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OBSERVATIONS SUR LE CIEL, LES VENTS ET LES OISEAUX

Les étoiles m'ont paru plus lumineuses dans la partie australe que dans la partie septentrionale. On distingue, outre la croix-du-sud , les magellans , qui sont deux nuages blancs formés d'un amas de petites étoiles. On aperçoit à côté deux espaces plus sombres qu'aucune des autres parties du ciel.

Le crépuscule diminue en approchant delà ligne, en sorte que la nuit est presque entièrement séparée du jour. On explique assez bien comment le crépuscule augmente avec la réfraction des rayons vers les pôles. Dans ces régions a peine habitées, la lumière est mêlée avec les ténèbres, surtout dans les aurores boréales , qui sont d'autant plus grandes que le soleil est moins élevé sur l'horizon. Quel inconvénient y eût-il eu que la nuit , entre les deux tropiques, eût eu aussi quelque portion du jour? La nuit semble faite pour les noirs de l'Afrique , qui attendent la fin de leurs jours brûlants pour danser et se réjouir : c'est dans ce temps que les bêtes sauvages de ces contrées viennent se rafraîchir dans les rivières, et que les tortues montent au rivage pour y faire leur ponte. Ne serait-ce point que les rayons du soleil, quoique réfractés, donnent une chaleur sensible? Ainsi de longs crépuscules eussent rendu la zone torride inhabitable. Au reste, les nuits dans ces climats sont plus belles que les jours. La lune dissipe , a son lever , les vapeurs dont le ciel est couvert. J'ai réitéré tant de fois cette observation , que je me range en cela de l'avis des marins, qui disent que la lune mange les nuages. D'ailleurs, peut-on rejeter l'influence de la lune sur notre atmosphère , lorsqu'on lui en suppose une si grande sur l'Océan?

En-deçà de la ligne, on trouve les vents du nordest ou alizés , et au-delà les vents de sud-est ou généraux. Ces vents paraissent produits par l'air di-

VOYAGE A L'ILE-DE-FRANCE

I laté par le soleil et réfléchi par les pôles. Les vents Jdo sud-est s'étendent plus loin que les vents de bord-est, comme vous le pourrez voir dans le ' journal des vents. On les trouve ordinairement iaux 5e et Ae degrés de latitude nord. Aussi le pôle sud est-il plus froid que le pôle nord ; ce qui vient peut-être de ce que le soleil est plus long-temps , dans la partie septentrionale. Les navigateurs qui ont tâché d'aborder aux -terres australes ont découvert des glaces au 45e degré sud.

t Ces vents portent continuellement en Amérique les vapeurs que le soleil élève sur la mer Atlantique. Celles de la mer du Sud servent à féconder une partie de l'Asie et de l'Afrique. En général ; les vents sont plus forts le jour que la nuit. Sans les nuages, il n'y aurait point de rivières; i jmais ils ne servent pas moins a la magnificence du ciel qu'à la fécondité de la terre.

I J'ai admiré souvent le lever et le coucher du i soleil. C'est un spectacle qu'il n'est pas moins diffi- [ j cile de décrire que de peindre. Figurez-vous à l'hoj irizon une belle couleur orange qui se nuance de vert, et vient se perdre au zénith dans une teinte lilas , tandis que le reste du ciel est d'un magnifique azur. Les nuages qui flottent ça et là sont d'un 5 beau gris de perle. Quelquefois ils se disposent en 1S longues bandes cramoisies , de couleur ponceau et 3 éearlate ; tontes ces teintes sont vives, tranchées , is Ut relevées de franges d'or.

,! Un soir les nuages se disposèrent vers l'occident ;] sous la forme d'un vaste réseau , semblable à de la il soie blanche. Lorsque le soleil vint à passer derrière, chaque maille du réseau parut relevée d'un , ; filet d'or. L'or se changea ensuite en couleur de il feu et en ponceau , et le fond du ciel se colora de s teintes légères de pourpre, de vert et de bleu j. j céleste.

,1 ! Souvent il se forme au ciel des paysages d'une ! variété singulière, où se rencontrent les formes les

plus bizarres. On y voit des promontoires , des ro- .. enfers escarpés, des tours, des hameaux. La lu- , mière y fait succéder toutes les couleurs du prisme. ,s C'est peut-être à la richesse de ces couleurs qu'il ,s faut attribuer la beauté des oiseaux de l'Inde et y des coquillages de ces mers. Mais pourquoi les oi- I, seaux marins de ces contrées ne sont-ils pas plus (C beaux que les nôtres? Je réserverai l'examen de e ce problème à quelque autre article. Je vais vous t décrire ceux que j'ai vus voler autour du vaisseau,

avec les noms que leur donnent les gens de mer. |. Yous jugez bien que cette description ne peut guère

être juste.

En partant de France , nous vîmes plusieurs es-

pèces d'oiseaux que les marins confondent sous le nom général de mauves et de goélands.

L'oiseau le plus commun, et que nous avons rencontré dans tous les parages, est une espèce d'hirondelle ou d'alcyon que les Anglais nomment V oiseau de la tempête. Il est d'un brun noirâtre, vole à fleur d'eau, et suit dans les gros temps le sillage du vaisseau. 11 y a apparence qu'il est déterminé à suivre alors les navires , afin de trouver un abri contre la violence du vent. C'est par la même raison qu'il vole entre les lames en rasant l'eau.

A la hauteur du cap Finistère , nous vîmes des manches-de- velours , dont les ailes sont bordées de noir ; ils sont de la grosseur d'un canard , et volent à la surface de la mer en battant des ailes; ils ne s'éloignent guère de terre , où ils se retirent tous les soirs.

Nous vîmes les premières frégates par les deux degrés et demi de latitude nord. On présuma qu'elles venaient de l'île de l'Ascension , située par les huit degrés de latitude sud. Elles ressemblent, pour la forme et la grosseur , à la cigogne ; elles sont noires et blanches ; elles ont des ailes très étendues, de longues jambes et un long cou. Les mâles ont, sous le bec, une peau enflée, ronde comme une boule et rouge comme l'écarlate. C'est le plus léger de tons les oiseaux marins ; jamais il ne se repose sur l'eau. On en rencontre à plus de trois cents lieues de terre , où on assure qu'elles vont reposer tous les soirs. Elles s'élèvent fort haut. J'en ai vu souvent tourner autour du vaisseau , s'éloigner à perte de vue , et se rapprocher dans l'espace de quelques secondes.

Le fou est un peu plus gros, mais plus raccourci; il est blanc mêlé de gris ; il pêche le poisson en plongeant. La pointe de son bec est recourbée , et les côtés en sont bordés de petites pointes qui lui aident à saisir sa proie. La frégate lui fait la guerre. Celui-là a de meilleurs instruments; mais celle-ci plus de légèreté et de finesse. Lorsque le fou a rempli son jabot de poisson , elle l'attaque et lui fait rendre sa pêche, qu'elle reçoit en l'air.

Nous vîmes le premier fou vers le treizième degré de latitude sud.

A peu près à cette hauteur, nous aperçûmes, pour la première fois , l'oiseau que les marins appellent fauchet, fouquet, ta\lle-vent, taille-mer ou cordonnier. C'est un oiseau qui , dans son vol , semble faucher la surface de l'eau.

Les goélettes, que l'on trouve en grandes troupes . dénotent les hauts-fonds et le voisinage des côtes : elles sont blanches , et de loin ressemblent, pour le vol et la forme , à des pigeons.

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L'envergure est un oiseau un peu plus gros que les fauchels , de la taille d'un fort canard ; il est blanc sous le ventre, d'un gris brun sur les aiïes et le dos : il tire son nom de la grande étendue de ses ailes ou de son envergure.

Les damiers ne se trouvent qu'aux approches du cap de Bonne-Espérance; ils sont gros comme des pigeons , ont la tête et la queue noires, le ventre blanc, le dos et les ailes marqués régulièrement de noir et de blanc, comme les cases d'un jeu de dames.

Après les damiers, nous vîmes le mouton-du- Cap. C'est un oiseau plus gros qu'une oie , au bec couleur de chair, aux ailes très étendues, mêlées de gris et de blanc. On ne le trouve guère qu'a la latitude du cap de Bonne-Espérance. J'ai vu tous ces oiseaux se reposer sur l'eau , excepté la frégate et l'envergure. Leur vue peut servir a indiquer les parages où Ton se trouve, lorsqu'on a été plusieurs jours sans prendre hauteur , ou lorsque les courants ont fait dériver en longitude. Il serait a souhaiter que les marins expérimentés donnassent la-dessus leurs observations. 11 y a des espèces qui ne s'éloignent point de terre, où elles vont reposer tous les soirs. Des goélettes blanches , vues en pleine mer, désigneraient quelque terre ou récif inconnu dans le voisinage ; mais les manches-de-velours en seraient une preuve infaillible.

Il y a aussi quelques espèces de glaïeuls , ou algues flottantes , auxquelles on doit faire attention. Ces différents indices peuvent suppléer au moyen qui nous manque de déterminer les longitudes. On observe la variation matin et soir ; mais ce moyen n'est point sur. On ne voit pas tous les jours le soleil se lever et se coucher. D'ailleurs , la variation , qui est, comme vous savez, la déclinaison de l'aiguille, varie d'une année à l'autre, sous le même méridien. La propriété qu'elle a de s'incliner vers la terre par sa partie aimantée pourrait être d'une plus grande utilité. C'est ce que l'expérience fera connaître.

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