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(Discours à Mme de la Sablière, à la suite du livre IX.)

II j avoit très-longtemps que notre chirurgien accusoit iti garçons de manger les œufs des malades : il avoit beau les compter, il s'en trouvoit toujours à dire le lendemain deux ou trois, et quelquefois quatre, quoiqu'il eût lui-même la clef du réduit qu'on lui avoit fait dans le fond de cale en avant de l'eau, où il y a toujours une lampe allomée. H alla jusqu'à les accuser d'avoir une fausse clef, et même en frappa un, qui ailleurs se seroit défendu autrement que sur son innocence.

Celui-ci, peu accoutumé à de semblables caresses, s'est mis en tête de découvrir le voleur, et en est venu à bout. Il a dit à la

5i8 FABLBS.

Forgoe ee qn^îl troit tq; et cdni-ei a encore pemé le battre. U ne t*eft pat rebaté, et est rerenn à la charge hier iiutiii« comme noos d^jeanioat. H a été traita de fon et de TÎtionnaire : cepeodant, si son opiniâtreté ne noos a pas conrainoas de la Tenté de son rapport, elle noos a du moins inspiré Tenyie de nous en édaireîr» Pour ce sujet, on a percé, avec une Trille de charpentier, à cinq endroits différents, la cloison de ce réduit du chirurgien ; et nous sommes descendus dans le fond de cale» à la fin du premier horloge du quart de la nuit, c*est-à-dire i minuit et demi. Le gar» çon chirurgien, qui aToit toujours été en sentinelle, nous a £ût signe que les Toleors n*étoient pas encore venus. Nous n'ayons fait aucun bruit, et aTcms pris chacun possession de notre trou, au nombre de six spectateurs, qui sont le Commandeur, M. de la Chassée, Bottj, capitaine des matelots, la Fargue, Bainfilie, son garçon, et moi.... Voici ce que nous arons tu :

Trois gros rats, qui sont arrirés en même temps, et qui se sont approchés du baril où étoient les œuft. Ce baril étoit à demi Tuide. L*un de ceâ rats est descendu dedans ; un autre s*cst mis sur le bord, et Pantre est resté en bas en dehors. Nous n*aTons point TU ce que faisoit celui qui étoit dans le baril, les bords en étoient trop hauts; mais, un moment après, celui qui étoit au haut a paru tirer quelque chose en se retirant de dedans, oà 0 sMtoit baissé. Celui qui étoit resté en dehors, en bas du baril, a monté sur les cercles, et, appuyé sur ses pattes de derrière, s'est Heré et a pris dans sa gueule ce quelque chose que celui qui étoit sur le bord en haut tenoit. Celui-ci, après aToir Ifiché prise, a replongé dans le baril, et a encore tiré à lui quelque chose, qui a été aussi repris par celui qui étoit sur les cercles en dehors. On a pour lors reconnu que c*étoit la queue dW rat ; et, à la troisième tirade, le rat Toleur a paru, tenant entre ses quatre pattes un osuf, le dos appuyé contre le dedans du baril, et la tète en bas. Ses deux camarades Tout mis en équilibre sur le dos, appuyé sur le bord du baril. Celui qui étoit en bas Ta repris par la queue, et celui qui étoit en haut retenoit le Toleur par une oreiUe ; et Tun et Tautre le soutenant, et le conduisant par les deux extrémité, et descendant peu à peu, et de cercle en cercle, ils Tout doucement mis à bas, lui toujours sur le dos, l'ceuf, comme j*ai dit, posé sur son Tentre entre ses quatre pattes. Us l'ont ainsi traîné jusque sous un Tuide, entre la cloison et la doublure du Taisseau, où nous les ayons perdus de vue.

M. de Porrières nous a fait signe de ne fiiûre aucun bruit, et de rester. Les Toleurs ont fait trois fois la même mancsuTre, et ont ainsi emporté trois œufs : c^est chacun le sien. Us n'ont pas été

APPENDICE. 5z9

plus d'un bon quart d*heure à leur trarail; et en ayant encore resté autant pour les attendre, et voyant qu'ils ne rerenoient pas, nous nous sommes retirés fort contents de notre curiosité.

Voilà ce que j*ai tu la nuit dernière du jeudi i3 à aujourd'hui a 4 norembre 1690. Qu'on nomme cela raison, instinct, ou mou- Tement nécessaire d'une machine; qu'on dise que c'est une fable; qu'on dise arec l'italien : Non i vero^ ma hene trovaio; je le répète encore, cela m'est très-indifférent. Il suffit pour moi que je l'aie vu.

(Journal tPun voyage fait aux Indes Orientales ^ par une escadre de sis vaisseaux^ commandez par M, du Quesne; à la Haye, M.DGC.XXI, 3 toI. in-is, tome II, p. BaS-SsG. — Cité en appendice par M. Marty- Lareaux, tome Y, p. a83-a86.)

TABLE DES MATIÈÇES

œNTENUES DANS LE SECOND VOLUME.

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