‹ ŒuvresChapitre 217 sur 224 · XX. — Page · texte numérisé non relu

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(livre IX, fable ii.)

J*ai ouf dire qu*il y aToit deux Pigeons qpx niroient heureux dant leiirt nids, exempts de toutes les injores du temps, et eontents de leurs petites proTÎsiens. L*ttn se nommoit VAiméy Tautre VJi^ mmtt. Un jour, PAimé eat enrie de Toyager; il communiqua son dessein à son compagnon, a Jusques à quand, dit-il, serons-nous enfermés dans un trou? Pour moi, j*ai pris résolution de rôder quelques jours par le monde, parce que, dans les Toyages, on Toit tous les jours des choses nourelles, on fait beaucoup d'expériences, et les grands ont dit que les Toyages sont des moyens pour acquérir des rictoires; si l'épée ne sort de son fourreau, elle ne peut montrer sa valeur, et si la plume ne fait sa course sur retendue de la psge des cahiers, elle ne montre point son éloquence. Le ciel, à cause de son perpétuel mourement, est par-dessus tout, et la terre, pour ne bouger de sa place, sert de marchepied â toutes les créattues. Si un arbre pouroit se transporter d'un lien en Tautre, il n'auroit pas la crainte d'être si maltraité des menuisiers^» Mais l'Aimant lui dit : c O cher compagnon ! tous n'ares jamais enduré les fatigues des Toyages, et ne savex pas ce que c'est d'être dans les pays étrangers. Le voyage est un arbre qui ne donne autre fruit que des inquiétudes, i L'Aimé répondit : « Quoique les £itigues des voyages soient bien grandes, si est-ce que le plaisir qu^on a de voir force raretés empêche de les ressentir, et après qu'une fois on s'est accoutumé à ces travaux, on ne les trouve plus étranges. — Le plaisir des voyages, répliqua l'autre, n'est agréable qu'avec les amis, et lorsqu'on est séparé d'eux, on a double tourment, l'un de ressentir la douleur de la séparation de ce qu'on aime, et l'autre, d'endurer les injures du temps. Ne quittez donc point le lieu de votre repos, et ne vous sépares point de l'objet que vous aimes, a L'Aimé répondit : « Si je trouve que je ne puisse endurer ces peines, en peu de temps je me rendrai ici. s Leurs discours finis, ils s'entr'embrassèrent, et l'Aimé dit adieu à PAimant, et ainsi ils se séparèrent.

L*Aimé sortit de son trou comme un oiseau qui sort de la cage, s*élança en l'air, et regardoit de tous côtés, considérant les hautes montagnes et les beaux jardins. Mais tout d'un coup il

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aperçut an pied d^ime eolline un lien qui reifembloit au paradis terrestre, à cause des belles prairies arrous^ de plusieurs fontaines bordées de beaux arbres. Ce lieu lui plut, et il se résolut d*^ passer la nuit. U n'étoit pas encore posé sur un arbre pour prendre son repos, quand il s^éleTa une nuée épaisse, suirie d*éelairs et de tonnerres qui faisoient retentir toute la campagne. La force de la pluie et de la grêle faisoit Toltiger de branche en branche ce pauTre Pigeon, qui ne saToit là où se mettre pour enter les coups qu'il receroit. Enfin il passa la nuit arec mille peines et meurtrissures, regrettant autant de fois le lieu de repos qu*il aroit quitté. Le matin renu, le soleil dissipa toutes les nuées arec sa chaleur. L*Aimé prit le toI pour s*en retourner au logis. Pendant qu*il s'entretenoit en soi-même, roici un Éperrier qui s'élère en Pair, avec un bon appétit, et une résolution de ne pardonner à aucun gibier qu'il pourroit rencontrer. Apercerant notre royageur, il s'élança pour le prendre, et en faire un. bon repas. A cette Tue, le pauTre Pigeon commença k trembler, et désespérer de reroir jamais son cher compagnon, regrettant de n'aroir pas suiri ses conseils, et protestant que, s'il pouroit échapper ce danger, il ne songeroit jamais à rojager. Comme sa résolution étoit ferme, sa demande réussit : de sorte que, lorsque TÉperrier étoit prêt à le mettre en pièces, Toici d'un autre côté paroltre un Aigle aiTamé, derant lequel rien ne pouToit se sauver. Lorsqu*il aperçut le Pigeon, il dit en soi-même : c Quoique ce gibier ne soit pas capable de contenter mon appétit, si est-ce qu'il pourra me serrir d'un petit goûter et amusera, en quelque façon, ma grande faim. » Il se jeta donc sur TÉpervier, pour empêcher qu'il ne pour* suirit sa chasse, et la lui rarir. L'Éperrier ne voulut pas céder à la force de l'Aigle, et Tolèrent l'un contre l'autre. Le Pigeon cependant, se serrant de l'occasion, se jeta dans un trou ou à peine un passereau se pouToit fourrer, et y passa la nuit arec force inquiétude. Le lendemain que la pointe du jour commença à paroi* tre, le paurre Pigeon étoit si foible de faim, qu'à peine pouroit-il Toler. Enfin il se résolut de sortir de sa citadelle et se mit en l'air tout tremblant, et regardant de tous côtés. U aperçut, par hasard, un Pigeon, auprès duquel ilj aroit force grain, dont il se donnoit au cceur joie. Cette rue le réjouit fort, et, TOjant son semblable, sans autre considération s'approcha; mais il n'aroit pas encore commencé à becqueter un grain, qu'il se rit attrapé par les pieds. C'est le piège du diable, que les plaisirs de ce monde; il ne faut pas permettre que notre âme s'en approche.

L'Aimé se mit à blâmer le Pigeon, en lui disant : c O frère ! nous sommes d'un^ même espèce, et cet accident ne m'est airiTé qu*à

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ton oeoaiion. Ponrcpoi ne m*aB-tu pu aTerti de oette tromperie? Tu m'eusses laît un aéle d'hospitalité, et j'eusse pris garde a moi, et ne fusse pas tombé dans oes lacs. » L'autre lui répondit : c Ne tiens pas oe langa^; personne ne peut prérenir son destin : toutes les diligeaees n'y serrent de rien. » L'Aimé enfin le pria de lui enseigner quelque remède pour se délivrer de cette prison, et qu'il lui en auroit une obligation étemelle, c O innocent, lui répondit l'autre^ si je sarots quelque artifice, je m'en senirois pour me délivrer moi-même, et je ne serais pas cause de la prise de mes semblables. Tu ressembles à ce petit chameau qui, las de marcher, en pleurant disoit à sa mère : t O mère sans affection, an i moins arrête un peu que je prenne haleine pour me délasser. » Sa mère lui dit : c O fils sans considération, ne Tois-tu pas que ma < bride est entre les mains d'un autre? Si j'étoîs libre, je jetterois c ce fardeau que je porte, et j'empéoberois ta lassitude. » Enfin le pauTre voyageur, désespéré, se mit à trémousser et à se tourmenter tellement qu'ayant encore un peu de force et de rie, il rompit le filet qui tenoit son pied, et, profitant de ce bonheur inespéré, s'envola du c6té de sa patrie. La joie qu'il avoit d'être échappé d'un si éminent péril lui fit oublier la fiiim. En volant, il passa par un village, et se mit sur une muraille, qui étoit vis-à-vis d'un lieu qu'on avoit nouvellement semé. Un garçon du village qui étoit là assis, pour garder ses graines, de peur que les oiseaux ne les vinssent manger, aperçut le Pigeon, et le galand eut envie de manger du gibier rdti. Il mit, pour cet effet, une pierre dans sa fronde, qu'il jeta au pauvre Pigeon, qui ne songeoit à rien moins qu'à cela, et s'amusoit à regarder dans le jardin. Il frappa si rudement le pauvre malheureux, qu'il tomba tout étourdi dedans un puits qui étoit au pied de la muraille, si profond qu'en tout un jour et une nuit on n'eût pu descendre, avec une corde, au bas. Ce villageois, voyant que ce qu'il demandoit étoit au fond de ce puits, où la corde de ses inventions ne pouvoit pas arriver, laissa dans cette (sic) abfme cette pauvre bête à demi morte. Le pauvre Aimé passa encore vingt-quatre heures au fond de ce puits, le cour triste, et Taile à demi rompue, regrettant un million de fois l'heureux séjour de son cher compagnon : « Chère mémoire, dit-il, de ce séjour si agréable, oà mes yeux étoient éclairés d'un objet que je ne devois jamais quitter ! Que puis-je faire, puisque mes efforts sont inutiles pour le revoir? i>

Le lendemain, avec mille peines et autant d'artifices, il sortit hors du puits, languissant et soupirant, et enfin arriva, à la dinée, aux environs de son nid. L'Aimant entendant le bruit de l'aile de sa compagne, sortit au-devant avec une extrême joie; mais le

APPENDICE. 5i5

Toyant ai foiUe et si défait, il lui en demanda la cause. L^aatre lui raconta toutes set arenturet, protestant n*/ retourner jamais et de ne faire plus de Toyages.

[Livre des lumières ou la Conduite dês Reu^ p. X9-a7t)

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