‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 29 sur 49 · EN FAVEUR · texte numérisé non relu

EN FAVEUR

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Le sieur Victor-Amédée, marquis de Saint-Huruge, a été conduit au Chàtelet, où il est jugé prévôtalement. Je ne dirai pas : il est gentilliomme, il est filleul du roi de Sardaigne ; je dis: il est citoyen français. Un citoyen français vaut bien un citoyen romain, et si la fameuse loi Porcia^ qui défendait de mettre à mort un citoyen romain, ne peut pas revivre parmi nous, au moins est-il certain qu'un citoyen français ne doit pas être jugé prévôtalement, parce que tout jugement prévôtal, et même tout jugement criminel qui n'est pas public, est horrible devant les honnêtes gens.

Citoyens, le premier édifice que vous avez à construire est une tournelle criminelle, un vaste cirque, au milieu duquel s'élèvent les bancs des juges, celui de l'accusé, la tribune de l'accusateur et du défenseur, et autour une immense galerie pour les philanthropes protecteurs des lois, mais aussi de l'innocence. Il faut que tout citoyen arrêté soit d'abord conduit à ce grand théâtre, pour y subir un interrogatoire en public,

avant qu'on puisse Técrouer dans une prison. Lorsque toute la France a poussé dans les cahiers un cri universel d'indignation contre les formes expéditives de la prévôté, contre la nuit éternelle qui enveloppe les procédures criminelles; lorsqu'on entend répéter partout, avec tant déraison, que le vœu unanime des cahiers a force de loi, et qu'il ne manque à cette loi que d'être proclamée, comment les prévôts n'ont-ils pas la délicatesse de se dire :

« La promulgation n'est qu'une formalité pour ceux qui ne connaissent pas la loi ; quant à moi, je connais le vœu unanime de la nation, mon droit de mort est au moins douteux âmes yeux; je n'environnerai plus mon tribunal d'odieuses ténèbres; je ne jugerai plus prévôtalement. » 3Iais non, tous les juges, sans y penser, ressemblent à Pilate. L'orgueil est flatté de pouvoir dire à un citoyen : « Sais-tu que j'ai le droit de te crucifier et de t'absoudre? » Revenons à M. de Saint-Huruge.

Accusé d'avoir écrit une lettre comminatoire à l'Assemblée nationale, d'avoir signé une motion attentatoire à la liberté de l'Assemblée nationale, sa place est, non au Châtelet,mais à l'Abbaye ou à Brie-Gomte- Robert, parmi les accusés de crime de lèse-nation; ses juges sont le comité des douze, et non le prévôt.

Or, lorsque M. de Clermont-Tonnerre a requis son décret, et le comité des douze et l'Assemblée nationale ont prononcé qu'il n'y avait lieu à délibérer ; et cependant on le juge prévôtalement.

Je déclare que je connais à peine M. de Saint-Huruge, que je n'ai fait que l'entrevoir le dimanche 30 août au café de Foi, où je l'ai observé comme un homme singulier, et un patriote de la meilleure trempe. Je me suis avisé de lui faire une petite re-

marque, à laquelle il a répondu fort brutalement, mais ce n'est point le marquis de Saint-Huruge que je défends ici personnellement ; c'est un Français, c'est moi, c'est nous tous, citoyens.

M. de Saint-Huruge dénie que la signature au bas de cette lettre comminatoire soit la sienne; et malgré sa dénégation, malgré son domicile, malgré son affectation de se montrer à la tête d'une patrouille, sans reconnaissance d'écriture ou vérification préalable, il est appréhendé au corps et jeté en prison.

Cependant une chose saute aux yeux : s'il n'a point signé cette lettre, il n'est point coupable, et s'il l'a signée, c'est une preuve qu'il ne se croyait point coupable : cette signature même est sa meilleure justification.

Mais, crie-t-on, la rumeur publique était contre lui. Il ne peut nier du moins avoir signé la motion du Palais-Royal.

11 est vrai que cettemotion est telle, que M. Mounier a promis oOO,000 livres à celui qui en dénoncerait les auteurs. A ces offres je reconnais bien un sénateur de Venise. Gardez, M. I\Iounier, ces 500,000 livres; elles aideront à payer les 24 ou 36 livres par jour qu'on dit que ce bon peuple vous alloue pour défendre si bien sa cause. Si vous avez une si grande envie de connaître les auteurs de cette motion, que vous appelez un complot infernal, je me dénonce, non comme l'ayant proposée, je n'ai pas cet honneur, mais comme l'ayant signée des premiers. La voici en entier, cette motion qu'ont signée avec moi six cents pervers, six cents Catilinas.

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