ÉCOLE DE LA PATRIE
Je n'ai pas besoin de dire que les enfants passant trois années dans chaque époque de leur éducation, il faudrait un de ces édifices pour l'instruction de la génération annuelle, ce qui fixerait au nombre de neuf celui des monuments destinés à l'éducation générale de la capitale.
Autour de chacun de ces amphithéâtres serait un grand parc couvert de plantes et d'arbres du pays, jetés au hasard comme dans la campagne et dans les bois. On y verrait des primevères et des violettes au pied des chênes, des poiriers et des pommiers confondus avec des ormes et des hêtres. Les berceaux de l'innocence ne seraient pas moins intéressants que les tombeaux de la vertu.
Si j'ai désiré qu'on élevât des monuments à la gloire de ceux qui ont enrichi notre climatde plan-
tes exotiques , ce n'est pas que je préfère celles-là à celles de la patrie ; mais c'est pour rendre à lai mémoire de ces citoyens une partie de la recon-jl naissance que nous devons à la nature. D'ailleurs les plantes les plus communes de nos campagnes, indépendamment de leur utilité, sont celles qui nous rappellent les sensations les plus agréables elles ne nous jettent pas au dehors comme les plantes étrangères , mais elles nous ramènent au dedans et à nous-mêmes. La sphère emplumée d'un pissenlit me fait ressouvenir des lieux où, assis sur l'herbe avec des enfants de mon âge, nous l tentions d'enlever d'un seul souffle toutes ses aigrettes, sans qu'il en restât une seule. La fortune a soufflé de même sur nous, et a dispersé nos cer des légers dans tous les pays du monde. Je me rappelle , en voyant certains épis de graminées l'âge heureux où nous conjuguions sur leurs sti pules alternatives les différents temps et les diffé 'enls modes du verbe aimer. Nous tremblions d'entendre nos compagnons finir à la dernière par : « Je ne vous aime plus. » Ce ne sont pas les plus belles fleurs que nous affectionnons davantage. Le sentiment moral détermine à la longue tous nos goûts physiques. Les plantes qui me semblent les plus malheureuses sont aujourd'hui celles qui m'inspirent le plus d'intérêt. Souvent je fixe mon attention sur un brin d'herbe au haut d'un vieux mur, ou sur une scabieuse battue des vents aumilieu d'une plaine. Plus d'une fois, en voyant dans w les pays étrangers un pommier sans fleurs et sans fruits, je me suis écrié : « Oh ! pourquoi la fortune vous a-t-elle refusé, comme à moi un peu de terre dans votre terre natale? »
Les plantes de la patrie nous en rappellent partout l'idée d'une manière plus touchante que ses monuments. Je n'épargnerais donc rien pour les réunir autour des enfants de la nation. Je ferais de; leur école un lieu charmant comme leur âge, afin que quand les injustices de leurs patrons, de leurs amis, deleurs parents, delafortune, auraient brisé! fm ans leur cœur tous les liens de la patrie, le lieu où leur enfance aurait été heureuse fût encore leur Capitole.
Je le décorerais de quelques tableaux. Les enfants , ainsi que le peuple, préfèrent la peinture à la sculpture , parecque cette dernière a pour eux trop de beautés de convention. Ils n'aiment point les figures toutes blanches, mais avec des joues) rouges et des yeux bleus, comme leurs images de plâtre. Ils sont plus frappés des couleurs que des L formes: Je voudrais qu'on y vît les portraits de nos rois enfants. Cyrus, élevéavec des enfants de son
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DE L'ÉDUCATION
1 jâge, en Ct des héros; les nôtres seraient élevés au L jinoins avec les images des rois. Ils prendraient, %k leur vue, les premiers sentiments de rattachées jment qu'ils doivent aux pères de la patrie. On y m errait des tableaux de religion, non pas ceux qui i liont effrayants , et qui sont destinés à rappeler s ['homme au repentir; mais ceux qui sont propres N 11 rassurer l'innocence. Tel serait celui de la Vierge J! ;,enant Jésus enfant dans ses bras; tel serait Jééf pus lui-même au milieu des enfants, portant dans >s leurs attitudes et leurs traits la naïveté et la confiance de leur âge, et tels que Le Sueur les eût 'i' peints. On lirait au-dessous ces paroles de Jésusif Christ même :