août
J'allois tous écrire , mmi cher Camille , au moment que Serîsy * est venu me voir. Je ne puis concevoir quelle est la nouvelle indignité qu^on me prépare , et commenl ni par quelle raison mon nom se trouve fourré dans f histoire du portefeuille dont on a parlé hier à la convention. Rendez moi le service de savoir ce que c'est , afin que je puisse confondre cette nouvelle calomnie. Il ne faut pas que eclui que vous avez si loyalement défendu , poisse
'" Kicher Scrisy, auteur du jouvnai iotitulé VAccusaltur PubUt^
même être soupçonné par les bons palrioles. Au siu*plus , je vous jure sur mon honneur que depuis huil mob je n'ai écrit que trois lettres : une an département de la Meuse pour sauver mes chevaux , une à mon correspondant du Havre pour meretenirun passage pour TAfrique , et une à mon correspondant de Dunkerque pour lui demander de l'argent. Depuis le même temps j'en ai reçu à peine six , toutes de mon ami le général Gobert , ou de F quand il étoit chez lui.
Je vous jure , de plus, que je n ai vu ni coona aucon Anglois depubplus de deux ans ^ que la dernière Jettre que j'ai écrite^ même à mon frère lord Dillon, esl de la fin de 89 , et que depuis , je me suis brouillé avec lui , parce qu'il na pas pensé comme moi.
Je vous conjure de savoir les détails de cette nouvelle fable. Je réponds d'en démontrer la stopidilé ou h noirceur dans une minute. Adîeo. Miil^ fordoM et vom donner tant de peines.
Lettre de Freron ( Conventionnel et auteur du journal intitulé r Orateur du Peuple ) à Camille Desmoulins.
Marseille, 18 octobre 1795, Tan 2 de la république une et indivisible.
Bonjour, Camille; Ricord te contera bien des choses. Nos affaires vont mal devant Toulon. On a perdu un temps précieux, et si Carteaux eût laissé faire La Poype, ce dernier seroit maître de la place 9 il y a plus de 1 5 jours, au lieu qu^à présent, il faut faire un siège en r^le et nos ennemis se renforcent chaque jour parla voie de la mer. Il est temps que le comité de salut public connoisse la vérité. Je vais écrire à Robespierre pour Tinstruire de tout. Tu ne sais peut-être pas tout ce qui m'est arrive ; j'ai soutenu ma réputation de vieux Cordelier, car je suis comme loi de la première fournée 5 et quoique fort paresseux de mon naturel ( je dis ma coulpc ) , je me suis trouvé dans les grandes crises une plus grande activité que je n'aurois cru. Mais il s'agissoit de sauver le midi et l'armée d'Italie; j'empêcherai Toulon de former ses sections et pàv suite d'ouvrir son port aux Angloiset de nous entraînera l'entrée de l'hiver dans les longueurs d'un siège meurtrier.
La Poype commande une division de Tarmée devant Toulon ; tu n'as pas d'idée comme Carteaux lui fait avaler de couleuvres : il s'étmt emparé des hauteurs du FaroB, montagne qui domine un fort très important d'où on peut foudroyer et réduire Toulon. Eh bien ! Carteaux Ta laissé dans ce poste sans renfort, et il a été obligé de l'évacuer. Carteaux aime mieux que la prise de Toulon soit retardée et manquée vhigt fois plutôt que de consentir qu'un autre en ait la gloire» P&rle , tonne^ éclate. La Poype ne s'est pas démenti un i^eul instant^ tu le connois, il n'a point changé. Je sqis peut-être un peu suspect : voilà pourquoi je m'abstiens d'écrire sur son compte ^ mais interroge tous ceux qui arrivent d'ici et ils te diront ce que les patriotes en pensent.
As-tu su par le père Huguenin que j'avois fait imprimer à Monaco six mille exemplaires de top histoire des Brissotins que j^ai répandus avec profusion à Nice et dans le département du Yar ? Tu ne croyois pas recevoir en Italie les honneurs de l'imprimerie. Tu vois qu'il est bon d'avoir des amis partout.
J ai été bien inquiet de Danton. Les papiers publics annonçoient qu'il étoit malade. Marque-moi s'il est rétabli. Dis-lui et fais-lui mille amitiés de ma part. Il me tarde bien de vous revoir, mais après la prise de Toulon; je ne rêve qu'à Toulon ] c'est là mon nec plus ultra. Ou je périrai ou je verrai ses ruines.
Patagoii * est-il à Paris ? rappcUc-moi à son souvenir. Adieih, mon cher Camille, dis-moi donc l'histoire de Du* plaih Lunettes * . Est-ii vrai qull est en prison? Attaquer Clmpelain l àh ! dest un si bon homme ! Apprends-moi les motifs de sa détention. A-t-il réellement changé P.cela est inconcevable*
Nous faisons ici de la grande besc^ne ; nous attendons impatiemment les troupes qui étoient devant Lyon et de l'artillerie de siège dont nous manquons ; sans cela nous ne ferions devant Toulon que de Feau claire.
Réponds-moi en grâce ^Bicord te donnera mon adresse*
le t'embrasse*
Freron.
Tu sais depuis long-temps que/aimc ta femme à la folie *'^ je le lui écris, c'est bien la moindre coDSOÎation que puisse se procurer un malheureux lapin *, absent
^ Sarnom qu il donnait au maréchal Brane.
^ Membre de la Commune.
' Freron aimoit tant Camille et Lucile qu il voulut que ses deoi enfans portassent, son garçon le non^ de Camille, et sa tille le nom de Lucile. Les deux enfans (le Freron sont morts.
* Freron alloit souvent à la maison de campagne de madame Duplessis à Bourg-la-Reine et s*y amusoit chaque fois avec des lapins. De là lui est venu le surnom de lapin que lui donna Lucile^
depuis 8 mois. Comme ii y a un article assez détaillé sur La Poype, je la prie de te le lire. Adieu, pensez tous deux quelquefois au meilleur de tos amis; réponda^moi ainsi que Rouleau '•
Lettre de Freron à Lucile Daplessis.
Marseille, ce 18 octobre Taa seocod de la république francoise une et iadivbible.
Stanislas à Lucile.
Que Ricord est heureux! Il va donc vous revoir, Lucile, et moi , depuis un siècle, je suis exilé. Les communications des départemens méridionaux avec Paris ont été fermées pendant plus de trois mois. Depuis qu'elles sont rétablies , j^ai voulu vous écrire. Cent fois j'ai pris la plume , et cent fois elle m'est tombée des mains. Il part , ce fortuné mortel , et je me hasarde enfin à lui donner pour vous cette lettre dont il ignore le contenu. Puisse-t*
* Surnom de Lucile. Camille aiivoit beaucoup à appeler sa femme ainsi.
elle vous convaincre, Locîle, que vous avez toujours été présente à ma pensée! Que Camille en murmure, qu'il en dise tout ce qu'il voudra, il ne fera en cela qu'agir comme tous les propriétaires ; mais certes il ne peut pas vous faire Tinjure de penser qu'il est le seul au monde qui vous trouve aimable et qui ait le droit de vous le dire. It le sait ce coquin de Bouli-Boula * , car il disoit en votre présence : « TaUne Lapin parce quil aime Roule€iu, » . Ce pauvre lapin a eu bien des aventures ; il a parcouru furieusement de terriers et il a fait provision d'amptcs récits pour sa vieillesse. Il a souvent regretté le thym et te serpolet dont vos jolies mains à petits trous se plaisoient à le nourrir dans votre jardin du bourg de l'Egalité.
Au reste, il n'a point été au-dessous de sa mission, en exposant sa vie plusieurs fois pour sauver la république; en recherchant la gloire d'une bonne action , savez-voos ce qui le soutenoit^ ce qu'il avoit toujours sous les yeux? D'abord , la patrie^ puis, vous. Il ne vouloit et îl ne vent qu'être digne de tous deux. Vous trouverez ce lapin ro^ mancsquc et il ne l'est pas mal. Il se souvient de vos idylles, de vos saules, de vos tombeaux et de vos éclats de rire. 11 vous voit trottant dans votre chambre^ courir sur le parquet, vous asseoir une minute à votre piano,
' Ccst ainsi que Frcion, madame Diiplcssis et Bruno appcloient Camille.
des licurcs entîèrfs du» PoCir blÊSàmA . a *t«ar. a voyager ¥Olre înagmalni; pu 3 votb i«it fabe ir calr à h chausse, tous àêmtmitr coHiae «■ liMb d comme un clial co mIi ■■! ks Je SUIS à ptesier Teiécfabk Ti à périr sur ses remparts on â ks main. La mort me sera ckiaee et vous mè résenriez une larme. Moscœv est dédhifé, esprit livré à miUe smns. Ma sœur et ma aièoe , la pdile Fanny, sont enfermées dans Tookm à rbipital des malheureuses; je ne pois leur £ûre cours et elles manquent peut-être de tout. LaPoype, «pu Tadorc , mab plus encore la patrie , a&iége et presse celte ville infâme; il la canonne et la hombarde sans ménagement, et^ pour prix d'un dévoûment si admirable, on le calomnie , on Tentrave , on paralyse ses efforts , on le laisse dénué d'armes, de cartouches et d'artillerie; cm labrcuve d'amertumes, on jette des doutes sur son civisme ; et tandis que Carteaux à qui Albitte a (ait une réputation colossale , mais qui n'est pas plus en état de prendre Toulon que moi la lune, cherche, parlapitis basse jalousie, à le perdre dans l'esprit du soldat^ tantôt en le faisant passer pour contre-révolutionnaire, tantôt en répandant le bruit qu'il est émigré et qu'il s'est sauvé dans Toulon ^ lui seul tente des coups audacieux , et s'étant rendu maître d'un fort qui domine Toulon, il eût
pris ceUc ville en huit jours, si Carteaux lui eût envoyé les renforts qu'il lui a demandés inutilement. Une chose qu'il ne faut pas oublier, c'est qu'à Farmée d'Italie , le traître Brunet , le fédéraliste Brunet, faisoit passer Lapoype pour maratiste et montagnard outré. Pdiu^uoi? Parce que Fétat-major dont il étoit le chef, n*avoit été composé par lui que de Marseillois du lo août et de Cordeliers. Voilà la vérité. Faites-la connoitre à votre mari. Empêchez d'être opprimé Fofficier-général le plus patrbte peut-être de toutes les armées, qui ne s'est jamais démenti; quia sacrifié sa femme et son enfant à la patrie; qui a commencé par assiéger la Bastille avec Barras et moi; qui depuis n'a point varié; qui a travaillé long-' temps à \ Orateur du peuple^ qui a été décrété dans Faffaire du Ch;imp-dc-Mars , etc., etc. Je laisse à votre bouche si persuasive à faire valoir ces titres. Je vous em* brasse, divin Rouleau, plus cher que tous les rooleaux d'or et d'écus qu'on pourroit m'offrir. Je vous embrasse en espérance, et je ne daterai mon bonheur que du jour où je vous reverrai. Rappelez-moi au souvenir de votre chère maman et du citoyen Duplessis. Me répondrezvous ? «OA/ nojiy Stanislas. »
En grâce, répondez-moi, ne fût-ce qu'à cause de La Poype. Monlreît ma lettre à Camille, car je ne fais mystère de rien.
lidtre de Vilate , juré au tribiioal révolatioiiiiairc* à Ciuille De»-
moulins.
16 Dowenbrc 1795.
Je te prévieDS, cher citoyen Camille , que demaiii n'est pas le jour où paroissent sur Tborizon révololionnaire les onze officiers mimicipaax de PSaris. Le tribunal a à s'occuper auparaTant de FaflEiire dé Doparc , agent de la cour, de oelie de Tonnerre et de quelques autres.
Le procès dn crime et de la Tcrtu étoit entre nos mains aujourd'hui; il nous a été bien douiL d'arracher aux fers et à la persécution deux malheureuses victimes. Les faux dénonciateurs, émissaires du royalisme, sont consignés. Justice prompte en sera faite. Adieu , mon cher Camille , adieu. Je t embrasse et me rappelle au sonrenir de ta si charmante moitié*
Vilate ,
Juré au tribunal révolutionnaire.
Lettre dcStanblas Freron à Lucile. Détaik sur le siëgc deTouldli.
Marseille, Il septembre 1783.
Stanislas à Lucile.
Non , ma réponse ne se fera pas attendre huit mens comme vous le dites ; j*ai reçu avant-hier» lu , relu et dévoré votre lettre^ et la plume ne me tombe pas des mains pour vous en accuser réception. Qu'elle m*a fait de plaisir !..« Plaisir d'autant plus vif que je n'osoiis Tespérer! Vous pensez donc à ce pauvre lapin , qui , exilé loin de vos bruyères , de vos choux , de votre serpolet et du paternel logis , est consumé de chagrin de voir perdus las plus constans efforts pour la gloire et rafferihissem^t de la république. On me dénonce, on me calomnie « quand tout le midi proclame que sans nos mesures , aussi actives que sages et énergiques , tout ce pays étpit perdu , et donnoit la main à Lyon , à Bordeaux et à la Vendée. Je n'ai pas daigné répondre à Hébert. Je Remercie ton loup^
* Voyez dans le Vieux Cordelier de Camille Dcsinoulins Tendroit où il parle de Freron qu'il appelle Martin.
d'avoir pris ma défense , mais lui , à son tour^ le roilà dénoncé. On veut nous prendre les uns après les autres et oh garde Robespierre pour le dernier. J*inyite ton\ loup à voir Raphaël Leroy , commissaire des guerres à Tarmée dltalie , qui m'a vu dans les circonstances les plus orageuses et la situation la plus critique où se soit jamais trouvé représentant du peuple. Il dira si je suis un muscadin , un dictateur et un aristocrate. Ce Leroy est un des premiers cordeliers. Camille le connolt ^ personne n'est plus en état de faire triompher la vérité concernant La Poype et moi. J'ose dire que jamais républicain ne s'est conduit avec plus d'abnégation de soimême que ton lapin. Il a suffi que La Poype fût mon beau-frère , pour que je me fisse une loi de l'écarter sans cesse de tout commandement en chef, quoique son grade et son ancienneté, mais encore plus son patriotisme à toute épreuve l'y appelassent. Je prévoyois dés-lors tout ce que la malveillance ne manqueroit pas de répandre. J'ai mieux aimé être injuste envers La Poype , et faire des passe-droits évîdens, que de donner des armes à la calomnie, que de faire soupçonner même que les plus vifs motifs d ambition ou d'intérêt particulier entrassent pour quelque chose dans ma conduite. Quand Brunet fut destitué , quelle plus belle occasion pour avancer La Poype? Il arrivoit au commandement naturellement et par son grade. Il étoit le plus ancien officier- général de Tannée
d'Italie. Eh bien ! je Fécartai cl nous nommâmes le doyca d'âge de la même armée , un homme qui n'étoit général de division que depuis quinze jours , et cependant La Poype venoit de faire le sacrifice de sa femme et de son enfant, en sauvant la représentation nationale, ayecla certitude que Tune et Fautre alloient être livrées aux Toulonnois, ce qui n a point manqué d'arriver. Et voilà les hommes que poursuit le plus exécrable système de diffii* mation ! Ames vulgaires, âmes fangeuses, vous nous avez prétéf votre bassesse ; vous n'avez pu croire , encore moini atteindre à la hauteur de nos sentimens ^ mais la vérité détruira vos infernales machinations ; nous ferons nolie devoir à travers tous les obstacles et tous les dégoûts; nous continuerons d'être utiles à la république, de nous dévouer pour son salut,* nous lui sacrifierons nos femmes et nos sœurs ; nous ferons à lios concitoyens l'exposé fi* dële de nos actions, de nos travaux et de nos plus secrètes pensées , et nous dirons à nos dénonciateurs ; Avez-vous à produire plus de titres que nous à l'estime publique ? Chère Lucile , dis à ton loup mille choses de ma part^ qu'il fasse valoir ces raisons fondées sur des fiûti notoires. Fais-lui mon compliment sur sa réponse fiëre à Barnave; elle est digne de Brutus, notre éternel modèle; je suis comme toi; une sombre inquiétude m agite) je vois un vaste complot près d'éclater au sein de la république ; je vois la discorde secouer ses torches parmi les pa*
xmrsqa*il Ibici. Je ne ne semble qu'os delà du bot, el
kmnaires* Ce qui
e preuve. Les
rdre à deux faat^iBoos de
pis de marcber sur Toalo». de wk fMttt ^â^ wkl
présentans du peuple, et qm.pHircxt tf^ WÊAa^iÊSVx criminelyOotéléderfîbiésptrsMK. méélf^ ^mâ^am/^ applaudis dans h focaélé pnpiJMf ' ^ Mafwilb;. nune les Ticthnes du pflrtmfifM^ tfcn i r't ti ^iuhft at iiMi^ ons étouffé tout MOureuM*! ^nmâny^ t sU 0i mmt i m ; ( plus grandes et ks pk» impfitmmÊ^ mM0m*^ ^mi ^ ises sur4e-diaflip. BtiutPUf 4lMlnçMM ^ M; «J»«M ins la rérolutioo que d^ mm^stm dk lair^ fertMiM ; ^ m» i satis&ire des rengeauef» ou 4» tiiio^i f nd ^.t t fey iw^^ 3ininoient et égaroieut laiud<fté,#tiiiiiii|lin U ^lê^MmM ii'ib sont intéfrssaos aux yeus 4« p:3Ufk fiiB# kït ^tiitÛMis des sectiouuairts et qnti yi ^.» m^ 4i: fffi¥^
Crarw^m tpili y » en des eomib» jcCRte a« cHi fifc b mu^bem. et neCtre en éfetf d acresbdoa ks
frxMla toi^» Ci» traînes. MuseSe est asvce. B iMt obseirer qK cette oooTelie covksfiiralîoa a édiié le «^■le €Mi les Andûîs poossèrenl tn» cotomies aroiée devant Toak». et s'emparèfait de la batieiie et b coaTenticn , dont 3» fnreiit réponses avec une pnfc effrorable de leur coté. H n'est pas inutile de remaniKr encore qoe les aristocrates, les émksaires de Pitt, b £iax patriotes, les patriotes d^argent qui voient lean petites e^iérances anéanties par ces actes de vigueur^ lent avec affectation ce qu a dit de moi Hébert à la des Jacobins. Mais Fimmcnse majorité des vrais répdUîcains me rend justice. Voilà le mal que produisent des dénonciations vagues , faites par un patriote eantre des patriotes. Je le vois bien^ Pitt et les Toulouiois> qui redoutent notn: énergie parce qu'ils lont éproofée dans plus d'une occasion, veulent, par tous les moyens possihlei, nous éloigner du siège de Toulon , parce qu'on sait que nous allons frapper les grands coups. Eh ! qu on nousnp- |>elle ; nous sommes tout prêts. La représentation nationak ne nous a pas tourné la tétc comme à tant d autres. Ne viais pas ici, aimable et chère Lucile, c'est un pays affreux, (|Uoi qu on en dise , un pays barbare ^ quand on a véca à Paris* Je n'ai point de cavernes à t offrir, mais beaucoup
de cyprès. Il y croit naturellement. Dis à ton gbuton de mari que les bécassines et les grÎTCS y sont meiUêares que les habitans. S'il n'y avoit pas si loin d*ici à Paris, je lui en enverrois, mais tu recevras des olives et de Thuile.
Adieu, chère Lucile , je pars à Finstant pour l'armée. L'attaque générale va commencer ; elle aura eu lieu quand tu recevras cette lettre. Nous comptons sur de grands succès^ et forcer tous les postes et les redoutes des ennemis , avec la bayonnette. Ma sœur est toujours renfermée dans Toulon. Cette considération ne nous arrêtera pas : si elle périt, nous donnerons des larmes à sa cendre; mais nous aurons rendu Toulon à la république. Je le remercie de ton charmant souvenir; La Poype, que je pe vois points parce qu'il est à sa division , y sera bien sensible. Adieu encore une fois, folle, cent fob folle, rouleau chéri, bouli-bouk de mon cœur; voilà une lettre bien longue ; mais je me suis abandonné au plaisir de causer avec toi , et j'ai pris sur la nuit pour me le procurer* Dis donc à loup-loup de m'écrire; c'est un paresseux. A l'ë* gard de ta réplique à celle-ci ^ elle mettra sans doute un an à venir, Quest-ce que ça me fait P Au contraire. Cest clair comme le jour. Je me rappelle ces phrases inintelligibles; je me rappelle ce pia no , ces airs de tête, ce ton mélancolique^ brusquement interrompu par de grands éclats de rire. Etre indéfinissable!... Adieu.
J'embrasse toute la garenne et toi, Lucile,ayec tendreté et de toute mon ame.
Stanislas^
Ne m'oublie pas auprès du lapereau ^ et de sa belle grand-maman Melpomène'.
Je voudrotsbien aussi avoir des nouyelles de Patagon *, de Saturne * et de Marius^. Ce dernier a du recevoir ime lettre de moi. Je vais lui ëciîre encore. Que Camille faû communique les passages de cette lettre où il est question de La Poype, el que sa voix éloquente plaide la causedHai ami toujours digne de lui , toujours digne des corddiieR* Rappelle^nous à son souvenir ; car nous Faimons et hri sommes attachés pour la vie.
La consternation est dans Toulon. Nous avons tué aux Anglois, à la dernière aiSaire, tous leurs grenadiers. Les Espagnols les assassinent à coups de stylet. Ils en onf déjà poignardé trente. CW le moment d^attaquertm jàsmis. Ainsi je pars ; la canonnade commencera dès que nous serons arrivés. Nous allons gagner des hmriêrs ou diËs saules. Prépre , Luctle , celui que ta me destines.
* Il veut parler d*Horacc, ûls de Camille.
' Sni^om dowé k Madame Dapkasisy aière de Locile. ^ Maréchal Brane.
* Dnplain, membre de la commune.
* Dantoo.
Alexandre Ricord ûb à Camille Desmoulins, repréieiiUat da peuple
montagnard, salât.
décembre 1703.
Ni pardon , ni excuse^, mon cher Camille, dé ma négligence ; mais mille regrets de ne l'avoir pas tu* Des Marseillois qui sont arrives depuis peu en sont la causer à présent que leurs aflaires sont à peu près terminées , mon premier moment est pour toi , comme celui que f aime le plus y comme vieux cordelier et digne d*étre mon camarade. La république te remercie d'avoir repris la plume périodique \ tu entreprends beaucoup et tu tiendras d'avantage. Souviens-toi de ta devise : La vérité , toute la vérité, rien que la vérité» Elle pourra bleiser bien du monde et il £iut un atUèle indompté conoie toi pour embrasser une pareille bcMigiie* Bonjour à ton incomparable Rouleau (Lucilè), baise le petit Loup (Horace) et prépare-moi a diner pour le duodi de eelte décade, rirai avec Boutin de Maneflk que lu connois par mon journal. Il est digne d'être ton ami.
Valc et ama.
Lettre du citoyen Dupré à Camille Desmoalins.
22 décembre 1973.
Tu nous dis une chose dans ton Vieux Cordelier qui réviùllerespérancedes bons sans-culottes; j'entends de ces sans-culottes de principes plutôt qucde costume, quiaimeat lu libt'rlé pour elle-même plutôt que pour eux. Ils ontvuaTCc plaisir que tu annonçois la vérité, et que tu te promettoisde la dire jusqu'au point où sa révélation nenuiroitpasàrintéivt de la rt'publique. Son plus grand intérêt sans doute tn^t de se fain^ des mœurs \ et toute vérité doit être permise |HUir y jxirvenir : car tu m'avoueras qu'il n'y a de mœurs aujoutxrhui ni en théorie ni en pratique. L'action qui \om lUisoit couronner il y a un mois vous fait taxer à pivsont d'incivisme. Hier on applaudissoit un homme qu on traîne ce soir à Icchafaud. Cette versatilité d'un [;rand peuple le place beaucoup plus près de l'esclavage . que do la lilM'rlé. Il ne peut ainsi se prêter à des sentiniens si subitement opposés sur le même objet sans qu'il soit la dupe de quelques intrigans qui influencent ses opinions au )x>int de le Taire passer tout-à-coup du blanc au noir. Le vrai sans-culotisme doit s'indigner d'être ainsi le jouet de volontés étrangères^ et de ne pouvoir penser qu'au gré des lambeaux de vérité et plus souvent de me»-
songes qu'on ose lui départir sous le sceau de rautorité. Le privilège exclusif de dire des nouveHeè est h phn sure enseigne du mensonge. Or rien ne se débile plus aujourd'hui que de cette nuAiière^ et Dieu sait combien ht renommée colporte de mensonges impudens qui n'ont pas même la vraisemblance des détaib. Je ne sais lesqnds^e* vroient le plus en rougir» ou de ceux qui supportent de pareils récits, oU de ceux qui les font? Aa resie ^ je dois cette justice aux Parisiens : on a beau faire retentir toutes les rues de Paris du cri de grande victoirwpat ci y grande victoire peur lày on y fait à présent mqi|is d\iltention qu'à cette espèce de parodie que font de oe» orfs» si souvent démentis par les faits, quelques, polissons du coin qui crient quelquefois à tue-teie : Grand * tombai des topinambours et des pommesHle^4erredansle^venlrè d'un patriote qui leur a fait moudre la poussière. Mais trêve de ces réflexions. Venons à un fait qui s'est fiasse sous les yeux de tout Paris , et dont (es Parisiens , accusés de sourire à l'effusion du sang, pourront tirer qïielqUf* parti , pour ne pas croire qu'ils fassent un pas vers la Kberté toutes les fois qu'ils voient tomber «ne této> quelle que soit d ailleurs la cause de ce supplice.
On a guillotiné ces jours derniers une fille de 1* rué Saint-Honoré. Elle n'avoit ni émigré, nt envoyé des :^ecours aux émigrés , ni eQtretentt des correspondances avec eux. Mais lorsque la police crut devoir sévir coirtfç
toutes les filles publiques , celle-ci ne voulut pas être coii' fondue avec toutes ses camarades, n Je ne veux pas, dit- )> elle, être comprise dans une pro9cription qui s^étend'â » tout ce qu'il y a de plus dégoûtant ; je trouvênu un » moyen de me (aire loger ailleurs et de me fiiirè distia- » guer* » En conséquence , elle se rendit fous ks jionrs dans un café , où elle ne permettoit pas qu\m tôl lé journal du soir. Elle Tarrachoit des mains de céhii qm vmloit en faire ia lecture; elle disoitque c'ëtoit im las ée mensonges y tous plus ridicules les uns que les autres. Elle Tappeloit le répertoire des extraits moitaairesiie tous les François qui se tuoient entr*eux , ou se fiûsoieiit tuer par les étraugen. Tous ces propos la feisoient piiil(k rêmarquer> je ne dis pas admirer, qu*ib n*excittHent d^ dignation. Elle ne fut pas contente de coque Pon. sou^ froit si patiemment ses incartades. « Je vetix être guflio- V tinée, dît-elle à ses amies. Je ne vois pas pourquoi » je ne ferois pas parler de moi aussi bie& que tant » d'autres. » Cette résolution prise , elle s'établit dès le lendemain matin à sa fenêtre , et se met a crier de toutes ses forces : vwe le roi ! viue h roi! Il n^en fiJlut pas darantage pour la faire saisir, enlerer et traduire aa tribunal réYolutionnaîre. Son procès, comme cm dit aujourd'hui , n'a pas été long. Elle est convenue de tous ees faits de manière à fiiire comprendre à ses juges qu'elle préféroit la mort à la yie. Chacun a son goât : elle a été
JfX-~, .
servie suivant le »ien, et ses souhaits ont été satisfaits. Et même une de ses camaradei , appi^ëe eomme téttrain contre elle , cherchant à l'excuser , dit qtfeu effet faocusée avoit tenu des propos inciviques, mais qu*eHe ëtoit alors prise de vin« « Cela n'est pas vrai^ répliqua ràœusêe, n jamais je i>'at e«i le malheur de me prendre de vin ; je 9 n'en avois pas bu davantage qu'à présent ; et je répè- » terai de même et de bien bon ccsur : i^if^e le wi ! vive le roil M D'après cet aveu et Taxiôme si savamment cité par le poète Qomique : hahemus cenfiientetn reum^ elle a été condamnée à porter sa tête sous le glaive de h loi , et elle a été exécutée au milieu d'une foule de spectateurs qui se délecteni journellement à vmr couler le sang de six à sept victimes humaines offertes en holocauste à la liberté outragée. Jamais aucune de ces divinités sanguinaires de f antiquité, que l'on cite aux enfàns ]>our leur faire peur, n'a été abreuvée de tant de sang! Dans sa route, jusqu^au lieu du supplice , cette fiUe n'a pas cessé de crier vwe le roi. En passant devant sa porte t elle dit à ses camarades du quartier qui la regardoient les larmes aux yeux : Adieul mes bonnes amies , je vais me coucher. Montée sur Féchafiuid el étendue sur la bascule fatale , au moment où le couteau tomboit sur son cou ^ elle a pu relever un peu sa tête , et, tournant ses regards de droite et de gaache, elle a dit aux assistans arec le sang-firoid de la dérision la plus réfléchie : adieu ! canaille , adieu ! canaille.
Publie cette anecdote , si tu Toses, pour prouver h li* berté de la presse en France» U s'agit sevlement de guérir un peuple de TaiBour du sang* Si je Toalois exeiter •son horreur^ je lui citerois les atrocités oomniaeB dans . nos armées et qui excitent des représaillea effrayanlra i retracer; celles surtout qu'on s'est permises à Conumuie- AfFranchie j où des femmes, ne pouYant souffrir le spectacle de la cruauté la plus inouie, se sont prëdpitéea dans le Rhâne avec leurs enfans. On ne fera jamais )umer qae par grimace la prétendue liberté dans un pays ou il n'eat pas permis de dire ce que Ton veut , et d^oà IVttnepeut même sortir > tout en y laissant son bien è la dispontion de ceux qui y restent. $i une bonne loi ouvrait les barrières de la république à tous ceux qui vôudroieat sortir, en leur faiss^nt promettre de ne point porter les armes contre If^urs concitoyens, alors la loi contre les ëmigrfc seroit juste; alors la confiscation de leurs biens seroit légitime ; alors enfin la vente qu'on en feroit trouveroit plus d'acquéreurs , quoique Ton exagère à faire pitié les prix qu'on prétend en obtenir. Mais au lieu de cela» on vous claquemure dans une commune ou dans un bourg, et on vous dit : Vous ne bougerez, de là , parce qu'on veut.qos vous viviez librement. Vous marcherez au pas de ceux qui vous environnent , fripons ou ignorans , malveillans ou foibles. Voilà, mon vieux cordelier, le mot vrai de notre situation. Pour moi, quoiqu'à raison de mamodi*
que fortune^ je doi?e y élre^us attaché qa*UQ autre, je me sens assez fort de phîlosopUe poor abandonner fonteeqne je possède ici, pourra cpiVm me laisse aller loin de cette prétendue terre de 19>erlë arec ma femme et mon fils ; et afin qu'on n'ait pas à redouter mes intrigues dies Tëtranger je consens a me réfugier aux extrémités du monde , en Chine , au Monomotapa , partout oà on ycmdm, et cela parce que j'aime et que je connois h liberté ; à condition toutefois que je me diargerai du choix de ht toiture et des c<mducteurs, et qu'on ne m'embarquera pas stnries bateaux de la Loire. Cent quarante prêtres livrés, à la garde de Dieu , aux bateliers de cette rivière , ont appris au 'monde qu'on trouvoit des écueils jusques dans le port de la liberté à Nantes.