‹ Œuvres;Chapitre 138 sur 236 · MAUX DE L · texte numérisé non relu

MAUX DE L

Un Prussien , qui a beaucoup écrit de nos jours, pst abstenu de rien dire sur l'administration de in pays, « parcequ'étant passager , dit-il, sur le vaisseau de l'état, ce n'est pas à lui à se mêler | de sa manœuvre. » Cette pensée, comme tant iautres qu'il a prises dans nos livres , est une lirase de bel esprit ; elle ressemble h celle de cet Wme qui, voyant le feu prendre dans une main, s'en fut sans l'éteindre , «parceque, disaitil, la maison n'était pas à lui. » Pour moi, je le crois d'autant plus obligé de parler du vaisi {au de l'état que j'y suis passager, et que je Jtis mïntéresser à la prospérité de sa navigation. > J dois employer le loisir où me met mon passage ijême à avertir les pilotes des désordres que j'y k perçois; il me semble que ce sont là les exeniï ]bs que nous ont donnés les Montesquieu, les Féï lion, et tant d'hommes a jamais illustres qui s h consacré , dans chaque pays , leurs veilles au m ijnheur de leurs compatriotes. Tout ce qu'on ]hit m'objecter avec fondement, c'est ma propre s; ibrfisance. Mais j'ai vu beaucoup d'injustices;

j;n ai été moi-même la victime. Les images du i tjsordre m'ont fait naître des idées d'ordre, t; bailleurs mes erreurs peuvent servir à faire pa-

i litre la sagesse de ceux qui les relèveront. Quand

ii jine présenterais qu'une idée utile a mon prince, f ilnt les bienfaits m'ont soutenu jusqu'ici, quoi- K (te mes services soient restés sans récompense, f jjurai obtenu la plus précieuse de toutes , si je m lis me flatter d'avoir essuyé les larmes de quelil c|e infortuné : ce souvenir effacera les miennes 11 î dernier moment.

iS| (Les hommes qui profitent des maux de la paifjÉe me reprocheront d'en être l'ennemi, avec j Ijir phrase ordinaire : que les choses ont toujours è ainsi, et que tout va bien, parceque tout va bn pour eux. Mais ce ne sont pas ceux qui délivrent les maux de leur patrie qui en sont les memis, ce sont ceux qui la flattent. Certaineîmt les écrivains comme Horace et Juvénal , qui jésageaient à Rome sa destruction, au milieu lime de sa grandeur , étaient plus attachés à son inheur que ceux qui en flattaient les tyrans , et ,sl < i profitaient de ses désordres. Combien l'emke romain a-t-il survécu à la prédiction des jemiers? Les bons princes mêmes, qui en pri- .j ipt dans la suite le gouvernement, ne purent le «tablir , parcequ'ils furent trompés par les écrions contemporains, qui n'osèrent jamais atta- < er les causes morales et politiques de la cori ptioa ; ils se contentèrent de porter leur réforme f eux-mêmes, et n'eurent pas même le courage

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