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eplus de poudre d'or, comme le Sénégal, descenlent des montagnes de la Lune.
On pourra m'objecter qu'on a trouvé autrefois teaucoup d'or en Europe, dans des lieux où il n'y vait point de montagnes à glace ; qu'on en reueille à la surface même de la terre , comme au irésil; et, il n'y a que quelques années qu'on en rouva une pépite ou morceau de plusieurs livres ur le bord d'une rivière de la contrée de Cina- )a, dans le Nouveau-Mexique. Mais , si j'ose haarder mes conjectures sur l'origine de cet or épars la surface de la terre , dans l'ancien continent e l'Europe , et surtout dans celui du Nouveaulonde, je crois qu'il provient des effusions toiles des glaces des montagnes, qui arrivèrent au împs du déluge ; et que comme les dépouilles de Océan couvrirent les parties occidentales de l'Euope; que celles des terres végétales se répandirent ar la partie orientale de l'Asie . celles des minéîux des montagnes furent entraînées sur d'autres entrées, où l'on trouvait, dans les premiers temps, iurs débris par grains et pépites tout entiers. Ce u'il y a de certain, c'est que quand Christophe Co- >mb découvrit les îles Lucayes et les Antilles , il •ouvabien chez leurs insulaires de l'or de mauais aloi , qui provenait du commerce qu'ils avaient rec les habitants de la terre ferme ; mais il n'y a avait point de mines dans leur territoire, malré le préjugé où l'on était, et où bien des gens )nt encore , que le soleil formait ce précieux méil dans les terres de la zone torride. Pour moi , ! trouve, comme je viens de l'observer, For bien lus commun dans le voisinage des montagnes a lace, quelle que soit leur latitude; et je souponne, par analogie, qu'il doit y en avoir des îines fort riches dans le nord. Il est probable que îs eaux du déluge en entraînèrent des portions msidérables dans les contrées septentrionales, n lit, je crois , dans le livre de l'Arabe Job , ces (pressions remarquables : « L'or vient de l'aquilon. » Il est certain que le premier comlerce des Indes avec l'Europe s'est fait par le brd, comme l'a fort bien prouvé le baron de Stra- Inberg, Suédois, exilé, après la bataille de Pul- ;va, dans la Sibérie, dont il nous a donné une jivante description. Il dit qu'on y peut suivre en- )reà la trace la route des anciens Indiens qui reontaient le fleuve Petzora, qui va se décharger ans la mer Blanche. On trouve, le long de ses )rds, plusieurs de leurs tombeaux, qui renferient quelquefois des manuscrits écrits sur des offes de soie, en langue du ïhibet; et l'on aperjût sur les rochers de ses rivages des caractères
qu'ils y ont tracés en rouge ineffaçable. De ce fleuve ils gagnaient, avec des barques de cuir , par les lacs, la mer Baltique, ou côtoyaient les côtes septentrionales et occidentales de l'Europe. Cette route était connue aux Indiens du temps même des Romains, puisque Cornélius Nepos rapporte qu'un roi des Suèves fît présent à Metellus Celer de deux Indiens que la tempête avait jetés, avec leur canot de cuir, sur les côtes voisines de l'embouchure de l'Elbe. On ne peut pas se figurer ce que les Indiens, habitants d'un pays chaud, allaient chercher si loin au nord. Qu'auraient-ils fait, dans l'Inde, des fourrures de la Sibérie? Il paraît qu'ils allaient y chercher de l'or, qui pouvait alors y être commun à la surface de la terre.
Quoi qu'il en soit, on peut présumer, de ce que les mines d'or sont placées dans les lieux les plus élevés du continent , que leurs matrices recueillent dans l'atmosphère les parties volatilisées de l'or , qui s'y élèvent avec les émanations fossiles et aquatiques que les vents y apportent de toutes parts. Mais elles exercent sur les hommes des attractions encore bien plus fortes.
II semble que la nature , en ensevelissant les foyers de ce riche métal sous des neiges , ait voulu lui donner des remparts encore plus inaccessibles que le sein des rochers, de peur que la cupidité des hommes ne vînt enfin à bout de les détruire entièrement. Il est devenu le plus fort lien de nos sociétés, et l'objet perpétuel des travaux de notre vie si rapide. Hélas ! si la nature voulait punir aujourd'hui cette soif insatiable des nations de l'Europe pour un métal aussi inutile aux véritables besoins de l'homme, ce serait de changer le territoire de quelqu'une d'entre elles en or. Tous les autres peuples y accourraient bientôt, et ne tarderaient pas a en exterminer les habitants. Les Péruviens et les Mexicains en ont fait une cruelle expérience.
Il y a des métaux moins estimés , mais bien plus utiles , dont les attractions élémentaires pourraient peut-être nous procurer de grandes commodités.
Les pitons des montagnes et leurs longues crêtes sont remplis , ainsi que nous l'avons vu , de fer ou de cuivre mélangé d'un corps vitreux, de granit ou de quartz , qui attire les pluies et les orages comme de véritables aiguilles électriques. Il n'y a point de marin qui n'ait vu mille fois ces pitons et ces crêtes couverts d'un chapeau de nuages qui se fixe tout autour, et les fait souvent disparaître à la vue, sans en soupçonner la cause. D'un autre côté, nos savants ont pris sur les cartes ces escarpements
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pour les débris d'une terre primitive ; sans se douter de leurs effets. Ils auraient dû observer que ces pyramides et ces crêtes métalliques, ainsi que la plupart des mines de fer et de cuivre, se rencontrent toujours aux lieux élevés, et à la source de tous les fleuves , dont elles sont les causes premières par leurs attractions. L'inattention générale à ce sujet vient de ce que les marins observent et ne raisonnent point, et que les savants raisonnent et n'observent point. Certainement si l'expérience des uns avait été jointe a la sagacité des autres, il en serait né des prodiges. Je suis persuadé qu'à l'imitation de la nature , on pourrait venir a bout de former, avec des pierres électriques, des fontaines artificielles qui attireraient les nuages pluvieux dans des lieux secs et arides , comme les chaînes et les barres de fer attirent les orages. A la vérité , il faudrait que des princes fissent les frais de ces grandes et utiles expériences ; mais elles conserveraient leur mémoire à jamais. Les Pharaons, qui on t bâti les pyramides de l'Egypte, ne se seraient pas attiré les malédictions de leurs peuples, comme le dit Pline, pour des travaux énormes et inutiles , s'ils avaient élevé, dans les sables de la haute Egypte , quelque pyramide électrique qui y eut formé une fontaine artificielle. L'Arabe qui viendrait y boire aujourd'hui bénirait encore leurs noms, qui étaient déjà oubliés et inconnus du temps des Romains, suivant le témoignage de Pline. Pour moi, je pense que plusieurs métaux seraient propres à produire de pareils effets. Un officier supérieur au service du roi de Prusse m'a raconté qu'ayant remarqué que le plomb attirait les vapeurs, il se servit de son attraction pour assécher l'atmosphère d'un magasin a poudre. Ce magasin avait été construit sous terre , dans la gorge d'un bastion, et on n'en pouvait faire usage a cause de son humidité. Il fit doubler d'une voûte de plomb le dessus de la charpente, où étaient posés les barils de poudre : les vapeurs du souterrain s'y rassemblèrent par goutles, se répandirent en rigoles sur les côtés, et laissèrent les barils à sec.
11 est à présumer que chaque métal et chaque fossile a sa répulsion comme son attraction ; car ces deux lois se rencontrent toujours ensemble. Les contraires se cherchent.
Il y a encore une multitude d'autres lois harmoniques inconnues : telles sont les proportions des grandeurs et des durées de l'existence dans les êtres végétatifs et sensibles, qui sont très différentes, quoique leurs nourritures et leurs climats soient les mêmes. L'homme, d^ns sa jeunesse, Yoit
mourir de vieillesse le chien son contemporain, et la brebis qu'il a nourrie étant agneau. Quoique le premier ait vécu à sa table, et l'autre des herbes de son pré , ni la fidélité de l'un ni la sobriété de l'autre n'ont pu prolonger leurs jours, tandis que des animaux qui ne vivent que de charognes et de rapines vivent des siècles , comme le corbeau. On ne peut se guider dans ces recherches qu'en suivant l'esprit de convenance qui est la base de notre propre raison , comme il l'est de la raison de la nature. C'est en le consultant que nous verrons que si tel animal carnassier vit long-temps, comme le corbeau, c'est que ses services et son expérience sont long-temps nécessaires pour nettoyer la terre dans des lieux dont le9 immondices se renouvellent sans cesse, et qui sont souvent à de grandes distances. Si au contraire un animal innocent vit peu , c'est que sa chair et sa peau sont nécessaires a l'homme. Si le chien de la maison met souvent au désespoir, par sa mort, nos enfants, dont il a été le commensal et le contemporain , sans doute la nature a voulu leur donner , par la perte d'un animal si digne des affections du cœur humain , les premières expériences des privations dont la vie humaine est exercée.
Quelquefois la durée de la vie d'un animal est proportionnée a la durée du végétal qui le nourrit. Une multitude de chenilles naissent et meurent avec les feuilles qu'elles pâturent. 11 y a des insectes qui n'existent que cinq heures : tel est l'éphémère, i Cette espèce de mouche , grande comme la moitié du petit doigt, naît d'un ver fluviatile qu'on, trouve particulièrement aux embouchures des | fleuves , sur les bords de l'eau , dans la vase , où il creuse des tuyaux pour y chercher sa subsistance. Ce ver vit trois ans , et au bout de ce terme , vers la Saint-Jean, il se change presque subitement en mouche, qui paraît au monde sur les six heures du soir , et meurt a onze heures de nuit. 11 n'availj besoin que de ce temps pour s'accoupler et déposer ) ses œufs sur les vases découvertes. Il est très remar- i quable qu'il s'accouple et fait sa ponte précisémenlj dans le temps des plus basses marées de l'année, | lorsque les fleuves découvrent a leurs embouchures \ la plus grande partie de leur lit. Il reçoit alors dÉ ailes pour aller déposer ses œufs aux lieux que M eaux abandonnent , et pour étendre, comme mou j che, le domaine de sa postérité dans le lemps où j comme ver, il aie moins de terrain. J'ai remarqua j aussi, dans le dessin et les coupes microscopique;; qu'en a donnés le savant ïhévenot dans les dernières parties de sa collection , que , dans l'état d<j mouche, il n'a aucun des organes extérieurs et in ï
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érieurs de la nutrition. Ils lui auraient été inutiles S)ôur le peu de temps qu'il avait a vivre, i La nature n'a rien fait en vain. Il ne faut pas boire qu'elle ait créé des vies instantanées, et des litres infiniment petits , pour remplir les chaînes imaginaires de l'existence. Les philosophes qui lui apposent ces prétendus plans d'universalité, que •ien ne démontre, et qui la font descendre dans ('infiniment petit par des intentions aussi frivoles, a font agir a peu près comme une mère qui donne jxrnr jouets à ses enfants de petits carrosses et de betils meubles qui ne servent à rien , mais qui sont laits à l'imitation de ceux du ménage de la maison, sr
Les haines et les instincts des animaux émanent les lois d'un ordre supérieur, qui nous seront jtoujours impénétrables dans ce monde; mais quand ;es convenances intimes nous échappent, il fautles rapporter, ainsi que les autres, à la convenance générale des êtres, et surtout a celle de l'homme. [Rien n'est si lumineux , dans l'étude de la nature, çpie de référer tout ce qui existe a la bonté de Dieu et aux besoins de l'homme. Non-seulement cette manière de voir nous découvre une multitude de lois inconnues, mais elle donne des bornes a celles que nous connaissons , et que nous croyons universelles. Si la nature , par exemple , «tait régie par les seules lois de l'attraction , comme le supposent ceux qui en ont fait la base de tant de systèmes , tout y serait en repos. Les corps , tendant vers un centre commun, s'y accumuleraient et se rangeraient autour de lui , en raison de leur pesanteur. Les matières qui composent le globe seraient d'autant plus pesantes qu'elles approcheraient davantage du centre, et celles qui sont à sa surface seraient mises de niveau. Le bassin des mers serait comblé des débris des terres; et cette vaste architecture , formée d'harmonies si variées , ne présenterait bientôt plus qu'un globe aquatique. Tous les corps, enchaînés par une chute commune, seraient condamnés h une éternelle immobilité. D'un autre côté, si la loi de projection, qui sert à expliquer les mouvements des astres , en supposant qu'ils tendent a s'échapper , par la tangente , de la courbe qu'ils décrivent; si, dis-je, cette loi avait lieu, tous les corps qui ne sont pas adhérents à la terre s'en éloigneraient comme les pierres s'échappent des frondes ; notre globe lui-même , obéissant i cette loi , s'éloignerait du soleil pour jamais, rantôt il traverserait, dans sa route infinie, des espaces immenses où on n'apercevrait aucun astre pendant le cours de plusieurs siècles ; tantôt, traversant les lieux où le hasard aurait rassemblé les
matrices de la création , il passerait au milieu des parties élémentaires des soleils , agrégées par les lois centrales de l'attraction , ou dispersées en étincelles et en rayons par celles de la projection. Mais, en supposant que ces deux forces contraires se soient combinées assez heureusement en sa faveur pour le fixer , avec son tourbillon , dans un coin du firmament , où ces forces agissent sans se détruire , il présenterait son équateur au soleil avec autant de régularité qu'il décrit son cours annuel autour de lui. On ne verrait jamais résulter de ces deux mouvements constants cet autre mouvement si varié par lequel il incline chaque jour un de ses pôles vers le soleil , jusqu'à ce que son axe ait formé sur le plan de son cercle annuel un angle de vingttrois degrés et demi ; puis cet autre mouvement rétrograde, par lequel il lui présente avec la môme régularité le pôle opposé. Loin de lui offrir alternativement ses pôles , afin que sa chaleur féconde en fonde les glaces tour à tour, il les tiendrait ensevelis dans des nuits et des hivers éternels avec une partie des zones tempérées , tandis^ que le reste de sa circonférence serait brûlé par les feux trop constants des tropiques.
Mais quand on supposerait , avec ces lois con-? stantes d'attraction et de projection, une troisième loi versatile qui donne a la terre le mouvement qui produit les saisons, et une quatrième qui lui donne son mouvement diurne de rotation sur elle-même; et qu'aucune de ces lois si opposées ne surpassât jamais les autres, et ne la déterminât a la fin à obéir à une seule impulsion, on ne pourrait jamais dire qu'elles eussent déterminé les formes et les mouvements des corps qui sont à sa surface. D'abord, la force de projection ou centrifuge n'y aurait laissé aucun de ceux qui en sont détachés. D'un autre côté, la force d'attraction ou la pesanteur n'eût pas permis aux montagnes de s'élever, et encore moins aux métaux, qui en sontles parties les plus pesantes, d'être placés a leurs sommets, où on les trouve ordinairement. Si on suppose que ces lois soient Yultimatum du hasard , et qu'elles se soient tellement combinées qu'elles n'en forment plus qu'une seule , par la même raison qu'elles font mouvoir la terre autour du soleil , et la lune autour de la terre, elles devraient agir de la même manière sur les corps particuliers qui sont a la surface du globe.
On devrait voir les rochers isolés , les fruits détachés des arbres , les animaux qui n'ont point de griffes tourner autour de lui en l'air, comme nous voyons les parties qui composent l'anneau de Saturne tourner autour de cette planète. C'est la pc-
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santeur, répète-t-on, qui agit uniquement a la surface du globe , qui empêche les corps de s'en détacher. Mais si elle y absorbe les autres puissances, pourquoi a-t-elle permis aux montagnes de s'y élever , comme nous l'avons déjà dit? Comment la force centrifuge a-t-elle soulevé à une hauteur prodigieuse la longue crête des Cordilières , et laisse-t-elle immobile l'écharpe volatile de neige qui la couvre? Pourquoi, si l'action de la pesanteur est aujourd'hui universelle, n'influe-l-elle pas sur les corps mous des animaux, lorsque, renfermés dans le sein maternel ou dans l'œuf, ils sont dans un état de fluidité? Tous les nombreux enfants de la terre , animaux et végétaux , devraient être arrondis en boule , comme leur mère. Les parties les plus pesantes de leur corps devraient au moins être situées en bas, surtout dans ceux qui se remuent; au contraire , elles sont souvent en haut, et soutenues par des jambes bien plus légères que le reste de l'animal , comme on le voit au cheval et au bœuf. Quelquefois elles sont entre la tête et les pieds , comme à l'autruche ; ou à l'extrémité du corps , dans la tête , comme à l'homme. D'autres animaux, tels que les tortues, sont aplatis; ^d'autres, tels que les reptiles, sont allongés en forme de fuseau ; tous enfin ont des formes infiniment variées. Les végétaux mêmes , qui semblent entièrement soumis à l'action des éléments, ont des configurations diversifiées à l'infini. Mais comment les animaux ont-ils en eux-mêmes les principes de tant de mouvements si différents ? Comment la pesanteur ne les a-t-clle pas cloués à la surface de la terre? Ils devraient tout au plus y ramper. Comment se fait-il que les lois qui régissent le cours des astres , ces lois dont on étend aujourd'hui l'influence jusqu'aux opérations de notre ame, permettent aux oiseaux de s'élever dans les airs, de voler à leur gré à l'occident, au nord , au midi , malgré les puissances réunies de l'attraction et de la projection du globe?
C'est la convenance qui a réglé ces lois, et qui en a généralisé ou suspendu les effets, suivant les besoins des êtres. Quoique la nature emploie une infinité de moyens, elle ne permet à l'homme d'en connaître que la fin. Ses ouvrages sont soumis à des destructions rapides ; mais elle lui laisse toujours apercevoir la constance immortelle de ses plans. C'est la qu'elle veut arrêter son esprit et son cœur. Elle ne veut pas l'homme ingénieux et superbe; elle le veut heureux et bon. Partout elle affaiblit les maux nécessaires, et partout elle multiplie les biens couvent superflus. Dans ses harmonies formées de contraires ; elle a opposé l'empire
de la mort à celui de la vie ; mais la vie dure tout un âge, et la mort un instant. Elle fait jouir l'homme long-temps des développements si agréables des êtres; mais elle lui cache, avec des précautions maternelles, leurs états passagers de dissolution. Si un animal meurt, si des plantes se décomposent dans un marais, des émanations putrides et des reptiles d'une forme rebutante nous en écartent. Une infinité d'êtres secondaires sont créés pour en hâter les décompositions. Si les montagnes et les rochers caverneux offrent des apparences de ruine , les hiboux , les oiseaux de proie, les bêtes féroces qui y font leurs retraites, nous en éloigneut. La nature repousse loin de nous les spectacles et les ministres de la destruction, et nous invite à ses harmonies. Elle les multiplie , suivant nos besoins , bien au-delà des lois qu'elle semble s'être prescrites , et de la mesure que nous devions en attendre. C'est ainsi que les rochers arides et stériles répètent par leurs échos les murmures des eaux et des forêts , et que les surfaces planes des eaux, qui n'ont ni forêts ni collines, en représentent les couleurs et les formes dans leurs reflets.
C'est par une suite de cette bienveillance surabondante de la nature que l'action du soleil est multipliée partout où elle était le plus nécessaire, et qu'elle est affaiblie dans tous les lieux où elle aurait été nuisible. Le soleil est d'abord cinq ou six jours de plus dans notre hémisphère septentrional , pareeque cet hémisphère renferme la plus grande partie des continents, et qu'il est le plus habité. Son disque y paraît sur l'horizon avant qu'il soit levé, et après qu'il est couché; ce qui, joint a ses crépuscules, augmente considérablement la grandeur naturelle de nos jours. Plus il fait froid, plus la réfraction de ses rayons s'étend : voila pourquoi elle est plus grande le matin que le soir, l'hiver que l'été, et au commencement du printemps qu'à celui de l'automne. Quand l'astre du jour nous a quittés, pendant la nuit, la lune vient nous réfléchir sa lumière, avec des variétés dans ses phases qui ont des rapports encore ignorés avec un grand nombre d'espèces d'animaux, et surtout de poissons, qui ne voyagent que la nuit aux époques qu'elle leur indique. Plus le soleil s'éloigne d'un pôle, plus ses rayons y sont réfractés. Mais quand il l'a abandonné tout-à-lait, c'est alors que sa lumière y est suppléée d'une manière admirable. D'abord la lune, par un mouvement incompréhensible, va l'y remplacer, et y paraît perpétuellement sur l'horizon sans se coucher , comme l'observèrent , en 1 596 , à la Nou-
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'elle-Zemble , les malheureux Hollandais qui y >assèrent l'hiver par le 76e degré de latitude sepenlrionale. C'est dans ces affreux climats que la lature multiplie ses ressources , pour rendre aux ïtres sensibles le bénéfice de la lumière et de la haleur. Le ciel y est éclairé d'aurores boréales [ui lancent jusqu'au zénith des rayons d'une luaière dorée, blanche, rouge, et mouvante. Le pôle r étincelle d'étoiles plus lumineuses que le reste lu firmament. Les neiges qui y couvrent la terre n abritent une partie des plantes, et, par leur clat , affaiblissent l'obscurité de la nuit. Les ar- »res y sont revêtus de mousses épaisses qui s'enlamment a la moindre étincelle; la terre même m est tapissée , surtout dans les bois , à une si ;rande hauteur , qu'il m'est arrivé plus d'une fois l'enfoncer en été jusqu'aux genoux dans ceux de a Russie. Enfin , les animaux qui y habitent sont evêtus de fourrures jusqu'au bout des ongles, lorsqu'il s'agit ensuite de rendre la chaleur à ces liraats, le soleil y reparaît bien long-temps avant on terme naturel. Ainsi, les Hollandais dont j'ai )arlé le virent avec surprise sur l'horizou de la Nouvelle-Zemble le 24 janvier , c'est-à-dire quinze ours plus tôt qu'ils ne s'y attendaient. Sa vue ines- )érée les remplit de joie, et déconcerta les calculs le leur savant pilote, l'infortuné Barents. C'est tlors que l'astre du jour y redouble sa chaleur et a lumière par les parhélies, qui, comme autant de niroirs formés dans les nuages , réfléchissent son lisque sur la terre. 11 appelle de l'Afrique les vents lu sud , qui , passant sur le Zara , dont les sables ont alors embrasés par le voisinage du soleil a eur zénith , se chargent de particules ignées , et tiennent heurter, comme des béliers de feu , cette iffroyable coupole de glace qui couvre l'extrémité le notre hémisphère. Ses énormes voussoirs, disious par la chaleur de ces vents, et ébranlés par eurs violentes secousses, se détachent par quariers aussi élevés que des montagnes ; et, flottant lu gré des courants qui les entraînent vers la ligue, 1s s'avancent quelquefois jusqu'au 45e degré, en ^fraîchissant les mers méridionales par leurs vases effusions. Ainsi les glaces du pôle donnent de a fraîcheur aux mers chaudes de l'Afrique, comme es sables de l'Afrique donnent des vents chauds lux glaces du pôle.
Mais , comme le froid est a son tour un très ,rrand bien dans la zone torride, la nature emploie inille moyens pour en étendre l'influence dans cette «one, et pour y affaiblir la chaleur et la lumière 3u soleil. D'abord, elle y détruit les réfractions de l'atmosphère; le soleil n'y a presque point de cré*
puscule avant son lever, et surtout après son coucher. Lorsqu'il est au zénith, il se voile de nuages pluvieux qui ombragent la terre, et qui la rafraîchissent par leurs eaux; de plus, ces nuages étant souvent orageux , les explosions de leurs feux dilatent la couche supérieure de l'atmosphère, qui est glaciale a deux mille cinq cents toises d'élévation sous la ligne, comme on le voit aux neiges qui couvrent perpétuellement, à cette hauteur, le sommet de quelques montagnes des Cordilières. Ils font couler, par leurs explosions et leurs secousses, des colonnes de cet air congelé de l'atmosphère supérieure dans l'inférieure, qui en est subitement rafraîchie , comme nous l'éprouvons en été dans nos climats, immédiatement après les orages. Les effusions des glaces des pôles rafraîchissent de même les mers du midi, et les vents polaires soufflent fréquemment sur les parties les plus chaudes de leurs rivages. La nature a placé de plus dans le sein de la zone torride, et dans son voisinage, des chaînes de montagnes à glace qui accélèrent et redoublent les effets des vents polaires, surtout le long des mers, où la fermentation était le plus à craindre parles alluvions des corps des animaux et des végétaux que les eaux y déposent sans cesse. Ainsi la chaîne du mont Taurus, toujours couverte de neige , commence en Afrique sur les rivages brûlants du Zara , et , côtoyant la Méditerranée , passe en Asie , où elle jette ça et la de longs bras qui embrassent les golfes de l'océan Indien. De même, en Amérique , la longue chaîne des Cordilières du Pérou et du Chili, avec les crêtes élevées dont elle traverse le Brésil , rafraîchit les longs et brûlants rivages de la mer du Sud et du golfe du Mexique.
Ces dispositions élémentaires ne sont qu'une partie des ressources de la nature pour tempérer la chaleur dans les pays chauds. Elle y ombrage la terre de végétaux rampants et d'arbres en parasols, dont quelques uns, comme les cocotiers des îles Séchelles, et les talipots de Ceylan, ont des feuilles de douze a quinze pieds de long , et de sept à huit de largeur.
Elle y couvre les animaux de poil ras, et les colore , en général, ainsi que la verdure, de teintes sombres et rembrunies, afin de diminuer les reflets de la chaleur et de la lumière. Cette dernière considération nous engage à faire ici quelques réflexions sur les effets des couleurs : le peu que nous en dirons nous convaincra que leurs générations ne sont pas produites au hasard ; que c'est par des raisons très sages que la moitié d'en-» treçlles vont, en se composant, vers la lumière.
et l'autre moitié, en se décomposant, vers les ténèbres, et que toutes les harmonies de ce monde naissent de choses contraires.
Les naturalistes regardent les couleurs comme des accidents. Mais si nous considérons les usages généraux où les emploie la nature , nous serons persuadés qu'il n'y a pas même sur les rochers une seule nuance de placée en vain. Observons d'abord les principaux effets des deux couleurs extrêmes, la blanche et la noire, par rapport à la lumière. L'expérience prouve que, de toutes les couleurs , la blanche est celle qui réfléchit le mieux les rayons du soleil, parcequ'elle les renvoie sans aucune teinte, aussi purs qu'elle les reçoit; et la noire, au contraire, est la moins propre à leur réflexion, parcequ'elle les éteint. Voila pourquoi les jardiniers blanchissent les murs de leurs espaliers pour accélérer la maturité de leurs fruits par la réverbération du soleil, et que les opticiens noircissent les parois de la chambre obscure, afin que leurs reflets n'altèrent pas le tableau lumineux qui s'y peint.
La nature , en conséquence , emploie fréquemment, au nord , la couleur blanche pour augmenter la lumière et la chaleur du soleil. La plupart des terres y sont blanchâtres, ou d'un gris clair. Les roches, les sables, y sont remplis de mica et de parties spéculaires. De plus , la blancheur des neiges qui les couvrent en hiver, et les parties vitreuses et cristallines de leurs glaces, sont très propres a y affaiblir l'action du froid , en y réfléchissant la lumière et la chaleur de la manière la plus avantageuse. Les troncs des bouleaux, qui y composent la plus grande partie des forêts, ont l'écorce blanche comme du papier. Dans quelques endroits même , la terre est tapissée de végétaux tout blancs. « Dans la partie orientale, dit un sa- » vant Suédois, des hautes montagnes qui sépa- » rent la Suède de la Norwège, exposée à la plus » grande rigueur du froid, il y a une forêt épaisse, » et singulière en ce que le pin qui y croît est » rendu noir par une espèce de lichen filamenteux » qui y pend en abondance , tandis que la terre » est couverte, partout aux environs, d'un lichen » blanc qui imite la neige par son éclat. » La nature y donne la même couleur a la plupart des animaux , comme aux ours blancs, aux loups , aux perdrix, aux lièvres, aux hermines; les autres y blanchissent sensiblement en hiver, tels que les renards et les écureuils, qui sont roux en été et
* Extrait de l'Histoire naturelle du renne, pir Charles- Frédéric Hoffberg, traduit par M. le chevalier de Kéralio.
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petit-gris en hiver. Si nous considérions même la j ligure filiforme de leurs poils , leur vernis et leur transparonce , nous verrions qu'ils sont formés de la manière la plus propre à réfléchir et a réfran- ! ger les rayons lumineux. On n'en doit pas considérer la blancheur comme une dégénération ou J un affaiblissement de l'animal, ainsi que l'ont fait les naturalistes, par rapport aux cheveux des hommes, qui blanchissent dans la vieillesse par un défaut de substance, disent-ils ; car il n'y a rien de si touffu que la plupart de ces fourrures , ni rien de si vigoureux que les animaux qui les portent, i L'ours blanc est une des plus fortes et des plus > terribles bêtes du monde ; il faut souvent plusieurs coups de fusil pour l'abattre.
La nature, au contraire, a coloré de rouge, del bleu et de teintes sombres et noires les terres, les végétaux, les animaux , et même les hommes, qui habitent la zone torride, pour y éteindre les feux de l'atmosphère brûlante qui les environne.! Les terres et les sables de la plus grande partie des l'Afrique, située entre les tropiques, sont d'un* rouge brun , et les rochers en sont noirs. Les îlesj: de France et de Bourbon , qui sont sur les lisières] de cette zone , ont en général celte nuance. J'y aii vu des poules et des perroquets dont non -seule- 1 ment le plumage, mais la peau était teinte en noir. J'y ai vu aussi des poissons tout noirs, surtout parmi les espèces qui vivent à Heur d'eau sur les récifs , telles que les vieilles et les raies. Comme les animaux blanchissent en hiver, au nord, à mesures que le soleil s'en éloigne , ceux du midi se colorenl de teintes foncées a mesure que le soleil s'approche d'eux. Quand il est au zénith, les moineauï du pays ont des pièces d'estomac et les plumes d( la tête toutes rouges. Il y a des oiseaux qui y chan j gent de couleur trois fois par an , ayant, pouij ainsi dire , des habits de printemps, d'été et d'hi-j ver, suivant que le soleil est a la ligne , au tropi-j qne du Cancer ou à celui du Capricorne 3ft.
Il y a encore ceci de très remarquable ctdecon j séquent a l'emploi que la nature fait de ces couleurs au nord et au midi , c'est que, par tout pays ; la partie du corps d'un animal qui est la plus blanche est le ventre, pareequ'il faut plus de chalems au ventre pour la digestion et les autres fonctions ! et au contraire la tête est partout le plus fortemens colorée, surtout dans ceux des pays chauds, parce! que cette partie a le plus besoin de fraîcheur dan1 l'économie animale.
On ne peut pas dire que les ventres des animaux conservent leur blancheur pareequ'ils son abrités du soleil , et que leurs têtes se coloren
AUTRES LOIS DE LA NATURE
•arcequ'cîles y sont le plus exposées. Il semble, .far des raisons d'analogie, que l'effet naturel de [a lumière devrait être de revêtir de son éclat tous Î3s objets qu'elle touche, et que, partant, les tefjes, les végétaux et les animaux de la zone torride Sevraient être blancs; et que la nuit, au contraire, igissant plusieurs mois de suite sur les pôles, devait en rembrunir tous les objets. La nature ne l'assujettit point à des lois mécaniques. Quel que pit l'effet physique de la présence du soleil ou de on absence, elle a ménagé, au nord, des taches 1res noires sur les corps les plus blancs , et au kidi des taches blanches sur des corps fort noirs. (Ile a noirci le bout de la queue des hermines de ibérie, afin que ces petits animaux tout blancs, larchant sur la neige , où ils laissent à peine des races de leurs pattes, pussent se reconnaître lorsqu'ils vont a la suite les uns des autres, dans les jeflets lumineux des longues nuits du nord. Peut- Jtre aussi cette noirceur, opposée au blanc, est- Éle un de ces caractères tranchés qu'elle a donnés jux bêtes de proie , tels que le bout du museau noir It les griffes noires à l'ours blanc. L'hermine est ne espèce de belette. Il y a aussi des renards tout pirs dans le nord, mais ils sont dédommagés de l'influence de la couleur blanche parla plus chaude jt la plus épaisse des fourrures; c'est la plus prélieuse de toutes celles du nord. D'ailleurs cette espèce de renards y est fort rare. La nature les a leut-être revêtus de noir, parcequ'ils vivent lans des souterrains , au milieu des sables chauds, ai dans le voisinage de quelques volcans , ou par [uelque autre raison qui m'est inconnue, mais onvenable a leurs besoins. C'est ainsi qu'elle a élu de blanc le paille-en-cul des tropiques, parcelle cet oiseau, qui vole à une très grande éléation sur la mer, passe une partie de sa vie lans le voisinage d'une atmosphère glacée. Ces xceptions ne détruisent point la convenance gélérale de ces deux couleurs ; au contraire , elles la onfirment, puisque la nature s'en sert pour dininuer ou augmenter la chaleur de l'animal , suirant la température du lieu où il vit.
Je laisse maintenant expliquer aux physiciens omment le froid fait végéter les poils des aninaux du nord , et comment la chaleur raccourcit iu fait tomber ceux des animaux du midi , contre outes les lois de la physique systématique et même xpérimentale; car nous savons par notre expéience que l'hiver retarde l'accroissement des cheenx et de la barbe de l'homme, et que l'été l'acélère.
Je crois entrevoir une loi, bien différente de la
loi des analogies que nous attribuons si communément à la nature , parcequ'elle s'allie à notre faiblesse, en nous donnant lieu de tout expliquer a l'aide d'un petit nombre de principes. Celte loi , infiniment variée dans ses moyens, est celle des compensations 40. Elle est une conséquence de la loi universelle de la convenance des êtres , et une suite de l'union des contraires dont les harmonies de l'univers sont composées. Ainsi il arrive souvent que les effets, loin d'être les résultats des causes , leur sont opposés. Par exemple, il a plu à la nature de vêtir de blanc plusieurs oiseaux des régions chaudes, tels que l'aigrette des Antilles et le perroquet des Moluques, appelé cacatoès ;mais elle aura donné à leur plumage une disposition qui en affaiblit la réflexion. Il est même très remarquable qu'elle a coiffé les têtes de ces oiseaux d'aigrettes et de panaches qui les ombragent, parceque , comme nous l'avons observé , la tête est la partie du corps qui a le plus besoin de fraîcheur dans l'économie animale. Telle est notre poule huppée, qui vient originairement de Numidie. Je ne crois pas même qu'on trouve ailleurs que dans les pays méridionaux des oiseaux dont la tête soit panachée. S'il y en a quelques uns au nord, comme les huppes , ils n'y paraissent qu'en été. La plupart de ceux du nord, au contraire, ont le ventre et les pattes revêtus de palatines formées de duvet semblable à la plus fine des laines. Il y a encore ceci de remarquable sur les oiseaux et les quadrupèdes blancs du midi, qui vivent dans une atmosphère chaude, c'est que je crois qu'ilsont tous la peau noire, ce qui suffit pour amortir la réflexion de la couleur dont ils sont revêtus. Robert Knox, en parlant de quelques quadrupèdes blancs de l'île de Ceylan, dit qu'ils ont la peau toute noire. Je me rappelle moi-même avoir vu au port de Lorient un cacatoès tout déplumé a l'estomac, dont la peau était noire comme celle d'un nègre. Quand cet oiseau blanc , avec son bec noir et son estomac noir et nu , dressait son aigrette et battait des ailes, il avait l'air d'un roi des Indes avec sa couronne et son manteau de plumes.
Cette loi des compensations a donc des moyens très variés, qui détruisent la plupart des lois que nous avons établies en physique ; mais il faut la soumettre elle-même à la convenance générale; sans quoi, si nous voulions la rendre universelle, elle nous jetterait à son tour dans l'erreur commune. Elle a fait naître, en géométrie, plusieurs axiomes fort douteux, quoique fort célèbres, tels que celui-ci : « L'action est égale à la réaction; ou
ÉTUDE DIXIÈME
cet autre, qui en estune conséquence : «L'angle de » réflexion est égal a l'angle d'incidence. » Je ne m'arrêterai pas a prouver dans combien de cas ces axiomes-là sont erronés , combien d'actions dans la nature sont sans réactions , combien d'actions ont des réactions inégales , combien d'angles de réflexion sont dérangés par les plans mêmes d'incidence. Il me suffit de répéter ici ce que nous avons dit plusieurs fois , c'est que la faiblesse de notre esprit et la vanité de notre éducation nous portent sans cesse à généraliser. Cette métbode est la cause de toutes nos erreurs, et peut-être de tous nos vices. La nature donne a chaque être ce qui lui convient dans la convenance la plus parfaite , suivant la latitude pour laquelle il est destiné; et lorsque les saisons en varient la température, elle en varie aussi les convenances. Ainsi, il y a des convenances qui sont immuables , et d'autres qui sont versatiles.
Souvent la nature emploie des moyens contraires pour produire le même effet. Elle fait du verre avec le feu ; elle en fait avec l'eau , comme le cristal ; elle en produit encore par l'organisation des animaux, tels que certains coquillages qui sont transparents ; elle forme le diamant par des procédés qui nous sont entièrement inconnus. Concluez maintenant de ce qu'une matière est vitrifiée, qu'elle est l'ouvrage du feu, et bâtissez sur cet aperçu le système du monde ! Nous ne pouvons même saisir que des instants harmoniques dans l'existence des êtres. Ce qui est vitrifiable devient calcaire , et ce qui est calcaire se change en verre par l'action du même feu. Tirez donc , de ces simples modifications du règne fossile , des caractères constants, pour en déterminer les classes générales !
Souvent aussi la nature se sert du même moyen pour produire des effets tout-à-fait contraires. Par exemple, nous avons vu que, pour augmenter la chaleur sur les terres du nord , et pour l'affaiblir sur celles du midi , elle employait des couleurs opposées ; elle y produit les mêmes effets en couvrant les unes et les autres de rochers. Ces rochers sont très nécessaires à la végétation. J'ai souvent remarqué dans ceux de la Finlande des lisières de verdure qui bordaient leur base du côté du midi ; et dans ceux de l'Ile-de-France, j'ai trouvé ces lisières du côté opposé au soleil.
On peut faire les mêmes observations dans notre climat : en été, quand tout est sec, on trouve fréquemment de l'herbe verte au pied des murs qui regardent le nord; elle disparaît en hiver, mais alors on en revoit d'autre le long de ceux qui sont
exposés au midi. Nous avons déjà remarqué que | les zones glaciales et la zone torride réunissaient la \ plus grande quantité d'eaux, dont lesévaporations 1 adoucissent également l'âpreté du chaud et du j froid, avec cette différence que les plus grands lacs sont vers les pôles, et les plus grands fleuves vers' la ligne. Il y a, à la vérité, quelques lacs dans l'intérieur de l'Afrique et de l'Amérique ; mais ils sont placés dans des atmosphères élevées, au centre des montagnes, et ne peuvent point se corrompre par l'action de la chaleur; mais les plaines et les lieux| bas sont arrosés parles plus grands courantsd'eaux! vives qu'il y ait au monde , tels que le Zaïre, le I Sénégal, le Nil, le Méchassipi, l'Orénoque, l'Aman zone, etc. La nature ne se propose partout que les! convenances des êtres. Cette remarque est très im-| portante dans l'étude de ses ouvrages ; autrement, à la similitude de ses moyens, ou à leur exception, on pourrait douter de la constance de ses lois, air lieu d'en rejeter la majestueuse obscurité sur la: multiplicité de ses ressources et sur la profondeur! de notre ignorance.
Cette loi de convenauce a été la source de toutes! nos découvertes. Ce fut elle qui porta Christophe Colomb en Amérique , pareeque, comme dit Her-j rera * , il pensait, contre l'opinion des anciens.! que les cinq zones devaient être habitées, puisqm. Dieu n'avait pas fait la terre pour être déserte j C'est elle qui règle nos idées sur les objets absolument hors de notre examen ; c'est par elle que , quoique nous ignorions s'il y a des hommes dan* les planètes , on peut assurer qu'il y a des yeux I pareequ'il y a de la lumière. C'est elle qui a fais naître le sentiment de la justice dans le cœur d<! tous les hommes, et qui leur a dit qu'il y avait ui j autre ordre de choses après cette vie. Enfin , ell<! est la plus forte preuve de l'existence de Dieu car, au milieu de tant de convenances si ingéj nieuses, que nos passions mêmes si inqu iètes n'eus sent jamais pu en imaginer de semblables , et s nombreuses que chaque jour nous en présente è nouvelles , la première de toutes , qui est la Divi i nité, doit sans doute exister, puisqu'elle est la con venance générale de toutes les convenances parti; culières.
C'est celle-là surtout dont nous cherchons même involontairement, à reconnaître l'existenc partout, et à nous assurer de toutes les manières Voilà pourquoi les collections les plus nombreuse en histoire naturelle , les galeries de tableaux là plus rares, les jardins remplis des plantes les plujj
* Herrera, Histoire des Indes occidentales, liv. J, chap. I
DES PL
urienses , les livres les mieux écrits , enfin tout 1 qui nous présente les rapports les plus merveil- ;ux de la nature, après nous avoir ravis en adoration, finissent par nous ennuyer. Nous leur référons bien souvent une montagne agreste, un Dcher raboteux, quelque solitude sauvage , qui uisse nous offrir des rapports nouveaux et encore lus directs. Souvent, en sortant du magnifique abinet du roi, nous nous arrêtons machinalement voir un jardinier creuser dans un champ un trou rec sa bêche, ou un charpentier doler avec sa fiche une pièce de bois ; il semble que nous allions )ir quelques harmonies nouvelles sortir du sein | la terre ou des flancs d'un chêne. Nous comp- >ns pour rien celles dont nous venons de jouir, si les ne nous mènent à d'autres que nous ne conaissons pas. Mais on nous donnerait l'histoire omplète des étoiles du firmament et des planètes ïvisiblesquilesenvironnent, nous y apercevrions ne foule de plans inénarrables d'intelligence et I bonté , que notre cœur soupirerait encore : sa fuie fin est la Divinité même.
ÉTUDE ONZIÈME