Incapable de repos : vojez la note la de la page i
11. Métaphore expressive et primitivement hardie qui assimile la jeunesse à une liqueur qui fermente, qui bouillonne : voyez dans
F. xvi] LIVRE VIII. agS
Qail soupira pour ce plaisir. s 6
Plus Tobstacle étoit grand, plus fort (îit le désir. Il savoit le sujet ^' des fatales défenses ; Et comme ce logis, plein de magnificences,
Abondoit partout en tableaux,
Et que la laine et les pinceaux 3o
Traçoient^' de tous côtés chasses et paysages,
En cet endroit des animaux,
En cet autre des personnages, Le jeune homme s^émut**, voyant peint un Lion : « Ah! monstre, cria-t-il, c^est toi qui me fais^* vivre 35 Dans Tombre et dans les fers ! » A ces mots, il se livre
le IHeiiommre tU lÀttré des exemples de Régnier, de Balzac, de Mirabeau, où le mot est pris dans ce sens de transport^ mouvement passiommé; Mme de Sëngné aussi a dit (lettre autographe du 9 fé- ▼rier i683, tome VII, p. ai4) '• <x Le plus violent bouillon de mon zèle seroit refroidi par la seule crainte de tous fâcher; 0 et Boileau (satire m, rers 70) :
Modère ces bouillons de ta mélancolie.
la. Sujets que Tusage actuel remplacerait peut-être par cause ^ motifs garde bien ici sa râleur étymologique : c ce sur quoi reposent les fatales défenses, »
i3. Que des tapisseries et des peintures représentaient, etc.
i4- Ici, et au rers a de la fable xix de ce même Uttc, ce yerbe est écrit sUmeut^ dans les éditions de 1678, mais cela n*empêcbe pas que, dans les deux endroits, il ne soit au passé défini, comme suflUrait ici à le rendre probable le c cria-t-il a du vers suivant . Cet eu se prononçait 11, de même qu'aux vers 43 {deut^ pour dut)j 46 [eheutey pour ehute)^ 5i (dépourveuë^ pour dépourvue)^ 54 (seeut^ pour sfut)y 77 et 78 {préveu et sceu^ pour prévu et #fii). Dans tous ces cas, sans exception, les éditions de 1681 et 1799 remplacent eu par i2 ou If ; ici, comme au vers 3 de la fable xix, elles ont : a s*émût p. Les éditeurs qui ne gardent pas Torthographe ancienne ont donc eu tort de conserver ici s^émeut; ils ne Pont pas fait ni pu faire, à cause du sens, là par trop évident, dans la fable xix.
i5. Dans Tédition de 1719, « qui me fait a, accord irrégulier dont il se trouve plus d*un exemple an dix-septième siècle : voyez le Lexique de Corneille, p. xlyu et XLvui.
^94 FABLES. [f. xn
Aux transports violents de Findignation,
Porte le poing sur Tinnoeente^' bête.
Sons la tapisserie un clou se rencontra :
Ce clou le blesse; il pénétra 40
Juscpi'aux ressorts de Fàme^^; et cette chère tête, Pour qui Fart d^Esculape*' en vain fit ce qu^il put, Dut sa perte à ces soins** qu*on prit pour son salut. Même précaution nuisit au poète** Eschyle**.
Quelque devin le menaça, dit^n, 45
De la chute d*une maison. **
16. a Innocente », imnocua^ inofifensiTe, on, si Ton veut, qm m^em fut mau^ comme il est dit aux livres II, fable ix, Ters a8, et VI, faille m, Ters s6.
17. L*Ame, le principe de la tIc : comparei p. 4^ ^t note 5. i8. Dieu de la médecine, fils d* Apollon.
19. « Dut sa perte a ces soins » peut paraître d*abord un peu subtil, et pourtant est Trai. Cest de ces soins, des priTstions imposées, que Tient son indignation, de son indignation le ooup de poing, du coup de poing et de la blessure la mort.
ao. Poëie^ de deux syllabes, comme dans la &ble n du Uttc IX, Ters 18. Il en fait trois au livre I, fable xit, vers 14 et 5 1. — Nous gardons IV, avec tréma, orthographe des éditions originales et de TAcadémie dans toutes ses éditions, sauf la dernière (1878), ou elle écrit poète ^ avec accent graTè, pour mieux marquer que Tusage actuel n*est plus de fondre en diphthongue les deux Toyelles. Boissonade (lettre inédite à Walckenaer, du 9 mai 1827) aurait touIu, aTec raison peut-être, que, dans les Ten où 0€ ùiit un son unique, on écriTtt : poète ^ sans tréma, comme on écrit encore maeUe»
91. « Le récit que Valère Maxime fait de la mort d*£schjle est connu de tout le monde, grâce aux Ters de la Fontaine sur la destinée. Mais cet aigle qui enlèTe une tortue, qui prend une tête chauTC pour un morceau de rocher, et qui laisse tomber dessus sa proie, toute cette historiette a bien l'air d*un de ces contes à doi^ mir debout, comme on en a tant lait sur la Tie mal connue des anciens auteurs. Esch jle mourut à Tàge de soixante-neuf ans, en Tan 456 aTant notre ère. Son tombeau était à Gela {e» SieUe), a (A. PiXBBov, Hutoire de la littérature grecque^ p. 170.) La mort d'Eschyle est également racontée dans la seconde des deux fables de Cousin (Cogmatta) que nous aTons citées.
93. Nous STons TU, au dernier Ters de la fable x du liTre VI,
F. xTi] LIVRE VIIL a95
Aussitôt il quitta la ville, Mit son lit en plein champ, loin des toits, sous les cieux. Un aigle, qui portoit en Tair une tortue, Passa par là, vit Thomme, et sur sa tête nue, So
Qui parut un morceau de rocher à ses yeux.
Étant de cheveux dépourvue.
Laissa tomber sa proie, afin de la casser : Le pauvre Eschyle ainsi sut^ ses jours avancer.
De ces exemples il résulte 5$
Que cet art, s'il est vrai, fait tomber dans les maux
Que craint celui qui le consulte ; Mais je Fen justifie **, et maintiens qu'il est (aux.
Je ne crois point que la Nature Se soit lié les mains, et nous les lie encor 60
Jusqu'au point de marquer dans les cieux notre sort*^ :
le mot maison appliqué k la Tortue, de même qn*il Ta Tétre par ce qui toit, et qu*il l'est au lÎTre XII, fable xt (rert loi), où le trouve ensuite (vers 117) le compose a Porte-maison a emprunté à Ronsard, qui nomme ainsi et « la tarde tortue a et le « limas n :
Porte-maisons, qui toujours sur le dos Ont leur palais, leur lit et leur repos. (pEuvres complètes^ édition Blanchemain, tome VI, p. 71.)
a3. Remarquable exemple de sopoir^ aTec nuance ironique, c eut, à force de prudence, Tart d'avancer ses jours, sa fin. a
a4. Cest-à-dire, je ne lui impute pas ces maux.
aS. c La Fontaine, dit Geruzes, a déjà réfuté les chimères de Pastrologie judiciaire (livre II, fable xm). Il s'était élevé si haut d'abord qu*il y avait témérité à lutter contre lui-même. La magnifieenoe de ses premiers vers fait tort à la beauté de ceux-ci, a bien que ceux-ci soient aussi, ajouterons-nous, marqués, dans la pensée et dans le style, de ce ferme bon sens par lequel si souvent se lait admirer notre auteur. — L'insistance qu'il met k attaquer ces charlmiaiu prouve le crédit qu'ils avaient gsîrdé. a A la naissance d'un en&nt, dit H. Cballamel, parlant du temps de Richelieu dans ses Mémoires ttu peuple franfoù (tome VI, p. 545), les parents faisaient tirer son horoscope, comme fit Henri IV lorsque naquit
296 FABLES. [f. xn
Il dépend d*une conjoncture
De lieux, de personnes, de temps, Non des conjonctioos de tous ces charlatans**. Ce berger et ce roi sont sous même planète ; 6 S
L^un d*eux porte le sceptre, et Tautre la houlette :
Jupiter*^ le vouloit ainsi.
Qu'est-ce que Jupiter? un corps sans oonnoissance.
D'où vient donc que son influence Agit différemment sur ces deux hommes-ci ? 70
Puis comment pénétrer* jusques à notre monde ? Comment percer des airs la campagne** profonde ? Percer Mars, le Soleil**, et des vuides sans fin *^ ?
Louis XIIL Un astrologue était caché près de la chambre d*Anne d* Autriche au moment où celle-ci mit au monde Louis XIV. »
»6. C*est->à-dire de la conjonction des astres telle que l'imaginent ou rétablissent, dans leurs grimoires, tous ces chariatans. Le fabuliste joue sur les deux mots conjonctures et conjoneiions,
37. « Jupiter » et, au vers 73, « Mais », les planètes de ces noms.
a8. Pénétrer^ et percer^ dans les deux Ters qui suirent, ont pour sujet Vinfluencc, Le sens est : c Gomment Pinfluence peut-elle pénétrer, percer...? » Le tour est un peu obscur.
39. On dit et a dit plus souTent : « les champs ou les plaines de Tair. 9 Littré ne cite de cet emploi de campagne que notre exemple. 3o. Mars et le Soleil sont moins éloignés entre la Terre et Jupiter; ils peuvent donc, selon le poète, arrêter en chemin ce qui rient de cette planète. Il omet Mercure et Vénus, qui sont entre la Terre et le Soleil. — Pour influence^ voyea Littré ^ à Tarticle de ce mot, !•, et comparez le Ters 36 de la fable xiii du livre II.
3i. « .... Jamais il n*a été en ma puissance de concevoir comme on trouve écrit dans le ciel jusqu'aux plus petites particularités de la fortune du moindre homme. Quel rapport, quel commerce, quelle correspondance peut-il y avoir entre nous et des globes éloignés de notre terre d*une distance si effrojable ? et d*où cette belle science enfin peut-elle être venue aux hommes ? quel Dieu Ta révélée, ou quelle expérience Ta pu former de Tobservation de ce grand nombre d*astres qu*on n*a pu voir encore deux fois dans la même disposition? » (Moldbbb, tes AmtMts magnifiques^ i^O) acte III, scène i, tome VII, p. 44s.)
F. xvij LIVRE VUL a97
Un atome la** peut détourner en chemin :
Où luiront retrouver les faiseurs d'horoscope ? 75
L*état où nous voyons TEurope" Mérite que du moins quelqu'un d'eux Tait prévu : Que ne Ta-t-il donc dit? Mais nul d'eux ne l'a su**. L'immense éloignement, le point**, et sa vitesse.
Celle aussi de nos passions**, 80
Permettent-ils à leur foiblesse De suivre pas à pas toutes nos actions? Notre sort en dépend : sa course entre-suivie*''
39. £« te rapporte au sujet in/laenee^ qui est au rers 69, c*est-àdtre un peu loin de ce pronom personnel.
33. Nous arons eu déjà occasion de rappeler qu*à ce moment la France était en gaerre arec une bonne partie de TËurope : voyez eî-desans, p. ao3, la fin de la dernière fkble du livre VII, et p. 299, le commencement de la fable rr du livre VIII.
34. Solvet et Nodier notent ce vers tout composé de monosyllabes, et Nodier ajoute que presque toujours les vers ainsi composés choquent singulièrement Tharmonie. Cette critique générale pour* rait être juste si la prononciation fiiisait sentir le monosyllabisme, mais c*est ce quVmpéchent d*ordinaire la combinaison des syllabes muettes avec les sonnantes, l'adhérence des enclitiques et proclitiqueSy la manière dont la voix groupe les sons, dans ce vers de Racine, par exemple, le plus harmonieux de tous ceux de ce genre {PhèJre^ acte IV, §cèue n, vers ma) :
Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon oorar.
35. La clarté de ce nom technique pris ainsi absolument laisse peut-être un peu à désirer, mais le sens est évident : le point à saisir en toute hâte, le lieu exact et précis où se trouvent les astres au moment on on les observe, lieu qui change rapidement par suite de la vitesse des corps célestes. — Pour les divers emplois de points terme d*optique, voyez lùttré^ i3*; et Vitbssi, a*, pour ce mot appliqué à point,
36. Que rhoroscope a pour objet de savoir d'avance et fixer en quelque sorte. Cela rappelle ce qu'Horace, avec Tidée de saisir au sens propre, dit de Protée (livre I, épftre i, vers 90) :
Quo teneam pultus mutaniem Protea nodo ?
37. Cest-à-dire, comme le définit Littré, a entrecoupée, semée
298 FABLES. [v.
Ne ▼», non plus que nous, jamais d*an même pas ;
Et ces gens veulent an compas 85
Tracer le cours de notre vie !
n ne se &ut point arrêter Aux deux faits ambigus ** que je viens de conter. Ce Fils par trop diéri, ni le bonhomme Eschyle, Kj font rien** : tout aveugle et menteur qu'est cet art, 9 o n peut frapper au but une fois entre mille;
Ce sont des effets du hasard*.
d« Tamtioiii, » dam lequel mille aoeidenu te taecMent. Malherbe avait dit (poéne yi, ftn 35-38» tome I, p. a^-aS):
L*aiie et rennui de la Tie
Ont leur courte entre-taiTie {fdtenatîfe)
Antti naturellement
Que le chand et la froidure;
et la Fontaine a répété Texprettion dant le Discours i Mme tte U Sablière (1684, to™^ ^9 P- i^^f ^® l'édition de M. Martj-LaTeaos, Tert 47-49) :
DoQie lottret et plot ont ronlé tnr ta Tie; De toisante toleut la courte entre-toiTie Ne t*a pat tu goûter un moment de repot.
Dant cet deux ezemplet, le participe emtre^ui^ié ett accompagné du même mot couru que dant le nôtre, mait le pluriel det nomt qui précèdent rend la clarté plut frappante qu'elle ne Fett ici.
38. Obtcurt, dont Tinterprétation ett difficile et piéte à la oontroTerte ; c*ett le tent du latin emeopt,
39. Cet exemplet, fnttent-ilt Trait, ne prouTent rien contre ma thète.
40. Et pourtant, nout dit la Bruyère (tome II, p. aoi, n* 69)9 aTec la plut piquante ironie, e Ton touffi« dant la république let chiromancient et let deTint...;et cet gent tout en effet de quelque utage... : ilt trompent.... à trèt-Til prix ceux qui cherchent à être trompét. »
T. xvn] LIVRE VIII. 299
FABLE XVII
l'Inb bt lb chibh.
K, fiib. 109, de CoMê adifenus JU^wm Asmo non opètulante^ fnia êiH panan non dederat,
Mythologia msopica NepeUti^ p, 58 1 •
M. Taine (p. 207-209), comparant le portrait de F&ne par BnfTon, « qui le fait ton aTocat et change en mérites tous ses d^ fruts, a à la peinture qu'en fait la Fontaine, troure a le naturaliste moins impartial que le poète, et la fable plus complète que rhistoire. a H maltraite fort, pour son compte, le pauTie Baudet, chez qui, « sous les os pesants de cette tête mal formée, Tintelligence est comme durcie, a et le sentiment émoussé par « cette peau épaisse et rude, couverte de poils grossiers et entrelacés,... qui est indocile, têtu, sourd aux cris, aux coups, aux prières, a Tel n*est point le sentiment d*un autre écrirain, Tôpfer, qui s'étonne et s'afBige de roir l'Ane calomnié par la Fontaine, et qui, dans ses Hé/ienions gi menus propos d'un peintre genepois (lirre III, chapitre Tin), a écrit à son sujet des pages charmantes. — M. Souillé analjse cette fable (p. 174-280), pour y montrer l'application de toutes les qualités qu'il recherche dans l'apologue et qu'il a signa* lées chez la Fontaine.
Il se faut entr^aider; c^est la loi de nature.
L'Ane un jour pourtant s'en moqua :
Et ne sais comme il y manqua ;
Car il est bonne créature^.
Il alloit par pays, accompagné du Chien, 5
I. La Fontaine est Tami de l'Ane; il sait qu'il est bonne créature; aussi s'étonne-t-il lui-même du trait qu'il Ta raconter : c'est une exception. U a donc répondu d'arance à la critique, dont U est parlé dans la notice, du spirituel Generois.
3oo FABLES. [f. xvii
Gravement, sans songer a rien',
Tous deux suivis d*un commun maître.
Ce mAître s*endormit : TAne se mit à paître :
n étoit alors dans un pré
Dont rtierbe étoit fort à son gré. lo
Point de chardons pourtant ; il s*en passa pour Theure : Il ne faut pas toujours être si délicat*;
Et faute de servir ce plat,
Rarement un festin demeure*.
Notre Baudet s'en sut enfin 1 5
Passer pour cette fois. Le Chien, mourant de bim^ Lui dit : « Cher compagnon, baisse-toi, je te prie : Je prendrai mon dîné dans le panier au pain. » Point de réponse, mot*^ : le Roussin d'Ârcadie*
Craignit qu'en perdant un moment %o
Il ne perdit un coup de dent.
Il fit longtemps la sourde oreille :
Enfin il répondit : « Ami, je te conseille
9. c Trait de satire excellent, dit Gemsez. La graTitë, qui ex* prinie habituellement la préoccupation d*une pensée sérieuse, est ane fausse enseigne pour ceux qui ne pensent pas ; mais elle trompe aisément ; cVst l'hypocrisie de la sottise Tisant à la capacité, s