‹ ŒuvresChapitre 143 sur 224 · Voyez livre I, fable m, vers 9, tome I, p. 66 et note · texte numérisé non relu

Voyez livre I, fable m, vers 9, tome I, p. 66 et note

9. Omnit homo mentlax, {Psaume cxv, verset i x , cité dans VÉpitre aux Momains, chapitre m, verset 4>) Dans le Discours à Mme de la Sablière^ à la fin de ce livre IX, vers lai :

.... Jamais un roi ne ment.

10. a Pourquoi, dit Chamfort, la Fontaine leur pardonnerait-il plus le mensonge qu'aux autres? Le mensonge est vil partout, et partout il est destructeur de toute société. » Chamfort a raison, au point de vue de la morale ; mais la Fontaine n*a pas tort, au point de vue de Pexpérience et des faits ; il sait bien que les petits, opprimés comme ils sont, ne peuvent avoir la franchise d*un homme libre. Le poète n*a-t-il pas dit : Malesuada famés ^? et le mensonge n*est-il pat un de ces mauvais conseils de la faim ou de la faiblesse ?

1 1 . Jusqu'à un certain point, comme au vers 9$ du conte iv de la IV* partie. Nous trouvons le mot, sans archaïsme, avec ne, ciaprès, au dernier vers de la fable v. L'adjectif est pris au même sens qu'ici l'adverbe an livre VI, fable i, vers 11:

Phèdre étoit si succinct qu'aucuns l'en ont blâmé. 13. Même tour au vers 3 du conte xiv de la II* partie.

* Éniide^ livre VI, vers 376.

J. DB LA Foutaihb. II a 3

354 FABLES. [r. i

Mais que tous tant que nous sommes % 5

JNous mentionSy grand et petit,

Si quelque autre l^avoit dit.

Je soutiendrois le contraire.

Et même qui mentiroit

0>mme Ésope et comme Homère*' , So

Un vrai menteur ne seroit :

Le doux charme de maint songe

Par leur bel art inventé.

Sous les habits du mensonge

Nous ofire la vérité ^^. 3 s

L*un et Tautre a fait un livre ^*

Que je tiens digne de vivre

Sans fin, et plus, s*il se peut**.

i3. « Cela est trÎTial à force d'être frai, dit CluBifort. Ceac jouer sur les mots que de confondre ces deux idées. Quel rapport y a-t-il, dit Bacon, entre les mensonges des poètes et ceux des marchands? Le mal moral du mensonge réside dans le dessein de flatter, dVfliger, de tromper ou de nuire. 9 Ici ChamforC a bien raison, ce semble. Et pourtant la faute est surtout dans la transiti<m : « Et même.... », qui ne sépare pas assez le mensonge de la fiction. Les distinguer, en bien marquer la différence, est une idée qui Tient ici on ne peut plus naturellement à Tesprit, et elle sert au fabuliste à bien amener son apologue. Seulement il eût fallu mieux détacher, affirmer énergiquement la distinction à faire : r Que surtout on se garde de faire tomber la sentence sur celui qui

Sous les habits du mensonge Nous offre la yérité. >

14. G*est ce que dit une épigramme de VAmtkologîe grecque, aor une image d^Ésope :

liU Jocet çerum hlanda suh imagine faisi,

(Livre IV, titre xxxni, n" 9, traduction de Grotius, Utrecht, 1797, in-4», tome II, p. 676.)

i5. Sur Ésope et le livre que lui attribue la Fontaine, Tojes la Ifotiee qui est dans le I*' yolume, en tête de la FU iPÉsope^ p. a5-a8.

i6« « Ce mot : et pUu^ iil te peut, est ridicule, a dit Chamfoit. On

F. i] LIVRE IX. 355

0)inme eux ne ment pas qui veut.

Mais mentir comme sot faire 4 o

Un certain dépositaire, Payé par son propre mot*^, Est d'un méchant et d*on sot.

Voici le fait :

Un Trafiquant de Perse, Chez son Voisin, s'en allant en commerce'*, 45 Mit en dépôt un cent'* de fer un jour. < Mon fer? dit-il, quand il fut de retour. — Votre fer ? il n'est plus : j'ai regret de vous dire

Qu'on rat l'a mangé tout entier*^.

J'en ai grondé mes gens ; mais qu'y faire ? un grenier 5 o

ne trouYe rien de ridicule pourtant dans oet beaux Tera d^Esther (1984-1386, acte III, scène ix), où Racine use de la même hyperbole :

Que Ton c^èbre ses ouvrages Au delà des temps et des âges.

Au delà de Tëternité \

ni dans cette exagération biblique, que Racine imite : Dominas re* gnttbit in miernum et ultra, (Exode ^ chapitre xt, Terset i8»)

17. Sur lequel le Trafiquant va tout à Theure s^appuyer (vers 71- 74), en lui rendant mensonge pour mensonge.

18. Cette incise est placëe de manière à faire amphibologie; mais la suite fait voir aussitôt qu'elle se rapporte à Trafiquant^ et non à Voisin, — A remarquer : « aller en commerce, » pour a aller commercer d.

19. Cent livres, un quintal : voyez aux vers 78 et 74. Cet ad* jectif numéral sans nom s*applique maintenant d'ordinaire aux objets qui se comptent plutôt qu*à ceux qui se pèsent.

30. Cela rappelle, sans qu*il j ait au reste nul rapport avec notre vers qne le fait de rats rongeant du fer, ce passage de V Apocolokyntose de Sënèque (chapitre vii), où Hercule dit à Tempereur Claude qui, parvenu au Ciel après sa mort, ordonne que l'on coupe la tête à la Fièvre : c Te voici dans un pays où les rats mangent le fer, 9 VetUsti hue^ ubî mures ferrum rodant ; c'està-dire : « lei pas de bâches pour trancher les tètes. »

356 FABLES. [f. i

A toujours quelque trou. » Le Trafiquant admire

Un tel prodige, et feint de le croire pourtant.

Au bout de quelques jours il détourne*^ Fenfant

Du perfide Voisin ; puis à souper convie

Le Père, qui s^excuse, et lui dit en pleurant : 55

tf Dispensez-moi, je vous supplie ;

Tous plaisirs pour moi sont perdus.

Taimois un fils plus que ma vie ; Je n*ai que lui ; que dis-je ? hélas ! je ne Tai plus. On me Ta dérobé : plaignez mon infortune. » 60

Le Marchand repartit : « Hier au soir, sur la brune**, Un chat-huant s*en vint votre fils enlever ; Vers un vieux bâtiment je le lui vis porter. » Le Père dit : « Comment voulez-vous que je croie Qu^un hibou*' pût jamais emporter cette proie ? 65 Mon fils en un besoin ** eût pris le chat-huant. — Je ne vous dirai point, reprit Fautre, comment; Mais enfin je Tai vu, vu de mes yeux, vous dis-je*',

Et ne vois rien qui vous oblige D'en douter un moment après ce que je dis. 70

Faut-il que vous trouviez étrange

Que les chats-huants*^ d'un pays Où le quintal de fer par un seul rat se mange,

ai. L^emmène, le fait disparattre ; le mot impliqua Fidée de secret et de larcin ; en latin, avertit. Nous arons tu ce verbe, avec une légère nuance d*acception, au lirre I, fable xz, ren i.

aa. La locution rerient an conte u de la III* partie, Ttm 170.

a3. Ici le naturaliste n*a rien à reprendre, pas même le peu qui a été relevé à la fable xxii du livre VIII, note i3, pour la chouette confondue avec le hibou * le chat-huant est une sorte de hibou,

94> Même expression dans CEtmuque^ acte Y, scène v (tome IV Jf.— X., p. Q^)*

a5. Je Pai vu, dis-ie, vu, de mes propres yeux vu, Ce qu*on appelle vu.

[Le Tartuffe^ 1664, acte V, scène lu, vers 1676- 1677.) a6. Chat-^iuatis dans les anciennes éditions (i679-i7a9)«

F. i] LIVRE IX. 357

Enlèvent un garçon pesant un demi-cent ? »

L^autre vit où tendoit cette feinte aventure : 7 5

Il rendit le fer au Marchand ,

Qui lui rendit sa géniture ".

Même dispute avint entre deux voyageurs.

L*un d*eux étoit de ces conteurs Qui n*ont jamais rien vu qu*avec un microscope; 80 Tout est géant chez eux** : écoutez-les, l'Europe , Comme TAfrique **, aura des monstres à foison. Celui-ci se croyoit Thyperbole permise.

« Tai vUy dit-il, un chou plus grand qu^une maison. — Et moi, dit Tautre, un pot aussi grand qu*une église. » Le premier se moquant, Tautre reprit : « Tout doux ^ ;

On le fit pour cuire vos choux *^ »

L*homme au pot fut plaisant; Thomme au fer fut habile. Quand Tabsurde est outré, Ton lui fait trop d'honneur De vouloir par raison combattre son erreur : 90

Enchérir est plus court, sans s'échauffer la bile.

97. Noas aTona déjà tu et Terrons ce mot plusieurs fois : fables xTi du livre IV, ven i5 ; xTin du livre Y, rers ai ; contes xv de la II* partie, vers 187; n de la III', vers 67, etc.

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