‹ Œuvres;Chapitre 63 sur 236 · ETUDES DE LA. NATURE · texte numérisé non relu

ETUDES DE LA. NATURE

AVIS DE L'ÉDITEUR

! Les corrections préparées par l'auteur donneraient à ;ette édition des Études de la Nature une grande supériorité sur toutes celles qui ont été publiées jusqu'à ce our , lors même qu'elle ne serait pas enrichie de plusieurs imnotations importantes. Bernardin de Saint-Pierre avait \u. l'idée de développer certaines parties de son livre, Jnais sans en altérer le texte primitif ; car il ajoutait plus j oloutiers qu'il ne retranchait , s'appuyant de l'avis de Montaigne, qui ne voulait pas que « son travail pût con- ■ damner la première forme de ses Essais , mais seule- \ ment donner quelque prix à chacune des suivantes'. » p'est ce que Bernardin de Saint-Pierre a exécuté au coinjnencement de l'Étude cinquième , en ajoutant la peinture le nos climats à celle des climats du nord et du midi, ;'est-à-dire en donnant le dernier trait au tableau qu'il livait tracé. Deux autres fragments, moins étendus, embellissent le chapitre du Sentiment de l'amour , qui se trouve jlans l'Étude XII. Ces annotations, étant les plus considérables , sont aussi les seules que nous croyons nécessaire [l'indiquer.

De son côté, l'éditeur, en prenant pour base de son !ravail l'édition la plus estimée de l'auteur, celle de 1792, i revu et collationné toutes les autres éd tions, afin d'ajouter au mérite de celle-ci par la correction , la pureté et l'exactitude du texte.

! Quant aux notes, il eût été facile de les multiplier davantage; mais l'éditeur a cru devoir se borner à celles qui mouvaient servir à l'intelligence des faits, ou à l'histoire de fa science. Il s'est donc abstenu de porter un jugement sur fes théories qui forment la base de quelques parties des Études. Non-seulement il ne s'est cru aucun titre pour îécider des questions qui touchent aux plus hautes spéculations de la science , mais encore il est pénétré de cette >ensée, que le temps seul peut y porter la lumière. Au leste, le but de l'auteur des Éludes est si sublime , qu'on iprouve à chaque page le besoin de croire et de penser !;omme lui. Peut-être s'est-il trompé quelquefois dans les létails , mais il ne s'est jamais trompé sur les principes ; H lors même qu'il lui arrive de mal interpréter les desseins jle la Providence , il fait voir que cette Providence existe , Il force les incrédules à la reconnaître , et , suivant une ixpression énergique de Montaigne, « il ne cesse de battre

> leurs oreilles de ce mot , qui leur est si fort à contre-

> cœur 2. » Il ne faut donc plus s'étonner du discrédit que certaines gens ont voulu jeter sur son ouvrage : ils auraient volontiers applaudi à cette multitude d'idées et d'observaions nouvelles qui ont servi à l'avancement de presque toutes les sciences ; peut-être même lui auraient-ils pardonné d'être un grand écrivain , mais ils n'ont pu lui par-

j 1 Essais , liv. III, chap. ix.

2 Essais , liv. I, chap. xix.

donner d'être un écrivain religieux. En combattant ces fausses doctrines , il éveilla la haine des sophistes qu'il voulait convaincre ; car ceux-là ne demandaient pas à être convaincus , mais à être applaudis :

.... Tanto major famée sitis est , quam Virtutis! Juv., sat. x.

Leur vérité, c'était le mal; pour s'en faire écouter, il fallait croire à eux, et Bernardin de Saint-Pierre ne savait croire qu'à la Providence. Mais ce n'est point ici le lieu de développer ces vérités, qui trouveront leur place dans la vie de l'auteur. Il suffit , en ce moment , de remarquer qu'il avait prévu les maux que le siècle qui vient de s'écouler prétendait léguer au siècle qui commence, et que sa voix généreuse s'éleva pour refuser ce funeste héritage, que nous avons accepté.

AVIS DE L'AUTEUR

La première édition de cet ouvrage , qui parut en décembre 1784 , s'est trouvée presque épuisée en décembre 1783. Depuis sa publication , je n'ai qu'à me féliciter des témoignages honorables d'amitié que m'ont donnés des personnes de tout état et de tout sexe , dont la plupart me soDt inconnues. Les unes sont venues me trouver, et d'autres m'ont écrit les lettres les plus touchantes pour me remercier de mon livre, comme si, eu le donnant au public, je leur avais rendu quelque service particulier. Plusieurs d'entre elles m'ont prié de venir dans leurs châteaux habiter la campagne, où j'aimerais tant à vivre, m'ont-elles dit. Oui, sans doute , j'aimerais la campagne, mais une campagne à moi , et non pas celle d'autrui. J'ai répondu de mon mieux à des offres de service si agréables, dont je n'ai accepté que la bienveillance. La bienveillance est la fleur de l'amitié; et son parfum dure toujours quand on la laisse sur sa lige sans la cueillir. Un père de famille malheureux m'a mandé que mes Études faisaient sa plus douce consolation. Un athée est venu me voir plusieurs fois, d'une ville éloignée de Paris, frappé jusqu'à l'admiration , m'a-t-il dit, des harmonies que j'ai indiquées dans les plantes, et dont il a reconnu l'existence dans la nature. Des personnages importants, et d'autres qui croient l'être, m'ont fait inviter d'aller les voir, en me donnant de grandes espérances de fortune ; mais autant j'accueille le rare bonheur d'être aimé et celui de pouvoir être utile , autant je fuis , quand je le peux , le malheur si commun et si triste d'être protégé. Je ne dis point tout ceci par vanité , mais pour reconnaître de mon mieux, suivant ma coutume, jusqu'aux plus légères marques de bienveillance qu'on me donne, quand je les crois sincères.

! J'ai donc lieu de penser, par ces suffrages des gens de

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bien , que Dieu a béni mon travail , quoique rempli d'imperfections. Il est de mon devoir de le rendre le plus digne que je pourrai de l'estime publique : ainsi j'ai corrigé les fautes de style , de goût et de bon sens que j'ai remarquées dans les précédentes éditions , ou par moi-même , ou avec le secours de quelques personnes instruites , sans rien retrancher cependant du fond des choses , comme elles le desiraient. Je me suis permis seulement, pour les éclaircir, quelques transpositions de notes. J'y en ai ajouté quelques unes , dans la même intention ; entre autres , dans l'explication des figures , une figure de géométrie , pour rendre sensible aux yeux l'erreur de nos astronomes sur l'aplatissement de la terre ; et de nouvelles preuves du cours alternatif et semi-annuel de l'océan Atlantique , parla fonte des glaces polaires.

J'aurais bien souhaité de m'éclairer encore , sur cet ouvrage , du jugement des papiers publics. Leurs auteurs ont eu , à cet égard , une entière liberté de suffrages , car je n'en ai sollicité ni fait solliciter aucun ; mais ils ne se sont arrêtés qu'à des observations peu essentielles. Celui de tous qui embrasse le plus d'objets, et qui, parles grands talents de ses rédacteurs, paraissait le plus propre à me donner des lumières , m'a repris d'avoir dit que les animaux n'étaient pas exposés, par la nature, à périr par la famine comme l'homme ; et il m'a objecté les perdrix et les lièvres des environs de Paris , qui meurent quelquefois de faim pendant l'hiver. Mais puisque , d'une part , on multiplie ces animaux à l'infini aux environs de Paris , et que de l'autre on y fauche jusqu'à la plus petite herbe des champs, il faut bien que quelquefois ils y meureut de faim , surtout dans les hivers un peu longs. La famine donc qu'ils éprouvent dans nos campagnes vient de l'inconséquence de l'homme, et non pas de l'imprévoyance de la nature. Les perdrix et 1rs lièvres ne meurent point de faim dans les forêts du nord , pendant des hivers de six mois ; ils savent bien trouver sous la neige les herbes elles pommes de sapin de l'année précédente, que la nature y a cachées pour les leur conserver.

Les autres objections que les journalistes m'ont faites ne sont ni plus importantes, ni guère mieux fondées. La plupart d'entre eux ont traité de paradoxe la cause des courants et du flux et reflux de la mer, que j'attribue à la fonte alternative des glaces des pôles , qui ont , dans l'hiver de chaque hémisphère , cinq à six mille lieues de tour, et qui, dans leur été, n'en ont que deux ou trois mille. Mais comme aucun d'eux n'a rapporté un seul argument , ni contre les principes de ma théorie , ni contre les fails dont je l'ai appuyée , ni contre les conséquences que j'en ai tirées, je n'ai rien à leur répondre , sinon qu'ils m'ont, sur ce point, jugé sans examen ; ce qui est expéditif, mais injuste. Celui de tous qui a le plus de souscripteurs, et qui mérite sans doute de les avoir, par le goût avec lequel il rend compte chaque jour des ouvrages littéraires, m'a objecté, eu passant, que je détruisais l'action de la lune, si bien d'accord avec les marées. Il est aisé de voir qu'il n'est instruit ni de ma nouvelle théorie , ni de l'ancienne. Je ne détruis en rien l'action de la lune sur les mers ; mais, au lieu de la faire agir sur les mers froides de 1 equateur, par une attraction astronomique qui ne produit pas le moindre effet sur les méditerranées et les lacs de la zone torride même, je la fais agir sur les mers gelées des pôles, par la chaleur réfléchie du soleil , reconnue des anciens démontrée aujourd'hui par les modernes , et dont l'expé-

» Voyez les noies à la fin des Éludes pour tous les renvois indiqués par les chiffres.

rience peut se faire avec un verre d'eau. D'ailleurs , il s'en faut bien que les phases de la lune soient, par toute la I terre , d'accord avec les mouvements des mers. Le flux et s reflux de la mer suit , sur nos côtes , plutôt le moyen que | le vrai mouvement de la lune ; ailleurs , il obéit à d'autres lois: ce qui a fait dire à Newton lui-même « qu'il fallait » qu'il y eût dans le retour périodique des marées quelque » autre cause mixte , qui a été inconnue jusqu'ici \ » L'explication de ces phénomènes , qui se refuse au système astronomique , s'accorde parfaitement avec ma théorie naturelle , qui attribue à la chaleur alternative du soleil , tant il directe que réfléchie par la lune sur les glaces des deux;) pôles , la cause , la variété et le retour constant des marées, i ' et surtout des courants généraux et alternatifs de l'Océan, | qui sont les premiers mobiles de celles-ci. Cependant nos astronomes n'ont jamais essayé de rendre raison de la cause de la versai ité semi-annuelle de ces courants généraux sij connus dans l'océan Indien , et ils paraissaient même avoir ignoré jusqu'à présent qu'il en existât de semblables dans l'océan Atlantique. C'est de quoi on ne peut douter maintenant, d'après les nouvelles preuves que j'en apporte dans l'Étude IV.

Je n'ai donc point avancé de paradoxe sur des causes si évidentes; mais j'ai oppose, à un système astronomique dénué de preuves physiques , des faits avérés , tirés de tous les règnes de la nature: faits qui ont une multitude de! consonnances dans les flux et reflux de toutes les rivières et de tous les lacs qui s'écoulent des montagnes à glace, et que je pourrais multiplier et présenter sous de nouveaux jours par rapport à l'Océan même , si le lieu et ma santé me le permettaient.

Un journal qui , par son titre , parait destiné à l'Europe entière , ainsi que celui qui , par le sien , semble réservé aux seuls savants , ont jugé à propos de garder un profond silence, non-seulement sur des vérités naturelles si neuves I et si importantes, mais même sur tout mon ouvrage. | D'autres m'ont opposé, pour toute réponse, l'autorité de! Newton, qui n'est pas de mon avis. Je respecte Newton pour son génie et pour ses vertus ; mais je respecte beaucoup plus la vérité. L'autorité des grands noms ne scrl que trop souvent de rempart à l'erreur: c'est ainsi que, sur la foi des Maupertuis et des La Condamine , l'Europe a cru , jusqu'à présent , que la terre était aplatie aux pôles. Je démontre , d'après leurs propres opérations , dans l'explication des figures , qu'elle y est allongée. Que peut-or répondre à la démonstration géométrique que j'en donne* Pour moi , je suis bien sûr que New ton lui-même, aujour j d'hui , abjurerait cette erreur, quoiqu'il l'ait le premieij mise en avant, puisqu'il faut le dire.

Le lecteur sera sans doute bien surpris de voir des hom- : mes aussi fameux tomber dans une contradiction auss | étrange , adoptée ensuite et enseignée dans toutes les aca- j démies de l'Europe , sans que personne s'en soit aperçu , ou ait osé réclamer en faveur de la vérité. J'en ai été m étonné moi même, que j'ai cru long-temps que c'était moi. et non pas eux , qui avais perdu sur ce point le sentimen ; de l'évidence. Je n'osais même m'ouvrir à personne sur cc | article , non plus que sur les autres objets de ces Éludes : car je n'ai presque rencontré dans le monde que des hommes vendus aux systèmes qui ont fait fortune , ou à ceu? qui la font faire. Ainsi , plus j'avais raison , seul et sans prô neurs , et plus j'aurais eu tort avec eux : d'ailleurs , com | ment raisonner avec des gens qui s'enveloppent dans dei nuages d'équations ou de distinctions métaphysiques? Poui !

* Philosophie de JSewton , chap. xxv.

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>fii que vous les pressiez par le sentiment de la vérité , si es refuges leur manquent , ils vous accablent par les autorités innombrables qui les ont subjugués eux-mêmes, sans •aisonner, et dont ils comptent bien subjuguer, à leur our , un homme surtout qui ne tient à aucun parti. Qu'au- •ais-je donc fait dans cette foule d'hommes vains et intoérants, à chacun desquels l'é lucation européenne a dit dès 'enfance , Sois le premier; et parmi tant de docteurs titrés 3t non titrés, qui se sont approprié le droit de franc-parler, ii ce n'est de m'y renfermer , comme je fais souvent, dans non franc-taire 2 ? Si j'y parle , c'est de peu de choses, ou choses de peu.

Cependant , dans les routes solitaires et libres où je ïherchais la vérité, je me rassurais avec les nouveaux :*ayons de sa lumière , en me rappelant que les savants les plus célèbres avaient été , dans tous les siècles , aussi bien weuglés par leurs propres erreurs , que le peuple par belles d'autrui. D'ailleurs, pour démontrer l'inconséquence je nos astronomes modernes, il ne s'agissait que d'employer buelques éléments de géométrie, qui sont à ma portée et à pelle de tout le monde. Aussi , bien assuré , par une multitude d'observations météorologiques , nautiques , végétales et animales , que les eaux des glaces polaires avaient tope, pente naturelle jusqu'à l'équateur , et fâché d'être contredit par les opérations trop fameuses de nos géomètres , [j'ai osé en examiner les résultats , et je me suis convaincu qu'ils devaient être les mêmes que les miens. J'ai présenté, dans ma première édition , les uns et les autres au public; les leurs sont restés sans défense , et les miens sans objec-

™ jtion , mais sans partisans déclarés. Dans cette nouvelle édition , j'ai démontré leur erreur jusqu'à l'évidence géométrique ; maintenant , j'attends mon jugement de tout lec-

ff jteur à qui il reste une couscience 3.

" Ce sont les préjugés de notre éducation qui ont égaré

11 ainsi nos astronomes ; ces préjugés qui, dès l'enfance, nous

jl attachent, sans réfléchir , aux erreurs accréditées qui mènent à la fortune , et nous font repousser les vérités soli-

1 taires qui nous en éloignent. Ils ont été séduits par la ré-

* patation de Newton , qu'on m'objecte à moi-même ; et Newton l'avait été , comme il arrive d'ordinaire , par son

» propre système. Ce sublime géomètre supposait que la force centrifuge., qu'il appliquait au mouvement des astres, avait aplati les pôles de la terre , en agissant sur son équateur.

' ; Nordwood , mathématicien anglais, ayant trouvé, eu mesurant le méridien de Londres à York , le degré terrestre plus grand de huit toises que celui que Cassini avait mesuré en France , « Newton , dit Voltaire , attribua ce » petit excédant de huit toises par degré à la figure de la » terre, qu'il croyait être celle d'un sphéroïde aplati vers y> les pôles; et il jugeait que Nordwood, en tirant sa méri- » dieune dans des régions plus septentrionales que la nôtre, » avait dû trouver ses degrés plus grands que ceux de

i » Cassini , puisqu'il supposait la courbe du terrain mesuré » par Nordwood plus longue \ » Il est clair que ces degrés étant plus grands, et cette courbe étant plus longue vers le nord , Newton devait en conclure que la terre était allongée aux pôles ; et s'il en inféra , au contraire , qu'elle y était aplatie , c'est que son système céleste , occupant toutes les facultés de son vaste génie, ne lui permit pas de saisir sur la terre une inconséquence géométrique. Il adopta donc, sans examen, une expérience qu'il crut lui être favorable , et il ne s'aperçut pas qu'elle lui était dia- . métralement opposée. Nos astronomes se sont laissé séduire

" Philosophie de Newton , chap. xvin.

à leur tour par la réputation de Newton, et par la faiblesse, si ordinaire à l'esprit humain, de chercher à expliquer toutes les opérations de la nature avec une seule loi. Bouguer, un de leurs coopérateurs , dit positivement que« de » cette découverte de l'aplatissement des pôles dépend » presque toute la physique \ »

Nos astronomes sont donc partis pour aller jusqu'aux extrémités de la terre chercher des preuves physiques à un système céleste heureux et brillant ; et ils en étaient d'avance si éblouis , qu'ils ont méconnu , à leur tour, la vérité même, qui, loin des préjugés de l'Europe, venait dans des déserts se réfugier entre leurs mains. Si le plus fameux des géomètres modernes a pu tomber dans une aussi grande erreur en géométrie , et si des astronomes, remplis d'ailleurs de sagacité, ont, par la seule influence de son nom, tiré de leurs propres opérations une fausse conséquence pour appuyer cette erreur, rejeté les expériences précédentes de leur académie sur l'abaissement du baromètre au nord , avec les autres observations géographiques qui la contredisaient, établi sur elle la base de toutes les connaissances physiques à venir , et lui ont donné ensuite , parleur propre réputation , une autorité qui n'a pas même laissé au reste des savants la liberté de douter, nous devons bien prendre garde à nous autres hommes obscurs et ignorants, qui cherchons la vérité pour le seul bonheur de la connaître. Méfions-nous donc , dans sa recherche , de toute autorité humaine. Descaries , par le seul doute , dissipa la philosophie d'Aristote , consacrée jusqu'alors dans toutes les universités : prenons pour maxime cette philosophie qui a fait faire tant de véritables découvertes à Newton luimème , et à la Société royale de Londres , dont elle est la devise : Nlllius in vi rb v.

Pour revenir aux journaux , s'ils ont , comme de concert, refusé leur approbation aux objets naturels de ces Études , un d'entre eux a avancé , dit-on , que j'avais pris ma théorie des marées par les glaces polaires dans des auteurs latins. Enfin , celte théorie se fait des partisans , puisqu'elle éveille l'envie.

Voici ce que j'ai à répondre à cette imputation. Si j'avais connu quelque auteur latin qui eût attribué les marées à la fonte des glaces polaires , je l'aurais nommé , pareeque cette justice est dans l'ordre de mon ouvrage et de ma conscience. Je n'ai point eu, comme tant de philosophes, la vanité de créer à mon aise un monde de ma façon ; mais j'ai cherché , avec beaucoup de travail , à rassembler les pièces du plan de celui que nous habitons , dispersées chez les hommes de tous les siècles et de toutes les nations qui l'ont le mieux observé. Ainsi, j'ai pris mes idées et mes preuves de l'allongement de la terre aux pôles , dans Childrey , Képler , Tycho-Brahé , Cassini..., et surtout dans les opérations de nos astronomes modernes; de l'étendue des océans glacés qui couvrent les pôles , dans Denis , Barents, Cook , et tous les voyageurs des mers australes et boréales; de l'ancienne déviation du soleil hors del'écliptique, dans les traditions égyptiennes , les annales chinoises, et même dans la mythologie des Grecs ; de la fonte totale des glaces polaires , et du déluge universel qui s'en est ensuivi , dans Moïse et Job ; de la chaleur de la lune et de ses effets sur les glaces et les eaux , dans Pline , et dans les expériences modernes faites à Rome et à Paris; des courants et des marées qui s'écoulent alternativement des pôles vers l'équateur, dans Christophe Colomb, Barents, Martens, Ellis, Linschoten, Abel Tasman, Dampier , Penuant,

2 Traite' de la Navigation , liv. V , chap. V, § H , page 438,

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