EXTRAIT DU PRÉAMBULE DE PAUL ET VIRGINIE
mousses, de graminées et de fleurs, ses flancs déchirés et ses plaies profondes. Les oiseaux de la terre et des eaux y déposent leurs nids. En peu d'années, de vastes bosquets de cèdres et de bouleaux sortent de ses cratères éteints. Une nouvelle adolescence la pénètre de toutes les influences du soleil , pendant un jour de plusieurs mois.
Sa beauté même s'accroît de celle des longues nuits du pôle. Quand l'hiver, à la faveur de leurs ténèbres , y relève son trône , étend sur lui son manteau d'hermine, et prépare à l'Océan de nouvelles révolutions, la lune circule tout autour, et lui renvoie une partie des rayons du soleil qui l'abandonne. L'aurore boréale le couronne de ses
feux mobiles et agite autour de lui ses drapeaux lumineux. A ce signal céleste , les rennes fuient vers de moins âpres contrées ; ils aperçoivent , a la lueur de ces clartés tremblantes, l'Hécla au milieu des mers hérissées de glaçons; et ils viennent, en bramant, chercher dans ses vallées profondes de nouveaux pâturages. Des légions de cygnes tracent autour de sa cime de longues spirales, et, joyeux de descendre sur cette terre hospitalière, font entendre au haut des airs des accents inconnus a nos climats. Les filles d'Ossian, attentives, suspendent leurs chasses nocturnes pour répéter sur leur harpes ces concerts mélodieux; et bientôt de nouveaux Pauls viennent chercher parmi elles de nouvelles Virginies.