APPLICATION DE QUELQUES LOIS GENERALES DE LA NATURE AUX PLANTES
Avant de parler des plantes, nous nous permetons quelques réflexions sur le langage de la bonique.
Nous sommes encore si nouveaux dans l'étude 3 la nature, que nos langues manquent de termes our en exprimer les harmonies les plus commuas : cela est si vrai , que quelque exactes que tient les descriptions des plantes , faites par les us habiles botanistes, il est impossible de les connaître dans les campagnes , si on ne les a déjà les en nature , ou au moins dans un herbier. îux qui se croient les plus habiles en botanique ont qu'à essayer de peindre sur le papier une ante qu'ils n'auront jamais vue, d'après une desiption exacte des plus grands maîtres ; ils verdit combien leur copie s'écartera de l'original, ^pendant , des hommes de génie se sont épuisés donner aux parties des plantes des noms caracristiques ; ils ont même choisi la plupart de ces )ms dans la langue grecque , qui a beaucoup énergie. 11 en est résulté un autre inconvénient; est que ces noms, qui sont la plupart composés, 3 peuvent se rendre en français : et c'est une des lisons pour lesquelles une grande partie desou- 'ages de Linnée est intraduisible. A la vérité, !S expressions savantes et mystérieuses répandent
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un air vénérable sur l'étude delà botanique ; mais la nature n'a pas besoin de ces ressources de l'art des hommes pour sJattirer nos respects. La sublimité de ses lois peut se passer de l'emphase et de l'obscurité de nos expressions. Plus on porte la lumière dans son sein , plus on la trouve admirable.
Après tout , la plupart de ces noms étrangers , employés surtout par le vulgaire des botanistes , n'expriment pas même les caractères les plus communs des végétaux, lis emploient, par exemple, fréquemment ces expressions vagues, suave rubente, suave olenle, « d'un rouge agréable, d'une odeur suave, » pour caractériser des fleurs , sans exprimer la nuance de leur rouge, ni l'espèce de leur parfum. Ils sont encore plus embarrassés quand ils veulent rendre les couleurs rembrunies des tiges, des racines ou des fruits : atro-rubente, disent-ils, fusco-nigrescente , « d'un rouge obscur, d'un roux noircissant. » Quant aux formes des végétaux , c'est encore pis , quoiqu'ils aient fabriqué des mots composés de quatre ou cinq mots grecs pour les décrire.
J.-J. Rousseau me communiqua un jour des espèces de caractères algébriques qu'il avaitimaginés pour exprimer très brièvement les couleurs et les formes des végétaux. Les uns représentaient les formes des fleurs ; d'autres , celles des feuilles ; d'autres , celles des fruits. Il y en avait en cœur , en triangle, en losange, etc. Il n'employait que neuf ou dix de ces signes pour former l'expression d'une plante. Il y en avait de placés les uns audessus des autres, avec des chiffres qui exprimaient les genres et les espèces de plantes , en sorte que vous les eussiez pris pour les termes d'une formule algébrique. Quelque ingénieuse et expéditive que fût celte méthode , il me dit qu'il y avait renoncé, parcequ'elle ne lui présentait que des squelettes. Ce sentiment convenait à un homme dont le goût était égal au génie , et peut faire réfléchir ceux qui veulent donner des abrégés de toutes choses , surtout des ouvrages de la nature. Cependant, l'idée de Jean-Jacques mérite d'être perfectionnée , quand elle ne servirait qu'à faire naître un jour un alphabet propre à exprimer la langue de la nature. Il ne s'agirait que d'y introduire des accents, pour rendre les nuances des couleurs, et toutes les modifications des saveurs, des parfums et des formes. Après tout , ces caractères ne pourraient être rendus avec précision , si les qualités de chaque végétal ne sont d'abord déterminées exactement par des paroles : autrement, la langue des botanistes, à laquelle on reproche
ETUDE ONZIEME
aujourd'hui de ne parler qu'a l'oreille, ne se ferait plus entendre qu'aux yeux.
Voici ce que j'ai a proposer sur un objet aussi intéressant , et qui se conciliera avec les principes généraux que nous poserons ensuite. Le peu que j'en dirai pourra servir à s'exprimer, non-seulement dans la botanique et dans l'étude des autres sciences naturelles , mais dans tous les arts , où nous manquons a chaque instant de termes pour rendre les nuances et les formes des objets.
Quoique nous n'ayons que le seul terme de blanc pour exprimer la couleur blanche, la nature nous en présente de bien des sortes. La peinture sur ce point est aussi aride que la langue.
J'ai ouï raconter qu'un fameux peintre d'Italie se trouva un jour fort embarrassé pour peindre dans un tableau trois figures habillées de blanc; il s'agissait de donner de l'effet a ces figures vêtues uniformément, et de tirer des nuances de la couleur la plus simple et la moins composée de toutes. Il jugeait la chose impossible , lorsqu'en passant dans un marché au blé , il aperçut l'effet qu'il cherchait. C'était un groupe formé par trois meuniers, dont l'un était sous un arbre, le second dans la demi-teinte de l'ombre de cet arbre, et le troisième aux rayons du soleil; en sorte que, quoiqu'ils fussent tous trois habillés de blanc, ils se détachaient fort bien les uns des autres. Il peignit donc un arbre au milieu des trois personnages de son tableau ; et en éclairant l'un d'eux des rayons du soleil , et couvrant les deux autres des différentes teintes de l'ombre, il trouva le moyen de donner différentes nuances a la blancheur de leurs vêtements. Au fond, c'était éluder la difficulté plutôt que la résoudre. C'est, en effet, ce que font les peintres en pareil cas. Ils diversifient leurs blancs par des ombres, des demi-teintes et des reflets ; mais ces blancs ne sont pas purs , et sont toujours altérés de jaune , de bleu , de vert , ou de gris. La nature en emploie de plusieurs espèces, sans en corrompre la pureté, en les poinlillant, les chagrinant , les rayant ou les vernissant , etc.. Ainsi , les blancs du lis , de la marguerite , du muguet, du narcisse, de l'anemona nemorosa, de l'hyacinthe, sont différents les uns des autres. Le blanc de la marguerite a quelque chose de celui de la cornette d'une bergère; celui de l'hyacinthe tient de l'ivoire; et celui du lis , demi transparent et cristallin , ressemble a de la pâte de porcelaine. Je crois donc qu'on peut rapporter tous les blancs produits par la nature ou par les arts à ceux des pétales de nos fleurs. On aurait ainsi dans les végétaux une échelle des nuances du blanc le plus pur.
On peut se procurer de même toutes les nuances pures et imaginables du jaune , du rouge et du bleu, d'après les fleurs des jonquilles, des safrans, des bassinets des prés, des roses , des coquelicots,! des bluets des blés, des pieds d'alouette, etc. On! peut trouver également parmi nos fleurs toutes les' nuances composées, telles que celles des violettes, et des digitales pourprées , qui sont formées des; différentes harmonies du rouge et du bleu. Lai seule couleur composée du bleu et du jaune , qui forme le vert des herbes , est si variée dans noi campagnes, que chaque plante en a, pour ainsi dire, sa nuance particulière. Je ne doute pas que la nature n'ait étalé avec autant de diversité les autre! couleurs de sa palette dans le sein des fleurs 01 sur la peau des fruits. Elle y emploie quelquefoi| des teintes fort différentes sans les confondre; maij elle les pose les unes sur les autres , en sorte qu'elleij font la gorge de pigeon ; tels sont les beaux pluché qui garnissent la corolle de l'anémone : ailleur elle en glace la superficie, comme certaines mous ses a fond vert qui sont glacées de pourpre; ellij en velouté d'autres , comme les pensées ; elle sau poudre des fruits de fleur de farine, comme 1 prune pourprée de monsieur ; ou elle les rêvet d'u duvet léger pour adoucir leur vermillon , comm la pêche ; ou elle lisse leur peau, et donne a leur couleurs l'éclat le plus vif, comme au rouge de 1 pomme de calville.
Ce qui embarrasse le plus les naturalistes dar la dénomination des couleurs, ce sont celles qi sont rembrunies ; ou plutôt c'est ce qui ne les em barrasse guère , car ils se tirent d'affaire avec 1<) expressions vagues et indécises de noirâtre, cl gris , de couleur de cendre, de brun , qu'ils expr ment à la vérité en mots grecs ou latins. Mais cj mots ne servent souvent qu'à altérerleurs image en ne représentant rien du tout ; car que veiilei dire, de bonne foi, ces mots alro-pnrpurentï fusco-nigrescente, etc., qu'ils emploient si souven
On peut faire des milliers de teintes très difl rentes , auxquelles ces expressions générales pou ront convenir. Comme ces nuances peu éclatant} sont en effet très composées, il est fort difficile les caractériser avec les expressions de notre menclature ordinaire. Mais on peut en venir ai ment à bout en les rapportant aux diverses co j leurs de nos végétaux domestiques. J'ai reman dans les écorces de nos arbres et de nos arbi seaux, dans les capsules et les coques de leujj fruits, ainsi que dans les feuilles mortes , une v1 riété incroyable de ces nuances ternes et sombr* depuis le jaune jusqu'au noir , avec tous les m
DES PLANTÉS
ges et accidents des autres couleurs. Ainsi, au j de dire en latin un jaune noircissant , ou une ileur cendrée, pour déterminer quelque nuance rticulière de couleur dans les arts ou dans la ture, on dirait un jaune de couleur de noix ;he 3 ou un gris d'écorce de hêtre. Ces expresns seraient d'autant plus exactes, que la nature iploie invariablement ces sortes de teintes dans végétaux , comme des caractères déterminants des signes de maturité, de vigueur ou dedépésemenfc, et que nos paysans reconnaissent les rerses espèces de bois de nos forets à la simple spection de leurs écorces. Ainsi , non-seulement botanique, mais tous les arts, pourraient trour dans les végétaux un dictionnaire inépuisable couleurs constantes , qui ne serait point embarssé de mots composés , barbares et techniques , m qui présenterait sans cesse de nouvelles imas. 11 en résulterait beaucoup d'agrément pour >s livres de sciences , qui s'embelliraient de comraisons et d'expressions tirées du règne le plus tnable de la nature. C'est a quoi n'ont pas manié les grands poëtes de l'antiquité, qui y ont rap- >rté la plupart des événements de la vie humaine, est ainsi qu'Homère compare les générations pides des faibles mortels aux feuilles qui tommtdans une foret à la fin de l'automne; la fraîîeur de la beauté , a celle de la rose , et la pâleur mt se couvre le visage d'un jeune homme blessé mort dans les combats, ainsi que l'attitude de sa île penchée, à la couleur et a la flétrissure d'un s dont la racine a été coupée par la charrue. Mais ou s ne savons que répéter les expressions des ommes de génie , sans oser suivre leurs pas. 11 a plus , c'est que la plupart des naturalistes reardent les couleurs mômes des végétaux comme e simples accidents. Nous verrons bientôt comien leur erreur est grande, et combien ils se sont cartés des plans sublimes de la nature, en suivant îurs méthodes mécaniques.
On peut rapprocher de même les odeurs et les aveurs de toute espèce et de tout pays , de celles es plantes de nos jardins et de nos campagnes, la renoncule de nos prés a l'acrimonie du poivre je Java. La racine de la caryophyllala ou benoîte, t les fleurs de nos œillets , ont l'odeur du girofle 'Amboine. Pour les saveurs et odeurs composées, n peut les rapporter a des odeurs et saveurs sim- »les, dont la nature a mis les éléments dans tous es climats, et qu'elle a réunis dans la classe des égélaux. Je connais une espèce de morelle que nangent les Indiens, qui, étant cuite, a le goût le la viande de bœuf. Ils l'appellent bretle. Nous
avons parmi les becs-de-grue une espèce dont la feuille a l'odeur du gigot de mouton rôti. Le muscari, espèce de petite hyacinlhe qui croît dans nos buissons, au commencement du printemps, a une odeur très forte de prune. Ses petites fleurs monopétales d'un bleu tendre , sans lèvres ni découpures, ont aussi la forme de ce fruit *. C'est par des rapprochements de cette nature que l'Anglais Dampier etlepère Du Tertre nous ont donné, a mon gré, les notions les plus justes des fruits et des fleurs qui croissent entre les tropiques, en les rapportant à des fleurs et des fruits de nos climats. Dampier, par exemple, pour décrire la banane, la compare , dépouillée de sa peau épaisse et à cinq pans , à une grosse saucisse ; sa substance et sa couleur, à celle du beurre frais en hiver; son goût , à un mélange de pomme et de poire de bonchrétien , qui fond dans la bouche comme une marmelade. Quand ce voyageur vous parle de quelque bon fruit des Indes, il vous fait venir Peau à la bouche. Il a un jugement naturel supérieur à la fois aux méthodes des savants et aux préjugés du peuple. Par exemple, il soutient avec raison, contre l'opinion commune des marins, que le plantin ou banane est le roi des fruits, sans en excepter le coco. Il nous apprend que c'est aussi l'opinion des Espagnols , et qu'une multitude de familles vivent , entre les tropiques , de ce fruit agréable , sain et nourrissant , qui dure toute l'année , et qui ne demande aucun apprêt. Le père Du Tertre 41 n'est pas moins heureux et moins juste dans ses descriptions botaniques. Ces deux voyageurs vous donnent tout d'un coup , avec des similitudes triviales , une idée précise d'un végétal étranger , que vous ne trouverez point dans les noms grecs de nos plus habiles botanistes. Cetk manière de décrire la nature par des images et des sensations communes est méprisée de nos savants; mais je la regarde comme la seule qui puisse faire des tableaux ressemblants , et comme le vrai caractère du génie. Quand on l'a, on peut peindre tous les objets naturels, et se passer de méthodes; et
* La nature offre une multitude de consonnances semblables; mais leur but et leur utilité nous sont encore inconnus. J'ai trouvé aux environs de Paris un rosier églantier (rosa rubiginosa, Lin.) dont les feuilles, à sept folioles, ovales, couvertes de points résineux couleur de rouille , ont une odeur très forte de pomme de reinette. Par une espèce de compensation , la nature , en donnant un parfum aux feuilles , en a refusé un à la fleur. Je regrette de n avoir pu faire quelques expériences sur les propriétés des feuilles de cet arbuste singulier; mais je suis convaincu qu'elles doivent offrir une boisson aussi agréable que salutaire. Le rosier églautier odorant croît spontanément dans les terrains, incultes sur les bords de l'Oise. Je l'ai également
I retrouvé dans les montagnes de l'Auvergne et dans les Pyrénées. (A. -M.)
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quand on ne Va pas . on ne fait que des phrases.
Disons maintenant quelque chose de la forme des végétaux ; c'est ici que la langue de la botanique, et même celle des autres arts , sont fort stériles. La géométrie, qui s'en est particulièrement occupée, n'a guère calculé qu'une douzaine de courbes régulières, qui ne sont connues que d'un petit nombre de savants; et la nature en emploie dans les seules formes des fleurs une multitude infinie : nous en indiquerons bientôt quelques usages. Ce n'est pas que je veuille faire d'une étude pleine d'agrément une science transcendante, et digne seulement des Newtons. Gomme la nature a mis , je pense, ainsi que les couleurs , les saveurs et les parfums, tous les modèles de formes dans les feuilles, les fleurs et les fruits de tous les climats , soit dans les arbres, soit dans les herbes, ou les mousses, on pourrait rapporter les formes végétales des autres parties du monde à celles de notre pays qui nous sont le plus familières. Ces rapprochements seraient bien plus intelligibles que nos mots grecs composés , et manifesteraient de nouvelles relations dans les différentes classes du même règne Ils ne seraient pas moins nécessaires pour exprimer les agrégations des fleurs sur leurs tiges , des tiges autour de la racine , et lès groupes des jeunes plantes autour de la plante principale. Nous pouvons dire que les noms de la plupart de ces agrégations et dispositions végétales sont encore t rouver ; les plus grands maîtres n'ayant pas été heureux à les caractériser, ou, pour parler nettement , ne s'en étant pas occupés. Par exemple , lorsque Tournefort * parle . dans son Voyage du Levant, d'un héliotrope de l'île de Naxos, qu'il caractérise ainsi, heliotropum liumifusum, flore minimo , semine magno , « l'héliotrope couché , à fleur très petite et a grande semence, » il dit « qu'il a ses fleurs disposées en épi finissant en » queue de scorpion. » 11 y a deux fautes dans ces expressions , car les fleurs de cet héliotrope, sem niables par leur agrégation aux fleurs de l'hélio trope de nos climats et de celui du Pérou, ne sont point disposées en épi, puisqu'elles sont rangées sur une tige horizontale et d'un seul côté, et qu'elles se recourbent en dessous comme la queue d'un limaçon , et non en dessus comme la queue d'un scorpion. La même inexactitude d'image se retrouve dans la description qu'il nous donne de la stachis crelica lalifolia, « la stachis de Crète , a larges feuilles. » « Ses fleurs, dit-il, sont dis- » posées par anneaux. » On ne conçoit pas qu'il veuille faire entendre qu'elles sont disposées comme * Tournefort, Voyage au Levant, tome II.
les divisions d'un roi d'échecs. C'est cependant | sous cette forme que les représente le dessin d'Aubriet, son dessinateur. Je ne connais point en botanique d'expression qui rende ce caractère d'agrégations sphériques par étages séparés de pleins et de vides, et qui se terminent en pyramide. Barbeu du Bourg, qui a beaucoup d'imagination, mais peu d'exactitude , appelle cette forme « ver- » ticillée , » je ne sais pas pourquoi. Si c'est du mot latin vertex , tête ou sommet, pareeque ces fleurs , ainsi agrégées, forment plusieurs sommets, cette dénomination conviendrait mieux a plusieurs autres plantes, et n'exprime point d'ailleurs les vides , les pleins , et la diminution progressive des étages des fleurs de la stachis. Tournefort la fait venir du mot latin verlicillus. « C'est, dit-il, un » petit poids percé d'un trou où l'on engage le basj1 » d'un fuseau a filer, afin de le faire tourner avec)' » plus de facilité. » C'est aller chercher bien loin une similitude fort imparfaite avec un outil très} peu connu. Ceci soit dit toutefois sans manquer à l'estime que je porte à un homme comme Tournefort , qui nous a frayé les premiers chemins de la botanique, et qui avait de plus une profonde! érudition. Maison peut juger, par cette négligence! des grands maîtres, combien d'expressions vagues, inexactes et incohérentes remplissent la nomenclature de la botanique , et jettent de l'obscurité dans ses descriptions.
Après tout, medira-t-on, comment caractériser l'agrégation des fleurs des deux plantes don nous venons de parler? C'est en les rapportant \ des agrégations semblables a celles des plantes d< nos climats. Il n'y a en cela aucune difficulté ainsi, par exemple, on rapporterait l'assemblag< des fleurs de l'héliotrope grec a celui des fleurj de l'héliotrope français et péruvien ; et celui deij fleurs de la stachis de Crète , a celui des fleurs dij marrube ou du pouliot. On y ajouterait ensuite le différences en couleur, odeur, saveur, qui en di versifient les espèces. On n'a pas besoin de corapo ser des mots étrangers pour rendre des formes qu nous sont familières. Je défie même de rendr avec des paroles grecques ou latines , et avec le périphrases les plus savantes, la simple couleu d'une écorce d'arbre. Mais si vous me dites qu'ell i ressemble à celle d'un chêne, j'en ai tout d'ui coup la nuancé.
Ces rapprochements de plantes ont encore cec de très utile , qu'ils nous offrent un ensemble d l'objet inconnu, sans lequel nous ne pouvons nou en former d'idée déterminée. C'est un des défaut de la botanique, de ne nous présenter les carac
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res des végétaux que successivement; elle ne les semble pas, elle les décompose. Elle les rap- )rte bien à un ordre classique , mais point à un dre individuel. C'est cependant le seul que la iblesse de notre esprit nous permet de saisir, ous aimons l'ordre , parceque nous sommes faies, et que la moindre confusion nous trouble; or, n'y a point d'ordre plus facile à adopter que celui îi se rapproche d'un ordre qui nous est familier, que la nature nous présente partout. Essayez ; décrire un homme trait par trait , membre par embre ; quelque exact que vous soyez , vous ne 'en ferez jamais le portrait : mais si vous le rap- )rtez à quelque personnage connu, si vous me tes, par exemple, qu'il a la taille et l'encolure un don Quichotte, un nez de saint Charles Bor- >mée, etc. , vous me le peindrez en quatre mots, est à l'ensemble d'un objet que les ignorants , est-a-dire presque tous les hommes , s'attachent abord a le connaître.
Il serait donc essentiel d'avoir, en botanique, un iphabet de couleurs , de saveurs, d'odeurs, de rmes et d'agrégations, tiré de nos plantes les plus jmmunes. Ces caractères élémentaires nous serjlraient à nous exprimer exactement dans toutes p parties de l'histoire naturelle, et a nous présen- [r des rapports curieux et nouveaux.
"En attendant que des hommes plus savants que m veuillent s'en occuper, nous allons entrer en atière , malgré l'embarras du langage, i Lorsqu'on voit végéter une multitude de plantes S formes différentes sur le même sol, on est tenté | croire que celles du même climat naissent inifféremment partout. Mais il n'y a que celles qui 'pnnent dans les lieux qui leur ont été particulièi[ment assignés par la nature, qui y acquièrent late la perfection dont elles sont susceptibles. Il I est de même des animaux : on élève des chères dans des pays de marais, et des canards dans «is montagnes; mais la chèvre ne parviendra ja- J;iis, en Hollande, à la beauté de celle que la nature <uvre de soie dans les rochers d'Angora; ni le «nard d'Angora n'aura jamais la taille et les coulirs de celui qui vitdans les canaux de laHollande. Si nous jetons un simple coup d'œil sur les plan- |, nous verrons qu'elles ont des relations avec I éléments qui les font croître; qu'elles en ont (tre elles, lorsqu'elles se groupent les unes avec 1 autres ; qu'elles en ont avec les animaux qui SB nourrissent, et enfin avec l'homme, qui est le titre de tous les ouvrages de la création. J'apjille ces relations harmonies, et je les distingue ' élémentaires, en végétales, en animales, et en