‹ Œuvres;Chapitre 13 sur 236 · AVRIL -17G · texte numérisé non relu

AVRIL -17G

Le I er, nous vîmes des requins, et on en prit un, avec une bonite. Je compte réunir mes observations sur les poissonsa la fin du journal de ce mois.

Le 2, nous eûmes du calme mêlé d'orage. Nous sommes sur les limites des vents généraux du pôle austral. L'après-midi, nous essuyâmes un grain qui nous fit amener toutes nos voiles.

Nous approchons de la ligne. 11 y a très peu de crépuscule le soir et le matin.

Le 3, nous prîmes des bonites et un requin. Nous étions constamment entourés de la même troupe de thons.

Le 4 , nous eûmes un ciel orageux. Nous entendîmes le tonnerre , et nous essuyâmes un grain.

On jeta a lamer un matelot mort du scorbut; plusieurs autres en sont affectés : cette maladie, qui se manifeste de si bonne heure , répand la terreur dans l'équipage. Nous prîmes des bonites et des requins.

Du 5 et du 6. Hier, à trois heures de nuit, il fit un orage épouvantable qui nous obligea de tout

amener , hors la misaine. Je remarquai constamment que le lever de la lune dissipe les nuages d'une manière sensible. Deux heures après qu'elle est sur l'horizon, le ciel est parfaitement net. Nous eûmes ces deux jours du calme mêlé de grains pluvieux.

Le 7 , nous prîmes des bonites. Je vis couper avec des ciseaux du verre dans l'eau avec une grande facilité, effet dont j'ignore la cause.

Le 8 et le 9 , on prit un requin , des sucets et deux thons. Quoique près de la ligne, la chaleur ne me parut pas insupportable ; l'air est rafraîchi par les orages.

Le 1 0 , on annonça le baptême de la ligne , dont nous étions a un degré. Un matelot , déguisé eii masque, vint demander au capitaine a faire observer l'usage ancien. Ce sont des fêles imaginées pour dissiper la mélancolie des équipages. Nos matelots sont fort tristes, le scorbut gagne insensiblement, et nous ne sommes pas au tiers du voyage.

Le H , on fit la cérémonie du baptême. On rangea les principaux passagers le long d'un cordon, les pouces attachés avec un ruban. On leur versa quelques gouttes d'eau sur la tête. On donna ensuite quelque argent aux pilotes.

Le vent fut contraire , le ciel et la mer belle. Le 12 , nous ne passâmes point encore la ligne. Les courants portaient au bord. On cessa de voir l'étoile polaire. Nous vîmes un vaisseau à l'est.

Le 15 , nous passâmes la ligne. La mer paraissait , la nuit , remplie de grands phosphores lumineux. On purifiait l'entrepont tous les dimanches on montait en haut les coffres et les hamacs de l'é quipage , ensuite on brûlait du goudron. On s'a perçut que le tiers des barriques d'eau était vide, quoiqu'on ne fût pas au tiers du voyage.

Les U, -15 eH6, les vents varièrent. Il fit de grandes chaleurs. On roidit les haubans et les cordages. Nous fûmes toujours environnés de bonites, de thons , de marsouins et de bonnets-flamands. Nous vîmes un très grand requin. Calme mêlé d'orage.

Les 17, 4 8 et 19 , les calmes continuèrent avec la chaleur. Le goudron fondait de toutes les manœuvres. L'ennui et l'impatience croissent sur le vaisseau. On en a vu rester un mois en calme sous la ligne.

Je vis une baleine allant vers l'ouest.

Les 20, 21 et 22 , continuation de calme et d'ennui. Le vaisseau était entouré de requins. Nous en vîmes un attaché a un paillasson , dans un large banc d'écume , courant de l'est a l'ouest : il était vivant; sans doute quelque vaisseau venait (Je

VOYAGE A L'ILE-DE-FRANCE

[passer là. Nous prîmes des thons, des bonites,

I cinq ou six requins, et un marsouin dont la tête j était fort pointue. Les matelots disent que le marf souin présage le vent ; en effet , à minuit il s'est ! levé. Nous revîmes des galères.

Du 25. Nous entrons enfin dans les vents géné- ! raux du sud-est, qui doivent nous conduire au-delà | de l'autre tropique. On prit des bonites et des thons. Comme on tirait de l'eau un de ces poissons , un requin le prit par la queue , et fit casser la ligne. Nous vîmes une frégate , oiseau noir et gris j approchant de la forme de la cigogne; son vol est très élevé.

Le 24 et le 25 , nous eûmes des grains qui firent varier le vent. Vers le soir , la lune parut entourée | d'un grand cercle sans couleurs.

Nous prîmes des bonites et des thons.

Le 26 , nous vîmes des frégates , des poissons ! volants, des thons, des bonites, et un oiseau blanc qu'on dit être un fou. Lesoir, ayant toutes nos voiles dehors, nous fûmes chargés d'un grain violeut qui nous mit sur le côté pendant quelques minu-

II tes . Notre vaisseau porte fort mal la voile, et il ne | fait guère plus de deux lieues par heure avec le ivent le plus favorable.

Le 27, grosse mer et grand frais, mêlé de grains pluvieux. Nous vîmes les mêmes poissons et un alcyon , hirondelle de mer , que les Anglais appellent V oiseau de la tempête. Je consacrerai un article de mon journal aux oiseaux marins.

Le 28, nous eûmes grand frais et des grains mêlés de pluie. On porta six canons de l'arrière dans la cale de l'avant , afin que le vaisseau étant iplus chargé sur le devant gouvernât mieux. Nous i éprouvâmes des temps orageux qui sont rares dans [ces parages. Vu les mêmes thons.

Le 29 , beau temps mêlé de quelques grains. Nous vîmes des frégates et un oiseau blanc avec les ailes marquées de gris. Au soleil couchant, nous vîmes un vaisseau sous le vent, faisant même route que nous.

Le 50, bon frais , belle mer : l'air n'est plus si chaud. Nous vîmes le vaisseau de la veille un peu jau vent ; il avait forcé de voiles : nous fîmes la imême manœuvre. Il mit pavillon anglais; nous mîmes le nôtre. Nous prîmes des thons, et nous vîmes des poissons-volants.

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