ET DE BRABANT
(28 novembre 1 7 89-juillet 1792)
Nous ne pouvons réimprimer ici ce journal qui ne comprend pas moins de 86 numéros d'au moins trois feuilles in-8 chacun. C'est dommage, car la verve de Desmoulins n'a jamais été si étincelante que dans ces pages souvent cruelles, toujours éblouissantes. A la fin de juillet 1791, forcé par les événements d'abandonner son entreprise, Camille légua à Prudhomme, l'éditeur des Révolutions de Paris^ son obligation envers les souscripteurs de leur fournir les cinq numéros qu'il lui restait à faire jusqu'au 91^, pour compléter le septième trimestre.
Camille Desmoulins était né journaliste. Dès le début de la révolution, il écrit à Mirabeau « pour être, s'il y a « possibilité, un des coopérateurs de la fameuse ga-
1. Voy. Eug. Halin. Bibliographie historique et critique de la presse périodique eiiFrance (tvol. gr. in-8, 1866). — Dulsauchoy avait essayé, avec le libraire Garnéry, de faire concurrence à Camille sous le même titre, mais il fut forcé bientôt de transformer ses Révolutions en la Semaine politique et littéraire.
(c zette de tout ce qui va se passer aux États généraux, (c à laquelle on souscrit par mille et qui rapportera cent f( mille écus, dil-on, à l'auteur. » Les provinces belges tentaient alors contre l'empereur une révolution analogue à celle des Français contre leur roi, Desmoulins associa ces deux mouvements l'un à l'autre dans son titre; mais bientôt il effaça le moi Brabant^ déclarant qu'il abandonnait ce un peuple assez stupide pour baiser « la botte de Bender. » Ces Révolutions de France et de Brabant firent fortune. Le libraire Garnéry donnait à Desmoulins deux mille écus par an. On peut voir, dans son journal même et dans ses correspondances, combien Desmoulins connut de transes et de découragements dans sa tâcbe de journaliste. Dix fois il est sur le point de se retirer, « d'aller, comme Milon^ manger des poissons « à Marseille. » Mais il continue d'écrire pour ces juifs de libraires, parce que Robespierre l'accuse de déserter la cause. Les événements du Champ de Mars forcèrent Camille à quitter la plume. Caché, comme Danton, il avait terminé sa publication par une virulente apostrophe à Lafayette « phénix des alguazils-majors. »
On trouve dans le Journal des Révolutions de V Europe en 1789 et 1790 {Neuwied sur le Rhin^ chez la Société typographique, et à Strasbourg, chez J. Treuttel) une note piquante sur le journal de Desmoulins :
ce Révolutions de France et de Brabant, par M. Desmoulins, auteur de la France libre et du Discours de la Lanterne aux Parisiens. C'est encore un de ces démocrates déterminés, qui croient devoir offrir des victimes au peuple, et assemblent autour d'eux les passants à force de crier des invectives. »
Sauf le mot invectives^ le jugement est malheureusement un peu juste. Comme l'auteur du Vieux Cordelier se repentira plus tard d'avoir écrit certains passages de ses premiers écrits qu'il qualifiera alors de trop nombreux !
Le Cousin Jacques (Beffroy de Reigny) avait cité dans son Lendemain le journal de Desmoulins parmi les écrits de c( la petite canaille libelliste. »
Nous donnerons, pour faire un peu connaître ce journal très-peu connu, d'abord le très-curieux prospectus de Camille, puis quelques extraits des volumes de cette collection.
RÉVOLUTIONS
DE