Acte de naissance d'Horace Dcsmpulins, dis de Camille Desmoulins
Extrait du registre provisoire des naissances constatées à la ci -devant maison commune de Paris , année 1792.
8 juillet 1792.
CêjoUîfd'hui 8 juillet 1792, Fan 4 de la liberté , est comparu pardevant nous officier municipal , administrateur de police , étant actuellement à la doiaison commune dans le lieu des séances ordinaires du corps municipal^ les portes étant ouvertes , Benoit-^CamilIe Desmoulins , citoyen membre du conseil-général de cette commune , demeurant à Paris, rue du Théâtre-François.
Lequel nous a dit que le 6 de ce mois , à nexif heures du matin , il lui étoit né un fils du légitime mariage de lui comparait , avec Ânne-Lucile-Philippe Laridon Duplessis.
Que la liberté des cultes étant décrétée par la constitution , et que par un décret de rassemblée nationale législative, relatif au mode de constater l'état civil des citoyens autrement que par des cérémonies religieuses, il doit être
élevé clans chaque municipalité chef-^licu un autel sur lequel le père, assisté de deux témoins, présentera à la patrie ses enfans.
Le comparant voulant user des dispositions de la loi constitutionnelle, et voulant s épargner un jour, de la part de son fils, le reproche de lavoir lié par serment à des opinions religieuses qui ne pourroient pas encore être les siennes , et de Tavoir fait débuter dans le monde par un choix inconséquent entre neuf cents et tant de religions qui partagent les hommes, dans un temps où il ne pouvoit pas seulement distinguer sa mère.
En conséquence^ il nous requiert, pour constater la naissance et Vétat civil de son fib, qu'il nous a fait puésenter sur le bureau, en présence de Laurent Lecointre et d^ Antoine
Merlin deThionville^ citoyens députés à rassemblée nationale, de recevoirla présente dédaration, youkntquesonfils
se nomme Horace^Camille DesmouUns. De laquelle dédaratiûn il requiert qu'il en soit frit transcription dans le registre qui sera ouvert conforitiément à la loi ci-destos rap» peiéè , et que la prés€>nte ndoote smt par noua en attendant déposée au greffe de la miJÉnicipalitë , et dont expédition lui sera donnée aiisri ^psée par le dédarant af ce nous et les témoins désignés, les jour et aa i|iie doaaa. Signé Camille DesnMMfaw , Iferim de Tbiwnfe et I>^ cointre;
Le dépAt de l'acte ci-desa«s MHébkwm ii M; 9 4, i mw ê 4k
la municipalité , et reçu par moi secrétaire greflkr le g juillet 1792 , Fan 4 de liberté.
Signé RoYEn.
Lettre de Camille Desmoulins à son père dans laquelle il lai apprend qn'il lai est né un fils et lui mande le découragement qu'il éprouve en voyant que se$ conseils et ses avis au peuple depuis trois ans sont inutiles et perdus.
l2jaiUetl792.
Mon cher père ,
Tai attendu que ma femme fût releyée de ses couches pour vous apprendre en même temps que la mèi^ et l'enfant se portoient bien. Elle est accouchée le 6 de ce mdls d'an garçon qui a été présenté le surletidemain à la municipalité , et a ouvert le registre des naissances. Iiecointre et Merlin de Thionrille , deux députés fort de mes amis, étoient ses témoins. Je l'ai nommé Horace-ûunillc Desmoulins. U est allé aussitôt en nournce à l'Ile -Adam ( Seine-et-Oise ) avec le petit Danton. Un successeur ne pouvoit me venir plus à propos pour recueillir l'héritage de ma popularité k la veille des dangei^s que présage aux
principaux auteurs de la révolution, l'invasion prossietine et autrichienne. Il m'est impossible quelquefois de nepts me décourager et de ne pas avoir du mépris pour le |Mrfi du peuple que j'ai si bien et si inutilement servi. Je kii ai prédit depuis trois ans* toat ce qui lai arrive. Met derniers ouvrages surtout depuis six mots et les méros que je viens de publier d'an joonial n Tribune des Patriotes j ont montré combicB je sois le cœur humain et les prineipaox pivots tournoit la révolution. Tout le flK>ode d«i semble me regarder en ce auraient avce des v««s de 9m^ prise ^ ils se disent : ooos n'aurions jiwiii cra ^fiê ÙA dit vrai. Je n ai eu que du sens conwnnn . et il s^ MmC pas autre chose ; mais ils sont oUigfb , en et mwn tat. 4br me supposer du génie poor s'excaoet €n& owi» ^ «( dissimuler qu'ils ont été àe% mibèoÊki. G je été cru du peuple ? je o ai pn iesùtm^ de ma £imille ici. Je n'ai ces^ d«pMi dusci nuf ^ 2<m^ voir à mon bcan-pêre eikmt Cmbok ^fm k Itt^çnMïnn étoit inévitable 9 il ne m'a pas i£lé dttdift; ^ Vnr SfUt.trer, comme an cl on fantdtfu . '^fm ^ m'i ^ «-m»! de mieux à faire éloit de e»v»râr Mfœ\ ;*aiv^ iiv a ville en biens mlinnini CnnInHL ^ ib^. %»^vr *'4jax^ heureux si avee d» mmpuÊk fwf^ jn wu^ }^^jpvir V quoi vous libéfer de v« Reflet: E* -k smni^a^. ♦mo* i*^-
nez quitte enren vok wauwtr* - *^ '"^^ «^ fi^M^f
débiteur que de ma femme et de mon fils. Au lieu de vous avoir à la fob rendu un si grand service, et en même temps d'avoir assuré à ma femme et à mon fils leurs biens, double plaisir, double avantage pour moi , je me vois à la veille de perdre en entier une dot considérable , placée sur le roi, c^est-à-dire hypothéquée sur l'indivisibilité des 83 départemens. Telle est ma crainte d'attrister ma femme en la moindre chose, que connoissant bien qu'dle ne consentiroit jamais à convertir ses contrats de rentes en d'autres contrats, je ne lui en ai même jamais parlé, parce que je regarde la paix du ménage et Tunion cob« jugalé comme un bien auquel il faut sacrifier même k fortune , et qu'il m'est plus aisé de vivre dans un tonneau que dans un palais où je disputerois avec ma femme , ' dont les vertus et la tendresse pour moi mériteroient que je fisse taire même ma raison.
J'embrasse ma famille.
Camille DesMOULiat.
Réponse du père cle Camille k cette dernière lettre de Camille en
date da6jiiîiietl708.
Gaise, 16 jaillet 1798.
INous partageons, mon cher fils, to^e la joie que peut vous donner la naissance d'un fils, le premier fruit ^e vos amours et d*unje épouse chérie. Nous apprenons avec un égal plaisir que la mère et l'enfant se portent bien. Je souhaite que la révolution , si elle se consomme , lui soit plus heureuse qu'à vous , et je ne sais trop si je dob désirer qu'il soit le successeur de votre popularité , qui vou^ a fait , et à moi par contre-coup , beaucoup d'ennemis et peu ou point d'amis. Car cette révolution n*a été, je crois, à personne plus funeste qu'à moi à tous égards , lorsque je devois en attendre plus que personne les plus heureux effets^ mais vous avez toujours été trop outré dans votre système , malgré le principe dont je suis pénétré , dont j'ai cherché à vous pénétrer et dont l'expérience m'a convaincu, que tout extrême est une erreur ou un danger dans l'état où nous avons trouvé les choses.
Nous avons vu passer à travers notre ville avant-hier et hier , faisant route vers MeU , l'armée de Luckner avec les attirails et suites qui ont campé à la circonfé-
rence depuis Saint-Germain * jusqu'à Lehery *• Le quar*
tier-gënéral étoil à Guise. Je devois loger M. Luckner ,
mais il ne fit que passer en poste le i3 à lo heures du
soir 9 pour se rendre de la même traite à Paris. Pai eu
celui qui commande à sa place , M. Berthier , chef de
f état-major de Farmée, avec ses bureaux. M. de Chartres
étoit logé chez M. Lesur, votre ancien camarade de classes,
qui a acheté fa lAaison de feu M. de Beaufort. M. de
Beauhamais étoit dans mon voisinage ^ et M. de Cambb
chez le cousin Deviefville , Fex-député.
Embrassez pour nous notre chère helle-fiHe; renouve^
lez-Iùi tous nos ëmpressemens de la connottre. Quand elle sera par&itement rétablie de sa couche, ne pourries- Tous pas vous dérober quelques jours à votre train de Pkrls pour nous Famener et recueillir ici les caresses simples et franches de votre famille et de vos parens. Aimez-vouf toujours Fun et Fautre avec cette délicieuse tendresse que vous me peignez si bien et qui retentit sans cesse au fond de mon cœur. Ce bel accord vous consolera de tous les événemens , et il sera pour moi un^ baume pour les ae^ cidens de la vieillesse.
Je suis toujours votre bon ami ,
Desmoulins.
' Village à une lieue de Guise.
*• Village du côté opposé, à i lieues de Guise.
N. B. Lodle aïoit rmitnMf d'écrire Aaifat JMv tast ce ^< éproQYoH et fOfoit. Voici ma atnit et 4 la journée da 10
Qu'allons-nous devenir? Je n en pub plus. OmSBty 6 mon pauvre Camille! que vas-ta devenir? Je D*at plni la force de respirer. Cest cette nuit, la nuit Coak. Hion Dieu! s'il est vrai que tu existes, sauve donc des hommei qui font dignes de toi. Nous voulons être libres. ODiea! qn*H en coûte. Pour comble de malheur, le courage m*abandonne.
tfdécMbre.
Quelle lacune depuis le neuf août! que de choses! q«el volume j'aurois bit si j'avois oontioué* GHBment me rappeler tant de choses? ITimporte, je vais en retracer quelque chose. Le 8 août, je suis revenue de la campagne. Déjà tous les esprits fermentaient bien fort. On avoit voulu assassiner Robespierre. Le 9, j*eus des Marseillois
à diuer 3 nous nous amusâmes assez. Après le diner, nous
fûmeâ tous chez M. Danton. La mère pleuroit, elle étoit
on ne peut plus triste i son petit avoit Tair hébété ^ Danton
étoit résolu. Moi , je riois comme une folle, lis craignoient
que raffs^ire neût pas lieu. Quoique je n'en fusse pas du
tout sure, je leur disois, comme si je le savois bien, qu elle
auroit lieu. Mais peut-on rire ainsi! me disait madame
Danton. HélasI lui dis-je, cela me présage que je verserai
bien des larmes peut-être ce soir. Sur le soir, nous fûmes
reconduire madame Charpentier ^ Il faisoit beau , nom
> fîmes quelques tqiurs dansla rue ; il y avoit assez de monde.
Nous revînmes sur nos pas, et nous nous assîmes tout à
côté du café '• Plusieurs sans -culottes passèrent en
criant : vwe la nation! puis des troupes à cheval, enfin
des foules immenses. La peur me prit. Je dis à madame
Danton : <c Allons-nous en. » EUe rit de ma peur; maba
force de lui en dire, elle eut peur à son tour, et nous pa^
times. Je dis à sa mère : a Adieu-, vous ne tarderez pas à
entendre sonner le tocsin. » En arrivant chez Danton, j'y
vois madame Robert et bien d'autres. Danton étoit agité.
Je courus à madame Robert et lui dis : « Sonnera-t-en le
tocsin? — Ouï, me dit-elle, ce sera ce soir. » J'&ôulw
• Parente de Danton.
■ Café de la place de l'Odéoa.
tout, et ne dis pas une parole. Bieniftl je vis chacun 8*ar-^ mer. Camille , mon cher Camille arriva avec un fusil. O Dieu! je m*enfon^ai dans Falcôve, je me cachai avec mes deux mains et me mis à pleurer ; cependant, ne votdant point montrer tant de foiblesse et dire tout haut à Camille que je ne voulob pas qu^il se mêlât dans tout cela , je guettai le moment où je pouvob lui parler sans être entendue> et lui dis toutes mes craintes. H me rassura en me disant qu'il ne quitteroit pas Danton. Tai su depuis qu'il s'étoit exposé. Frëron avoit Tair d'être déterminé à périr. « Je suis las de la vie , disait-il, je ne cherche qu'à mourir. » -Chaque patrouille qui venoit, je croyois les voir pour la dernière fois. Tallai me fourrer dans le salon, qui étoit sans lumière, pour ne point voir tous ces apprêts. Personne dans la rue. Tout le monde étoit rentré. Nos patriotes partirent. Je fus m'asseoir près d'un Ut, accablée, anéantie, m'assoupissant parfois, et lorsque je voulois parler, je déraisonnois. Danton vint se coucher. II n'avoit pas l'air fort empressé, il ne sortit presque point. Minuit approchoit. On vint le chercher plusieurs fois; enfin il partit pour la commune. Le tocsin des Cordeliers sonna : il sonna long-temps. Seule, baignée de larmes, à genoux sur la fenêtre , cachée dans mon mouchoir , j'écoutois le son de cette fatale cloche. En vain venait-on me consoler. Le jour qui avoit précédé cette fatale nuit me sembloit être le dernier. Danton revint. Madame Robert, qui étoit
très inquiète pour son mari qui étoit allé au Luxembourg, où il avoit été député par sa section, courut à Danton, qui ne lui donna qu'une réponse très vague. Il fut se jeter sur son Ik. On vint plusieurs fois nous donner de bonnes et mauvaises nouvelles* Je crus m'apercevoir que leur projet étoit d'aller aux Tuileries. Je le leur dis en sanglottaut; je crus que j'allois m'évanouir. En vain madame Robert de* mandoit des nouvelles de sou mari , personne ne lui en donnoit. Elle crut qu'il marchoit avec le faubourg. « S'il » périt, me dit-elle, je ne lui survivrai point. Mais ce )) Danton, lui, le point de ralliement! si mon mari périt, » je suis femme à le poignarder, )> Ses yeux roubieut. De ce moment, je ne la quittai plus. Que savois^je, moi, ce qui pouvoit arriver ? Savois-je de quoi elle étoit capable? Nous passâmes ainsi la nuit dans de cruelles agîutiens. Gimille revint à une heure ; il s'endormit sur mou épaule. Madame Danton étoit à côté de moi , qui sembloit se préparer a apprendre la mort de son mari, a Non , me disait-elle, je ne puis plus rester ici. » Le grand jour étant venu, je lui proposai de venir se reposer cbez moi. Ca« mille se coucha. Je fis mettre un lit de sangle dans le salon avec un matelas et une couverture ^ elle se jeta là-dessus, et prit quelque repos. Moi , je fus me coucher et m'assoupis au son du tocsin, qui se faisoit entendre de tous c6tés.^ Nous nous levâmes. Camille partit en me faisant «spérer qu'il ne s'exposeroit pas. NousHmes à déjeuner. Dixheures,
ODze heures passent sans que :
Noos primes quelques jooman 4e k canapé da sakm, nous nous mimes à lesUfiSLEIe nn article; il me sembla, pemlint ce tempa^qwe fi le canon, fen entendis biealk rien dire : ib derinrent pins fi ré qn en s . Je loi dis : « On livr le canon. » Elle écoula, Tentendy pâlit, se kissedkret s évanouit. Je la déshabillai. Moi-même, j'émis piéleâ tomber là, mais la nécessité oè je me li u mo i s de hsceoa* rir me donna des forces. Elle revint à elle. Jeannette * crioit comme une bique. Elle vouloit rosser k AL V. Q., qui dboit que c'étoit GuniUe qui étoit la canse de tout cela. Nous entendîmes crier et pleurer dans la me, nous crûmes que Paris alloit être tout en sanç. Nous nous encourageâmes^ et nous prtimes pour aller chez Danton. On crioit aux armes» et chacun y eouroit. Nous trouvâmes la porte de la cour du G>mmerce fermée '• Nous frappâmes , criâmes , personne ne nous venoit ouvrir. Nous voulûmes entrer par chez le boulanger , il nous ferma la porte au nez. Tétois furieuse^ enfin on nous ouvrit. Nous fûmes assez long-temps sans rien savoir. Cependant, on vint nous dire que nous étions vainqueurs. A iwe heure ,
* Caisinière de Camille.
* Danton babitoit un apprtement dans le pasiage da Gommerci' au dessus de la porte d'entrée du côté de la rue de rÉcole de Médecine. M. Gdy son beau-père y demeure encore en ce moment.
chacun vint nous raconter ce qui s'étoit passé. Quelques Marseillois avoient été tués» Mais les récits étoient cruels. Camille arrit^et me dit que la première tête qu'il avoit va tomber étoit celle de Suleau. Robert étoil à la ville, et avoit sous les yeux le spectacle aflreux des Suisses qu'on tuassacroit. Il vint après le diner , nous fit un affreux récit de ce qu'il avoit vu , et toute la journée nous n'entendîmes parler que de ce qui s'étoit passé. Le lendemain 1 1 , nous vimes le convoi des Marseillois. O Dieu! quel spectacle! Que nous avions le cœur serré. Nous fumes, Camille et moi^ coucher chez Robert. Je ne sais quelle crainte m'agitoit; il me sembloit que nous ne serions pas en sûrelë chez nous. Le lendemain la, en rentrant, j'appris que Danton étoit ministre
Lettre de Camille à son père sur la journée du 10 aoât.
1» août 17d2.
Mon cher père.
Vous avez appris par les journaux les nouvelles du 10 août. Il ne me reste qu'à vous faire part de ce qui me regarde. Mon ami Danton est devenu ministre de la jus^ tice par la grâce du canon ; cette journée sanglante devoit
finir, po«r semUr. B Ta A à
vos propliéâci q«e je ae fen» jaBW fioa ^ jb si TOB éieféiee^élrilkdnHr f lilii 4r Ue«»
tion d'n Iwihk it >M« nfe, et Im J^ca ék» fb rain, je le sas benKoap «eiBft^eniyadaaaft^fHHK
tion, la dielrar, le filfnf et le palrirtiaBe fm §t mt distinsiie pnde hiiBiiliBl^^defl— — iléet JefeflMar de ses semblables, que les années reCmidEMnl. Bks nont point attiédi en moi FaoNNir fini» et fnire flb deTcna secrélair c Hg énéfal dn li/p i i tr f nf de la jnrtiee et ce qu'on appeknt secrélaire des seeanx , espère ne pas tarder à tous en donner des aarfses. Je eran la lSha%é afFermie par la révolntion du lo août. H noos reste â rendre k Franee henrense et florissante au'ant qne libre. Cest à qnm je Tais consacrer mes TciDes. Si rotre commissaire du roi a enrie de troqoer et de -fcna laisser sa place, il plent depois quinze joors des démissions de commissariats.
Camille Desxotujis,
Secrétaire-général du département de U justice.
La vésicule de vos gens de Guise , si pleins d envie, de haine et de petites passions , va bien se gonfler de fiel contre moi , à la nouvelle de ce qu'ils vont appeler ma fortune et qui n*a fait que me rendre plus mélancolique, plus soucieux, et me faire sentir plus vivement tous les maux de mes concitoyens et toutes les misères hu-^ maines.
J'ai appris que ma cousine Flore * vient de se marier* Veuillez lui faire mes compUmens et me rappeler à la mémoire de toute ma Êimille. J'embrasse ma chère mère.
Nous sommes entrés ici, comme vous le voyez, par la brèche du château des Tuileries, et je ne vois guère que les Hulans et les Tyroliens qui puissent nous chasser de b place Vendôme.
iiiÉ.
Réponse de M. Desmoulins père à la lettre de Camille du i^ août
17 août ITBSL
Je serois bien délicieusement affecté, mon fils, de votre nouvelle position, si vous ne la deviez pas à une crise que
* Mademoiselle Flore Godart de Wiègc (Aisne) , aajoard*hai madame Tarrieux de Taillant.
je ne vois pas encore finie et dont je redoute toujours les suites. D'après le cri de tout ce qui m'entoure^ les ëyënemens du lo aoât ont indispose les provinces et Farmée contre les Parisiens et contre le parti dont on vous croit Fun des membres les plus ardens.
Dans l'agitation où sont toutes les choses autour de nous , je préférerois peut-être vous voir paisible possesseur de mes places et le premier de nos concitoyens dans notre viHe natale plutôt qu'à la tête du ministère d'un grand empire déjà bien mine, bien déchiré, bien dégradé, et qui, bien loin d'être régénéré, sera peut-être d'un moment à Fautre ou démembré ou détruit.
Quoiqu'il en soit, puisque vous voilà en second au gou- ^ vernail remis à M. Danton votre ami, pour la partie de la justice , distinguez-vous-y par les grandes qualités qui sont propres à cette administration ^ joignez à votre popularité connue cet esprit d'intégrité et de modération que vous aurez souvent occasion d'y développer^ dépouillez-vous de celui de parti qui vous y a peut-être élevé ^ mais qui pourroit ne pas vous y maintenir» Avec la droiture que je tous connoiset la modération que je vous prêche, on va loin, même dans le poste le plus scabreux. Faites revenir vo? ennemisen vous montrant juste avec eux et facile à oublier leurs torts; faites-vous le plus d'amis que vous pourrez parmi les gens de bien et consultez toujours le mérite et lo talent dans vos choix. &
ii— 142 <^
Jouisses loDg-texnps de voire nouvelle placQ et ma satisfaclion sera au comble. Votre mère partage tous mes se^^imenssur ce point et me charge de vous en assurer*, /elle you^ embrasse ainsi que votre sœur. Recevez nos communes félicitations et faites-les agréer à notre chère belle-fiUe avec toutes les c^tressés de la plus franche cordialité. ( Votre cousine Flore, qui est passée avant-hier matin ici allant à Iron ^ avec M. de Taillant son mari, et d(^lt jç crois vous avoir annoncé le mariage, apprendra avec Uen du plabir, comme toute la famille, votre élévation.
Votre meilleur ami,
DSSMOULINS.
Lettre de Lauraguais à Camille Desmoulins.
Cbaany, le i8 d auguste 179SL
Les grandes nouvelles me déterminent , Monsieur, à en demander des vôtres. Je veux savoir quelles sont vos
* Petit village près de Guise qui a donné naissance à Tan de nos plus fameui jurisconsultes, à M. Denisart.
occupations dans ce temps de révolutions. Que dites-Tous de la mort de Timmortelle constitution? Vous savez que j'en portois déjà le deuil avant que Target l'eût mÎM au jour. Aussi suis-je fort aise de me trouver dans un état élémentaire. Un vieillard comme moi est charmé de renaître. Je compte aller aux assemblées primaires, et j'espère qu'en me vbyant , les membres de cette assemblée décideront judicieusement que je ne suis pas un émigré* Depuis près ;le six mois que j'ai quitté Paris , je n'ai lu ici de papiers publics que le Journal des Débats et celui de M. Lebrun. M. Robespierre et vous n'êtes surement pas restés sans occupations et sans ennemis. Vous devriez m'envoyer ce que vous avez écrit l'un et l'autre jusqu'à ce jour. Depuis six mois je ne me siiis occupé que de ma santé qui étoit bien mauvaise , et de cultiver une ferme que j'avois prise en mauvais état. Je vous demande du feu pour rallumer mon vieux sang , et vous prie d'offrir à votre charmante femme les hommages du campagnard qui vous souhaite le bonjour.
Ladhàguais.
di^
m-^HU
Lettre de Fouqaier TinviUe à Camille DesmoaUns dans laquelle il le prie de lui procurer une place dépendante du ministère de la justice.
ao août 1782.
Jusqu'à la' journée à jamais mémorable du lô de <;e mois , mon cher parent ^ , la qualité de patriote a été non seulement un titre d'exclusion à toute place , tmk même un motif de persécution : vous en fournissez vousmême Texemple. Le temps est enfin arrivé , il faut Fedpérer au moins, où le patriotisme vrai doit triompher et remporter sur Taristocratie •, c'est même un crime d'en douter d'après les ministres patriotes que l'assemblée na« tionale vient de nous donner. Je les connois tous par leor réputation , mais je n'ai pas le bonheur d'en être éonnu. Vous seul pouvez m'étre utile soit par votre place, soit par . vos connoissances et relations particulières aujirès d*eux« Mon patriotisme vous est connu ainsi que ma capacité
* Fouquier Tiaville éloit parent de Camille Desmoulins. L^ membres de la famille de Fouquier Tin ville et (fui portent son nom habitent en ce moment le petit village d^ErouelIes près Saint-Quentin (Aisne). Ils sont tont-à-fait étrangers à la politique et ne s'occupent que de la culture des terres qui composent leur patrimoine.
surtout pour les matières contentieusés. Je me Ratte que vous voudrez bien intercéder pour moi auprès de iiy)nsieur le ministre de la justice pour me procurer unepkce soit dans ses bureaux, soit partout ailleurs. Vous savez que je suis père d'une nombreuse famille et peu fortuné. Mon fils aine âgé de i6 ans, qui a volé aux frontières, m'a coûté et me coûte beaucoup. Je compte sur votre ancienne amitié et votre zèle à obliger. Je rappelle à votre souvenir Deviefville notre parent commun , dont la position est plus fâcheuse que je ne pub vous l'exprimer. Je suis très par&itement, mon cher parent, votre trè9 humble et très obéissant serviteur.
FouQXJiER , homme de loi , rue Saint-Honoré , N* 356, vis-à-vis l'Assomption.
N. B, Camille Desmoulins dbtînt dans la suite à Foaqaier''Tinville, sa plaœaa tribonal révolationnaire; on sait oommeat celuici récompensa soa bienfaiteur.
' (Note de Féditenr).
21 août 1792.
Eitrait des délibérations de la section des 1^-20 du 21 août 1792, l'an 4 de la liberté, le premier de Tégalité.
Sur la proposition d'un membre^ la section a adopté en son entier la proposition suivante.
La section des i5-20, faubourg Saint -Antoine^
Considérant que pendant la révolution , les écrivains patriotes ont préparé au peuple (rançois le chemin de la liberté et de l'égalité; qu'ils ont toujours donné l'éveil au moindre danger de la patrie ; qu'ils ont hardiment annoncé les complots des conspirateurs et les trames infernales qui s'ourdissaient aux Tuileries à l'aide d'un calme trompeur.
Considérant que leurs écrits ont répandu dans l'empire le feu électrique qui va nous donner une constitution digne d'un peuple souverain ,
Déclare à toute l'Europe que
Gorsas , auteur du Courrier des 83 déparlemens ,• Carra, auteur des Annales patriotiques ^ Prudhomme , auteur des Révolutions de Pans j
Desmoulins , auieur des Rév^oluJUons de France et d»
Brabant ,
Ont bien mérité de la patrie.
L'assemblée générale vote des remercimens à tous cA écrivains qui ont prêché la liberté et Tégalité.
Arrête en outre que le présent arrêté sera porté par des commissaires aux quatre auteurs qu'elle vient de désigner.
Pour copie conforme ,
Renet, Secrétaire greffier.
Lettre de Camille Desmoulins à son père. Il lui fait espérer qu'il sera nommé membre de la convention aveô Danton qni quiiteroit alors volontiers le ministère de la justice.
M août 1792.
Tai remis l'affaire du cher cousin Ribau ville à M. Perdrix pour la suivre au tribunal de cassation. Je vous envoie mes derniers écrits qui vont probablement me déloger de la chancellerie en me faisant passer à la convention nationale. Il y a apparence que plusieurs départemens me nommeront et surtout Danton , et il n'hésitera pas un
moment à quitter le ministère pour être représentant du peuple. Vous penâez bien que jesuivrai un exemple que je lui aurois donné , si j'étois à sa place. Danton n'est pas de Pîrris non plus que moi, et c'est une chose remarquable que parmi tous les principaux auteurs de la révolution et dans tous nos amis , nous n'en connoissons peut-être pas un seul qui soit né à Paris. C'est aussi une chose remar* quable que ce soit Paris qui récompense presque toujours dans les citoyens des départemens leurs services et leurs talens méconnus de leurs compatriotes. Envoyez-moi le nom de Dubucquoi^ Dans quel régiment est-il? Dans quelle armée ?
Votre fils,
Camille Desmoulins*
^ Frère de Camille.
Nomination de Camille Desmoulins da département de Paris à k
convention nationale.
Extrait des registres de rassemblée électorale do dépaitcment de
Paris.
Da samedi 8 septembre 1792, l'an premier de l'égalité.
Monsieur le président annonce que Tordre du jour est la nomination d'un député du département de Paris à la convention nationale.
L'un des secrétaires Sali Fappel des sections ef eanlons.
Le résultat a produit neuf cent trenie^ix suffrages.
L'un de MM. les secrétaires annonce le résultat du scrutin , et déclare que personne n'a obtenu la majorité absolue.
L'un de MM. les secrétaires &it l'appel nominal en commençant par les cantons.
Le résultat de l'appel dostoiQ su cent soixante-4ix-sept suffrages.
La majorité absolue est de 339 ^^^^*
Le citoyen Camille Desmoulins ayant obieiiu 4^5 yoix, 126 au-delà de la majorité absolue Qxéeà 339, M. le pré-
sident la proclamé député du département de Paris à la convention nationale.
Pour extrait conforme à Toriginal.
Berkard , président.
Sadous , secrétaire»
Jacques Boilleau^ conventionnel, à Camille Desmoulins.
Chez un peuple libre , tout ce qui peut heurter l'idée de fat liberté, doit être proscrit : toutes les images ^pû représentent rbomme avili , dégradé , doivent être anéanties : il ne faut au contraire étaler aux yeux que ce qui peut élever Famé , la raf^peler à sa dignité et insfnrep ée l'énergie.
J'observerai donc que c'est très-judicieusement qu'on a fait abattre les nations enchainëes aux pieds de Louis XIV à la place des Victoires , et j'invite , je supplie tous k» artistes de réformer ce mode de l'architecture.
Ils ont coutume de placer pour ornement ou pour soutiens aux architraves des édifices , des statues de femmes mutilées qu'on nomme cariatides.
Qu'on se rappelle la triste et détestable origine de cet usage. Les Perses ayant été vaincus parles Grecs, etks^ artistes de ces derniers voulant humilier leurs ennemb » placèrent ainsi leurs effigies, comme pour représenter des captifs sous le joug : les Cariâtes , alliés de ces mêmes Perses , ayant été aussi vaincus, firent passer au fil de Tëpée leurs femmes mises en captivité, et les artistes, toujours pour éterniser la honte de leur défaite, substituèrent dans les édifices publics des figures de femmes cariâtes qu ib appelèrent cariatides , aux pilastres et aux colonnes.
O François ! vous qui êtes si galons , pouvez- vous offrir aux yeux une telle contradiction avec vos mœurs ?
Certainement ce ne sont pas là de fort beaux souvenirs à présenter à un peuple libre ; c'est un tableau qui attriste riiumanité , afflige la sensibilité et dégrade Famé s'il ne Tirrite el la violente.
Par quel mauvais goût, par exemple, a-t^on placé devant l'opéra, séjour du plaisir, de ces tristes et ridicules figures ?
Ne seroit-il pas cent fois plus ingénieux, plus adroit, plus beau , plus noble , de représenter un Guillaume Tell et son bâton bonneté dans sa main , soutenant avec un air de fierté un énorme fardeau, pour annoncer que la liberté rend capable des plus grands efibrts , et nous donne une puissante énergie ?
1.-^ K seroîl-Spas, dis-je, cent fois préférable à un rsrâ:^^ àÈaat une fadde grimace sous le poids qui semble
Octe forme d'ailleurs faite pour exciter 1 émulation des vertus cÎTiqûes , en caressant Tainé des patriotes » seroit portiitement analogue à cette manière figurée de parler turt en usage , par exemple : Wasington est la colonne des èeils américains^ Francklin fut la principale colonne de Fédificede leur constitution , etc. ^ etc.. ..
Allons, que chacun s'occupe de la régénération des François : les hiéroglyphes ont une très-grande influence sur nos mœurs et notre caractère.
jLrtistes , goûtez ces réflexions et ennoblissez vos travaux pour les mettre au niveau de vos âmes.
Je dirai en faveur des artistes que depuis que je sois à Paris, je n'en ai pas rencontré un seul qui ne m'ait pas paru animé du patriotisme le plus pur, quoiqu'écrasés tous par la révolution.
J'ai pense qu'étant consacrés par état à l'étude des plus beaux traits do l'histoire de Rome , de la Grèce et d'Athènes; que cette étude alimentant continuellement leui*s ames^ ils acquéroient un caractère plus mâle , plus dt sensibilité) plus d'amour des grandes choses.
J'espère que mes idées auront quelque succès, car tous ceux à qui je les ai développées y ont applaudi^ entr autre M. Veslicr, pciulrc de racadémic^ connu par la su-
m^> 153 < « përiorité de son talent et qui mérite de I être par son dë^ vouement à ia patrie. Je ne connois pas de meilleur époux, de plus excellent père : eh bien ! il convint dernièrement avec moi et avec une résignation admirable i dans le cas où les circonstances deviendroient impérieuses, d*un principe de morale effrayant pour les âmes sans force et sans vigueur : cVst que toutes les affections particulières doivent é(re subordoooées à cet amour de la patrie qui n'est autre chose que Tamour du bien puUie, veitn suprême , vertu par excellence. Je ne parle que relitivement à nos affecticms particulières , car la première et la plus sublime des vertus est ^ns ccmliedit Famour de rhumanité en général *, et Fénélon étoit bien philosophe quand il disoit : Je préfère l'avantage de ma famille à mon propre avantage , celui de ma patrie à celui de ma famille, etcelui de l'humanité entière à celui de ma patrie. Tel est en effet Tordre des vertus; malheureusement, * c'est l'inverse qu'on met en pratique.
Jacques Boilleau.
Commissioii donnée à Camille Desmoulins de se transporter àLaon,. Soissons et Guise, pourvériGer si les dénonciation^ faîtes contreles juges de chacune de ces viUes mentent d'être prises ea oonsV dération. *
i^ septembre 1792.
Au nom de la nation , le conseil exécutif provisoire^ enr
vertu de la loi du i8 août dernier, sur les avis donnés
contre le tribunal criminel du département de l'Aisne ,
que les patriotes Soient encore à Soissons soiis le couteau
de juges suspects qui ont signé les doléances serviles des
événemens du ao juin^ que Tincivisme de ce tribunal
criminel étoit notoire i que ses membres venoient d'être
exclus du corps électoral ; que les juges du tribimal de
Guise y dans le même département, se montroient plus
ouvertement encore persécuteurs de tous les patriotes^
que plus de trois cents bons citoyens étoient décrétés de
prise de corps ou détenus dans les prisons par ces juges,
tous, ou agens du ci-devant prince de Condé , ou asservis à ses agens qui peuvent encore être tout-puissans et
dont les habitans peu éclairés croient toujours que le
despotisme va renaître. Voulant prendre uneconnoissance
plus directe de ces faits , et afin que Toppression des amis
de la liberté cesse enfin dans toutes les parties de Tem-
pire françois^ commet te citoyen Camille Desmoulins, député à la convention nationale , à Teffel de se transporter sur les lieux pour y prendre tous les renseignemens possibles et lui en rendre compte, et rantorise à se iûre assister du citoyen Jean Philippe^ en qualité de secrétaire pour Taidcr dans le cours de sa mission. En foi de quoinous avons signé ces présentes atuquelles noiis aT(ms fait apposer le sceau de Tétat.
A Paris, le i5 septembre 179a , Tan 4^ de laUberlé et le 1" de l'égalité.
Pàrlecottseil,
ROLABD. DA2IT0V. SeEVÀH. LeIBIJJI. MoVCB. CLàTlÉEE,
Gmommui, sccié iii ft.
' Parent de Danton.
Lettre de Julien du Calvados à Camille.
24 septembre 1792*
Citoyen patriote »
Au moment où le patriote Legendre se disposoit i partir pour Lyon , n'ayant absolument pas le temps d'écrire au patriote Danton ^ il m'a chargé de m'adresser à lui de sa part pour obtenir de Temploi ; mais ti'étant pas connu du patriote Danton d'une manière assez particulière y je vous prie de lui parler pour moi. J'ai des droits aux places qu'on destine aux patriotes. Mon patriotisme 9 comme tout le monde le sait , date du i4 juil* let 89. Vous même n ignorez pas que ma famille, composée de 4 personnes, a eu l'honneur de chacune un décret. Mon épouse, honnête , foible et même valétudinaire , a été enfermée 24 jours à la conciergerie où elle a été confondue avec les femmes flétries , pour avoir été gra* tuitement accusée d'avoir couru à coups de manche a balai sur un aide-de-camp de Lafayette. Cet événement lui a fait perdre ses écolières et à moi mes écoKers. Je n'entrerai point dans un plus grand détail , crainte
d'abuser de vos momens que vous destinez entièrement à la république ; il me suffit de tous dire que je suis Tami de Legendre ; que je sub connu de tous les bons patriotes ,* que je suis cordelier et jacobin; que j'ai sauvé la vie au patriote Fréron en Tarrachant avec mon (ils des mains d'assassins qui l'auroient mb en prison après l'avoir assommé. Tous ces titres et le pressant besoin qu'a un père de famille patriote de subsbter et de faire subsbter sa famille , sont suffisans pour vous intéresser à celui qui est avec fraternité^ citoyen patriote,
Votre concitoyen Julien du Calvados > ci-devant Julien Leroy, électeur de la section des Invalides , rue et ancienne barrière de Gi'enelle, n" i479»
P. S. Je suis le premier commbsaire de ma section envoyé le 9 août au faubourg Saint-Antoine , et ensuite à la Ville où je suis encore.
Lettre du citoyen Bacon à CamiUe.
12 novembre 1792.
Citoyen philosophe,
Poar donner à la France un gouyernement républicain , les esprits, amis de l'heureuse indépendance , ont poussé la révolution jusqu^au point où nous voilà parvenus. Le clergé privilégié , la noblesse, tous les abus q«i tenoient à ces deux castes sont supprimés ; la royauté, . . qui faisoit partie incidente de la constitution , est abo- -. lie, etc. Mais la suppression est-elle poussée assez kân? ; . Tindépendance républicaine est*elle compatible avec un ' culte payé par tous les citoyens et qui cependant n'est pis le culte de tous ? Tunité de la république ne demandm^ elle pas une division plus simple de son territoire, afin de (aire disparoitre toute idée de fédération ?
Le plan d'une constitution vraiment républicaine que je viens de livrer à l'impression et dont je vous prie d'à-
gréer un exemplaire , répond à ces questions et à beaucoup d'autres. J'y reconnois les droits de Thomme , mais une saine logique m'a conduit à leur vraie origine. Si Ton veut de bonne foi prendre le mot droit dans la véritable acception, peut -être on verra que je ne me suis pas trompé. Si tous les législateurs avoient reconnu cette origine , ils auroient offert aux bommes un moyen de réformer les abus, sans donner de terribles convulsions au corps social.
Je crois sans peine , citoyen , qu on présentera des plans mieux combinés ; mais Tintervention de leurs auteurs ne sera pas plus pure que la mienne» ni mieux dirigée vers le bonheur public. Sous les gouvernemens précédons , qui n'ont été que provisoires devant les droits imprescriptibles du peuple , j'ai été soumis aux lois,* jugez quelle sera ma soumission, quand elles émaneront d'une source pure et qu'un gouvernement par excellence les fera exécuter.
Au reste , citoyen , mon plan est conforme à l'état actuel des fortunes et des propriétés. J'ai pris les hommes tels qu'ils sont pour les rendre meilleurs. Un système tel que Platon ou J.-J. Rousseau Ta voit conçu, ne sera jamais convenable à des hommes habitués de père en fils à une manière de vivre qui ne présente pas ce qu'il faut pour recevoir les sublimes plans qu'on a toujours
regardés, à cause de cet obstacle, comme les rêves d'un homme de bien.
Votre concitoyen ,
Bagobt.
Paris, rue deGrammont, n. 17.
Lettre de M. Desmoalins père à Camille, relative au procès de
Louis Xyi.
Guise, 10 décembre 1792, Tan premier de la république.
Je serois inconsolable, monfib, de trouver votre nom dans la liste de cejax qui voteront pour la mort de Louis XYI. Je ne présage dans ce jugement aucun bien pour la patrie , et j'en prévois au contraire des suites fanes tes et pour cette patrie et pour ceux qui auront voulu la mort du prince.Sila révolution est faite comme je le présume, le sang de Louis XYI est inutile à sa consommation; le verser, c'est avoir l'air de craindre qu'elle ne soit pas Ihitc, ou de battre un ennemi à terre et désarmé, et renoncer à la générosité et à la dignité qui doivent caractériser le vrai républicain, le François libre.
m-^ 161 ^H^ Vous avez an moyen juste et vrai, mon fils, 4e vous épargner cette tache qui seroit une perpleiité pour moi : c'est de vous récuser vous-même, parce <)ue vous êtes effectivement récusaUe, non seulement aux yeux de Louis XYI , mais aux yeux de quiconque a les premiers principes de la justice. Yoils aves dit votre avis icomme journaliste atant le jugenieiit. Entraîné soit par votre propre opinion, soit par une ptëveution étrangère, Vous avez dénoncé Louis XYI dans un grand nombre de vos écrits qui n'ont peut-être en que trop d'influence , et vous l'avez traité en ennemi. Par cette double raison soit d'avoir été son dénonciateur, soit d'avoir par anticipation proclamé votre avis, relativement à Louis XYI, vous ne pouvez demeurer un de ses juges sans blesser l'impartialité, qui doit neutraliser quiconque est appelé à juger lin autre homme capitalement. En vous récusant, vous conservez cette réputation d'intégrité, de déUcatesse et d'élévation, qui sied si bien à l'auteur d'une révolution, à celui qui le premier a vu la possibilité d'ériger la France en république et qui a peut-être le plus contribué à réaKser ce système restaurateur de la liberté. Yos preuves sont Eûtes. Yous avez assez mérité de la patrie et par soA érection en république, et par l'abolition de la royauté. La mort de Louis XYI ne peut rien ajouter à votre triomphe et peut même le flétrir dans lopinibn versatile
de la multitude.
La précipitation avec laquelle oa ae pfopos^ 4^ juger Louis. XVI, d'après le décret du 9 de ce min», quiip'eat parvenu hier par vos feuilles, me fait fréqiir par açm aort et par les cpses qu'il doit éprouver oeUe semaine^ et ar^ racbe Favb que je crois devoir vous donner» à la seule sensibilité de mon cœur, à votre meilleur 9ini«
Votive exemple^. que j'en crois un de s^esse, pcut^en entraîner d'autres et des plus effervescens à le suivre jet sauver la convention du reproche d'un jugement extrême et impolilique.
Desmouliiîs«
Lettre de M. Desmoalios père à Camille relative an procès dr
Louis XVI-
10 janvier 1703.
Mon fib, vous pouvez encore vous immorlaUfler» mais vous n'avez plus qu'un moment : c'est l'avis d'oa père qui vous aime. Voici à peu près ce qu'en votre pboe je dirais : « Je suis républicain et par le cœur et par kft » actions, j'ai (ait mes preuves, J'ai été un des preauMS )» et des plus ardens dénonciateurs ou accosateurs de
» Louis XVI, fitr edaniétte je.nie.réei|«p.lele4<lît k
» riHi8|érité4eme»piitteipe^J6le4obàla4Î8Q^ » fJMtetitÎQi);*jeledoi8iiftglwe4ekBttkN^ jefedm » à la ju^ilîee de ate» eoBtomporirâit èl de b tMMérité; )i «a im mot , je le dois à laltr^iUiqi^ , là I^oilis XVI« » à moi*méne.i»
Enlre nei»deitt , eeci^ ifin qiie lOHl te miéi^^eii ri^ à VOUS seul : je lie souhttte^pie d'etroAr i en frire bieiitâi leeômmenUiire ayotl^aimBli^et |KmrvM^tra«i|6^ et la mienitô, ear je sub voire meilleur ami.
Desmovlihs.
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Lettre de la veuve Damontet k Camille Désmoulins.
Utrech, ce 18 janvier 1793.
C'est , monsieur, l'époime de ViaferHtié GuiUiii Bu^ montel qui s'adresse à vous avee une noUe confiapoe , convaîneue que Finnocence malheureuse et sans appui ne
peut trouTbr nh meitleur défenseur. En jetant de nouarHtt lés y6Ùx siâr le rëeît de mes mftiheurs ,' vons 6&MM»ei combien mon âme navrée tt eu (ïe josles raisons de foir un tèrritoine sur lequel mes larmes ^evMoiettt intarissables. 3e li'ai pris ëd part» <{u'«près avour^ ea vain jéclamé vengeance contre les auteurs du< crioie qur^mV voit ravi mon digne épous. Fai trouvé des êtres «tmees qui- n'ont pas rougi de répcKidnir & <M vives ^sèlKeitÉlisaB pÉir f offre d'indemnités pécuniaires. X^tte idée me gbee encore d'borreur en ce moment.' J'en appelle i k ferre entière. Le sang de mon époux a^oit coulé, TaigpeBt pouvoit-il guérir mes blessures ? Ne pouvant dbtenir k punition de ses assassins , ma patrie m'est devenue odieuse. J'ai porté mes pas et ma douleur sous un ciel étranger oè rintéret des âmes sensibles , le doux titre de mère ont soutenu mon existence ; c'est ce titre qui m'engage à vous prier, monsieur, de vouloir bien vous intéresser' à moi. Soyez mon organe , réclamez la justice à la-" quelle j'ai des droits, représentez au gouvernement actuel que la fortune de mes petites est totalement renversée par la perte de leur malheureux père , sa mort ayant éteint des rentes viagères considérables. L'incendie a détruit un acte de créance de plus de 40Û9O00 fr., de l'ancienne compagnie des Indes. Mon mobilier a été pillé ou brâlë. Une seule terre nous reste à mes enkns- et à moi ^encore la flamme en a- t-elle détruit les bâttmens. Je ne suis
sortie de ma palUrie^itt'apr^» Avoir éfiv>aFé UMit^ «es liorr i&ÊS^ y et on pourraU pe ranger dêm h daise det.aialr keureaz émigrés que la loîcqndaame aa bannisseflie^Jtet à la perle totale 4e lem? ANdttine ! je D« puis me le p«h ^mader« Si ma doukurj si meS: larmes intarissables, si rbonreur (|ue j'ai fowt jwb t^iire. arrosée du sang de 9MHI mari sont autant de .crimes y je ne eessenù , pis d être coupable* Mais lespeuples les pins fiiioces respectent de se mWn j ble i^ plepcsl je n§|>ttiA cx9^ ^pie ks Franr cois soient pins b^bar^Xpsedmic attendre oomme un acte de JHstice la r^tution de la fqrtune de mesc^ &ns et la liberté de les élever loin d*un pfiys injb^itable pour eux et pour leur malheureuse mèrç*
Veuve DuifONTET.
Uttre de Richer de5eriqr»aat(tiip daymi^ inlitiilé : L'Accma*
leur public^ à Camille Domoaliot.
S8 janvier 1703.
Tant que le roi Tiyoit , mon amî^mea opêniont poliliques y ma aîtuatîon prononoé^ , un seniîment aumi
noble que délicat et^ue Ui doj& (Lppréeier> tout me trat^it à né poinl dévier dé 1^ earnèi«'6iîi j^étoû' esbé et je ne fioUvoiB rétrd^der sans - qw foinoitAme et- tom hift partis ^em^ Bii»ient à ntistalit «eut pMe de tauer sur le corps ; ees mcKtifs^ qui - n^e'' eomnuuiidoieiit don si impérieusement^ m'oidonneipLt aujçurd^hui dç mHdenti&r à h patrie. Louis est mort, mais, la piKtrie existe ; elle lexiste entourée ^ miÙQ dangers au dedana. et au dei^iors , et JQ^imb maintenimt , aana étni flétrî fiar le soupe çon , lui fisdre le sacrifice de mou opinion , de ^ vie , lui consacrer tout mon é^re. Je t'embrasse donc et 9Jgne avec transport npn pas comme le vil Target , non pas comme Faffreux Brissot , non pie^s comme le Feriueux^ mab, comme CamUle^ Chs^bo.t, Danton.
\ie républicain Richeb.
Ileçu dçfxàé à €am9ie d^une ngtame de cent francs poqr oAifids i|
la patrie.
iti mars 1789^
Nous soussigné commissaire de h sectioii^ dii Théâtre ^ri^uçais 4ite de Marseille , nommé par die à l'effet de r^
»^ 167 <-« o€voip tes offratideg à la patrie , cettifîons que le citoyen Sesmoulins, député à la convention nationale , a déposé dans nos ndains la somme de cent fiancs. En foi de quoi nous M avons délivré le présent. Ce joord'hui le 1 5 mars ^793, Tan deux de la république Françoise.
I)emarco.
lettre d*Arthur DiiloD à CamiUe Desmoulins.
8 juUlet 1783.
J'igttore, citoyen Camille , ce que l\>n aura pu vous dire et les bruits qui se seront répandus sur mon arrestation qui est Touvrage dU comité de salut public de la convention» Je crcHS avoiv trop biea apprécié voire cœur pour n être pas certain que v(his aurea fait des démarches. Comme, malgré mes vives réclamations, on m empêche de vous, voir ainsi que mes autres amis ; qu^ je suis depuis 8. jours au, secret comme dans le temps de Leuoir ^ je crois qu'on aura coloré cette persécution^ vis4-vis de ceux qui s'intéressent à moi , du prétexte du Uen pikUic , de celui de la nécessité du secret dans une affidre aosH im-
portante. Eh bien ! Camille > je renonce à votre amitié, a celle de tous ceux qui m'aiment et 4 Testime âe^ patriotes, si on peut prouver que j'aie le moindre petit tort,, que j'aie seulemefit commis une imprudeAce^ Le seul (ait qui puisse me regarder » c'çst qu'une espèce 4e fou , que je connois à peine , cfne je n'ai pas vu trois fois dans ma vie , m'a entretenu un matin de projets aussi bétes qu'ex-^ tvavagans. Je lui imposai silence et ne le revis plus. In-t terrogé si je le connoissoi^ j'ai dit avec la franchise et la loyauté que vous avez toujours vue en moi tout ce que j'en savois. Tout ce que je possède au monde de papiers à été livré à l'examen des administrateurs. Si, quelque yolumineux qu'ils soient , on y a trouvé une seule ligne suspecte, je consens au traitement le plus rude. Au contraire , on a dû voir dans différens mémoires et projets un homme qui n^ fait usage de ses connaissances militaires que pour le bien de sa patrie. Yoici le septième jour , depuis que j'ai été interrogé , que mes papiei^ ont été visités. Je n'ai pu obtenir depuis «e temps que le procès-verbal de mon interrogatoire fût clos. On m'ctxv horte à prendre patience. Les administrateurs, dont je n'ai qu'à me louer, parce que je leur vois allier avee la sévérité de leur devoir les procédés les plus honnêtes , paroissent convaincus qu'il n'y a rien à me reprocher et m'ont laissé entrevoir que rien ne dépendoit d'eux, mais tout du comité de salut public. On m'a assuré qUe le
maire sollicitoit inuliiement de ce comité de s'occuper de moi. rai représenté avec force qu'en demandant avoir des patriotes reconnus , Drouet et Chabot, la chose publique n en pouvoit souffrir ; supposé même que je fusse coupable, que vous aviez autant et peut-être plus de titres h la confiance nationale que les membres de ce comité: on m'a refusé. Tai demandé d'étrç, enfin, jugé par k police , puisque c'est elle qui me retient, d'être renvoyé devant un tribunal où je pourroisme justifier et avoir des conseils qu'on ne refuse pas à un criminel': on m'a refusé. J'ai demandé , enfin , à êti*e mené devant le comité de salut public : même refus.
Voilà ma position. Une âme honnête , témoin de tout pe que je souffre ici dans une fournaise ardente et privé d*air, et convaincue de mon innocence, se charge de vous remettre cette lettre 5 c'est à votre amitié et à votre justice à vous dicter lés démarches que vous devez fiûre vis-à-vis du comité de sahit pubfic. Sa ocmduite envers moi me le rend suspect de partialité d'autant que j'y ai des ennemis personnels*, mon seul désir c'est que les patriotes de la convention puissent connoitre mon affaire. Si j'ai le plus léger tort, je consens qu'ils m'abandonnent à la tyrannie qui m'opprime.
A. DiLLON.
Lettre de Camille Desmoulins à son père, sur la publkalion de ton
Histoire 4Jfes BrissoUns.
ejaillet 1783..
Mon très cher père y
Vous vous plaignez de ce .que je oe vous écris point ;je devrois plutôt vous, adresç^er ce reproche, à vous qui avez toujours la plume à la main. Pour moi , je ne b prends qu'à la dernière extrémité- comme ^ous avez pu voir par le dernier écrit . dont je vous ai adressé deux exemplaires , et dont il s'est débité ici 4^^^^ 9 ^'^ Histoire des Brissotins. Je m'étonne que vous ne m'ea
ayez pas parlé dans le billet que j'ai reçu de vous.
Je souffre de ne pouvoir aller revoir ma faînille peiH dant quelques jours ^ mais je ne puis faire partager à ma femme ce genre d'affections, et je ne saurois vous rendre combien elle a de répugnance pour le voyage le pius court, même ajourné après la clôture de la conventiim et à la paix. Elle a tellement peur qu'il ne me prenne fantaisie d'aller vous embrasser, qu'elle s'inquiéteroit si elle me voyoit vous écrire, et je profite de la réorganisation de l'assemblée et du cabinet que me procure le co-
m^^ i7i -* ^ilé de la guerre doni on m'a bit secrétaire , poiur voua écrire en liberté^ sans qu'elle vienne lire derrière mon épaule si je n'écris point à Guise. J'imagine que oe qui lui donne cette sollicitude , c'est le souvenir de qudque cousine ^ dont on lui avoit parlé, outre quelle ne se trouve l>as assez riche pour voyager comme elle le soubaiteroit dans une famille avec qui elle sent que je partagerois volontiers ma fortune si j'en avois acquis. Mail je me fé* licite à chaque instant de sortir de la convention et de la évolution comme j'y suis entré et sans ihroir arroifidi mon patrimoine du bputg deTÉgalité. Aussi ai^je échappé à toutçs les satires contre Fopulence subite de quelques patriotes, et on ne pourra pas m'accuser d'avoir fait une spéculation de la république. Complez que dès que les affaires më permettrai de m'échapper pendant cpielques jours, et que la nation qui, dans ce moment^ bit notre distribution de prix^ nous tourre de fleurs et nous as* siège de fanfares tous les jours à la Montagne , nous aura mis en vacances, j'irai vous embrasser.
U y a tant de gens à la convention pour qui c'est une volupté de se trouver à la tribune et d'y enfiler des paroles , que je me fais un plaisir de leur laisser ce régal :
* Camille veut parler de mademoiselle Flore Godard de Wicgc qu'il avoit beaucoup aimée.
voilà pourquoi vous n'entendez pas parler de moi dans les journaux , et je me suis fait député consultant. Mak n'allez pas me croire dans les jardins d'Ânmde , et moB dernier ouvrage , précurseur de la révolution du 3i mai^ dont il a été véritablement le manifeste^ ainsi que la dr» culaire des Jacobins sur cette- révolution dont j'ai été le rédacteur, n'ont pas peu contribué à éventer la grande mine des Brissotins qui étoit un cheM'œuvre de travail souterrain depuis Amiens jusqu'à Marseille* Je ne vous parle point du citoyen Verrière; j'étois malade dans le temps où j'aurois pu lui être utile, el n'étant pas d*ail-* leurs du comité de surveillance , tout ce qoe j'ai pu fme étoit de le recommander, ce que j'ai frit. Je vous embrasse et souhaite que vous viviez aussi l<Hig4empa,qne la république, qui commence à se porter assez bien. J'iem* brasse également ma chère mère , mes sœurs et oeox de ma famille qui se souviennent dç moi avec amitié. . .
Camille Dbsmouluis,
Lettre de M. RenëCeranlîiid'EnneiHNivIUe à Camilke Demoalint.
fS juillet 1793.
J'aurois été bien charme, frère et concitoyeii, que vous m^eussiez fait ramitié de venir ici avec M» Gusiman boire à la santé de la natioti et de Fégalité, sans lequel antécédent , jamais de liberté. Il m'assure que vous lui avez dit qu'on vouloit Eien me faire Thonneur de prendre mon témoignage pour lui en quelque considération pour remployer dans Tannée. Je Fai toujours connu pour avoir trop d'esprit pour n'être pas dans les bons principes de civisme et du contrat social auquel il n'y a que les sots qui puissent être opposés. J'en aurois écrit un mot à mon confrère cordelier M. Danton, si je n'avois craint de Tinterrompre en ce moment. Si nous sommes assez beureux pour avoir beaucoup de députés tek que vous , Robespierre, Marat et La Viconterie, j'espère que nous aurons enfin la constitution du genre humain conforme à la base éternelle des droits de Thomme et du citoyen.
Je vous çalue et embrasse bien fraternellement.
René Gerardir.
Lettre da général Dilkm à Camille.
Madelonettes, 96 jaillet 93. 7 heora do soin
Ma monstrueuse aflBiire devenue si simple, grâce à ▼otre amabQité, à votre courage et surtout à votre loyauté, ne tient phis qu'a un fil qui s^aDonge furieusement par k paresse de votre cousin Fouquier TinviDe. Dqluis trois jomrs le président du tribunal le presse de fiûre son rapport; le terme fiital à lui accordé est demain saioM^. Toyea-le, je vous prie, engagez-le à finir comme il m*a promis ; il omnoit mon innocence; ma requête est d^e de vous , mon aimaUe et honnête défenseur. O ne fiiùt plus quun mot à votre cousin. Voyez-le demain dé gnina matin ; qu'il le dise , et qu'il rende à la république un homme qui sans fiel n'aspire qu'a la sauver des armes des tyrans qui s'avancent à grands pas.
Ouxov.
Lettre de Camille Desmoulins à sod père sur U toort de ton ft^ère Sëmerj, sur la marche qa*il a toajoars tuine pendant h rérolation et sur la sitaatioD politiqae de la France à cette époque.
10 août 1703.
Mon très cher père ^
Je suis bien (aché de tous avoir parlé de mon frère Semery mort en combattant pour la patrie -, je n^avois d'autre certitude d'une perte si affligeante pour vous que Tindice de son long silence et je saisis avec avidité vos doutes sur sa mort pour y rattacher mes espérances. Puisse-t-il vous être rendu par les ennemis entre les mains desquels il est peut-être tombé prisonnier? Tai éprouvé encore plus tout-à-Fheure , en voyant mon fik, combien ce coup avoit dû être sensible à votre cœur. Ma femme et moi avons été touchés vivement de l'intérêt que vous témoignez pour cet enfant si aimable et que nous aimons tant , que j'ai une crainte horrible de le perdre. La vie est si mêlée de maux et de biens en proportion , et depuis quelques années le mal se déborde tellement
autour de moi sans m'atteindrc^^i^'z/me semble toujours que mon tour va arriver den être submergé.
Si nous avons la paix et du temps plus calme, comptek que ûdUs il^ns vous embrasser ma femtne et moi. Je vDus fais passer une brochure * que je viens de publier. Son succès prodigieux depuis deux jours me (ait craindre que je ne me sois trop vengé. J'ai besoin de descendre au fond de mon cœur et d'y trouver toujours le même patriotisme pour m'excuser à mes yeux , en voyant rire ainsi les aristocrates^ aussi pourquoi m'attaquoit-on avee cette indignité. Je me redis avec Horace :
Si qais atrâ dente me petivertt, iDultus ut flebo piier^
On a dit qu^en tout pays absolu , c'étoit un grand moyeÉ pour réussir que d'être médiocre. Je vois que cela est peut-être vrai aussi des pays républicains. Que mVmpor- ' teroit de réussir ? Mais je ne puis soutenir la vue des injustices, de l'ingratitude , des maux qui s'amoncâent? Qu'est-ce que la peste, sinon une mortalité épouvastable? Que ne puis-je être aussi obscur que Je soit connu ? O ubi campi Guisiaque. Où est l'asile, le soate^ rain qui me cacheroit à tous les regards avec ma femme ,
' Lellrc au gênerai Dillow.
Tîloii enfant et mes livres. Je ne saurots m'empecher Ji» penser sans cesse que ces hommes qu'on tue par milliers ont des enfans , ont aussi leurs pères. Au moins je n ai aucun de ces meurtres à me reprocher, ni aucune de ces guerres contre lesquelles j'ai toujours opiné, ni celle multitude de maux , fruits de l'ignorance et de rambîtion aveugle assises ensemble au gouvernail. Adieu. Je vous embrasse*. Ménagez votre santé , pour que je puisse vous serrer contre ma poitrine si je dois survivre à cette révolution ^ quoiqu'il y ait des momens où je sub tenté de m'écrier comme le lord Falkland , et d'aller me faire tuer en Vendée ou aux frontières pour me délivrer du spectacle de tant de maux et d'une révolution qui ne me paroit pas avoir ramené le sens commun dans le conseil de ceux qui gouvernent la république el dans laquelle je no vois guère que l'ambition à la place de l'ambition et la cupidité à la place de la cupidité. Il est vrai que la liberté de la presse est un grand remède dont nous devons le bienfait à la révolution , et il y aoet avantage dans le nouveau régime sur les fripons, qu'on peut les faire pendre; sur les ignorans et les intrigans, qu'on peut les livrer au ridicule. L'état des choses, tel qu'il est, est incomparablement mieux qu'il y a quatre ans, parce qu'il y a espoir de l'améliorer, espoir qui n'existe pas sous le despotisme dont les esclaves sont comme les damnés qui
spem non habent-j mais c'est au prix de tant de sang
versé , que je trouve qu'une si grande dépense de b nation en hommes devoit lui apporter plus de bonheur. Embrassez pour moi ma mère , ma famille et tous ilotes amis.