VÉNALITÉ DES CHARGES. CORRUPTION DES MOEUUS
Les flots du temps mugissent encore sur leurs vastes débris, et en détachent des parcelles qu'ils dispersent parmi les nations vivantes pour leur instruction. Ces ruines semblent leur dire: « Nous » sommes des restes de l'ancien gouvernement des » Toscans, de Dardanus, et des petits-fils de Nu- » mitor. Les états qu'ils ont transmis à leurs des- » cendants nourrissent encore des nations, mais eï- » les n'ont plus les mêmes langages ni les mêmes » religions, ni les mêmes dynasties de souverains. » La Providence divine, pour sauver les hommes » du naufrage, a noyé les pilotes et brisé les vais- » seaux. »
Nous admirons, au contraire, dans nos sciences frivoles, leurs conquêtes, leurs grands et inutiles bâtiments, et tous les monuments de leur luxe, qui sont les écueils mêmes où ils ont péri. Voila où. nous mènent nos études et notre patriotisme. Si la postérité s'occupe des anciens, c'est que les anciens ont travaillé pour elle; mais si nous ne faisons rien pour la nôtre, certainement elle ne s'occupera pas de nous. Elle s'entretiendra, comme nous faisons sans cesse, des Grecs et des Romains, sans se soucier en rien de ses pères.
Au lieu de nous extasier sur des médailles romaines et grecques, a demi rongées par le temps, ne serait-il pas aussi agréable et plus utile de jeter nos vues et nos conjectures sur nos enfants frais, vifs, potelés, et de chercher à reconnaître dans leurs inclinations quels seront les coopéra teurs fu turs de notre patrie? Ceux qui, dans leurs jeux, aiment a bâtir, lui élèveront un jour des monuments. Parmi ceux qui se plaisent à faire entre eux des guerres innocentes, se formeront des Scipions et des Epaminondas. Ceux qui sont assis sur l'herbe, spectateurs tranquilles des jeux de leurs compagnons, lui donneront un jour de graves magistrats, et des philosophes maîtres de leurs passions. Ceux qui, dans leur course inquiète, aiment a s'écarter des autres, seront d'illustres voyageurs et des fondateurs de colonies qui porteront les mœurs et la langue de la France parmi les sauvages de l'Amérique, ou dans l'intérieur de l'Afrique même. Si nous sommes bons envers nos enfants, ils béniront notre mémoire ; ils transmettront sans altération nos costumes, nos modes, notre éducation , notre gouvernement et notre souvenir a la postérité la plus reculée. Nous serons pour eux des dieuxbienfaisants quilesauront soustraits àlabarbarie gothique. Nous satisferions le goût inné de
ÉTUDE QUATORZIEME
l'infini encore mieux en jetant notre vue à deux mille ans dans l'avenir, qu'à deux mille ans dans le passé. Cette manière de voir, plus conforme notre nature divine , fixerait notre bienveillance sur des objets sensibles qui existent et qui doivent encore exister 72. Nous nous ménagerions à ne mêmes, pour nos vieux jours si tristes et si rebu tés, la reconnaissance de la génération qui va ve nirnous remplacer; en assurant son bonheur et le nôtre, nous concourrions de tous nos moyens à celui de la patrie.
Pour contribuer à cette heureuse révolution, je hasarderai encore quelques idées rapides. Je suppose donc que j'ai à employer utilement une par lie des douze années que perdent nos jeunes gens dans les collèges. Je réduis le temps de leur édu cation a trois époques , de trois années chacune La première aura lieu a sept ans, comme chez les Lacédémoniens, et même auparavant: un enfant est susceptible d'une éducation patriotique dès qu'il sait parler et marcher. La seconde commen cera a l'adolescence; et la troisième finira avec elle vers la seizième année, âge où un jeune homme peut être utile à sa patrie, et embrasser un état.
Je disposerais d'abord, vers le centre de Paris, un grand édifice bâti intérieurement en amphithéâtre circulaire, divisé par gradins. Les maîtres destinés à l'éducation se tiendraient au centre dans le bas, et il y aurait en haut plusieurs rangs de galeries, afin de multiplier les places pour les auditeurs. 11 y aurait au dehors et tout autour de ce bâtiment de larges portiques à plusieurs étages, destinés a recevoir le peuple. On lirait ces mots sur le fronton de l'entrée :