‹ ŒuvresChapitre 23 sur 64 · Voy. clans Macaiilay ceUe ligure sinistre de Jeffreys · texte numérisé non relu

Voy. clans Macaiilay ceUe ligure sinistre de Jeffreys

.tro-iévolulionnaire'. Du moins; elle serait du plus grand danger et d'une impolitique évidente, non par laraison qu'en donne 3Iacliiavel, parce que «leprince doit verser sur les peuples le mal tout à la fois, et le bien goutte à goutte, » mais parce qu'un si grand mouvement imprimé à la machine du gouvernement, en sens contraire à sa première impulsion, pourrait en briser les ressorts. Mais autant il y aurait de danger et d'impoli tique à ouvrir la maison de suspicion aux détenus, autant l'établissement cVnn comité de clémence me paraît une idée grande et digne du peuple français, elTaçanlde sa mémoire bien des fautes, puisqu'il en a etïacé le temps même où elles furent commises, et qu'il a créé une nouvelle ère de laquelle seule il date sa naissance et ses souvenirs. A ce mot de comité de clémence, quel patriote ne sent pas ses entrailles émues?carle patriotisme est la plénitude de toutes les vertus, et ne peut pas conséquemment exister là où il n'y a ni humanité, ni philanthropie, mais une âme aride et desséchée par l'égoïsme. Oh ! mon cher Ropespierre! c'est à loi que j'adresse ici la parole ; car j'ai vu le moment où Pitt n'avait plus que toi à vaincre, où, sans toi, le navire Argopérissail, la République entrait dans le chaos, et la société des Jacobins et la Montagne devenaient une tour de Babel. 0 mon vieux camarade de collège, toi dont la postérité relira les discours éloquents ! souviens-toi de ces leçons de l'histoire et de la philosophie: que l'amour est plus fort, plus durable que la crainte; que l'admiration et la religion naquirentdes bienfaits; que les actes de clémence sont l'échelle du mensonge, comme nous

1. Pauvre Camille, il hésite, il csl pris entre la iiitié et la crainte !

(lisait Terlullicn> par lesquels les membres des Comités du salut public se sont élevés jusqu'au ciel, et qu'on n'y monta jamais sur les marcbes ensanglantées. Déjà tu viens de fapprocber beaucoup de cette idée, dans la mesure que tu as fait décréter aujourd'bui, dans la séance du décadi 30 frimaire. Il estvrai que c'est plutôt un comité de justice qui a été proposé. Cependant pourquoi la clémence serait-elle devenue un crime dans la république? Prétendons-nous être plus libres que les Albéniens, le peuple le plus démocrate qui ait jamais existé, qui avait élevé cet autel à la miséricorde^ devant lequel le philosophe Demonax, plus de mille ans après, faisait encore prosterner les tyrans? Je crois avoir bien avancé la démonstration que la saine politique commande une semblable institution. Et notre grand professeur Machiavel, que je ne me lasse point de citer, regarde cet établissement comme le plus important et de première nécessité pour tout gouvernement, le souverain devant plutôt abandonner les fonctions de comité de sûreté générale, que celles de comité de secours. « C'est à lui seul « surtout, recommande-t-il, que le déposita4re de la « souverainetédoit réserver la distribution des grâces, « et tout ce qui concilie la faveur, laissant aux magis- « trats la disposition des peines, et tout ce qui est su- « jet aux ressentiments. »

Depuis que j'ai commencé mon cours de politique, dans le Vieux Cordelier, un si grand nombre de mes collègues m'a encouragé par des abonnements, et m'a fait l'honneur d'assister à mes leçons, que me trouvant au milieu de tant de députés, je me suis cru cette fois à la tribune même du peuple français. Fort des exemples de l'histoire et des autorités de Tbrasybule, Brutus et Machiavel, j'ai transporté au journaliste la li-

berté d'opinion qui appartient au représentant du peuple à la Convention. J'ai exprimé par écrit mes sentiments sur le meilleur mode de révolutionner, et ce que la faiblesse de mon organe et mon peu de moyens oratoires ne me permet pas de développer si bien. Si ce mot de jubilé, que j'ai risqué pour ne pas être plus impitoyable que Moïse, qui cependant était un fier exterminateur, et une macbine infernale du calibre de Ronsin ', si, dis-je, mon comité de clémence paraît à quelques-uns de mes collègues mal sonnant, et sentant la modérantisme; à ceux qui me reprocberont d'être modéré dans ce numéro 4, je puis répondre, par le temps qui court, comme faisait Marat, quand, dans un temps bien différent, nous lui reprocbions d'avoir été exagéré dans sa feuille : Voi(sn')j entendez rien ; eh ! mon Dieu ! laissez-ynoi dire : on n'en rabattra que trop^.

1. Ronsin a laissé des pièces plus que médiocres, détestables; M. C. Roussel, l'hislorien de LouYois, s'est rendu acquéreur des Mémoires de Rossirjnol qui doivent jeter quel<iue jour sur leur mission commune en Vendée.

2. Cet écrit de Camille Desmoulins, où l'esprit trouve tant à redire, mais qui s'empare si puissamment du cœur, avait le tort de réclamer, pour le régime de la liberté militante, ce qui ne convenait qu'au régime de la liberté victorieuse; il supposait, inconcevable et dangereuse erreur! que la Révolution n'avait plus aucun obstacle devant elle; que tous ses ennemis étaient ou vaincus ou convertis. Le contraire, liélas! n'était que trop manifeste. Aussi l'ettet produit fiil-il l'opposé de celui que Camille avait espéré. Les héberlisles, que la modération prudente de Robespierre accablait,, précisément parce qu'elle ne leur fournissait aucun prétexte spécieux d'attaque, triemplièrent du quatrième numéro du Vieux Cordélier, et se répandirent en discours véhéments, sur ce que sortir de la Terreur, c'était entrer dans la conlre-révolution.

(Louis Blanc, Rév, fr., t. X.}

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Quintidi nivôse, 1"^ décade, l'un II de la RépuMiqi.e une et indivisible.

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