‹ Œuvres;Chapitre 176 sur 236 · Quand on lui dédia le pin · texte numérisé non relu

Quand on lui dédia le pin

On dédia pareillement le chêne à Jupiter , l'olivier à Minerve , le pin à Pan , le laurier à Apollon , le myrte à Vénus, etc..

On consacra aussi des arbres aux demi-dieux et aux héros : le peuplier était l'arbre d'Hercule. Enfin des nymphes, des bergers et des bergères eurent part au reste de la végétation : la jalouse Clytie donna sa jaunisse et son attitude au tournesol ; Adonis teignit de son sang la fleur qui porte son nom , etc. Les plantes, et surtout les arbres, furent les premiers monuments des hommes. J'ai donc pu faire servir, à l'Ile-de-France", deux cocotiers de monuments à la naissance de Paul et de Virginie, sans prendre cette idée dans un poète moderne célèbre, qui s'en est plaint sans sujet ; il est assez riche de ses propres idées pour qu'on puisse lui eu emprunter; mais, si celle-là n'était pas dans la nature, je l'aurais trouvée, comme lui, dans les anciens, ses modèles. Elle est fort commune chez les botanistes, qui déterminent, avec des plantes nouvelles, des époques d'amitié et de reconnaissance , en leur faisant porter les noms de leurs patrons et de leurs amis. Enfin , les astronomes ont étendu ce sentiment aux astres ; et tes marins , aux terres , aux fleuves et aux îles qu'ils découvrent, auxquels ils donnent des noms de saints , de rois, de capitaines, d'événements, de conquêtes et de massacres, dont ils veulent conserver le souvenir. Quand la plupart des objets de la terre et des cieux servent de monuments aux passions des hommes , et souvent à leurs fureurs, n'ai-je pu avoir la pemée de consacrer, dans une forêt, deux arbres à l'innocence et à l'amour maternel?

Page 1