EXPLICATION
DE QUELQUES TERMES DE MARINE , À L'USAGE DES LECTEURS OUI NE SONT PAS MARINS.
J'ai joint, à l'explication dequelques termes nautiques employés dans ce Journal, des étymologies qui ne sont point savantes , mais conformes à l'esprit du peuple. Partout c'est le peuple qui donne le nom aux choses, et il le prend ordinairement de la partie la plus nécessaire de chaque objet : ainsi, ïe bord d'un vaisseau étant sa partie principale , puisqu'on n'est séparé de la mer que par un bord, les marins disent aller à bord , être sur le bord , pour dire aller ou être sur le vaisseau.
Ne dit- on pas: la maison de Bourbon est très ancienne? Comme la maison renferme la famille, le peuple a transporté ce nom à ceux qui l'habitent, à leurs ancêtres et à leur postérité. Remarquez bien qu'il n'emploie que le nom des choses qui sont à son propre usage. Pour désigner la familleroyale, il ne dit pas l'hôtel , le château ou le palais de Bourbon , parcequil n'habite lui-même que dans des maisons.
Les Arabes , qui demeurèrent fort long-temps sous des tentes, trouvèrent , en se fixant dans des maisons, que la porte en était la partie la plus essentielle : c'était aussi pour ce peuple errant le lieu le plus agréable de ce logement; on sortait par-là quand on voulait. Ils ne donnèrent point le nom de maison a la famille de leurs souverains , mais celui de porte ottomane.
Je crois les étymologies d'autant plus vraies qu'elles sont plus simples. J'en dois quelques unes au chevalier Grenier ; mon ami, officier de mé-
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rite de la marine du roi; je lui fais hommage des meilleures; je prends les autres pour mon compte.
Amarrer. Lier, attacher. 11 est probable que les premiers marins attachaient autour du mât ce qui était susceptible de mouvement. Ulysse, qui craignait beaucoup les sirènes, se fit attacher au mât. On Y amarra.
Amurer une voile. Attacher la voile contre le bord, qui est aussi le mur du vaisseau.
Appareiller. Partir, s'en aller. Celte manœuvre se fait avec beaucoup de préparatif ou (Y appareil. Tout l'équipage est sur le pont. On lève l'ancre, on déferle les voiles , on hisse les huniers: tout le monde est en mouvement.
Arrimage. Distribution des marchandises dans la cale , faite de manière que rien ne se dérange dans les roulis.
Arriver au vent. Lorsqu'un vaisseau reçoit le vent de côté dans ses voiles , s'il survient un orage imprévu , il obéit pour quelque temps a l'effort du vent , et lui présente sa poupe. 11 reçoit alors le vent par son arrière. 11 se trouve par cette manœuvre dans la direction qui lui est propre. Arriver signifie ici céder, et se remettre dans son lieu naturel. Ce mot n'a point de relation avec dériver. Souvent un vaisseau dérive en arrivant.
Artimon. Mât près du timon : il fait venir au vent.
Aumônier. Ecclésiastique qui fait les prières et dit la messe. J'imagine que nos ancêtres étaient fort charitables. Dans leurs courses de guerre, et quelquefois de brigandage , ils menaient avec eux un ecclésiastique chargé de faire les aumônes. Les vaisseaux ont aussi des aumôniers, quoiqu'il n'y ait point de mendiants sur leur chemin.
Bâbord. C'est le bord gauche du vaisseau , lorsqu'on est tourné vers l'avant. Tribord ou stribord est le côté droit.
Banc de quart. C'est un banc où s'assied l'officier qui commande le quart.
Bau ou beau. Un vaisseau a différentes largeurs. Elles se mesurent entre les couples, qui sont des courbes dont la carène est formée. Ces pièces sont rares, et les premiers charpentiers ont pu les trouver fort belles. Ils ont pu appeler beaux les espaces compris d'une courbe a l'autre. Le dernier de ces espaces est sur l'avant.
Voilà une étymologie comme celle de la Beauce. Gargantua , qui la trouva belle, s'écria : Beau-ce,
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Gargantua peut fort bien être une allégorie du peuple.
Beaupré ou près du beau. C'est un mât incliné sur l'avant, au-delà et près du dernier beau. C'est par la même raison qu'aux lies les charpentiers appellent benjoin un arbre assez commun, dont le bois joint bien.
Beacsoir ou bossoir. Pièce de bois qu'on pose ou qu'on assied sur le dernier bau; c'est là que s'attachent les ancres.
Berne (Pavillon en). C'est un pavillon qui n'est plus flottant, et qui n'est plus, en quelque sorte, dans ses honneurs. On l'élève à la moitié de son mât sans le déployer : ce signal ne se fait guère que dans les dangers.
Bord. A été expliqué. On fait des bords ou on louvoie lorsqu'on présente alternativement un des bords du vaisseau au vent: sa route est alors en zig-zag; cette manœuvre ne se fait que quand le vent est contraire.
Bout dehors. C'est un bout de mât ou de vergue qu'on met dehors* l'extrémité d'une autre vergue.
Bras. Ce sont des cordages qui servent à faire mouvoir les vergues à droite ou à gauche. Ce sont en quelque sorte les bras de l'équipage, qui n'y saurait autrement atteindre.
Brasse. Distance comprise entre les bras étendus d'un homme. Sur mer, elle est Oxée à cinq pieds. Je crois avoir observé que les matelots ont les bras plus longs et les épaules plus grosses que les autres hommes, lis exercent plus leurs bras que leurs jambes.
Caillebotis. Ce sont des panneaux de treillage à carreaux vides. On en ferme l'espace compris entre les gaillards , ce qui forme une espèce de pont, sous lequel l'air circule. Dans les gros temps on le couvre de toiles goudronnées , appelées prélats. Cette construction est ingénieuse; et peutêtre parviendrait-on à former ainsi tous les ponts du vaisseau , ce qui donnerait une libre circulation d'air jusque dans la cale.
On appelle caillebotte, en Normaudie, le lait cai'lé et battu qui forme une espèce de réseau. On appelleaussicaiZ/eboMéoupomnieléces espaces blancs et bleus qui paraissent au ciel lorsqu'il se dispose à changer.
Cale. Est la partie inférieure du creux d'un vaisseau. C'est le lieu où l'on met les marchandises. On ditd'un vaisseau qu'il est bien calé, lorsque sa charge est bien distribuée dans sa cale. Pour l'or-
dinaire , on met au fond les poids les plus lourds; j mais s'il y a une quantité considérable de fer ou i de plomb, les mouvements du vaisseau sont trop | durs, et l'exposent à rompre sa mâture. Il y a encore beaucoup de précautions à prendre pour l'arri- j mage. Le Marquis de Castries était fort mal calé.
Cap (avoir le). Ce mot vient du portugais il capo , la tête. Mettre le cap au nord, c'est tourner la proue du vaisseau , ou sa tête , vers le nord.
Cape (tenir la). Dans les gros temps, lorsque le vent est contraire, on ne porte que peu de voiles; ordinairement c'est la misaine. On dirige le cap du vaisseau le plus près du vent qu'il est possible. Le vaisseau fatigue beaucoup dans cette position.
Carguer. C'est reployer les voiles, sans les lier, le long des vergues : ce qui se fait au moyen des cargue-fonds, qui sont des cordes qui retroussent la grande voile à peu près comme les rideaux d'un dais. Un marin qui verrait lever la toile à l'Opéra dirait qu'on l'a carguée.
Civadière. C'est la voile attachée au beaupré.
Coiffé (être). Lorsque les vents sautent loutà-coup de la poupe à la proue, les voiles sont repoussées contre les mâts, qui en sont, pour ainsi dire, coiffés : quelquefois on ne peut les descendre ni les manier. Un vaisseau alors est heureux d'en être quitte pour sa mâture , si le vent est fort.
Coq. Cuisinier des matelots. Ce mot vient évidemment de coquus , et nos traiteurs portent le titre de niaîtres-r/Meux.
Courant. Quoique la mer ressemble à un grand étang, elle est remplie de courants particuliers. Nous avons peu d'observations sur cet objet, un des plus essentiels de la navigation. J'en ai vu de fort intéressantes sur les mers de l'Inde, faites par le chevalier Grenier.
Déferler les voiles. Les déployer.
Degré. C'est la 560e partie d'un cercle. Sou l'équateur, chaque degré est de vingt lieues marines, ou de vingt-cinq lieues de France; mais comme les cercles deviennent plus petits en s'approchantdu pôle, les degrés diminuent à proportion. Les degrés de longitude sont nuls sous le pôle. Il est très probable qu'il y a aussi une grande différence entre les degrés de latitude , surtout si la terre est fort aplatie aux pôles.
Dériver. Lorsqu'un vaisseau reçoit le vent de côté, il s'écarte sans cesse de la ligne droite sur laquelle il dirige sa route. Je ne connais point de moyen sûr d'évaluer la dérive. Les pilotes y sont
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;ouvent embarrassés : à la fin du voyage ils rejettent leurs erreurs sur les courants.
Dunette. Espèce de tente, d'une charpente lé-
jère, sur l'arrière du vaisseau.
Ecoute. Ce sont des ouvertures obliques au i! 3ord du vaisseau, par où passent les cordes des /oiles inférieures. Ces ouvertures ressemblent à celles qu'on pratique au mur des parloirs dans les ;ouvents, pour écouter. Comme il y a dans la ma- 'ine beaucoup de termes portugais, il n'est pas îtonnant qu'il s'y trouve des expressions monasiques.
Écoutilles. Sont de grandes ouvertures sem- >lables à des trappes , au milieu des ponts du vaisseau. C'est par ces portes horizontales qu'on descend dans les cales.
I Entre-pont. Dans les premiers vaisseaux, on it les cales couvertes d'un seul plancher, qu'on tppela un pont. Les matelotslogeaient dans la cale, ;ous ce pont. Quand on fit de plus grands bâtinents,on trouva plus commode de séparer l'équi- )age des marchandises , en leur ménageant un ogement entre le pont et la cale.
! Espontille. Petits pilastres de bois qui supportent les ponts.
| Est. Le nom d'un des quatre vents principaux. C'est l'orient. On prétend que est signifie le voilà, iîn parlant du soleil ; sud, profiter sudorem, parcegu'à midi le soleil est chaud ; ouest, où est-il? arcequ'il disparaît au couchant.
i Fasier. Lorsque le vent, au lieu d'enfler la voile, la prend par le côté et l'agite en différents sens, on dit qu'elle fasie : il vient peut-être de ohase , révolution.
i Focs. Voiles triangulaires disposées entre les mâts : elles ne servent que quand le vent souffle de côté. Leur nom pourrait bien venir de focus, foyer, soit parceque quelques unes sont au-dessus lies cuisines , soit parceque leur plan étant dans l'axe du vaisseau , elles se trouvent dans les foyers île ses courbes.
Gaillards. Ce sont les extrémités du pont supérieur. Celui de l'arrière s'étend jusqu'au grand mât; celui de l'avant commence au mât de misaine , et va jusqu'à la proue. C'est où se rassemble l'équipage pour se promener et se réjouir. Il peut avoir la même origine que galerie. Le gail-
lard d'arrière est réservé aux seuls officiers et passagers, qui n'en sont pas plus gais.
Galerie. Espèce de balcpn placé sur l'arrière des grands vaisseaux. C'est à la fois un ornement et une commodité. Il vient du vieux mot gala, se galer, se réjouir.
Garants. Sont des cordages qu'on passe dans le gros temps à la barre du gouvernail , pour l'assurer davantage, ou la garantir.
Grains. Sont de petits orages de peu de durée. Ce sont, en quelque sorte , des grains ou des parcelles de mauvais temps.
Grappins. Ancres des chaloupes. Celles du vaisseau n'ont que deux becs, celles-ci en ont quatre, ce qui leur donne la forme d'une grappe. Le poids des grosses ancres ne permet pas de leur donner quatre branches. D'ailleurs , par leur forme, elles pourraient s'accrocher au bord. Je crois qu'il serait possible d'en faire à trois becs, qui n'auraient pas cette incommodité , et qui auraient toujours l'avantage d'enfoncer a la fois deux de leurs becs dans le fond.
Haubans. Échelles de corde qui assurent les mâts , et par où grimpent les matelots.
Hauteur (Prendre). A midi, avec des quarts de cercle, ou plutôt des huitièmes, appelés octans, on voit à quelle hauteur le soleil est sur l'horizon. C'est par-là que l'on trouve la latitude.
Hauts-fonds. Ce sont les fonds élevés, qui sont couverts de peu d'eau. La mer, dans ces endroits, change de couleur , et les vagues aux environs sont plus fortes.
Hisser. Élever en l'air quelque fardeau au moyen des poulies. Ce nom vient du bruit même de la manœuvre. On ne doit pas me chicaner celui-là. Les Latins appelaient hiatus le choc de deux voyelles.
Hune (Mât de). Il y a, comme on sait, trois mâts sur les grands vaisseaux : le grand mât, qui est à peu près au milieu ; le mât d'artimon , qui est sur l'arrière; et le mât de misaine, qui est sur l'avant. On ne compte pas le beaupré, qui est incliné, et qui n'est pas maté , c'est-à-dire perpendiculaire. Le mât de pavillon ne porte pas de voile.
Les mâts ont une très grande élévation. Il n'est pas possible de trouver des pièces de bois d'une longueur suffisante, surtout pour le grand mât et le mât de misaine, qui ont quelquefois plus de cent trente pieds d'élévation : on les fait à trois étages. Dans le mât du milieu, l'arbre inférieur s'appelle le grand mât ; le supérieur , grand mât
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de hune ; le troisième • qui est le plus élevé, grand mât de perroquet. Aux endroits où ils sont attachés , il y a un espace autour en forme ronde « appelé hune. Les huniers sont les voiles des mâts de hune.
Latitude. On sait que la latitude d'un lien est sa distance a l'équateur ; et sa longitude , sa distance au premier méridien. Autrefois on commençait a le compter du pic de Ténériffe : aujourd'hui chaque nation maritime fait passer son premier méridien par sa capitale. Il est bon d'y faire attention quand on voit des cartes ou des relations étrangères.
Ligne. 11 y a des gens simples qui croient qu'on voit la ligne au ciel : quelquefois de mauvais plaisants s'amusent , sur le vaisseau , a la leur faire voir dans une lunette où ils mettent un fil. Il y a aussi des marins qui ne savent pas ce que c'est que l'équateur, et qui neconnaissent la ligne que parcequ'elle est marquée d'un trait bien noir sur leurs cartes.
Lisses. Sont des barrières le long des passavants. Ce terme est pris des tournois. Les chevaliers entraient et sortaient des lices (lices). Il me semble que le nom de garde-fous conviendrait mieux à des vaisseaux.
Louvoyer. Ce mot peut venir de voie et de loup. Les loups s'approchent de leur proie en se tenant sous le vent, et en s'avançant en zig-zag. Voyez Bord.
Marquis de Castries. Ce n'est point fin nom de marine , mais celui d'un officier très respectable : c'était aussi le nom de notre vaisseau.
Le bon Plutarque dit que les Grecs appelaient leurs vaisseaux l'Heureuse Prévoyance, la Double Sûreté , la Bonne Navigation. On peut voir, à ces noms, qu'ils n'étaient pas grands marins: ils avaient peur.
Les Portugais et les Espagnols ont beaucoup de Saint-Antoine de Padoue, de Saint-François , etc. : ils sont dévots.
Les Anglais naviguent sur le Northumberland , sur le Devonshire , sur la Ville de Londres; et les Hollandais ont beaucoup de Batavia, d'Amsterdam; ce sont des noms de villes ou de provinces : ils sont républicains.
J'ai vu des vaisseaux du roi qui s'appelaient la Boudeuse, l'Heure du Berger, la Brune et la Blonde, etc. A la bonne heure ; ces noms-la valent
bien ceux de Flore ou de Galalée; mais pourquoi prendre pour des noms de guerre l'Hector, le \ Sphinx, ou l'Hercule? N'avons-nous pas le Tu- 1 renne , le Condé , le Richelieu , le Sully , etc. ... ? Pourquoi ne formons- nous pas des escadres de nos grands hommes? 11 me semble que des noms chers ï la nation en redoubleraient le courage.
On pourrait nommer nos frégates du nom de ! nos dames célèbres par leur beauté ou par leur esprit, J'aimerais mieux la Marquise de Sévigné, i de Brionne, ou la Comtesse d'Egmont, que Thêtis et toutes ses Néréides.
Mat. Voyez Hune.
Matelots. Vient de mât , et du vieux mot osl , \ troupe, l'ost du mât. Ou disait l'ost des Grecs, pour l'armée des Grecs.
Misaine (Voile de). C'est la plus utile dans les gros temps : elle agit a l'extrémité du vaisseau, et le fait obéir promptement a l'action du gouvernail.
Mouiller. Jeter l'ancre a la mer. On dit aussi mouiller l'ancre.
Panne (Mettre en). Lorsqu'un vaisseau veut s'arrêter sans mouiller son ancre , il cargue ses basses voiles; il dispose les voiles de l'avant de manière que le vent les coiffe contre le mât , tandis i qu'il enfle celles de l'arrière. Dans cette situation, le vent fait , sur la voilure , deux efforts contraires qui se compensent. Le vaisseau reste comme immobile.
Perroquet. C'est la voile supérieure aux huniers. De loin , celte petite voile, surmontée de la girouette, a quelque ressemblance avec cet oiseau .
Perruche. C'est une voile placée au-dessus du perroquet. Il n'y a que les grands vaisseaux qui en fassent usage. Ces deux petites voilures sont d'une médiocre utilité. Elles sont a l'extrémité d'un trop grand levier , et leur effort ne sert guère qu'a faire ployer le mât en avant; il vaudrait mieux augmenter la largeur des voiles que leur élévation.
Plat-rord. C'est la partie du pont qui avoisine le bord. Le bord du vaisseau est, en quelque sorte, perpendiculaire. Le pont, qui , dans un sens , est aussi un bord, est dans une situation horizontale ou h plat.
Plus près (Être au). Lorsque le vent vient du point même où le vaisseau veut aller , on dispose la voilure de manière à s'approcher du vent le plus pris qu'on peut.
Pont. C'est le plancher du vaisseau ; il est un
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peu convexe, pour l'écoulement de l'eau. Un vaisseau à trois ponts est celui dont le creux est divisé en trois étages.
Quarts. On devrait plutôt dire des quints. Sur mer , on divise le jour de vingt-quatre heures en cinq portions appelées quarts. Le premier com-
j mence depuis midi jusqu'à six heures. Le second, depuis six heures jusqu'à minuit. Les trois der-
I niers quarts sont formés des douze heures qui restent , et chacun d'eux est de quatre heures. L'équipage , partagé en deux brigades , veille et se relève alternativement.
Récifs. Sont des rochers à fleur d'eau , où la mer brise, et où les vaisseaux se mettent en pièces quand ils y échouent. Ce mot peut venir du latin rescindere, couper, trancher. Il y a des récifs sur la côte de Bretagne , qu'on appelle les charpentiers.
Ris. On devrait dire des rides. On prend des ris dans le hunier , lorsqu'on ride une partie de cette voile sur sa vergue , quand la violence du vent ne permet pas de l'exposer tout entière.
Roulis. Balancement d'un vaisseau sur sa largeur. Le tangage est son balancement sur sa longueur. Un vaisseau roule vent arrière ; il tangue au plus près. Le premier mouvement est moins dangereux : le second fatigue beaucoup la quille et la mâture.
Sabords. Sont des ouvertures par où passent les canons. Ce mot peut venir de sas et de bord , trous ou perluis au bord. En quelques endroits on appelle sas un crible : on dit sasser la farine.
Sainte-Barbe. C'est le nom de la patronne et du lieu où l'on met les poudres. C'était une martyre 'qui fut renfermée dans le souterrain d'une tour. Comme nous y logeons aussi nos poudres , nos canonniers les ont mises sous sa protection. Ils la représentent aux genoux de son père, armé d'un grand sabre dont il va lui couper la tête, au pied d'une tour dont la plate-forme est couverte d'artillerie. Ce fait , que l'on rapporte , je crois , au temps de Dioclétien , est contredit par la nature, et ces tableaux par le costume.
Tangage. Voyez Roulis.
Tribord. Voyez Bâbord.
Vent (Venir au). Lorsqu'un vaisseau a trop de voilure sur l'arrière, sa proue vient dans le vent. Les voiles du màt d'artimon contribuent beaucoup à ce mouvement.
Vergue. De virga, verge ou branche. Les vergues du mât sont comme les branches d'un arbre.
Virer. Tourner. On vire le câble; on vire de bord. Comme ces manoeuvres emploient beaucoup d'efforts, il y a apparence que virer vient de vis., dont on a fait aussi v\r, un homme.
Yole. Petite chaloupe fort légère et jolie. Ce nom-là pourrait fort bien venir du grec. Je n'en serais pas fâché pour l'honneur de notre marine. C'est la seule science qui ait emprunté ses termes des barbares du nord ou des Portugais. Si quelque savant veut se donner la peine de rechercher cette origine, je le prie de faire attention qu'Hercule fut un des premiers marins , et que son ami Iolas était avec lui.
Je ne garantis aucune de ces étymologies; mais elles ont cela de commode, qu'en rapprochant le nom des choses, de leurs usages, elles les expliquent; et c'est ce que je me suis proposé.
FIN DU VOYAGE A L'iLE-DE-FRANCE.
NOTES
Danaûs vint d'Egypte chez les Grecs exprès pour leur apprendre à faire des puits , tant la plus belle partie de l'Europe et la première civilisée était encore dans l'enfance! Les Grecs furent si étonnés de voir les filles de Danaûs tirer de l'eau d'un puits sans le vider , qu'ils s'imaginèrent que c'était un tonneau inépuisable , ou que le seau du puits était criblé ; et voilà la fable des Danaïdes. On n'a pas de date de l'arrivée de Danaûs, pareequ'il y a trois mille ans les peuples policés de l'Europe n'avaient pas de chronologie.
Quatre cent cinquante ans avant la fondation de Rome , Minos construisit les premiers bateaux. Dédale , dans le même temps, inventa les outils, l'art du charpentier et les voiles de vaisseaux, qui passèrent pour des ailes ; de là l'histoire de son fils Icare.
L'art de sculpter commença à Scio 300 ans avant la fondation de Rome. Celui de peindre et de jeter en fonte ne fut inventé que du temps de Phidias , l'an de Rome 308. D'autres arts encore plus utiles avaient une moindre antiquité.
Voyons en quels temps ils ont commencé chez les Ko-
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mains. Avant Servius Tullius on ne battait point monnaie. Il fut le premier qui en fit frapper de cuivre. C'étaieut des as qui pesaient deux livres , comme les pièces de Suède d'aujourd'hui. Ce ne fut que l'an de Rome 585 que l'on battit pour la; première fois de la monnaie d'argent , et ce ne fut qu'en 647 que l'on frappa de la monnaie d'or \ On ne vécut à Rome que de bouillie ou de fromentée jusqu'à l'année 580 , où , pour la première fois , les boulangers et les médecins grecs vinrent s'établir à Rome.
L'agriculture n'était pas plus avancée. Les Grecs avaient tiré la vigne de l'Asie , selon Plutarque. Elle passa ensuite chez les Latius ; mais le vin était si rare sous Numa , qu'il défendit qu'on en arrosât les bûchers des funérailles. Lucius Papinianus , général contre les Samnites, fit vœu d'en offrir un petit gobelet à Jupiter s'il gagnait la bataille: tant le vin alors était rare ! dit Pline.
Selon Fenestella , l'an de Rome 183, il n'y avait point d'oliviers en Italie , en Espagne, ni en Afrique. Pline dit qu'en 4 40 il n'y avait d'oliviers en Italie qu'à 40 milles de la mer, et que l'huile ne devint commune qu'en 690 : mais sous Caton on n'avait pas encore imaginé d'exprimer de l'huile d'autres graines que de l'olive.
Quant aux légumes, les Romains tirèrent leséchalottes, ou ascalonites , d'Ascalon en Judée ; les oignons , et la chicorée, dont le nom chicorium est égyptien , de Chypre et d'Égypte; la menthe et cinq sortes de navets , de Grèce; la poirée blanche, de Sicile; les choux, de ÎSaples; les cardons, de Carthage; le chervi ou carvi, de Carie; les melons , de Lacédémone et de Béotie.
Ils avaient importé de même la plupart de leurs arbres fruitiers des pays plus orientaux : les figuiers, des environs de Troie, d'Hyrcanie et de Syrie; les citronniers, de la Médie ; les noyers et les pêchers, de la Perse; le néflier , le
* Depuis les Romains , on a imaginé de la monnaie de papier. Comme on voit , tout se perfectionne. J'ai perdu , sur cette perection de l'art , trente-trois pour cent. Je ne sais pas si les auftres arts font daussi grands progrès.
cognassier, le cyprès et le plane, de Crète; le chàtaiguier, de Sardaigne; le myrte, de la Grèce ; les lauriers, de Delphes et de Chypre ; les grenadiers, d'Afrique; beaucoup d'espèces de pommiers et de poiriers , du royaume d'Épire* Les pruniers, du temps de Caton, étaient fort rares : ceux que nous appelons de Damas venaient d'Arménie. De son temps, il n'y avait point d'amandiers en Italie. Les avelines vinrent à Rome du royaume de Pont, d'où Lucullus apporta aussi les cerises; les pistaches furent apportées de Syrie par Vitellius, et les jujubes, par le consul Papinianus, sous Auguste.
Les Gaulois ont tiré de l'Italie leurs arts et leurs végétaux. De quoi vivaient-ils donc quand les Romains n'avaient encore ni légumes, ni fruits, ni pain, ni vin, ni argent, ni industrie? S'ils vivaient en peuples pasteurs, ils n'étaient pas nombreux. Et qu'était-ce alors que les nations du nord? Celles qui firent une iucursion en Italie du temps de Marius étaient probablement des nations errantes comme celles du Canada. Les Scythes les chassaient vers l'occident et vers le midi.
a page 103.
Les jeunes filles chantaient à Rome, dans les jeux séculaires :
Rite maturos aperirc partus Lenis Ilithyia , tuere matres; Sive tu Lucina probas vocari ,
Seu Genitalis.
Diva , producas sobolem , patrumquc Prospères décréta super jugandis Feminis , prolisque novœ feraci
Lege marità.
Horàt., Carmen secnlarc.
Ce qui veut dire : « Donnez à nos mères d'heureux accou- » chements , douce Lucine , qui présidez à la naissance des » hommes ; déesse de la génération , préparez pour nous une » nouvelle postérité, et faites réussir les lois du sénat en faveur » des mariages. »