Voyez livre VI, fable xix, vers
r. XTu] LIVRE VIII. 3oi
D*attendre que ton maître ait fini son sommeil;
Car il te donnera, sans faute, à son réveil, a 5
Ta portion accoutumée :
Il ne sauroit tarder beaucoup''. »
Sur ces entrefaites, un Loup Sort du bois, et s*en vient : autre bête affamée. L^Ane appelle aussitôt le Chien à son secours. 3o
Le Chien ne bouge, et dit : « Ami, je te conseille De fuir, en attendant que ton maître s'éveille ; Il ne sauroit tarder* : détale* vite, et cours. Que si ce Loup t'atteint, casse-lui la mâchoire : On t'a ferré de neuf; et, si tu me veux croire, 3 5
Tu rétendras tout plat. » Pendant ce beau discours, Seigneur Loup étrangla le Baudet sans remède.
Je conclus qu*il faut qu'on s'entr'aide '*•
7. Cbez Àbttemius, le Roussin est encore plus ironique : Caium irridens^ iiii ut secum kerbas paseeret eonsuUbai.
8. Dans le recueil du chcTalier Lestrange, p. la (cité plus haut, p. II, note 17), au lieuse la mordante allusion à ce que TAne a dit, où reTient plaisamment ton (pour notrû) maitre^ il 7 a celle-ci à ce qu*il a fait : a Ceux qui Teulent manger seuls se défendent aussi tout seuls, s*il leur plaît. 9
9. Vo/ez livre I, fable ix, vers i5, et lirre III, fable i, rers 3g.
10. Dans U Cheval et VAne^ livre YI, fable xvi, rers i, la Fontaine avait déjà dit :
En ce monde il se faut Tun Tautre secourir.
a Même sujet que celui-ci, » remarque Tabbé Guillon ; ou plutôt, devrait-il dire, même moralité, mais déduite d*ttne autre action, a Ces ressemblances, ajonte-t-il, ne sont point des répétitions. On aime à comparer le grand artiste à lid-méme, à le suivre dans ses progrès, v
3oa FABLES. [v. xnu
FABLE XVIII
LB BASSA^ BT LB MARCHAIfO.
Robert rapproche de cette fable la fable ai5 d*Ésope, A^omi mcd 'AXxGicrÇ (Gora/, p. rSg et p» 37a), et pluaienn antres traitant le même aujet que la grecque; mais 3 n*/ a de rapport entre elles et notre apologue ^e dans Taflabulation. La Lionne, insnlt^ par le Renard, parce qu'elle n*a mis bas qu'un enfant, lui répond : a Un seul, il est Trai, mais un Lion; 9 d*où suit la morale qu*il faut considérer la valeur et non le nombre, idée bien rendue en ces termes par Fun des imitateurs d*Ésope, Pantaleo Candidus (Weiss)* :
Non res numéro est eensenda sed prm$imntia,
Cbamfort et Nodier Tondraient qu^on sautât tout le prologue, et que la fable commençât à ces mots : a II étoit un Rei|[er, etc. s a II n'était pas besoin, dit le second, de deux récits pour amener cette affabulation ; » et le premier : a On sent combien cette manière est défectueuse » (d'amener une fable à la suite d'une historiette). « Mais tous les lecteurs ne le sentent pas, répond Tabbé Guillon, et nous sommes, dit-il, de ce nombre.... On proposait â l'Académie française un grand seigneur, dont les titres étaient dans sa richesse. Patru, pour tout argument, raconte cet apologue * « Timothée arait caisé une des cordes de sa lyre ; on en mit une
I. Bassa^ haeha (italien bascui^^ pacha^ orthographes et prononciations différentes d'un même mot, désignant, en Turquie, non pas seulement un gouTemeur de province, mais tout personnage de haut rang. La yéritable forme turque de ce terme, d'origine incertaine, est la troisième, pacha. Les initiales des deux premières s'expliquent par ce ftit que les Arabes n^ont point de p et le remplacent par h. Quant aux deux ss de ^o/m, elles Tiennent des Grecs du LeTant, qui les substituent à la chuintante cA, qui leur manque.
a. Delitim pœtarum germanorum hujut superiorisque mvi illustrium (Pars II, i6ia, p. i38, n*67 : Lemna et Vulpes).
F. zviii] LIVRE YIII. 3o3
c d'argent, et la lyre cena de résonner. » L*hbtoriette qm amène Tapologne lui ett-elle étrangère? »
Un Marchand grec en certaine contrée
Faisoit trafic. Un Bassa l*appuyoit* ;
De quoi le Grec en Bassa le payoit,
Non en Marchand : tant c'est chère denrée ^
Qa*un protecteur. Celui-ci coâtoit tant, 5
Que notre Grec s*aIloit partout plaignant.
Trois autres Turcs, d'un rang moindre en puissance.
Lui vont offirir leur support^ en commun.
Eux trois vouloient moins de reconnoissance*
Qu'à ce Marchand il n'en coûtoit pour un. so
Le Grec écoute'' ; avec eux il s'engage ;
Et le Bassa du tout est averti :
Même on lui dit qu'il jouera, s'il est sage,
A ces gens-là quelque méchant parti*.
Les prévenant*, les chargeant d'un message t5
3. Surtont, il ya de toi, contre les ezigenoes soit Ugales, soit bitraires, du fisc, de la douane.
4. Locution familière s'appliquant à toute chose mise à trèshaut ou trop haut prix. Elle est bien à sa place ici, en parlant d*une dépense <{ui entre dans des comptes de négoce.