EXTRAIT DU PREAMBULE
ses eaux par d'innombrables productions , éleva , en Rabaissant, les sommets de ses îles primitives; et , en reculant ses bords , les plaça au sein des continents. Ce sont leurs antiques pyramides qui couronnent à diverses hauteurs les chaînes des montagnes. Les unes sont couvertes de verdure ; d'autres sont toutes nues comme au jour de leur naissance; d'autres, toujours entourées de neiges et de glaces, semblent au niveau des pôles ; d'autres vomissent des tourbillons épais de flammes sulfureuses et bitumineuses, ei paraissent avoir leur fondement au niveau des mers qui les alimentent. Les pics de Ténériffe et de l'Etna réunissent ce double empire, et, du sein des glaces et des feux , versent au loin l'abondance et la fécondité. Toutes ces pyramides aériennes, dont la plupart s'élèvent au-dessus de la moyenne région de l'air, ont pour bases les corps marins qui entourèrent leurs premiers berceaux. Toutes attirent aujourd'hui autour d'elles les vapeurs et les orages de l'atmosphère. Tantôt elles s?en couvrent comme d'un voile, et disparaissent a la vue; tantôt elles découvrent la tête , ou les flancs de leurs longs obélisques. Si le soleil alors les frappe de ses rayons, il les colore d'or et de pourpre, et répand sur leUrs robes mobiles toutes les couleurs de l'arcen-ciel. Elles apparaissent , au sein des tonnerres, comme des divinités bienfaisantes ; les croupes qui les supportent deviennent autant de mamelles qui répandent de toutes parts des pluies fécondantes; les cavernes profondes de leurs flancs sont des urnes d'où elles versent les fleuves qui fertilisent les campagnes jusqu'aux bords de l'Océan leur père, et invitent les navigateurs a aborder sur ces mêmes rivages dont elles étaient l'épouvante dans les temps de leur origine.
Chaque siècle diminue l'empire de l'Océan tempétueux, et accroît celui de la terre paisible : voyez seulement les collines qui bordent de part et d'autre nos vallées ; elles portent a leurs contours saillants les empreintes des dégradations des fleuves qui remplissaient jadis de leurs eaux tout l'intervalle qui les sépare. Le sol même des vallées et de leurs couches horizontales, ainsi que les coquillages fluviatiles, disséminés dans toute sa largeur, attestent qu'il a été formé sous les eaux. Mais jetez les yeux sur les terres les plus élevées de notre hémisphère : l'antique Scandinavie, séparée autrefois de la Norwége et du continent par de bruyants détroits qui communiquaient de la mer Glaciale à la mer Baltique , a cessé d'être une île : j'ai marché moi-même dans le fond de leurs bassins de granit. La mer Baltique, où j'ai navigué, baisse
d'un pouce tous les quarante ans : on voit des diminutions semblables dans les mers de l'hémisphère austral. La Nouvelle-Hollande, dont les montagnes escarpées s'élèvent au-dessus des nuages, étend aujourd'hui ses flancs sablonneux audessus des flots ; elle montre déjà au sein de ses marais saumâtres des colonies florissantes d'Européens, jadis les fléaux de leur patrie: dans toutes les mers , des foules d'îles naissantes et de rochers à demi submergés soulèvent, a travers les vagues irritées, leurs têtes noires couronnées de fucus, de glaïeuls et de varechs. A leurs couleurs brunes et empourprées , a leurs bruits confus et rauques, aux nappes d'écume qui bouillonnent autour d'eux, on dirait de vieux tritons qui se disputent avec fureur déjeunes néréides. Un jour, ces écueils, si redoutables aux marins , offriront des asiles aux bergères; après de nombreuses tempêtes, le détroit qui sépare l'Angleterre de la France se changera en guérets. Après d'interminables guerres, les Anglais et les Français verront leurs intérêts réunis comme leur territoire.
Il en sera de même du genre humain. Dieu l'a destiné a jouir de ses bienfaits par tout le globe. 11 en a fait un petit monde où il a renfermé tous les désirs et les besoins des êtres sensibles. Il l'a formé comme un seul homme, qu'il fait d'abord passer par l'enfance, entouré d'une nuit d'ignorance et de préjugés, mais dont il aimante la tête de la lumière de la raison ; et le cœur de l'instinct de la vertu, afin qu'il puisse gouverner ses passions et se diriger vers ses facultés divines , comme le globe qu'il habite se dirige autour du soleil. Il voulut que ces dons célestes ne se développassent dans les nations, comme dans les individus, que par leur expérience et celle de leurs semblables. Il voulut même que les intérêts du genre humain ne se composassent un jour que des intérêts de chaque homme. Ainsi, chaque peuple a eu une enfance imbécile , une adolescence crédule, et une jeunesse sans frein. Lisez seulement les histoires de notre Europe : vous la voyez tour a tour couverte de Gaulois , de Grecs, de Romains, de Cimbres, de Goths, de Visigoths, de Vandales, d'Alains, de Francs, de Normands, etc. , qui s'exterminent les uns après les autres, et la ravagent comme les flots d'une mer débordée. L'histoire de chacun de ces peuples ne présen te qu' une suite non in terrompue de guerres, comme si l'homme ne venait au monde que pour détruire son semblable. Ces temps anciens, si vantés pour leur innocence et leurs vertus héroïques, ne sont que des temps de crimes et d'erreurs, dont la plupart, pouf notre bonheur, n'existent
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plus. L'absurde idolâtrie , la magie , les sorts , les oracles , le culte des démons , les sacrifices humains, l'anthropophagie, les guerres permanentes, les incendies , les famines , l'esclavage , la polygamie, l'inceste, la mutilation des hommes, les droits de naufrage , les droits d'aubaine, etc. , désolaient alors nos malheureuses contrées , et sont relégués aujourd'hui sur les côtes de l'Afrique inhospitalière, ou dans les sombres forêts de l'Amérique. II en est de même de plusieurs maladies du corps aussi communes que celles de l'ame , telles que les pestes innombrables , les lèpres , la ladrerie , les obsessions ou convulsions, etc. Que dire des mensonges religieux qui illustraient des forfaits , et consacraient des origines absurdes et criminelles encore révérées de nos jours ? Que de héros qu'on nous fait admirer dans nos écoles, qui n'étaient aU fond que des scélérats ; le féroce Achille, Ulysse le perfide, Agâmemnon le parricide, la famille entière d'Àtrée^ et tant d'autres aussi criminels, qui se prétendaient descendus des dieux et des déesses, le plus souvent changés en bêtes! Il semble que le monde moral ait roulé autrefois, comme le physique, sur d'autres pôles. Cependant les bienfaiteurs du genre humain s'élevèrent de siècle en siècle. Hercule, Ësculape, Orphée, Linus, Confucius, Lockman, Lycurgue, Solon, Pythagore, Socrate, Platon , etc. } civilisent peu a peu ces hordes de barbares. ïls déposent parmi eux les éléments de la concorde, des lois, de l'industrie, de religions plus humaines. Ils apparaissent dans les siècles passés au-dessUs de leurs nations, comme des sources inépuisables de sagesse , de lumière et de ver^ tus, qui ont circulé Jusqu'à nous, de générations en générations ; semblables a ces fleuves descendus des sommets aériens des montagnes lointaines, qui traversent , depuis des siècles , des rochers , des marais, des sables, pour venir féconder nos plaines et nos vallons.
Déjà sur ces mêmes terres où les druides brûlaient des hommes, les philosophes les appellent pour les éclairer du flambeau de là raison. Les muses du nord , de l'occident , et surtout les françaises , planent sur l'Europe 3 unissent leurs lyres ; et y joignant leurs voix mélodieuses, enchaînent par leurs concerts les cœurs de ses habitants. Ce sont elles qui ont brisé en Amérique les fers des noirs enfants de l'Afrique, et défriché ses forêts par des mains libres. Elles en ont exporté une foule de jouissances , et elles y ont transporté , de l'Europe et de l'Asie, des cultures et des troupeaux utiles, de nouveaux végétaux, des habitants plus humains, et des législations évangéliques. 0 vertueux Penn,
divin Féneîon , éloquent Jean-Jacques , vos noms seront un jour plus révérés que ceux des Lycurgue et des Platon ! La superstition n'élève plus chez nous, comme autrefois, de temples à Dieu par la crainte des démons ; la philosophie les a dissipés. Elle montre la terre couverte des bienfaits de la Divinité, et les cieux remplis de ses soleils. Que de découvertes Utiles! que d'inventions hardies! que d'établissements humains , inconnus à l'antiquité! Ce sont les vertus des grands hommes qui ont fait descendre du ciel sur la terre le flambeau de la Vérité; hélas! souvent persécutées et fugitives, ces vertus n'ont éclairé le monde qu'après de longues secousses et de nombreuses révolutions.
Mais les femmes ont contribué plus que les philosophes à former et à réformer les nations. Elles ne pâlirent point , les nuits, à composer de longs traités de morale ; elles ne montèrent point dans des tribunes pour faire tonner les lois. Ce fut dans leurs bras qu'elles firent goûter aux hommes le bonheur d'être tour à tour, dans le cercle de la vie, enfants heureux, amants fidèles, époux constants, pères vertueux. Elles posèrent les premières bases des lois naturelles. La première fondatrice d'une société humaine fut une mère de famille. En vain un législateur, un livre à la main , déclara , de la part du ciel, que la nature était odieuse même à son auteur : elles se montrèrent avec leurs charmes, et le fanatique tomba a leurs pieds.
Ce fut autour d'elles que, dans l'origine, les hommes errants se rassemblèrent et se fixèrent. Les géographes et les historiens ne les ont point classées en castes et en tribus. Ils n*en ont point fait des portions de monarchies ou de républiques. Les hommes naissent asiatiques, européens, français, anglais; ils sont cultivateurs, marchands, soldats; mais par tout pays les femmes naissent, vivent et meurent femmes. Elles ont d'autres devoirs, d'autres occupations, d'autres destinées que les hommes. Elles sont disséminées parmi eux pour leur rappeler surtout qu'ils sont hommes, et maintenir, malgré les lois politiques, les lois fondamentales de la nature. Semblables a ces vents harmoniés avec les rayons du soleil ou avec leur absence, qui varient les températures des pays qu'ils fécondent en les réchauffant ou les rafraîchissant de leurs haleines ; on ne peut les circonscrire dans aucune carte, ni en faire hommage a aucun souverain. Ces venls n'appartiennent qu'à l'atmosphère. Ainsi les femmes n'appartiennent qu'au genre humain. Elles le rappellent sans cesse à l'humanité par leurs sentiments uaturels, et même par leurs passions.
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C'est par cette influence qu'elles conservent souvent un peuple depuis son origine jusqu'à ses derniers débris. Voyez ceux qui n'ont plus maintenant ni autels, ni trône, ni capitale, tels que les Guèbres , les Arméniens, les Juifs, les Maures d'Afrique; ils sont jetés, par les siècles et les événements, de contrées en contrées; mais leurs femmes lient encore entre eux les individus par les aimants multipliés de filles, de sœurs, d'épouses, de mères. Elles les maintiennent par les mêmes lois qui les ont rassemblés. Leurs hordes errantes sont semblables aux antiques monuments de leurs empires, qui gisent renversés , malgré les ancres de fer qui en liaient les assises. En vain l'Océan en roule les granits dans ses flots ; aucune pierre ne se délite, tant est fort le ciment naturel qui en congloméra les grains dans la carrière.
Non seulement les femmes réunissent les hommes entre eux par les liens de la nature, mais encore par ceux de la société. Remplies pour eux des affections les plus tendres, elles les unissent à celles delà Divinité, qui en est la source. Elles sont les premiers et les derniers apôtres de tout culte religieux, qu'elles leur inspirent dès la plus tendre enfance. Elles embellissent tout le cours de leur vie. Ils leurs sont redevables de l'invention des arts de première nécessité, et de tous ceux d'agrément. Elles inventèrent le pain , les boissons agréables, les tissus des vêtements, les filatures, les toiles, elc. Elles amenèrent les premières a leurs pieds les animaux utiles et timides qu'ils effrayaient par leurs armes, et qu'elles subjuguèrent par des bienfaits. Elles imaginèrent, pour plaire aux hommes, les chansons gaies, les danses innocentes, et inspirèrent a leur tour la poésie, la peinture, la sculpture, l'architecture, à ceux d'entre eux qui désirèrent conserver d'elles de précieux ressouvenirs. Ils sentirent alors se mêler à leurs passions ambitieuses l'héroïsme et la pitié. Ils n'avaient imaginé, au milieu de leurs guerres cruelles et permanentes, que des dieux redoutables : un Jupiter foudroyant, un noir Pluton, un Neptune toujours en courroux, un Mars sanglant, un Mercure voleur, un Bacchus toujours ivre ; mais a la vue de leurs femmes chastes, douces, aimantes, laborieuses, ils conçurent dans les cieux des divinités bienfaisantes. Remplis de reconnaissance pour les compagnes de leur vie, ils leur élevèrent des monuments plus nombreux et plus durables que des temples. Ils donnèrent d'abord, dans toutes les langues, des noms féminins à tout ce qu'ils trouvèrent de plus aimable et de plus doux sur la terre, à leurs diverses patries, à ja plupart des rivières qui les arrosaient, aux fleurs
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les plus odorantes, aux fruits les plus savoureux, aux oiseaux qui avaient le plus de mélodie.
Mais tout ce qui leur sembla mériter dans la nature des hommages plus étendus par une beauté ou par une utilité supérieure, reçut d'eux des noms de déesses, c' est-a-dire de femmes immortelles. Elles eurent leur séjour dans les cieux, et leur département sur la terre. Ainsi ils féminisèrent et déifièrent la lumière, les étoiles, la nuit, l'aurore. Ils attribuèrent les fontaines aux naïades, les ondes azurées de la mer aux néréides, les prairies à Palès, les forêts aux dryades. Ils distribuèrent de plus grands départements a des déesses d'un plus haut rang : l'air avec ses nuages majestueux a Junon , la mer paisible a Téthys, la terre et ses riches minéraux à Cybèle , les bêtes fauves à Diane, et les moissons à Cérès. Ils caractérisèrent les puissances de l'ame, source de toutes leurs jouissances, comme celles de la nature. Ils firent des déesses des vertus qui les fortifiaient, des grâces qui les rendaient sensibles, des muses qui les inspiraient, et de la sagesse, mère de toute industrie. Enfin , ils donnèrent à la déesse qui réunissait tous les charmes de la femme le nom de Vénus, plus expressif sans doute que celui d'aucune divinité. Son père fut Saturne ou le Temps, son berceau l'Océan ; pour compagnons de sa naissance elle eut les jeux, les ris, les grâces; pour époux le dieu du feu, "pour enfant l'amour , et pour domaine toute la nature.
En effet, tout objet aimable a sa vénusté, c'est-adire une portion de cette beauté ineffable qui engendre les amours. La plus touchante en est sans doute la sensibilité, cette ame de l'ame qui en anime toutes les facultés. Ce fut par elle que Vénus subjugua le dieu indomptable de la guerre.
0 femmes, c'est par votre sensibilité que vous enchaînez les ambitions des hommes! Partout où vous avez joui de vos droits naturels , vous avez aboli les éducations barbares, l'esclavage, les tortures, les mutilations, les croix, les roues, les bûchers, les lapidations, le hacher par morceaux, et tous les supplices cruels de l'antiquité, qui étaient bien moins des punitions d'une justice équitable, que des vengeances d'une politique féroce. Partout vous avez été les premières a honorer de vos larmes les victimes de la tyrannie, et à faire connaître les remords aux tyrans. Votre pitié naturelle vous donne à la fois l'instinct de l'innocence et celui de la véritable grandeur. C'est vous qui conservez et embellissez de vos souvenirs les renommées des conquérants magnanimes, dont les vertus généreuses protégèrent les faibles, etsurtout votre sexe.
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Tels ont été les Cyrus, les Alexandre, les Charlemagne ; sans vous, ils ne nous seraien t pas plus re- < commandantes que les Tamerlan, les Bajazet, les : Attila. Mais le sang des nations subjuguées élève en vain de sombres nuages autour de leurs grands colosses ; au souvenir de leurs bienfaits, vous étendez sur eux des rayons de reconnaissance qui les font briller sur notre horizon de tout l'éclat de la vertu.
Vous êtes les fleurs de la vie. C'est dans votre sein que la nature verse les générations et les premières affections qui les font éclore. Vous civilisez le genre humain , et vous en rapprochez les peuples bien mieux par des mariages, que la diplomatie par des traités. Vous êtes les ames de leur industrie et de leur navigation. C'est pour vous procurer de nouvelles jouissances que les puissances maritimes vont chercher aux Indes les plus douces et les plus riches productions de la terre et du soleil. Pline dit que déjà de son temps ce commerce se faisait principalement pour vous. Vous formez entre vous par toute la terre un vaste réseau, dont les fils se correspondent dans le passé, le présent et l'avenir, et se prêtent mutuellement des forces. Vous enchaînez de fleurs ce globe, dont les passions cruelles des hommes se disputent l'empire.
0 Françaises , c'est pour vous que l'Indienne donne aujourd'hui la transparence au coton et le plus vif éclat a la soie ! Ce fut pour vous que les filles d'Athènes imaginèrent ces robes commodes et charmantes, si favorables a la pudeur et à la beauté, que le sage Fénelon lui-même les trouvait bien préférables à tous les costumes gênants et orgueilleux de son siècle. La mode vous en a revêtues ; et elles ont ajouté a vos grâces naturelles. Mères et nourrices de notre enfance, quel pouvoir vos charmes n'ajoutent-ils pas a vos vertus ! Vous êtes les reines de nos opinions et de notre ordre moral. Vous avez perfectionné nos goûts, nos modes, nos usages, en les simplifiant.
Vous êtes les juges nés de tout ce qui est décent, gracieux, bon, juste, héroïque. Vous répandez l'influence de vos jugements dans toute l'Europe, et vous en avez rendu Paris le foyer. C'est dans ses murs, a votre vue, ou par vos souvenirs, que nos soldats s'animent à la défense de la patrie : c'est dans ces mêmes murs que les guerriers étrangers, qui ont porté contre eux des armes malheureuses, viennent en foule, dans les trop courts intervalles de la paix , oublier a vos pieds tous leurs ressentiments.
Notre langue vous doit sa clarté, sa pureté, son
élégance, sa douceur, tout ce qu'elle a d'aimable et de naïf. Vous avez inspiré et formé nos plus grands poètes et nos plus fameux orateurs. Vous protégez dans vos cercles l'écrivain solitaire qui a eu le bonheur de vous plaire, et le malheur d'irriter des factions jalouses. A vos regards modestes, aux doux sons de votre voix , le sophiste audacieux se trouble, le fanatique sent qu'il est homme, et l'athée qu'il existe un Dieu. Vos larmes touchantes éteignent les torches de la superstition, et vos divins sourires dissipent les froids arguments du matérialisme.
Ainsi, sur les rivages de l'Islande, après de longs hivers, la reine des mers boréales, la montagne de l'IIécla, couronnée de volcans, vomit des tourbillons de feux et de fumées a travers des pyramides de glaces qui semblent menacer les cieux: mais lorsque le globe, au signe des Gémaux, achève d'incliner le pôle nord vers le soleil, les vents du printemps qui naissent sous l'empire de l'astre du jour, joignent leurs tièdes haleines a ses rayons ardents. Les flancs de la montagne alors se réchauffent, une chaleur souterraine s'étend sous la coupole de glace qui la surmonte , et lui refuse bientôt tout son appui. D'abord ses sommets orgueilleux se précipitent dans ses cratères brûlants, en éteignent les feux , pénètrent dans ses longs souterrains, et jaillissent autour de sa base en hautes gerbes d'eaux noires et bouillantes. Ses fondements caverneux s'affaissent sur leurs propres piles, glissent et s'écroulent en énormes rochers dans le sein des mers qu'ils menaçaient d'envahir. Les bruits affreux de leurs chutes, les sombres murmures de leurs torrents, les rugissements des phoques et des ours marins qui les habitaient, sont répétés au loin par les échos d'IIorrillax et du Vaigats. Les peuples riverains de l'Atlantique voient avec effroi ces glaciers terreux voguer, renversés, le long de leurs rivages. Entraînés par leurs propres courants, sous les formes fantastiques de temples, de châteaux, il vont rafraîchir les mers torridiennes , et fonder, dans leurs flots attiédis , des écueils que l'hiver suivant ne reverra plus.
Cependant la montagne apparaît, à travers les brumes de ses neiges fondues et les dernières fumées de ses volcans, nue, hideuse, ses collines dégradées, et montrant à découvert ses antiques ossements. C'est alors que les zéphyrs, qui l'ont dépouillée du manteau des hivers, la revêtissent de la robe du printemps. Ils accourent en foule des zones tempérées, portant sur leurs ailes les semences volatiles des végétaux. Us tapissent de