‹ Œuvres;Chapitre 139 sur 236 · A SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

A SOCIÉTÉ

de l'étendre a leur famille. Ainsi ont régné les Titus et les Marc-Aurèle. Ils ne furent que de grands philosophes sur le trône. Pour moi, je croirais avoir déjà bien mérité de ma patrie quand je ne lui aurais dit que cette terrible vérité: qu'elle renferme dans son sein plus de sept millions de pauvres , et que leur nombre va en croissant chaque année, depuis le siècle de Louis XIV.

A Dieu ne plaise que je souhaite la destruction des différents ordres de l'état ! Je ne désire que de les ramènera l'esprit de leur institution naturelle. Plût à Dieu que le clergé méritât , par ses vertus, la première place accordée a la sainteté de ses fonctions! que la noblesse protégeât les citoyens , et ne se rendit redoutable qu'aux ennemis du peuple ! que la finance , faisant couler ses trésors dans les canaux de l'agriculture et du commerce , laissât au mérite les chemins ouverts a tous les emplois! que chaque femme, exemptée par la faiblesse de sa constitution de la plupart des fardeaux de la société, s'occupât a remplir ses douces destinées d'épouse et de mère, en faisant le bonheur d'une seule famille ; que, revêtue de grâce et de beauté ) elle se considérât comme une fleur de cette chaîne deplaisirsdontla nature a attaché l'homme à la vie; et tandis qu'elle ferait la couronne et la joie de son époux en particulier, que la chaîne entière de son sexe resserrât les nœuds du bonheur national!

Je ne cherche point à mériter les applaudissements du peuple; il ne me lira pas^ d'ailleurs il est vendu aux riches et aux puissants : à la vérité, il en médit sans cesse, et il applaudit même ceux qui agissent envers eux avec quelque fermeté; mais il les abandonne dès qu'il les voit les objets de la haine des riches, il tremble aux menaces de ceux-ci, ou il rampe â leurs pieds à la moindre marque de bienveillance. J'entends par peuple, non-seulement la dernière classe de la société, mais un grand nombre d'autres qui se croient bien au-dessus.

Le peuple n'est point mon idole. Si les puissances qui le gouvernent sont corrompues , il en est lui-même la cause. On se récrie contre les règnes de Néron et de Caligula; mais ces princes méchants furent les fruits de leur siècle, comme de mauvais fruits sont produits par de mauvais arbres : ils n'auraient point été des tyrans, s'ils n'avaient trouvé parmi les Romains des délateurs , des espions, des satellites, des empoisonneurs, des filles prostituées , des bourreaux , et des flatteurs qui leur disaient que tout allait bien. Je ne crois point la vertu le partage du peuple ; mais je la crois répartiedans toutes les conditions, rarechez les petits>

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chezles médiocres et chez les grands; etsi nécessaire au maintien de tous les ordres de la société, que si elle y était entièrement détruite, la patrie s'écroulerait comme un temple dont on aurait sapé les colonnes.

Mais si ce ne sont ni les louanges ni les vertus du peuple qui m'intéressent particulièrement, ce sont ses travaux. C'est du peuple que sortent la plupart de mes plaisirs et de mes maux; c'est lui qui me nourrit, qui m'habille, qui me loge, et qui s'occupe souvent de mon superflu, tandis qu'il manque quelquefois du nécessaire ; c'est de lui aussi que sortent les épidémies, les vols, les séditions; et n'y eût-il pour moi que le simple spectacle de son bonheur ou de son malheur, il ne saurait m'être indifférent. Sa joie me donne involontairement de la joie, et sa misère m'attriste. Je ne suis pas quitte envers lui , en payant ses services avec de l'argent. C'est une maxime d'homme riche et dur : « Je suis quitte envers cet ouvrier, dit-il, » je l'ai payé. » L'argent que je donne au peuple pour ses services ne crée rien de nouveau pour son usage ; cet argent circulerait également, et peut-être plus utilement pour lui, quandje n'existerais pas. Le peuple donc porte, saus aucun retour de ma part, le poids de mon existence : c'est bien pis quand il est encore chargé de celui de mes désordres. Je lui suis comptable de mes vices et de mes vertus plus qu'aux magistrats. Si je lui enlève une portion de sa subsistance, je forcerai celui a qui elle manquera de devenir un mendiant ou un voleur; si j'y corromps une fille, je lui enlève une mère de famille ; si je manque de religion à ses yeux, j'affaiblis les espérances qui le soutiennent dans ses travaux. D'ailleurs , la religion me fait un commandement formel de l'aimer. Quand elle m'ordonne d'aimer les hommes, c'est le peuple qu'elle me désigne, et non pas les grands; c'est a lui qu'elle attache toutes les puissances de la société, qui n'existent que par lui et pour lui. Bien éloignée de notre politique moderne, qui présente les peuples aux rois comme leurs domaines, elle présente les rois aux peuples comme leurs défenseurset leurs pères. Les peuples ne sont point faits pour les rois , mais les rois pour les peuples. Je dois donc, moi qui ne suis rien et qui ne puis rien , tendre au moins de tous mes vœux vers sa félicité.

D'ailleurs, je dois rendre cette justice au nôtre, que je n'en connais point, en Europe, de plus généreux, quoique ce soit le plus misérable que j'y connaisse, a la liberté près. Je pourrais citer une multitude de traits de sa bienfaisance, si le temps

me le permettait. Nos beaux esprits tirent souvent des caricatures de nos poissardes et de nos paysans, pareequ'ils n'ont d'autre but que d'amuser les ri ches ; mais ils leur donneraient de grandes leçons de vertus, s'ils savaient étudier celles du peuple pour moi, j'y ai trouvé plus d'une fois des lingotj d'or sur du fumier.

J'ai remarqué, par exemple, que beaucoup d< petits marchands livrent leurs marchandises à m plus bas prix à un homme pauvre qu'à un riche et quandje leur en ai demandé la raison, ilsm'on répondu : « Il faut, monsieur, que tout le mond » vive. » J'ai observé aussi que beaucoup de gen du petit peuple ne marchandent jamais, lorsqu'il achètent a des pauvres comme eux : « Il faut, dij » sent-ils, qu'ils gagnent leur vie. » Un jour, jj vis un petit enfant acheter des herbes à une frui tière : elle lui en remplit son tablier pour deu| sous; et comme je m'étonnais de la quantité qu'el! lui en donnait , elle me dit : « Monsieur, je n'e » donnerais pastantà une grande personne; ma » je me ferais un grand scrupule de tromper i » enfant. » J'avais, dans la rue de la Madelein< un porteur d'eau auvergnat , appelé Christal , q a nourri pendant cinq mois, gratis, un tapissi quiluiélaitinconnu, et qui était venu à Paris poi un procès, « pareeque, me dit-il, ce tapissier, » long de la route, dans la voilure publique, av; » donné, de temps en temps, le bras à safemr » malade. » Ce même homme avait un fils de di huit ans, né paralytique et imbécile, qu'il nou lissait avec le plus tendre attachement, sans j mais avoir voulu le mettre aux Incurables , quoiq des personnes qui en avaient Je crédit le lui ei sent offert : « Dieu, me disait-il, me l'adonné; c' » a moi a en prendre soin. » Je ne doute pas qi ne le nourrisse encore, quoiqu'il soit obligé de faire manger lui-même, et que sa femme soitsc vent malade. Je me suis arrêté une fois, avec miration, a contempler un pauvre honteux assis une borne, dans la rue Bergère , près des bou varls. 11 passait près de lui des messieurs bien tus, qui ne lui donnaient jamais rien; mais avait peu de servantes , ou de femmes chargées hottes, qui ne s'arrêtassent pour lui faire la char 11 était en perruque bien poudrée, lechapeau si le bras, en redingote, en linge blanc, et si prop • ment arrangé, qu'on eût dit, quand ces pauvjs gens lui faisaient l'aumône, que c'était lui qu i leur donnait. On ne peut certainement pas r porter ce sentiment de générosité dans le peup i aucun retour secret d'intérêt sur lui-même, al que le prétendent les ennemis du genre humai

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iii ont voulu nous expliquer les causes de la pitié, lucune de ces pauvres bienfaitrices ne se mettait jja place de cet infortuné, qui, disait-on, avait été jorloger, et avait perdu la vue; mais elles étaient nues par cet instinct sublime qui nous intéresse lus aux malheurs des grands qu'à ceux des autres jomrnes, parceque nous mesurons la grandeur 3 leurs maux sur celle de leur élévation et de |iur chute. Un horloger aveugle était un Bélisaire jour des servantes.

i Je ne finirais pas sur ces traits. Us seraient dipes de l'admiration des riches, s'ils étaient tirés I l'histoire des sauvages ou de celle des empepurs romains : s'ils étaient à deux mille ans ou à eux mille lieues de nous , ils amuseraient leur taagination et tranquilliseraient leur avarice. Cerunement notre peuple mérite d'être aimé. Je ourrais prouver que sa bonté morale est le plus rme soutien du gouvernement , et que , malgré besoins , c'est lui qui subvient à la mauvaise ye de nos soldats, et qui sustente de son nécesire le nombre prodigieux de pauvres dont le oyaume est plein.

1 Salus populi suprema lex esto , disaient les ociens : le bonheur du peuple est la loi suprême, arceque son malheur est le malheur général. Cet dome doit être d'autant plus sacré aux législa- Ws et aux réformateurs , qu'aucune loi ne peut tre durable et qu'aucun plan de réforme ne peut voir lieu, que préalablement le bonheur du peule ne soit établi. Ce sont ses malheurs qui font aître les abus, qui les entretiennent et qui lesreouvellent. C'est pour n'avoir pas bâti sur cette ase fondamentale , que tant d'illustres réformaaurs ont vu s'écrouler l'édifice de leur politique, i Agis et Cléomène échouèrent dans la réforme e Sparte, c'est parceque les Ilotes malheureux irent avec indifférence un système de bonheur ù ils n'étaient pas compris. Si la Chine a été concise par les Tartares , c'est que les Chinois méontents gémissaient sous la tyrannie de leurs manlarins, sans que leur prince en sût rien. Si la 'olognea été partagée de nosjoursparses voisins, 'est que ses paysans esclaves et ses gentilshommes lomesliques ne l'ont pas défendue. Si tant de réormes au sujet du clergé, du militaire, de la fiîance , de la justice , du commerce et du concubinage , ont été tentées chez nous inutilement, c'est lue le malheur du peuple reproduit sans cesse les nêmes abus.

j Je n'ai point vu, dans tous mes voyages, de >ays plus florissant que la Hollande. On compte au noins cent quatre-vingt mille habitants dans sa

capitale. Un commerce immense offre dans cette ville mille objets de tentation ; cependant on n'y entend point parler de vols. On ne s'y sert pas même de soldats pour y monter la garde. Lorsque j'y étais en I 762, il y avait onze ans qu'on n'y avait exécuté personne à mort. Les lois y sont cependant sévères ; mais le peuple, qui trouve aisément a gagner sa vie, n'est point tenté de les enfreindre. 11 est même digne de remarque que, quoiqu'il ait gagné des millions a imprimer toutes nos extravagances en morale, en politique et en religion , ses opinions ni ses mœurs n'en ont point été altérées, parcequ'il est content de son sort. Les crimes ne naissent que de l'indigence et de l'extrême opulence. Lorsque j'étais a Moscou, un vieillard génevois, qui était dans cette ville dès le temps de Pierre Ier, me dit que depuis qu'on avait ouvert au peuple différents moyens de subsister, par l'établissement des fabriques et du commerce, les séditions, les assassinats, les vols et les incendies y étaient bien plus rares qu'autrefois. S'il n'y avait pas eu à Rome des foules de misérables, il ne s'y serait pas élevé desCatilina. La police, à la vérité, prévientà Paris les désordres d'éclat. On peut dire même qu'il se commet moins de crimes dans cette capitale que dans les autres villes du royaume , à proportion de leur population; mais la tranquillité du peuple a Paris vient de ce qu'il y trouve plus de moyens de subsistance que dans les autres villes du royaume, parceque les riches de toutes les provinces viennent y demeurer. Après tout, les frais de police en gardes , en espions, en maisons de force et en prisons , sont a la charge de ce même peuple, et se tournent en frais dechâtiments, lorsqu'ils pourraient se tourner en bienfaits. D'ailleurs ces moyens ne sont que des répercussions, qui jettent le peuple dans des désordres obscurs qui ne sont pas les moins dangereux.

Le premier moyen de diminuer l'indigence du peuple est d'affaiblir l'opulence extrême des riches. Ce n'est point elle qui fait vivre le peuple, comme le prétendent les politiques modernes. Ils ont beau calculer les richesses d'un état, la masse en est certainement limitée; et si elle se trouve tout entière dans les mains d'une petite portion de citoyens, elle n'est plus au service de la multitude. Comme ils voient toujours en détail les hommes dont ils se soucient fort peu , et en gros capitaux P argent qu'ils aiment beaucoup, ils trouvent qu'il est plus avantageux pour le royaume que cent mille écus de rente soient réunis sur la même tête que répartis entre cent familles, « parceque, di- » sent-ils, les grands capitalistes font de grandes

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» entreprises ; » mais ils sont en cela dans une pernicieuse erreur. Le financier qui les possède ne fait vivre que quelques laquais de plus, et étend le reste de son superflu a des objets de luxe et de corruption : encore faut-il qu'il en jouisse à sa manière; car s'il est avare, cet argent est tout-à-fait perdu pour la société. Mais cent familles de bons citoyens vont vivre à Taise avec un pareil revenu. Elles élèveront un grand nombre d'enfants , et elles feront vivre une multitude d'autres familles du peuple, par des arts utiles et amis des bonnes mœurs.

Il faudrait donc, pour affaiblir l'opulence, sans toutefois faire d'injustice aux riches , détruire la vénalité des emplois, qui les donne tous a la portion de la société qui peut s'en passer le plus aisément pour vivre, puisqu'elle les donne a ceux qui ont de l'argent. Il faudrait détruire la duplicité, la triplicité et la quadruplicité, qui les accumulent sur une seule tête, ainsi que les survivances, qui les perpétuent dans les mêmes familles. Par cette abolition, on détruirait sans doute cette aristocratie de Por, qui s'étend de plus en plus au sein de la monarchie , et qui , mettant une barrière impénétrable entre le prince et ses sujets, devient à la longue le plus dangereux de tous les gouvernements. Par-la, on relèverait la dignité des emplois , qui seront plus dignes d'estime lorsqu'ils seront la récompense du mérite, et non le prix de l'argent; on affaiblirait le respectdel'or, qui a corrompu nos mœurs, et on relèverait celui qui est dû à la vertu; on rouvrirait à tous les ordres de l'état la carrière publique, qui est depuis un siècle le patrimoine de quatre a cinq mille familles, qui se passent tous les emplois de main en main , sans en faire part aux autres citoyens, qu'à proportion qu'ils cessent de l'être, c'est-a-dire qu'ils leur vendent leur liberté, leur honneur et leur conscience.

On a persuadé a nos rois qu'il était plus sûr pour eux de se fier à la bourse de leurs sujets qu'à leur probité. Voilà l'origine de la vénalité dans l'état civil ; mais ce sophisme tombe lorsque l'on considère qu'elle ne subsiste ni dans l'état ecclésiastique ni dans l'état militaire , et que ces grands corps sont, quant à leurs individus, ce qu'il y a encore de mieux ordonné dans l'état, du moins par rapport à leur police et à leurs intérêts particuliers .

La cour emploie fréquemment les variétés des modes, pour faire vivre le peuple du superflu des riches. Ce palliatif est bon, quoiqu'il ait de dangereux inconvénients; mais au moins il faut qu'il tourne au profit des pauvres, et qu'on interdise en France tout commerce de luxe étranger, car il se-

rait bien inhumain que les riches, qui tirent tou l'argent de la nation, en fissent passer tous les anj I une partie considérable aux Indes et à la Chine pour se procurer des mousselines, des soies et de porcelaines qu'ils peuvent trouver dans le royau me. Le commerce des Indes et de la Chine ne con vient qu'à des peuples qui n'ont, comme les Holj landais et les Anglais, ni mûriers, ni vers à soie C'est à ceux-là aussi qu'il convient d'acheter dij thé et d'en boire, parcequ'ils n'ont pas de vin dan leur pays. Mais toutes les fois que nous achetonj au Bengale une pièce de coton, nous empêchon un habitant dans nos îles de cultiver les plantes qu en auraient produit la matière, et une famille e: France de la filer et de l'ourdir. C'est encore un! obligation morale de rendre aux femmes les mét tiers qui leur appartiennent , comme ceux d'accouj cheuses, de coiffeuses, de couturières, de mai chaudes de linge et de modes, et tous ceux qi ne demandent que de l'adresse et une vie séderj taire, afin d'en retirer un grand nombre de l'ois veté et de la prostitution, où la plupart d'enti ^ elles cherchent les moyens de soutenir une vie m 1 sérable.

On rouvrira encore un grand canal de subsi tance au peuple en supprimant les privilèges d l" compagnies de commerce et des manufacture Ces compagnies , dit-on , font vivre tout un pay tt Leurs établissements, en effet, en imposent i premier coup d'œil, surtout dans une campagn Ils présentent de grandes avenues d'arbres, vastes bâtiments, des cours multipliées, des pala mais ils font aller les entrepreneurs en carrosse, le reste du village en sabots. Je n'ai pas vu de pa sans plus misérables que dans les villages où il } des manufactures privilégiées. Les privilèges co tribuent plus qu'on ne pense à arrêter l'industi d'un pays. Je citerai à cette occasion ce que dit | u\ anonyme anglais, très estimable par son jugemd f sain et par son impartialité. « J'ai passé, dhSjip

» par Montreuil, Abbeville, Péquigny La i

» conde de ces villes a aussi son château; ses 1 » bitants indigents exaltent beaucoup leur mar i » facture de drap; mais elle est moins considéra I » que celles de bien des villages du pays d' York' Je pourrais aussi opposer aux manufactures > * draps des villages du pays d'York celles de mit «i choirs, de toiles de coton, d'étoffes de laine <|; villages du pays de Caux , qui y sont très florissi • tes, et dont les paysans sont fort riches, parceqi l

* Voyage en France , en Italie cl aux iles de l'Jrchin, en 1750 , 4 petits vol. in-12.

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jy a point parmi eux de privilèges. Les entreprejurs privilégiés se trouvant sans concurrence dans I pays, en taxent les ouvriers à volonté. D'ailjars, ils ont mille ruses pour les réduire a la plus Idtite paye possible. Ils leur donnent, par exemt de l'argent d'avance ; et quand ils en ont fait B débiteurs insolvables ? ce qui est l'affaire de ijielques écus, alors ils les ont à leur discrétion, [connais une branche considérable de pêche majtime, presque totalement perdue dans un de nos irts par ce genre sourd de monopole. Les bourois de cette ville achetèrent d'abord le poisson s pêcheurs, pour le saler et le vendre. Ensuite firent construire des bateaux de pêche ; après la, ils avancèrent de l'argent aux femmes des }cheurs pendant l'absence de leurs maris. Ceux- ! étant de retour, furent obligés, pour s'acquit- | envers les bourgeois, de se mettre à leurs gais. Quand les bourgeois ont été les maîtres des ]Jteaux des pêcheurs et de leurs poissons , ils ont iglé à leur gré les conditions de la pêche. La plu- Jrt des pêcheurs se sont dégoûtés alors de la mollé de leurs profits; et la pêche, qui rendait «|trefois cette ville très florissante, y est aujour- «;iui réduite presque à rien.

iD'un autre côté, si je désire qu'on ne s'empare jinl des moyens de subsistance que la nature «jnne à chaque état de la société et à chaque îpe, je voudrais encore moins que des monopoles s'emparassent de ceux qu'elle donne a chaîne homme en particulier. Par exemple, l'auteur pi livre , d'une machine ou de quelque invenm utile ou agréable, dans laquelle un homme a is son temps, ses peines, son génie enfin, deait être pour le moins aussi bien fondé à tirer, a frpétuité, un droit sur ceux qui vendent son livre I se servent de son invention , qu'un seigneur Ijst à percevoir des droits de lods et ventes sur <ux qui bâtissent sur son terrain , et sur ceux j;âmes qui y revendent leurs maisons. Ce droit me jraîtrait encore plus fondé sur le droit naturel <îe celui des lods et ventes. Si le public s'empare p d'un coup d'une invention utile, c'est à l'état en dédommager l'auteur , afin que la gloire de •lui-ci ne tourne point a sa ruine. Si cette loi <uitable existait, on ne verrait pas vingt libraires ïrc fort a l'aise aux dépens d'un auteur qui n'a < elquefois pas de pain ; on n'aurait pas vu de nos jjrs la postérité de Corneille et de La Fontaine duite à l'aumône , tandis que des libraires , à ris , ont acquis des châteaux en vendant leurs Mages.

\ Les grandes propriétés en terre sont encore plus

I nuisibles que celles en argent et en emplois, parce- ! qu'elles ôtent à la fois aux autres citoyens le patriotisme social et le naturel. D'ailleurs elles deviennent à la longue le partage de ceux qui ont les emplois et l'argent ; elles mettent à leur discrétion tous les sujets de l'état, et elles ne donnent à ceuxci d'autre ressource pour subsister que de se corrompre en flattant les passions de ceux qui onfc entre les mains la richesse et la puissance , ou de s'expatrier. Ces trois causes combinées, et surtout la dernière, ont entraîné la ruine de l'empire romain, comme le remarquait fort bien Pline dès le règne de Trajan. Elles ont déjà fait sortir de la France plus de sujets que la révocation de l'édifc de Nantes. Lorsque j'étais en Prusse, eiH765, on y comptait, dans les cent cinquante mille hommes de troupes réglées qu'entretenait alors le roi, cinquante mille déserteurs français. Je ne crois point qu'on m'en ait exagéré le nombre, car j'ai remarqué que toutes les grand'gardes où j'ai passé étaient composées d'un tiers de Français ; et on trouve de ces grand'gardes aux portes de toutes les villes, et dans tous les villages qui sont sur les grandes routes, surtout vers la frontière. Pendant que j'étais au service de Russie , on comptait à Moscou près de trois mille maîtres de langue de ma nation, parmi lesquels j'ai connu beaucoup de personnes de famille honorable , des avocats , de jeunes ecclésiastiques , des gentilshommes , et même des officiers. L'Allemagne est pleine de nos malheureux compatriotes. On ne voit dans les cours du midi et du nord que des danseurs et des comédiens français. C'est ce que nous avons de commun aujourd'hui avec les Italiens, et qui nous l'a été avec les Grecs du Bas-Empire. Nous cherchons , pour subsister , une autre patrie que celle qui nous a vus naître. On ne voit point errer ainsi les autres nations de l'Europe, si ce ne sont des Suisses qui commercent, mais qui reviennent chez eux après avoir fait fortune. Nos compatriotes ne reviennent point , pareeque les états précaires qu'ils exercent ne leur permettent pas d'amasser de quoi vivre un jour dans la patrie. Nos gens de lettres qui n'ont pas voyagé, ou qui réfléchissent peu , crient de temps en temps contre la révocation de l'édit de Nantes. Mais s'ils croient rappeler en France les enfants des réfugiés français, ils se trompent beaucoup. Certainement ceux qui sont riches, et qui sont bien établis dans les pays étrangers, ne quitteront pas leurs établissements pour retourner en France ; il n'y reviendrait donc que les protestants pauvres. Mais qu'y feraient-ils , lorsque tant de catholiques nationaux sont obligés de s'expatrier

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faute de subsistance? Je me suis étonné plus d'une fois de ce que nos prétendus politiques redemandent tant de citoyens à la religion , et de ce qu'ils en abandonnent par leur silence un si grand nombre a l'avidité de nos grands propriétaires. 11 faut dire la vérité : ils ont écrit plus par liaine pour les prêtres que par amour pour les hommes. L'esprit de tolérance qu'ils veulent établir est un vain prétexte dont ils se couvrent; car les protestants qu'ils veulent rappeler sont tout aussi intolérants qu'ils accusent les catholiques de l'être, comme l'ont fait voir, il y a quelques années, dans le pays même de la liberté , en Angleterre , ceux qui ont mis le feu a la chapelle de l'ambassadeur d'Espagne. L'intolérance est un vice de l'éducation européenne , et qui se manifeste en littérature, en systèmes et en pantins. 11 y a encore une autre raison de ces clameurs : c'est la même raison qui les fait parler pour l'ennoblissement du commerce , et garder le silence sur celui de l'agriculture, le plus noble de tous les états par sa nature même. C'est, puisqu'il faut le dire, parceque les riches commerçants et les grands propriétaires donnent de bons soupers, où se trouvent de jolies femmes qui font et défont les réputations en tout genre, et que les laboureurs et les gens qui s'expatrient n'en donnent point. La table est aujourd'hui le grand ressort de l'aristocratie des riches. C'est par son moyen qu'une opinion, d'où dépend quelquefois la ruine d'un état, prend de la pondération. C'est encore là que l'honneur d'un homme de guerre, d'un évêque, d'un magistrat, d'un homme de lettres, dépend souvent d'une femme qui a perdu le sien.

La politique moderne a avancé encore une très grande erreur, en disant que les richesses se mettent toujours de niveau dans un état. Quand une fois les indigents s'y sont multipliés à un certain point, c'est à qui d'entre ces malheureux se donnera a meilleur marché. Tandis que, d'une part, l'homme riche, tourmenté par ses compatriotes affamés qui lui demandent de l'occupation , hausse le prix de son argent, ceux-ci, pour être préférés , baissent le prix de leur travail, tant qu'a la fin ils ne trouvent plus a subsister. Alors on voit tomber dans les meilleurs pays l'agriculture, les manufactures et le commerce. Consultez à ce sujet les relations des diverses contrées de l'Italie, et entre autres ce que M. Brydone dit dans un voyage très bien raisonné 62, malgré les réclamations d'un chanoine de Palerme, du luxe et des prodigieuses richesses de la noblesse et du clergé de la Sicile, et de la misère extrême de ses paysans ; vous verrez si l'argent s'y met de niveau. J'ai été à Malte, qui

n'est en aucune façon comparable en fertilité I sol a la Sicile, car ce n'est qu'un rocher tout blanc' mais ce rocher est fort riche de richesses étrange! I res, par le revenu perpétuel des commanderies S I l'ordre de Saint- Jean, dont les fonds sont situé! s dans tous les états catholiques de l'Europe, et pa I les responsions ou dépouilles des chevaliers qui ; meurent dans les pays étrangers , et qu'on y apj porte tous les ans. 11 pourrait l'être bien davantagj ! par la commodité de son port, le plus avantageuse h ment situé de tous ceux de la Méditerranée ; cc| i pendant le paysan y est très misérable. Il n'ejj vêtu, pour tout habit, que d'un caleçon qui lit vient aux genoux, et d'une chemise sans manche*) ■■ Quelquefois il se tient sur la place publique, 1 i poitrine, les jambes et les bras nus , à demi brûl du soleil , pour se louer moyennant vingt-quatrf sous par jour, avec une voiture à quatre places ail telée d'un cheval, depuis le point du jour jusqu] minuit, et pour parcourir tel endroit de l'île qui plaît aux voyageurs , sans qu'ils soient tenus cl donner un verre d'eau ni à lui ni a sa bête. Il coij duit sa carriole, courant toujours pieds nus daJ les roches, devant son cheval qu'il tient par j bride, et devant l'oisif chevalier, qui ne lui par j bien souvent qu'en le traitant de faquin, tand) que son conducteur ne lui répond que le bonnet! la main , en l'appelant votre seigneurie illustri I sime. Le trésor de la république est plein d'or d'argent, et on n'y paie le peuple que d'une mo | naie de cuivre appelée pièce de quatre tarins, q l vaut , de valeur idéale , seize de nos sous , et (1 valeur intrinsèque environ deux de nos liards. El| a pour timbre cette devise : Non œSjSed fuies. « I n'est pas le cuivre, c'est la confiance. » Quelle dij tance les propriétés exclusives et l'or mettent ent les hommes ! Un grave porte-faix , en Holland vous demande en gout gueldl, c'est-a-dire en bel argent, pour porter votre malle du bout d'ui rue à l'autre, autant que ce que reçoit l'huM bastaze de Malte pour vous voiturer tout un joi avec trois de vos amis. Le Hollandais est bien vêt et sa poche est pleine de pièces d'or et d'argen Sa monnaie est timbrée d'une devise bien difl rente de celle de Malte ; on y lit : Concordia r parvœ crescunt. « Les petites choses croissent p leur concorde. » Il y a en effet autant de différen de puissance et de félicité d'un état à l'autr qu'en tre les devises et les matières de leur monnai C'est dans la nature qu'il faut chercher la su sistance d'un peuple, et dans sa liberté le canalp où elle doit couler. L'esprit de monopole en a détri parmi nous beaucoup de branches qui corabl

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ils voisins de richesses : (elles sont entre au très les jlelies de la baleine, de la morue et du hareng, jj conviens cependant, à cette occasion, qu'il y a cis entreprises qui demandent le concours d'un jjand nombre de mains, tant pour leur conservait et leur protection , que pour accélérer leurs ijérations: telles sont les pêches maritimes ; mais jîst à l'état à se charger de leur administration, jjicune compagnie n'a eu chez nous l'esprit patrioéue ; elles ne s'établissent, pour ainsi dire, que ] ur former de petits états particuliers. 11 n'en est js de même chez les Hollandais. Par exemple, 1 «mnie ils vont pêcher le hareng au-delà de l'Ëi isse (car ce poisson est d'autant meilleur qu'on le ' jiche plus avant dans le nord), ils ont des vaisseaux « fi guerre pour en proléger la pêche. Ils en ont Neutres à large ventre , appelés buzes, qui le s jjennent nuit et jour avec des filets, et des vaisif îUx de course très fins voiliers, qui le chargent, » Remportent tout frais en Hollande. Il y a de plus œ is prix proposés pour le premier vaisseau qui i ci apporte à Amsterdam avant les autres. Le poisiflb du premier baril y est payé à l'Hôtel-de-Ville liaison d'un ducat d'or ou onze livres cinq sous fïibîèce; et celui du reste de la cargaison, à raison af èn florin , ou de quarante-cinq sous. Ces en-

0 epragements engagent les pêcheurs à s'avancer le l'iis qu'ils peuvent au nord pour aller au-devant cil] ces poissons, qui y sont et d'une grandeur et i*éne délicatesse bien supérieures à ceux que nous s, ijenons dans le voisinage de nos côtes. Les Hollan- (i ijis ont élevé une statue a celui qui, le premier, a si ti)uvé l'invention de les fumer, et d'en faire ce s ci'on appelle des harengs saurs *. Ils ont cru avec le nison que le citoyen qui procure à sa patrie ;a t| nouveau moyen de subsistance et une nouk ïlle branche de commerce mérite d'être mis ï sr la même ligne que ceux qui l'éclairent ou qui l 'Il défendent. On voit, par ces attentions, avec g (jelle vigilance ils veillent sur tout ce qui peut d (ptribuer à l'abondance publique. Il est inconceiiï ^ble quel parti ils ont tiré d'une infinité de proiff; tjetions que nous laissons perdre, et de leur pays nî ît>lonneux, marécageux, et naturellement pauvre dii (ingrat. Je n'en ai point vu où il y ait une si P! fmde abondance de toutes choses : ils n'ont point fc, i vignes, et il y a plus de vins dans leurs caves

1 e dans celles de Bordeaux ; ils n'ont point de foui; Us, et il y a plus de bois de construction dans |j jus chantiers qu'il n'y en a aux sources de la use et du Rhin, d'où ils tirent leurs chênes; ils

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ont fort peu de terres labourées , et il y a plus de blés de la Pologne dans leurs greniers, que ce royaume n'en réserve pour la nourriture de ses habitants. Il en est de même des choses de luxe; car, quoiqu'ils soient fort simplement vêtus et logés, il y a peut-être plus de marbre à vendre dans leurs magasins qu'il n'y en a de taillé dans les carrières de l'Italie et de l'Archipel ; plus de diamants et de perles dans leurs cassettes que dans celles des bijoutiers du Portugal, et plus de bois de rose, d'acajou, desandal et de cannes d'Inde qu'il n'y en a dans tout le reste de l'Europe, quoique leur pays ne produise que des saules et des tilleuls. Le bonheur des habitants présente un spectacle encore plus intéressant. Je n'y ai pas vu un seul mendiant, ni une maison a laquelle il manquât une brique ou un carreau de vitre. Mais c'est le coup d'œil de la Bourse d'Amsterdam qui est digne d'admiration. C'est un grand bâtiment d'une architecture assez simple, dont la cour quadrangulaire est entourée d'une colonnade. Chacune de ces colonnes, qui sont en grand nombre, porte au-dessus de son chapiteau le nom de quelqu'une des principales villes du monde, comme Constantinople, Livourne, Canton, Pétersbourg, Batavia, etc. , et est, pour ainsi dire , le centre de son commerce en Europe. Il y en a peu où il ne se traite chaque jour pour des millions d'affaires. La plupart des gens qui s'y rassemblent sont habillés de brun, et sans manchettes. Ce contraste me parut d'autant plus frappant que, cinq jours auparavant , je m'étais trouvé à la même heure au Palais-Royal, rempli degens vêtusd'habits de couleurs brillantes, galonnés d'or et d'argent, qui ne parlaient que d'opéra, de littérature, de filles entretenues, ou de telles autres bagatelles, et qui n'avaient pas, pour la plupart, un écu à eux dans leur poche. Il y avait avec nous un jeune négociant de Nantes dont les affaires étaient dérangées, et qui était venu se réfugier en Hollande, où il ne connaissait personne. Il s'était ouvert sur sa position à mon compagnon de voyage, appelé M. Le Breton. Ce M. Le Breton était un officier suisse au service de Hollande , moitié militaire, moitié négociant , le meilleur homme du monde, qui le rassura d'abord , et le recommanda, dès son arrivée , à son frère aîné , négociant, qui demeurait dans la même pension où nous fûmes loger. M. Le Breton l'aîné mena cet infortuné voyageur à la Bourse, et le recommanda sans compliment et sans humiliation à un agent du commerce, qui demanda seulement au jeune négociant français une feuille de son écriture; ensuite il crayonna son nom sur un portefeuille , et

ÉTUDE TREIZIEME

il lui dit do revenir le lendemain au môme lieu et à la même heure. Je ne manquai pas de m'y trouver avec lui et M. Le Breton. L'agent parut, et présenta a mon compatriote une liste de sept ou huit places de commis a choisir chez des négociants, dont les unes valaient huits cents livres de notre argent, avec la nourriture; d'autres, quatorze cents livres, sans !a pension. Il fut ainsi placé surle-champ, sans aucune sollicitation. Je demandai a M. Le Breton l'aîné d'où venait l'active vigilance de cet agent à l'égard d'un étranger et d'un inconnu. 11 me répondit : « C'est son métier; il a pour » revenu le premier mois des appointements de » ceux qu'il place. Ne vous en étonnez pas, ajou- » ta-t-il : on fait ici commerce de tout, depuis un » soulier dépareillé jusqu'à des escadres. »

Il ne faut cependant pas se laisser éblouir par les illusions d'un grand commerce, et c'est en quoi notre politique nous a souvent égarés. Les fabriques et les manufactures font, dit-on , entrer des millions dans un état; mais les laines fines, les teintures, l'or et l'argent , et lesjmlres apprêts qu'on tire des étrangers, sont des tributs qu'il faut leur rendre. Le peuple n'en eût pas moins fabriqué pour son compte les laines du pays ; et si ses draps eussent été de moindre qualité, ils eussent au moins tourné a son usage. Le commerce illimité d'un pays ne convient qu'à un peuple qui a un territoire ingrat et borné , comme aux Hollandais : ils exportent non leur superflu, mais celui des autres nations; et ils ne courent pas risque de manquer du nécessaire, comme il arrive fréquemment à plusieurs puissances territoriales. A quoi sert à un peuple d'habiller toute l'Europe de ses laines, s'il va tout nu? de recueillir les meilleurs vins, s'il ne boit que de l'eau? et d'exporter les plus belles farines , s'il ne mange que du pain de son? On pourrait trouver des exemples très communs de ces abus en Pologne, en Espagne, et dans les pays qui passent pour être mieux gouvernés.

C'est dans l'agriculture principalement que la France doit chercher les principaux moyens de subsistance pour son peuple. D'ailleurs , l'agriculture conserve les mœurs et la religion. Elle rend les mariages faciles, nécessaires et heureux. Elle fait naître beaucoup d'enfants , qu'elle emploie , dès qu'ils savent à peine marcher, à recueillir les biens de la terre ou à garder les troupeaux ; mais elle ne produit tous ces avantages que dans les petites propriétés. Nous l'avons dit, et nous ne saurions trop le répéter, les petites propriétés doublent et quadruplent dans un pays les récoltes

et les cultivateurs. Au contraire , les grandes pro priétés changent un pays en vastes solitudes elles font naître chez les riches laboureurs l'amoiii ' du faste des villes et le dégoût des occupation! ï champêtres. Ceux-ci mettent leurs filles dans de couvents pour les façonner en demoiselles , et fon étudier leurs enfants pour en faire des avocat ou des abbés. Ils ôtent aux enfants des bourgeoi leurs ressources; car si les gens de campagn tendent toujours a s'établir dans les villes, ceu des villes ne reviennent jamais aux campagnes! parcequ'elles sont flétries parles tailles et les coi 1 1 vées.

Les grandes propriétés exposent l'état a un autrj inconvénient dangereux , auquel je ne crois psi * qu'on ait fait encore attention. Les terres qu'elkj à cultivent reposent au moins une fois tous les tro) ans , et souvent tous les deux ans. Il doit donc aif $ river, comme dans toutes les choses qui se font a « hasard , que tantôt il y a un grand nombre de ci » terres qui se reposent a la fois , et que tantôt il ni * en a qu'un petit nombre. Certainement, dans il » années où la plus grande partie de ces terres est (pu jachères , on doit recueillir beaucoup moins de bj *■ dans le royaumequ'h l'ordinaire. Cet inconvénienj w dont je ne sache pas que les gouvernements M soient jamais occupés , est la cause des disettes ( * des chertés imprévues qui arrivent de temps i temps, non-seulement en France, mais dans I diverses contrées de l'Europe. La nature a parta avec l'homme l'administration de l'agricultur Elle s'est réservé les vents, les pluies , le soleil, développement des plantes, et elle est bien exac à ordonner les éléments suivant les saisons; nie elle a laissé à l'homme les convenances des vég taux avec les terrains, les proportions que le culture doit avoir avec la société qui s'en nou rit, et tous les autres soins que demandent le conservation, leur distribution et leur police, crois cette remarque assez importante pour étab! parmi nous la nécessité d'un ministre particnli de l'agriculture63. S'il ne pouvait empêcher combinaisons du hasard dans les terres qui pe vent se rencontrer en jachères tout à la fois, empêcherait du moins que, dans les années où el sont dans leur plus grand rapport , on ne trai portât les grains du pays , puisque c'est une preu quasi sûre que l'année suivante elles rapportera d'autant moins qu'elles seront alors en repos pej la plupart.

Les petites propriétés ne sont point sujettes a < vicissitudes : elles rapportent tous les ans, et pr< que en toute saison. Comparez, comme je l'ai d j

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