‹ Œuvres;Chapitre 130 sur 236 · DU SENTIMENT DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

DU SENTIMENT DE L'AMOUR

Lorsque l'hiver glace nos campagnes , on voit Jn disparaître les aigles et les vautours ; la tourte- net* relie timide se blottit dans le creux des arbres, à Ainsi l'adversité fait fuir de nos ames les passions ^ violentes, et y endort les passions douces. Mais [le lorsque le printemps vient ranimer la nature , \eskk bois , les lacs et les plaines sont couverts d'oiseaux 0 amoureux. Alors l'aigle reparaît dans les airs, etU1 y ramène la guerre et ses fureurs, qui traînent à leur suite l'affreux vautour avide de carnage. La ideoi bonne fortune ranime ainsi nos passions, et rallume dans nos cœurs les guerres intestines que ¥ son absence y avait suspendues. Sans doute il esIfM possible aux hommes les plus violents de détourner leurs passions , en les attachant à des choses innocentes. L'ambitieux César eût encore vécii!!'1 heureux dans un village. L'agriculture même peu satisfaire l'avarice; l'ivrognerie se combat pai la tempérance, le jeu par la solitude, et tous le: vices par la philosophie : car les vices ne sont qu< des passions factices. Ce qui est difficile, c'est d< vaincre une passion naturelle, où chacune de vo victoires diminue votre résistance, où l'ennem I* accroît ses forces par ses défaites. Le plus volup tucux peut aisément se priver de bals , de spec tacles, de sociétés, de festins; mais bien souven ces privations ne feront qu'accroître, en la con centrant, la force d'une passion qui redouble so: attrait par le goût même de la sagesse. L'amou s'accommode de toutes les positions, de la bonne ( de la mauvaise fortune , de la gaieté, de la tris tesse, delà santé, de la maladie. Tout réveill dans nos cœurs le désir et le besoin d'aimer. L mariage seul peut faire une vertu de cette passior La religion, avec toutes ses forces, ne saurait e détruire l'inquiétude; elle la combat sans cesse sans la vaincre jamais.

Si l'amour n'était qu'une sensation physique je ne voudrais que laisser raisonner et agir deu amants conséquemment aux lois physiques d mouvement du sang, de la filtration du chyle des autres humeurs du corps, pour en dégoûu le plus vil libertin; son acte principal même e accompagné du sentiment de la honte dans l hommes de tous les pays. 11 n'y a point de peup qui se prostitue publiquement; et quoique d voyageurs éclairés aient avancé que les habitan.

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