‹ Œuvres;Chapitre 107 sur 236 · DU GOUT · texte numérisé non relu

DU GOUT

Il n'y a point de sensation physique qui ne fasse naître en lui quelque sentiment de la Divinité.

A commencer par le sens le plus grossier de tous, qui est celui du boire et du manger, tous les peuples dans l'état sauvage ont cru que la Divinité avait besoin de souteuir sa vie par les mêmes moyens que les hommes : de là est venue dans toutes les religions l'origine des sacrifices. C'est encore de la qu'est venu chez beaucoup de nations l'usage de porter des aliments sur les tombeaux : les femmes des Sauvages de l'Amérique étendent ce soin jusqu'aux petits enfants qui sont morts a la mamelle. Lorsqu'elles leur ont rendu les devoirs de la sépulture , elles viennent tous les jours , pendant plusieurs semaines , verser de leur sein quelques gouttes de lait sur leurs petits tombeaux*; c'est ce qu'affirme le jésuite Charlevoix, qui en a été souvent le témoin. Ainsi, le sentiment de la Divinité et celui de l'immortalité de l'ame sont liés avec nos affections les plus animales, et surtout avec l'amour maternel.

Mais l'homme ne s'est pas contenté de partager ses aliments avec des êtres intellectuels, et de les inviter en quelque sorte a sa table; il a cherché à s'élever a eux par l'effet physique de ces mêmes aliments. 11 est très remarquable qu'on a trouvé plusieurs peuples sauvages qui avaient a peine l'industrie de se procurer des aliments; mais aucun qui n'eût celle de s'enivrer. L'homme est le seul de tous les animaux qui soit sensible à ce

* A 'oyez le père Charlevoix , Voyage en Amérique.

plaisir. Ceux-ci sont contents de rester dans Ici; sphère ; l'homme s'efforce toujours de sortir de ! sienne. L'ivresse exalte l'ame. Toutes les fêtes n Mit ligieuses chez les Sauvages , et même chez les pei pies policés , sont suivies de festins où. l'on boit perdre la raison : on commence, a la vérité, pÉti jeûner , mais on finit par s'enivrer. L'homme r nonce à la raison humaine pour exciter en lui d| émotions divines. L'effet de l'ivresse est de jet l'ame dans le sein de quelque divinité. Vous en tendez toujours les buveurs chanter Bacchu Mars, Vénus ou l'Amour. Il est encore très rema quable que les hommes ne se livrent au blaspbèn que dans l'ivresse ; car c'est un instinct aussi o m dinaire a l'ame de chercher la Divinité lorsqu'el» est dans son état naturel, que de l'abjurer loipi qu'elle est corrompue par le vice.

de l'odorat.

Les plaisirs de l'odorat sont particuliers m l'homme, car je n'y comprends point les émac fei tious olfactives par lesquelles il juge de ses a à inents, et qui lui sont communes avec la plup; ê des animaux. L'homme seul est sensible aux pi| k\ fums, et il s'en sert pour donner plus d'éner il à ses passions. Mahomet disait qu'ils élevaient si lu ame vers le ciel. Quoi qu'il en soit, leur usf § s'est introduit dans tous les cultes religieux, g« dans les assemblées politiques de beaucoup de ; nu tions. Les Brésiliens, ainsi que tous les Sauva |f de l'Amérique septentrionale, ne délibèrent po p sur quelque objet important sans fumer du ta! j,|ir dans un calumet. C'est de cet usage que le calui ;(t estdevenu chez toutes ces nations le symbole dij, 9 paix , de la guerre , des alliances , suivant les j& cessoires qu'elles y ajoutent. C'est sans doute Si même usage de fumer , qui était commun i s, Scythes, comme le rappocte Hérodote, que le ducéc de Mercure, qui ressemble beaucoup calumet des Américains, et qui paraît n'avoir comme lui qu'une pipe, devint le symbole du c( merce. Le tabac accroît en quelque sorte les foi » j du jugement, en occasionnant une espèce d'ivnkj dans les nerfs du cerveau. Léry dit que les Br« • ; liens fument du tabac jusqu'à s'enivrer. Nous • << serverons que ces peuples ont trouvé la plant i plus céphalique qu'il y ait dans le règne végél i \ et que son us;;gc est le plus universellement - ; pandu de toutes celles qui existent sur le glo, \ sans en excepter la vigne et le blé. J'en ai vu( • tiver en Finlande, au-delà de Vibourg, paife 66e degré de latitude nord. Son habitude Gim puissante, qu'un homme qui y est accoutum Je

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