands arbres. Il est une des fortes preuves des compensations végétales de la nature ; car je ne me rappelle pas en avoir jamais vu sur les troncs des pins, des sapins, ou des arbres dont le feuillage dure toute l'aunée. Il ne revêt que ceux que l'hiver dépouille. Symbole d'une amitié généreuse , il ne s'attache qu'aux malheureux; et lorsque la mort même a frappé son protecteur , il le rend encore l'honneur des forêts où il ne vit plus : il le fait renaître en le décorant de guirlandes de fleurs et de festons d'une verdure éternelle.
La plupart des plantes qui croissent à l'ombre ont les couleurs les plus apparentes : ainsi les mousses font briller leur vert d'émeraude sur les flancs sombres des rochers. Dans les forêts , les champignons et les agarics se distinguent par leurs couleurs des racines des arbres sur lesquels ils croissent. Le lierre se détache de leurs écorces grises par son vert lustré ; le gui fait apparaître ses rameaux d'un vert jaune , et ses fruits semblables a des perles, dans l'épaisseur de leurs feuillages; le convolvulus aquatique fait éclater ses grandes cloches blanches sur le tronc du saule ; la vigne vierge tapisse de verdure les anciennes tours , et, dans l'automne , son feuillage d'or et de pourpre semble fixer sur leurs flancs rembrunis les riches couleurs du soleil couchant. D'autres plantes, entièrement cachées, se découvrent par leurs parfums. C'est de cette manière que l'obscure violette appelle la main des amants au sein des buissons épineux. Ainsi se véritie de toutes parts cette grande loi des contrastes qui gouverne le monde : aucune agrégation n'est dans les plantes l'effet du hasard.
La nature a établi dans les nombreuses tribus du règne végétal une multitude d'habitudes dont la lin nous est inconnue. Il y a des plantes, par exemple, dont les sexes sont sur desindividus différents, comme parmi les animaux ; il y en a d'autres qu'on trouve toujours réunies en plusieurs touffes, comme si elles aimaient a vivre en société* ; d'autres, au contraire, se rencontrent presque toujours seules. Je présume que plusieurs de ces rap-
* M. de Humboldt a donné quelque développement à cette Idée, au commencement de sa Géographie des ylantes, ouvrage dont toutes les idées fondamentales sont empruntées aux Éludes de l« nature. ( A.-M.)
ports sont liés avec les mœurs dès oiseaux qui vi-j vent de leurs fruits, et qui les ressèment.- Souven)| les herbes représentent dans les prairies le port' des arbres des forêts; il y en a qui, par leurs feuil-j lages et leurs proportions, ressemblent au pin, au sapin et au chêne : je crois même que chaque aî-j bre aune consonnanece dans les herbes. C'est par; cette magie que de petits espaces nous offrent l'étendue d'un grand terrain. Si vous êtes sous uni bosquet de chênes, et que vous aperceviez sur ucf tertre voisin des touffes de germandrées, dont le feuillage leur ressemble enpetit, vous éprouverez lesi effets d'une perspective. Ces dégradations de pren portions s'étendent même des arbres jusqu'aux* mousses, et sont les causes , en partie, du plaisir/ que nous éprouvons dans les lieux agrestes, quand , la nature a eu le loisir d'y disposer ses plans. L'effet de ces illusions végétales y est si certain , que { si on les fait défricher, le terrain, dépouillé de j ses végétaux naturels, paraît beaucoup plus petit | qu'auparavant.
La nature emploie encore des dégradations de verdure qui , étant plus légères au sommet des ar bres qu'à leur base , les fait paraître plus élevé qu'ils ne le sont. Elle affecte encore la forme pyramidale à plusieurs arbres de montagnes, aflr d'augmenter à la vue l'élévation de leur site; c'es ce qu'on peut reconnaître dans les mélèzes, les sa{ pins, les cyprès, et dans plusieurs plantes quj croissent sur les hauteurs. Quelquefois elle réuni dans le même lieu les effets des saisons ou des cli mats les plus opposés. Elle tapisse , dans les pay chauds, des flancs entiers de montagnes de celt plante qu'on appelle glaciale, parcequ'elle sembl toute couverte de glaçons : on croirait, au milie de l'été , que Borée y a soufflé tous les frimas d nord. D'un autre côté, on trouve en Russie de mousses au milieu de l'hiver, qui, par la couler rousse et enfuméede leurs fleurs, paraissent avoi été incendiées. Dans nos climats pluvieux, ell |; couronne les sommets des coteaux de genêts et dj romarins, et le haut des vieilles tours de giroflée! jaunes: au milieu du jour le plus sombre, oncro y voir luire les rayons du soleit. Dans un auli lieu, elle produit les effets du vent au milieu el plus grand calme. Il ne faut, en Amérique, qu'u i oiseau qui vienne se poser sur une touffe de sei ,. sitives pour en faire mouvoir toute la lisière, q; s'étend quelquefois a un demi-quart de lieue. Ij voyageur européen s'arrête, et s'étonne de vo l'air tranquille et l'herbe en mouvement. Quelqu fois moi-même j'ai pris dans nos bois le murmu les peupliers el des trembles pour celui des rui
DES PLANTES
1;îux : plus d'une fois, assis sur les ombrages au Ir'd des'prairies, dont les vents faisaient ondoyer Jjî herbes, ce double frémissement a fait passer » mon sang la fraîcheur imaginaire des eaux, îtaventla nature emploie les vapeurs de l'air pour cnner plus d'étendue à nos paysages. Elle les réjnd au fond des vallées, et les arrête aux coudes es fleuves , en laissant entrevoir par intervalles Ijirs longs canaux éclairés du soleil. Elle en mulpfe aussi les plans , et en prolonge l'étendue. Cplquefois elle enlève ce voile magique du fond cjs vallées , et , le roulant sur les montagnes voisjes, où elle le teint de vermillon et d'azur, Il confond la circonférence de la terre avec la lie des cieux. C'est ainsi qu'elle emploie les ïages, aussi légers que les illusions de la vie, à lis élever vers le ciel; qu'elle répand au milieu d|ses mystères les sensations ineffables de l'infini, e^u'elle ôte à nos sens la vue de ses ouvrages, Wr en donner à notre ame un plus profond Itiment.