‹ Œuvres;Chapitre 211 sur 236 · DE LA NOBLESSE ET DES GARDES NATIONALES · texte numérisé non relu

DE LA NOBLESSE ET DES GARDES NATIONALES

L'ambition de la noblesse s'était emparée des |j I f honneurs ecclésiastiques, militaires, parlementai- L, res, financiers, municipaux et même de ceux des | gens de lettres et des artistes. Il fallait être noble IL pour être évêque, colonel et même simple officier, IL conseiller de grand'chambre, prévôt des marchands; on le devenait pour avoir été échevin de Paris ; bientôt il aurait fallu l'être pour être membre de nos académies, qui avaient toutes des nobles ou soi-disant tels à leur tête. M. Le Clerc était devenu M. le comte de Buffon, et Voltaire, M. le comte de Ferney; d'autres bornaient leur ambition au cordon de Saint-Michel ; tous nos illustres voulaient être gentilshommes ou le devenir. Il n'y avait que ce pauvre Jean-Jacques qui était resté homme. Aussi n'était-il d'aucune académie.

Une nation qui ne serait composée que de nobles finirait par perdre sa religion , ses armées , sa justice , ses finances , son agriculture , son commerce, ses arts et ses lumières : elle y substituerait des cérémonies, des titres , des impôts , des loteries , des académies et des inquisitions. Voyez l'Espagne et une partie de l'Italie, principalement Rome, Naples et Venise. L'assemblée nationale française a rouvert la carrière des honneurs a tous les Français: mais, pour s'y maintenir, il faut qu'ils y courent eux-mêmes. La liberté n'est qu'un exercice perpétuel de la vertu. C'est en se reposant sur des corps, que les citoyens en perdent les Jiabitudes et bientôt les récompenses. Si tant d'évêques et de colonels ont été si aisément dépouillés de leur crédit et de leurs places , ç'est qu'ils set

SUITE DES VOEUX D'UN SOLITAIRE

I déchargeaient de leurs devoirs sur leurs subalternes. C'était l'habitude de faire ses aumônes par ^ les mains du clergé, qui avait appauvri le peuple et ^ enrichi tant de maisons religieuses. C'était pour , s'être fait remplacer dans le service militaire par des soldats, que les citoyens eux-mêmes avaient I perdu le pouvoir exécutif, et que les régiments s'en , étaient emparés au profit des nobles. Ce fut en I remplissant ce devoir, que Sparte maintint sa li- ^ berté ; et en s'en déchargeant sur des soldats mer- , cenaires qu'Athènes perdit la sienne, lî faut donc I que les citoyens français servent eux-mêmes. J'ai . proposé dans mes Vœux les moyens d'entretenir aisément en France une armée formidable , qui ne s coûtera pas un sou a la patrie pendant la paix.

C'est en instituant dans les villes et villages des

Page 1